‹ L'Extériorisation de la sensibilité: étude expérimentale & historiqueChapitre 20 sur 21 · OTE K · texte numérisé non relu

OTE K

tivemeut, il n'arriva pas une seule fois au sujet de se tromper ; il disait: k Vous me piquez», chaque fois que J'enfonçais l'épingle dans l'eau, et « vous me pincez • chaque fois que je pinçais l'eau avec les doigts.

I J'ai voulu essayer de charger difTcrentes substances autres que l'eau de la sensibilité du sujet en expérience. J'ai pris d'abord une petite plaque de verre que j'ai recouverte de velours. Le sujet étant mis comme précédemment en état de somnambulisme et anesthésié, la plaque préparée fut placée entre ses mains ; il ressentit aussi nettement les piqûres qui étaient faites à l'étoffe qui recouvrait la plaque de verre.

<i Le carton ne m'a pas donné des résultats bien appréciables. Dans les circonstances du moins où je l'ai eipérimenté, il ne m'a pas semblé se charger facilement de la sensibilité du sujet.

II Le bois s'est montré plus favorable à cette expérience. De s planchettes mises pendant quelques instants au contact du corps du sujet se sont chargées de sa sensibilité, de telle façon que, même après qu'elles avaient été éloignées de lui, il ressentait les piqûres qui étaient faites dans le bois.

" J'ai expérimenté aussi avec une boule de mastic à laquelle J'ai donué vaguement la forme du sujet eu la fixant sur une plaque de verre. J'ai sensibilisé le mastic en l'approchant du corps du sujet auquel je faisais tenir la plaque de verre entre les mains. Après quelques instants, tenant moi-même la plaque de verre à une petite distance du sujet, celui-ci ressentait, soit dans la tête, soit dans le corps, soit dans les membres, les piqûres qui étaient faites dans les fragments de mastic représentant ces différentes parties du corps. Ayant ensuite coupé quelques cheveux du sujet pendant son sommeil, et les ayant implantés dans la portion de mastic représentant sa tête, il se plaignait vivement lorsqu'on les tirait, disant qu'on lui arrachait les cheveux.

n Pour me rendre compte de la manière dont la sensation arrivait au sujet, et de la rapidité avec laquelle elle était perçue, j'instituai l'expérience suivante :

'1 Le sujet mis en somnambulisme, le verre d'eau fut placé entre ses mains et chargé de sa sensibilité, comme dans les premières expériences. Je constatai alors qu'il éprouvait

264 L'EXTËHIOHISATtON l)E LA SSKSimLITÉ

irislantaiiément la sensation de piqûre lorsque je plongeai IVpinale dans l'eau. L'n de mes aides dans ces expériences di^licales, M, LeulietEe, tenait atlentivemeut les yeui fixés sur UD cliroDomt^lre, tandis que deux autres aides lui signa- Itiient l'instant précis où je piquais la surface de l'eau avec l'épingle; et celui où la physionomie du sujet exprimait la sensation de douleur. Aucun temps appréciable ne put être refevé entre ces deui actions. Je fis alors prendre le verre (feau par un aide qui le tenait de la main gauclie et qui, de lu main droite, tenait lu main gauche du sujet. On put alors •;onstater qu'il s'écoulait une fraction de seconde entre le moment où je piquai l'tau avec l'épingle et l'instant où la physionomie du sujet exprima la sensation. Faisant alors une chaîne de deux, trois personnes, se tenant par U main entre le verre d'eau et le sujet, je constatai un retard progressif de la sensation. Kn employant cinq personnes, j'obtins un regard de près de deux secondes enire le moment où l'épingle touchait la surface de l'eau et l'instant oJ le mouvement de physionomie du sujet indiquait qu'il éprouvait la sensation.

u J'arrive à une expérience pluï curieuse encore que celle que je viens de raconter. Le sujet étant endormi et placé comme d'habitude en somnambulisme, toute sa surface cutanée est complètement anesthésiée: je fais placer devant lui une autre personne à l'état de veille tout à fait normale, t't celle-ci prend dans ses deux mains les mains du sujet endormi, de façon que sa main droite tenait la main gauche du sujet et sa main gaiicliela main droite du sujet endormi. Les choses étant ainsi disposées, je fais, par suggestion, passer la sensibilité du sujet dans la personne placée devant lut, c'est-à-dire que je suggère an sujet, ne ressentant plus rien lui-mâme, qu'il ressentira tout ce qui sera fait à la personne placée devant lui (1).

(1) Cette suggestion était inutile. Le sujet, quand il est dans un . l'iat d'extériorisation convenable, ressent les sensations de la personne avec qui il est en contact avec les mains on toute autre partie du corps. Voir pp. 54 et 75. — A. R.

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• Je pique alors avec une épingle la jambe droite de la personne en état de veille, le sujet me dit aussitôt: l'ous me piquez à la jambe gauche. C'est, en effet, celle qui se trouTe en regard. Je pique le sujet éveillé au bras gauche, le sujet endormi me dit : Vous me piquez au hras droit. Je pique la pemoune éveillée à l'oreille, te sujet me dit : Vous me piquez à la tête. Je fais alors cette remarque, que, sous l'iulluence de la piqûre, la personne en étal de veille fait un mouvement involontaire ; le sujet endormi ressent, par l'intermédiaire an contact des mains, une contraction musculaire qui le prévient du moment où la piqAre est faite, .\dmettons, pour un instant, cette hypothèse, comment pourru-t-on expliquer que ie sujet différencie lu piqûre faite au hras droit ou à la jambe gaucbe, de celle faite à la jtkmbe droite ou au bras gaucbe on à la tête ?

'I Hais il y avait un moyen beaucoup plus simple de réduire à néant l'objection qu'on aurait pu tirer des mouvements inconscients de la personne ù l'élat de veille, communiqués au sujet endormi, c'était d'interrompre toute communication entre les deux sujets. C'est ce que j'ai fait dans les expériences suivantes. Après avoir fait passer la sensibilité du sujet en état de somnambulisme au sujet b. l'état de veille, je Ils Idcher les mains du sujet endoi-mi. Les deux sujets se trouvaient ainsi complètement séparés l'un de l'autre, il n'y avait plus entre eux aucun point de contact matériel. Je piquai alors les membres de la personne éveillée, le sujet ressentit les piqûres dans les membres correspondants, c'est-à-dire placés en regard, le côté droit correspondant au côté gauche, ainsi que celles faites ù. la tête. Si, au lieu de piquer, il m'arrivait de pincer un membre, le sujet faisait très bien la différence entre les deux sensations et disait ; Vous me -pincez, au lieu de dire : Vous me piquez, comme il le faisait les autres fois. (1)

Je citerai en dernier lieu une expérience qui a é(é bien

(i) Le sujet resté à l'élat de veille s'était chargé de la seutiiMlilé du sujet endormi, par le fait qu'il lui avait tenu les loains et il était devenu pour lui une mumie. Voir pp 54 et 75. — A. 11.

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intéressante aussi. Après avoir rois mon sujet en état de SDinnambaligrae, Je le conduisis devant un mur et je disposai les lulnières de farou que son ombre lût projetée eiaclement sur la muraille. Je lui suggérai alors que sa sensibilité serait reportée tout entière sur son ombre, c'est-à-dire qu'il ressentirait tout ce qui serait fait à l'image projetée par son ombre sur le mur. Je piquai le mur autour de l'ombre du sujet en dilTérents points, il ne bougea pas et n'exprima aucune sensation. Je piquai alors sur l'ombre elle-même, aussitôt le sujet lit un mouvement brusque et se plaignit vivement. Je recommençai en différents points, en dehors de son ombre, le sujet ne|sentaiL absolument rien, mais dès que l'ombre était touchée la sensation parut plus vive que dans la plupart des autres expériences. Le sujet se plaignait de la tète lorsque je piquai l'ombre de la tâte, et ressentait la douleur dans le bras ou la jambe dont je piquai l'ombre de ces membres sur le mur ; et quand, à un moment donné, je passai la main sur le mur oii était l'ombre de sa léte, il disait : Vous me gr allez.

u Les expériences que je viens de décrire doivent donner lieu h quelques remarques intéressantes. D'abord l'extériorisation de la sensibilité au degré que je viens de décrire est un phénomène asscî rare, soit qu'il ne se témoigne que dans un état d'hypnose auquel peu de sujets sont susceptibles d'arriver ; soit plul&l qu'il constitue une de ces facultés spéciales encore peu connues, plus ou moins développées chez certains sujets, mais qui n'atteignent un très haut degré que dans un petit nombre de cas. Je n'hésite pas à me rattacher à cette dernière hypothèse; en effet, le sujet que j'ai observé présente ce phénomène dans le troisième et même dans le deuxième degré du somnambulisme. Or, ces phases de l'hypnose, sans être ftéquentes, se rencontrent de temps en temps tandis que c'est la première foisquejerencontre cette extériorisation de la sensibilité depuis plusieurs années que je la recherche.

n Je ferai observer, en second lieu, que ces phénomènes ne se présentent pas toujours avec la même intensité. Chaque fois que j"aî opéré avec ce sujet, j'ai toujours obtenu l'extériorisation de sa sensibilité, mais quelquefois ses sensations

étaient vagnes et manquaient àf. netteté, soit qu'il fût moins bien disposé avant l'hypnose et que le sommeil se développât moins bien, soit que quelques circonstances entérteures aient pn contrarier les expériences. Ainsi, dans certains cas, sous l'influence de la piqûre, il éprouvait bien nne douleur, mais il ne pouvait pas dire de quelle nature elle était II disait : « Vous me faites mal >, mais il ne pouvait pas distinguer ai on le piquait on si on le pinçait.

<c Dans d'autres cas, il distinguait bien le genre de sensation et la nature de la douleur, mais il n'arrivait pas à la localiser dans la région qui devait correspondre au point louché snc l'objet on la personne. Ainsi, dans une des séances d'expériences, la sensation, qui pourtant était bien nette, fut constamment perçue à !a main gauche. Dans d'autres expériences, c'était à la tête que le sujet ressentait les piqûres et les impressions qui étaient faites à l'objet chargé de sa sensibilité. Dans d'autres circonstances, il arrivait à une certaine localisation des sensations, mais encore un peu imparfaite. C'est ainsi qu'il attribuait à la tête tout ce qui était fait h la tétc et à la partie supérieure du corps de l'autre sujet, et an corps tout ce qui était fait au tronc et aux membres. J'ai constaté aussi que, dans certains cas, lorsque les sensations étaient vagues et mal localisées, si j'éveillais le sujet et si je l'bypnor lisais de nouveau, j'obtenais des sensations très nettes avec nne localisation d'une précision remarquable.

« Dans certains cas, en affirmant au sujet, par suggestion, que sa sensibilité adisparuet se trouve reporté et dans l'objet ou la personne sensibilisée, on obtient des phénomènes plus nets. Bien entendu, cette suggestion n'est faite qu'avant de i:ommencer ces expériences, et l'on a soin, au moment précis des expériences, que le sujet ne puisse être prévenu des différents mouvements effectués.

n Comment maintenant pourrons-nous expliquer ces phénomènes de l'extériorisation de la sensibilité ? Je dirai de suite que j'ai constaté le phénomène, et que je l'ai fait constater par de nombreux témoins ; mais je n'en trouve jusqu'ici aucune explication satisfaisante. Je veux seulement répondre ici à quelques objections ou à quelques interprétations que

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l'on pourrait être lenlé d'en donner, et qui doivent être rejetées.

«D'abord lu supercherie, je crois qu'il est inutile de la discuter ; les personnes qui ont été témoins de mes expériences et des conditions dans lesquelles Je les ai fuites ne peuvent garder aucun doute à cet égard.

" La connivence inconsciente du sujet serajt une objection plus sérieuse. On sait que les sujets en somnambulisme jouissent d'une acuité extrême de tous les sens, le sujet pourrait voir il travers les paupières, il pourrait se rendre compte par le sens de l'ouïe de ce qui se passe et réagir inconsciemment ou se faire une auto suggestion. L'objection de connivence inconsciente et d'auto- suggestion de la part du sujet peut se réunir en une seule et les arguments que je vais donner répondront à l'une comme ù l'autre.

« 1° Je rappellerai que, dans la première expérience que j'ai faite, le sujet ne pouvait pas savoir'ce que j'allais faire, puisque je ne le savais pas moi-même. Je n'ai eu l'idée d'essayer sur lui l'extériorisation de la sensibilité, qu^après qu'il était déjà en somnambulisme.

« 2° Quand le verre d'eau n'est plus entre ses mains, mais est placé derrièi-e lui, il ressent la piqûre et pourtant il ne peut rien voir. Il ne peut rien entendre non plus car le mouvement d'enfoncer l'épingle dans l'eau ne produit pas d'autre bruit que tout autre mouvement à la suite duquel il lie réagit pas.

I 3° Quand le sujet tient le verre d'eau entre les mains, si je pique les parois du verre, le sujet éprouve certainement une sensation de contact. S'il y avait de l'auto-suggestion, c'est alors qu'elle devrait se développer. Il n'en est rien pourtant, il ne sent rien, mais si je pique l'eau sans toucher le verre, c'est-à-dire sans qu'il puisse éprouver la moindre sensation directe, il témoigne qu'il ressent la piqûre.

•1 Je ne m'appesantirai pns longtemps sur l'objection qui a été faite il y a un certain temps devant la société d'hypnologie par M. Havroukakis. Notre collègue montrait à la Société une personne hypnotisée, tenant entre les mains un verre d'eau, et tout en piquant le verre d'eau, il lui disait :

« Je TOUS piqae à la tête, je vons pique au bras, je vous pique à la jambe». Le sujet éprouvait évidemment toutes les sensntioDs qui lui étaient ainsi suggérées. Il faut n'avoir jamais été témoin des expériences d'exiériorisalion de la sen<.il)ilité pour leur assimiler de pareilles manœuvres.

« Personne n'a jamais nié que l'on peut, à un sujet hynoptisé, suggérer une sensation de piqûre, de brûlure ou autre, dans un point délerminé. Le verre d'eau, ici, n'ojoute rien à la chose et cette e^spérience ne fait que démontrer la suggestion verbale que tout le monde connaît.

« Dans l'extériorisation de la sensibilité, au contraire, nous prenons toutes les précautions voulues pour que le sujet ne soit prévenu en aucune façon du moment où l'on va piquer l'objet qui est chargé de sa sensibilité. On a soin de faire des manœuvres analogues sur des objets environnants ou semblables à celui dans lequel on a reporté sa sensibilité. C'est ce que nous avons démontré dans lexpérience du verre, où Ion pique les parois du vase ; et pourtant le sujet, sons être prévenu, manifeste clairement qu'il éprouve les impressions portées sur l'objet chargé de sa sensibilité, et il ne les éprouve pas dans les environs ou sur les autres objets.

•< Uneautre interprétation m'avait pendant un certains temps semblé plus plausible, et cependant, comme vous allez le voir, j'ai dû aussi l'abandonner à la suite de certaines de mes expériences. Cette interprétation consistait i. supposer que l'opérateur qui pratiquait la piqûre sur l'objet sensibilisé faisait inconsciemment une suggestion mentale qui était reçue et comprise par le sujet bynoptisé. Celte hypothèse rendrait compte en effet de ce fait que le sujet éprouve et distingue les différents genres de sensations, piqûres, brûlures, pincements, etc, Klle expliquerait aussi qu'il les localise dans telle ou telle partie du corps, quand ces sensations sont éprouvées par un sujet placé en face de lui ; et miîme dans ce cas, la suggestion mentale pourrait venir aussi bien du sujet impressionné que de l'opérateur.

1 Cette hypothèse elle-même s'est montrée insuflisun te quand j'ai constaté, dans certains cas déterminés, nn retard régulier et progressif de la sensation chfz le sujet hypnotisé. Que

DçiiiizedoïGooglc

SïO l'bxtëhiorisatio» m u seksibilitë

ie verre d'eau soit tenu par le sujet lai-mâme, ou <]u'il soit tenu par trois, qaatre ou ciuq personues ea communicatiou avec le sujet, la sensatiou devrait être aussi rapîdemeot perçue par lui si rhjpolhèse de la suggestion mentale était exacte. La suggestion mentale est directe, elle serait donc instantanée dans un cas comme dans l'autre et ne pourrait présenter le retard régulier que nous avons constaté dans certaines circonstances.

c Ce phénomène si curieux de l'extériorisation de la sensibilité ne peut donc pas être expliqué maintenant par la suggestion mentale, pas plus que par les autres hypothèses que nous avons examinées. Le fait bien constaté par un certain nombre d'expériences, faites devant de nombreux témoins, ne peut plus maintenant être révoqué eu doute, mais nous devons reconnaître que daus l'état actuel de nos connaissances il reste actuellement encore totalement inexplicable ».

LA FOBCE VITALB (f).

Grdce aux progrès de l'évolution, la ligne de démarcation entre les différents rèsnes de la nature et même entre les règnes organique et inorganique, s'efface de plus en plus.

Fechner, en nous parlant de l'ùme des plantes, n'a pas encore atteint les limites inférieures de la vie. On peut aller jusqu'à l'atome et lui attribuer une faculté de perception — ce que Leibniia fait pour ses monades. — Mais il vaut mieux ne parler de la vie que chez les êtres et les corps qui, pour la première fois, décèlent une force formatrice ou organisatrice. ne s'agit-il que d'un arrangement moléculaire fixe comme dans les cristaux.

Reichenbach a montré que, dans le processus de la cristallisation, il y a développement d'od et que ce développement

[I) Cette note est la tmductioii libre faite par le !>'' Thomas d'un article du baron Karl on Pkkl qui a paru dans le UeberHnnliche Welt (nov. et déc. 1896). J'ai snppriiné quelques passages qui lalsaiL'ut double emploi avec les faits cités daus le chapitre V.

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peut être accompagné de phénomènes lumineux souvent visibles à l'œil normal, mais toujours perceptibles pour les seusitirs dans l'obscurité (1). En nons reportant aux degrés les plus élevés de la vie terrestre, le phénomène de la reproduction chez l'homme est, selon lui, lié à un Haraboiement odique extraordinaire (2). Les cristaux sont les formes les plus inférieures chez lesquelles l'od se polarise (3). Reichenbach a en outre recherché l'action des cristaux sur les sensitifs et démontré que cette action, de même que la lueur odique, émane surtout des pôles et des arêtes, c'est-à-dire des points où se porte l'effort formateur (4i, Cette force des cristaux, comme l'appelle Reichenbach par abréviation, est en tout semblable par ses effets à celle qui agit aux p6les des aimants minérani, non qu'il y ait identité avec celte dernière, mais elle en est comme un élément séparable. Ce qui la différencie, c'est qu'elle n'attire pas, comme l'aimant, des substances inorganiques, ne dévie pas l'aiguille aimantée, ne produit pas de courant galvanique induit dans les fils métalliques ; mais elle a ceci de commun avec le magnétisme minéral, dont elle est comme un élément isolable, d'attirer les corps vivants. Dès 1788. Petettu a montré sur des cataleptiques, que l'aimant attire les mains, et Reichenbach a constaté sur une sensitive. M"' Nowotny, que, chaque fois qu'elle était mise en catalepsie, un aimant en fer Jk cheval, placé dans son voisinage, attirait ses mains, qu'elles venaient y adhérer comme un morceau de fer et le suivaient dans ses mouvements. Or, la force émanée des cristaux n'attire pas les corps inertes, mais les corps vivants. Les cristaux attiraient les mains de M'" Nowotny et les contracturaieut même énergiquement.

C'est donc avec raison que Reichenbach dit que cette affinité, cette attraction que montre la force émanée des cristaux pour les corps vivants, tandis qu'elle n'agit pas sur les corps

(1) RiicHEnACH. Dei- sensittBe Mensçh. I, 750, II, 254, 433,

(2) Ibid. II, 173.

(3) Ibid. II. 529.

(4) Ibid. I, 5S:-595. II, 210-258.

272 l'extériorisation db la sensibilité

privés de vie, est un fuit très ex Iraord inaire et l'indicR d'une corrélalioii paissante entre elle et la nature intime de ce que nous appelons la vie (I). En se rappelant que les cristaux exercent leur action la plus énergique par les arêtes de sorte que les seiisitifs déterminent très aisément avec leurs doii;ts les p'tles et les axes, on sera amené à considérer comme très probable que celle force des cristaux est celle qui les construit, qu'elle est eu conséquence une force formatrice identique avec la force vitale des corps organiques. C'eït donc dans les cristaux qu'on voit apparaître pour la première fois quelque chose d'analogue à la vie, une force organisatrice. Il existe même dans les cristaux, d'après Jordan et Paget, une sorte de force reproductrice, capable de réparer les pertes de substance. •' La faculté, dit Paget, de réparer les dommages subis n'appartient pas exclusivement aux êtres vivants ; les cristaux également recouvrent leur intégrité, lorsqu'un fragment en a été détaché, si on les replace dans les conditions qui ont présidé à leur formation h |3).

Chez l'homme, la croissance est assurée par la nutrition et l'assimilation, qui reposent sur une transformation des substances alimentaires, donc sur un processus chimique. Or, Reichenbach a prouvé que toute action chimique est liée à un développement d'od (3). Donc, dans la digestion gastro-intestinale des aliments et leur absoption par le sang, ainsi que dans le processus chimique, lié à la respiration, il y a développement d'od qui imprègne l'organisme et sert à son accroissement. Dès lors, tous les viscères, toutes les parties internes de l'organisme doivent répandre des lueurs odiques ; c'est sur ce fait que repose la possibilité, pour tes somnambules, d'explorer l'intérieur de leui's corps et celui des autres per-

Mais puisque l'od des cristaux est identique avec celui qui s'écoule des mains humaines, il faut chercher dans le magnétisme animal la preuve que l'od est le principe formateur, le

(t) Reicheuhich. Die Dgnamide, I. 55.

(S) Paget. Palholof/ie, I, 152.

(3) ItEiciiB-iBACH. Der sensUive Mensch, I, 700 ; II, 350. 132.

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véhicule d-î la force vitale, car le magnétisme animal, répondant à un degré dévie plus élevé, la force vitale y apparaîtra avec plus de neltelé que chez les cristaux. La santé, la vie même dépend de la présence, de l'énergie et de la mobilité de cet agent auquel on a donné les noms les plus divers. Ame du monde, force vitale, électricité animale, fluide magnétique, magnétisme vital, anthropine, od : ce sont autant de noms pour désigner une seule et même chose. Tons ceux qui ont fait des recherches sur ce sujet sont unanimes à dire que l'état de santé dépend du degré d'activité de cet agent. Ni. la physiologie, ni la pathologie n'ont fait de recherches dans cette direction ; nous nous bornerons donc à mettre en évidence cette assimilation, et peut-être identité, de l'od avec la force vitale dans une catégorie de phénomènes où elle ressort surtout nettement, c'est-à-dire dans les cas où l'od humain est extériorisé et sert â charger un corps étranger.

On constate tout d'abord que les individus, dont l'od est extériorisé, perdent de leur force vitale. C'est ainsi que les somnambules deviennent insensibles et perdent conscience ; les médiums à elTets physiques énergiques et à matérialisation tombent dans un état de faiblesse extrême par la perte de force médiumnique ou d'od ; c'est comme si la vie les quittait. Nous voyons encore que les somnambules deviennent anesthésiés parce que l'od extériorisé enlmine arec lui la sensibilité et même la conserve quand on s'en sert pour charger des substances inerles.de l'eau par exemple ; les expériences de M, de Rochas sont, à cet égard, péremptoïres. Nous voyons enfin que, si le magnétiseur transfère son od sur un organisme étranger, non seulement celui-ci gagne en vitalité, mais devient capable de réaliser une activité organique toute spéciale, qui se manifeste par une similitude complète entre certains ' organes du sujet et les correspondants du magnétiseur. Mais examinons la question plus en détail.

Déjà Mesmer considérait la magnétisation comme une communication de force vitale ; mais, sa méthode pour établir l'équilibre odique entre deux individus par des passes n"est pas la seule possible. Cette force existait déjà avant Mesmer, et son activité a dû être remarquée de tout temps, et cela dès la plus haute antiquité. La croyance populaire attribue

274 l'extériorisation db u sensifiiLiTâ

aujourd'hui encore un âge avanc<^ aux institateurs à cause de leurs rapporta continuels avec la jeunesse. Pline dit que ]e corps tout entier d'un homme en bonne santé agit sur un malade (!)■ Que cette inQuence émane particulièrement des mains, les anciens le savaient également, puisque Virgile parle de la< main qui guérit» (2). Plus tard seulement Albert de Ualler, puis de Humboldt et Reil ont établi la théorie de l'almosphëre nerveuse enveloppant chaque organisme et susceptible d'être perçue par un organisme étranger. CHte iotluence est d'autant plus marquée que la fusion de» émanations odiques est plus intime. Kluge eut l'occasion de traiter un bomme qui soulTrait, surtout la nuit, d'altaque& nerveuses ; ce malade se trouvait délivré instantanément de ses attaques en changeant de lit avec sa femme ; il tombait dors dans un profond sommeil et, an revéil. se sentait un regain de force qui persistait quelque tea)ps(3). On lit dans la Bible qu'Elie se coucha sur le corps du fils de la veuve de Sarepte, pris pour mort, et le rappela à la vie (4) ; en d'astres termes, il renforça la force vitale sur le poiut de dispuaitre par l'od de son propre corps. Le D'' Gilibert, affligé d'une vio' lente maladie nerveuse, présentait tous les jours, à des heures déterminées, des accès très douloureux. Un de ses amis, se rappelant le fait d'Elie, se couchait alors sur lui et chaque fois le malade passait d'un état très pénible à un indicible bien-être (5|.

De nombreux exemples prouvent que les émotions vives ont ce caractère commun d'augmenter l'écoulement de l'od. La princesse de Ligne, alors que son enfant était déclaré perdu par tous, se jeta sur lui et le couvrit de son corps comme en extase, pendant une demi heure, elle serra contr* son cceur jusqu'à ce qu'il revint à la vie (6). Le D' Després

(l)~Pii™. Hist. nal., VI.

(2) ViBoiu. Enéide XU, 402.

(3) KiDi». Vtrsueit eintr Dartlellung 4ea animaliaehen MagnetUmun, ^0.

(4) BoU, IT, (9-24.

i5) Exposé dei eui-e* opér4ei «n Pranee par le magTit'titmt ani~i mal. U. 141.

(5) Pcifteo. Rteherehe* phytiolaffigiitt tiir l'homme, SS.

NOTE h SIS

voyant su femme à l'agonie refusa de suivre ses amis qui' voulaient l'entraîner loin du lit, les pria de sortir, et une fois seul, se déshabilla et prit safemroe dans ses bras pour laréchautfer. Au bout de vin;ft minutes elle revint k l'existence et quelques j on rs après se trouva en bonne santé (I). La puissance magnétique du soufile cbaud s'explique de la mâme façon. Borelli raconte qu'un domestique, k son retour de la campagne, trouvant son maître sur le lit de parade et tousles préparatifs faits pour rinhumation, l'embrassa avec persistance et lui souffla dans la bouche jusqu'à w qu'il l'eût rappelé à la vie (2). Cohausen rapporte, d'après Grubeiius, qu'une femme qui venait d'accoucher pour la première fois avait été prise de syncope et était considérée comme morte. Sa fidèle servante accourut aussitôt, se coucba sur elle et lui Bonflla dans la bouche jusqu'à ce qu'elle revint à elle. Le médecin lui demanda d'où elle tenait ce remède extraoïiliuaire ; elle répondit qu'elle l'avait vu appliquer h Allenbnrg et qu'elle savait que les sages-femmes rappelaient souvent à ta vie de la même façon des enfants nouveau-nés qui passaient pour morts (3). Ce fait est pris dans un ouvrage de Cohauaen dont le titre rappelle une inscription sur marbre trouvée à Rome (4) et d'après laquelle un certain Clodius Hermippns avait vécu cent quinze ans et 5 jours grlce au souffle cbaud de jeunes filles — puellarum anhelUu — ; mais cette inscription ne nous apprend pas si ce Romain était le directeur d'un institut de jeunes flUes ou si c'est en imitant l'exemple du roi David, qu'il est arrivé à ce résultat. Les expériences de Beichenbacb {'A) et toute la bibliographie du magnétisme nous apprennent que le souffle, en raison de son origine dans les processus chimiques du poumon, constitue une source d'od importante. Les sensitifs constatent que leur souffle est lu-, mineux ainsi que celui des autres personnes (C). Hais comme

(Il FoiBBAc. Rapports et dlioussiotu, S72.

{i.) BoEELLL's. Cent. 3, observ. 58.

(3| CoHAusï». Von dtr seUe-aen. Art sein Leben durch das Anhauchen Junger MSdshen, bis anf H5 Jhare ju vei-lùngeiii. C. i.

(4) RiiHKBivB. Syntagmainsoriptionum antiquarum.

(5) Der sensiiive Mtnich. I, i6ô, 321, 387, f6) Rid., n, 359, 361.

276 1,'EXTËiiioniSATiOA db la sensibilité

l'émanation odique se fuit par toute la surrace du corps, la présence d'une personne bien portante sufritquelquefoispour donner des Torces à un malade. On a remarqué sur une mourante qu'elle retombait sut son lit pâle et sans respiration, comme une morte, chaque fois que son mapi, qui l'avait magnétisée jadis, quittait la chambre, et qu'elle revenait toujours à elle lorsqu'il rentrait. Le médecin pria instamment le mari de s'éloigner définitivement; il finit par obéir et alors la malade retomba et ne se réveilla plus (I)...

Du moment que le chimîsme organique est lié à une production d'od, il faut aussi que les eiicréla du corps humain — la mumie des paracelsistes -- soient chargés d'od. C'est probablement sur cette propriété que repose le si grand avantage, pour le nourri «son, 'du lait de femme etnon sur ce qu'il est chimiquement ditférent du lait de vache. Cofaausen raconte avoir traité un homme d^'é d'environ 60 ans qui épousa une jeune et belle femme, et qui.au bout d'uneannée de mariage, fut atteint d'une» fièvre chaude ". La jeune femme assurait que le malade ne prenait ni aliment, ni boissons; ni médicaments. et Cohauseii fut tout étonné de le voir revenir À la santé et même de se porter mieux qu'auparavant. Finalenieut la femme en question avoua que son mari buvait tons les jours de son lait, ce qui pour lui remplaçait toute autre nourriture. A ce propos, le mSme Cohausen rappelle ces paroles d'Agrippa r •< La nature a donné eut femmes un lait si fortillant qu'il est apte non seulement à nourrir les enfants, mais encore à les guérir, et même àgnêrir les adultes. Je suppose que c'est à cette circonstance que Salomon faisait allusion lorsqu'il disait r <■ Là où il n'y a pas de femme, le malade soupire s. Le lait de femme est souverain pour des personnes faibles et mahdes, et un moyen sûr de rendre la vie à celles qui sont près de mourir. Marsile Ficin dit de son côté : • L'arbre humain dessèche et périt après 70 ans, parfois aussi après 60 ans; il faut alors commencer à l'humecter avec du lait de femmes jeunes, pour lui rendre de la fraîcheur » (2).

Galien assure que, dans la consomption, les médecms grecs prescrivaient de boire au sein mËme le lait d'une nourrice jeune et bien portante; le résultat, selon lui, n'éiaitpasle même si l'on se contentait de leur donner ce même lait dans un récipient (1).

Maxwell dit: » Le remède universel n'est pas antre chose que l'esprit de vie multiplié dans un sujet approprié )> (2] et il ressort de tout son livre qu'il n'entend pas autre chose par là que ce que nous oppelons ma;;nétisme animal ou od. Mais si Tod extérieur peut, en agissant sur un organisme étranger, le ramener à la santé, il faut bien en conclure qu'il joue le même rôle dans l'organisme primitif, c'est-à-dire qu'il est le porteur, le distributeur, de la force vitale, et que la maladie fait invasion là où l'activité odique est absente ou du moins affaiblie. Paracelse dit que la maladie surgit dans les parties de l'organisme oii ne peuvent parvenir les esprits vitaux. Ainsi l'on s'explique aussi que, l'od étant pour les yeux des sensitifs un phénomène lumineux, les somnambules voient lumineuses les parties saines, obscures les parties malades, dans l'examen soit de leur propre corps, soit du corps d'autres personnes. Dès que le mouvement odique — l'Enormon d'Hippocrate — est entravé, le phénomène lui-même perd de son intensité.

On peut se rendre compte de l'action profonde et intime qu'exerce l'od sur l'organisme étranger, dans lequel il pénètre, par le sommeil profond qui s'empare des nourrissons, lorsqu'on magnétise la mère ou la nourrice dont ils boivent le lait [3). I.e D' Louyet ayant magnétisé une femme, celle-ci rentra chez elle et allaita son enfant ; celui-ci tomba dans un profond sommeil qui persista pendant vingt-qualres heures, et lorsque dans cet intervalle on l'approchait du sein, il faisait bien les mouvements de succion, mais sans se réveiller. Dans un autre cas, le même médecin fut appelé auprès d'une femme atteinte de fièvre typhoïde et arrivé au sixième mois

(t) Gaum. Mtlhodunmediyidi.m.C.U.

(2) MiiwELL. Medicina magnttiaa. II. Supplém.

(3) Du PoTBT. Joui-nat da magitèlUme. XVI, 5t

278 L'EXT^RIORISATIOn D8 LA SEKSIBILITË

lie la grossesse. Comme depuis dix ^ours elle ne sentait plus remuer son enfant, elle le crut mort et iJeux médecins la confirmèrent dons cette idée, vu que les battementB du cœur du fcetus étaient imperceptibles. Hais avant d'avoir recours

il des moyens extrêmes, oq se décida à appeler comme troisiëme médecin le D' Louyet. Celui-ci réussitàentendre quelques très faibles battements de cœur du fœtus au moyen du stétboscope. Il magnétisa la femme et aussitôt les battements du cœur, explorés par le stétboscope, furent reconnus ■ dix fois plus énergiques qu'auparavant (1).

Si un organisme sain peut fournir de la force vitale à un malade, si, en d'autres termes, la santé est contagieuse, la lo- '{ifique exige que l'inverse soit vrai également, que la maladie puisse être transmise par un agent malade, ce qui est établi depuis fort longtemps dans la littérature magnétique. Il ne saurait être question ici du transport d'un bacille, pas plus, dans le premier cas, d'un bacille de la santé que, i'ans le second, d'un bacille de la maladie. Il y a des bacilles dans tous les organismes, mais ils ne pullulentquedansceux qui sont affaiblis, et alors ils ne sont pas nécessairement cause de la maladie, mais plutôt effet. La médecine devra donc renoncer à chercher, dans tous les faits de contagion, le bacille nocif qui l'aurait déterminée. C'est qu'il existe une contagion odique sans bacille, et c'est ce genre de contagion qui s'observe dans la magnétisation, souvent même au détriment du magnétiseur. Du Potet afllrme qu'il lui est arrivé plus de cent fois, malgré la persistance d'une excellente santé, d'éprouver de la douleur physique lorsqu'il traitait des goutteux ou des sujets souffrant d'affections articulaires inflammatoires, d'être pris d'un mouvement fébrile quand il soignait des lyphiques. Une fois qu'il donnait ses soins à un cbolérique, il sentit ses propres entrailles se contracter spasmodiquement, mais sans douleur. Lorsqu'il traitait des sourds, c'était pour lui un signe de réussite de ressentir dans les oreilles de la chaleur et du prurit. Dans le traitement de la syphilis, il ressentait fréquement des douleurs osseuses assez intenses

(1) Ibid., XIV, 324, ^.

se soumettait & l'action de l'électricité et assurait que dans ces conditions son magnétisme produisait un eQet cent fois plus considérable (I). Arndt également se servait d'un appareil isolant, et sa somnambule affirmait qu'alors sa puissance .magnétique était bien plus grande, parce que le magnétisme ne s'écoulait pas aussiiAt dans le sol (2). L'action atteint son maximum d'énergie, paralt-il, lorsque le magnétiseur et le patient sont tous deux assis sur la planche isolée et communiquent avec une machine électrique en activité, au moyen de chaînes Huées aux pieds de chaque chaise {3). Il se produit toujours un accroissement de l'action quand le porteur de l'od entre en vibration, non seulement par l'électricité, mais eDcore par la chaleur et le son ; c'est pour ce motif que ' Mesmer utilisait la musique. Quant à l'action de la musique sur les malades, dont on ne veut plus rien savoir aujourd'hui ou dont on ne commence à reparler que timidement, l'on- .vrage de Kluge en parle eiplicilemenl et on y trouve une bibliographie sur ce sujet (4). Enlin, il faut observer que le véhicule d'od, de même que le porteur d'électricité, agit comme multiplicateur. C'est en raison de ce fait que nous voyons la loi de la diminution de la force en raison inverse du carré des distances céder le pas, dans les phénomènes occultes, par exemple dans la téUpatkie, à une autre loi, ce qui ne peut s'expliquer que d'une manière : c'est que la force mise en activité ne rayonne pas en tous sens, mais se transmet dans la direction que lui assigne la volonté.

D'après Hesraer les corps qui agissent le plus éuergiquem«it sur l'homme, ce sont ceux de leurs semblables. C'est pourquoi l'action du magnétiseur doit être aidée par des , sources vivantes d'od. Une somnambule conseilla à son magnétiseur de se faire lui-même magnétiser avant d'opérer sur elle ('J). Mesmer lui-même recommande de former une

(1) Raooji. Maçonnerie occulte, 46.

(2) Akiot. Beitriige su den durck den animal, betoirklen hrsoàeinuni/en, 135.

(3) Klugk. Versuch..., 39â.

(4) KiucE. Ibid., 398.

(5) E3:posé de difféi-entes cures. Supplément 10,

284 l'extériorisation i>e la sensiojlith

chaîne avec le plus (,Taiid nombre possible de personDes, dont l'une pose sa main sur le malade, tandis que le magnétiseur se tient à l'e-itrémitéde la chaîne (I). Ilufelanddit : >■ Lorsque la personne, qui se mettait en rapport avec moi pour maenétiaer la malade, une somnambule afflijîée de crampe», teniiit de sa main gauche la main droite de la malade et de sa main droite ma main gauche, pendant qu'avec ma main droite je touchais la main gauche de la malade, l'accès douloureux disparaissait immédiatement et on pouvait apprécier son bien-être par l'expression de sa physionomie etpar ses paroles {2). •' Deleuze recommande également la chaîne humaine et ajoute que, si l'on y emploie des personnes de )a campagne, ou fait bien de les engager ù prier Dieu en commun pour le malade, ce qui est un excellent moyen de soutenir leur attention et de diriger leur intention (3). On peut ajouter à cela — en excl'iant de prime abord tonte récitation mécanique de prières ou de litanies — qu'il y a un facteur moral, l'émotion intime et te désir de secourir, qui intervient puissamment; car le facteur psychique opi^re ici exactement comme, dans les adjuvants purement physiques, la vibration moléculaire; jpeut-ftre ne faudrait-il pas non plus uéghger ici l'intluence des puissances occultes appelée par la prière]. Dans le journal Hermès on lit : « Placez en cercle, de part et d'autre du malade, plusieurs personnes bien portantes qui ont foi diins la vertu curative du magnétisme et prennent intérêt au malade, et ne se prêtent pas & l'opération par simple curiosité. Ces personnes doivent se mettre en co[itact par les pouces, de sorte que la personne placée à la droite du malade le touche de la main gauche, et celle placée à sa gauche de la main droite, i.e magnétiseur doit former un des anneaux de la chaîne, et lorsqu'il veut faire des passes magnétiques, ses voisins doivent placer leurs mains sur ses épaules (i) », L'accroissement de l'action magnétique ne peut être décelée ici que par la sensation que subit le malade ;

(1) MBeasH. Aphoi-Umea, 302.

(2) HnnuicD. U^ber St/inpathie, It i;3) Diuczi. Inatruction pratique, (*) Hermès, 1, 85.

dans l'obscurité, elle est contrôlée par la vue des seiisilifs: « Si l'on place uu certain nombre de personnes, dit Iteichenbach.sur un mâme rang, de sorte qu'elles se tiennent toutes par les mains de même nom. on Terme une chaîne d'individus dont le dernier à gauche et le dernier à droite fournissent nn déf^a^jernent lumineux bien plus i^nergique que chez une seule personne (I) «,

L'idée qu'on se faisait, dans la première moitié de ce siècle, de la force vitale n'est plus soutenable. Une force qui forme le corps, le vivifie et le conserve, mais n'a pas de support matériel, pas de substratum physique, devait paraître de plus en plus suspecte, avec les progrès des sciences naturelles : ou Unit par la biffer totalement et on réduisit l'Iiomme à un problème de chimie, parce que le phénomène chimique est commun à la nature inorganique et à la nature organique et semblait le plus propre à expliquer la vie. Mais tous^l es efforts faits par le matérialisme pour expliquer les phénomènes ou fonctions jadis attribués à la force vitale, par les lois d'un échelon inférieur de la nature, laissèrent toujours un résidu inexpliqué et resteront aussi vains que. parexemple, la tentative de résoudre les problèmes de la stéréométrie par la géométrie plane. Nous ne pouvons donc nous passer de la force vitale pour expliquer l'homme, mais nous serons obligés de la rétablir en telle situation et sous une forme telle, qu'elle soit à l'abri des objections fort justes qui lui ontété opposées jadis. Mesmer et Reichenbach ont trouvé précisément le véhicule matériel de cette force mystérieuse dans l'od, et l'od est bien à la hauteur de sa mission qui est de fournir la solution du problème de la vie. Dans une vaste série de phénomènes, qu'on peut poursuivre jusque dans le domaine des cristaux, il nous apparaît comme formateur, organisateur et viviliant, même lorsqu'il est extériorisé et transféré sur un organisme étranger.

Vers la fin de son plus important ouvrage, Reichenbach a fait la comparaison de l'od avec les autres forces — ou <c dynamides », comme il les appelle — de la nature : lacha-

(1) RiiCHEiBiCR. Odiscke liegebenheilen, S7.

286 l'extériorisation db la sensibilité

leur, l'électricité, la lumière, le magnétisme, et montré combien plus prorondément que ces forces, l'od pénètre dans notre vie physique et psychique. « Si donc, dit-il, l'od pénètre si intimement dans la i>phère corporelle et spirituelle de l'homme, s'il participe visiblement et d'une manière péremptoire au fonctionnement de l'âme, il est. comparé à toute autre force, ostensiblement plus rapproché du principe de vie qui existe en nous. Et, il en est même rapproché à un si haut degré qu'il est dirticile, et même impossible, de tracer une ligne de démarcation entre le spirituel et l'odique. Ost cette fusion si intime entre les deux qui nous force <i poser ce problème ; « l'od est-il simplement un principe agissant sur notre principe spirituel, ou fait-il partie intégrante de nous? Est-il une simple composante de notre élément mental on une portion constituante de notre être spirituel? (1) ». lleichenbach ^oute que cette question nous place '< sur le seoil de choses élevées » : en elTet, il est facile de se rendre compte qne Reichenbach n'a écrit ni plus ni moins que la physique de la Toagie. II est entré dans ce domaine aussi loin que ses pi'>!misses le lui permettaient. 11 devança de beaucoup s«s contemporains en acceptant sans arrière-pensée les phénomènes du somnambulisme, et même celui des tables lonmantes ; il n'y voyait d'ailleurs pas autre chose que des phénomènes conformes aux lois de la nature comme tous les autres. C'est un chapitre d'nne psychologie et d'une physique inexplorées et qui ne peuvent être étudiées qu'en prenant pour point de départ l'od ou l'agent de nom quelconque qui lui est équivalent.

Pas de magie sans âme, car c'est l'action extra -corporelle de l'âme qui constitue la magie- Qne l'âme soit elle-même de nature odique, ou que l'od ne soit que le moyen d'union entre l'âme et le corps (alors le pèrisprit de spirites), Reichenbach laisse la question ouverte ; de toutes manières les fonctions animiques, les fonctions vitales aussi bien que l'exercice de la pensée, sont liées à des phénomènes odiques- Comme !a force vitale — ainsi que nous l'avons vu — peut s'extérioriser

(1) RuGBiBBAci. Der temitive Utniok. II. 707, 708.

gr&ce k l'od et être transportée^ il s'en suit que la peasée peut également être extériorisée. La transmiasion de ta pensée s'imposerait donc logiquement à priori, mâme ai l'expérience n'en avait établi la réalité.

La magie se trouve dès lors en possession de son discriminant nécessaire : l'action eitra-oorpo relie de l'àme repose oit bien sur l'extériorisation d« la force vitale, ou sur celle de ta pensée, ou enfin sur une combinaison de- ces modes d'activité daas les phénomènes où une chose pensée, une idée-image intense se trouve otgoniquement réalisée par la force vitale, comme dans le regard de femmes enceintes et h. production des marques chez les stigmatisées.

k SliDICATION PAB TBANSFEHÏ A DES ÊTRES VIVANTS

Ce genre de médication, est encore très en usage dans tes campagnes, et deux ouvrages ont été publién récemment sur Ta Zoothérapie par le D' Hocbletlen de Reutlingen, et le If Raoux, de Lausanne, On pourra consulter é|;alement le Traité expérimental de magnétisme par M. Durville (tome II. pp. J 63-182)

La Zootfaérapie, a été recommandée plusieurs fais par les somnambules. Dans le tome IX des Archives du magnétisme tmmal{p. lo3), on voit que, durant le traitement de la veuve Petersen par le D' Bendsen, il arriva deux fois que son chien eut, dans les jambes de derrière, des crampes qui ne le quittèrent qu'après plusieurs heures. La malade déclara au médecin pendant son état somnambulique que le chien avait été infecté par elle. Là-dessus, Bendsen lui demanda s'il serait possible de transférer à volonté ses crampes sur un animal : « Il faudrait, répondit-elle, que mon propre chien, qui se trouvant toujours en contact avec moi partage mes eflluves, fSt magnétisé en mém« temps que moi et qu'il fût mis alors nt contact avec mes mains et mes pieds. Dans ce cas, ma crampe passerait sur lui, mais cela ne réassirait pas avec an

288 l'bxtùhiorisation m la seNsiBii.iT£

'autre chien. Le mien, au contraire, reste tantôt sur mon lit tantôt sur mes genouï ; je le caresse et lui miclie quelqaerois le pain dont je le nourris ; tout cela le met arec moi dans un rapport de magnétisme animal très intima. »

Elle ne voulut pas permettre au docteur d'espérimenter dans ce sens, mais îl lit l'expérience avec un nuire malade : K Pendant l'hiïer de 1819. Je fis l'expérience sur un autre malade soulTrant de crampes et j'employai un chien étranger. Je le mis aux pieds de la malade sans le magnétiser, et le chien eut beau se débattre, les crampes le saisirent. Il tournait les yeux, tordait la bouche et crispait les pieds tout à fait comme le faisait la malade quand les crampes saisissaient ses bras et ses jambes. Hais, après deux minutes, il se mit de nouveau à courir dans la chambre en cherchant à se cacher. »

La veuve Pelersen conseilla un autre jour à son docteur de lui faire appliquer de la viande fraîche contre le mal de tète. Il le fit plusieurs fois avec succès, puis donna la viande soit à son chien soit à un chien du voisinage; chaque fois ces animaux devinrent malades de la même maladie.

Le 1>' Huiler employait à cet elTet des pigeons. J'ai entendu dire, à des médecins qu'ils s'étaient servis avec succès de ce procédé après avoir préalablement éventré l'animal, et que la viande ainsi appliquée se corrompait très rapide-

Le D' Ochorowici a recueilli des témoignages semblables.

" On m'a raconté, dit-il. plusieurs faits de guérison surtout dans les maladies rhumatismales, accomplis uniquement par contact des personnes ou même des animaux jeunes et sains. Dans un cas trop extruordinaire pour être cité comme preuve, les poules ont servi de remède et elles sont mortes après avoir (luéri le malade ! Je ne mentionne ce fait que pour attirer l'attention des observateurs sur ce qui se passe tous les jours dans les campagnes, et que les médecins ont peut-être tort de dédaigner. >. (De la suagestion mentale, p. 220.)

C'est ce que disait aossi le célèbre D'Hufeland (1762-1839), qui fut longtemps directeur de l'Académie militaire de médeeine et de chirurgie à Berlin : « En observant l'effel produit par l'exposition des animaux fraîchement tués sur le* membres paralysés et des animaux vivants sur les parties

douloureuses, il parait qu'on ne devrait pas repousser cette méthode thérapeutique, « {L'Art de prolonger la vie, léna.

Les sorciers modernes du Béani emploient encore le procMé de la transplantation.

lis guérissent certains maui, comme les douleurs, les rhumatismes, la Hèrre, par les remèdes vivants. Pour cela, ils recommandent au malade d'embrasser un arbre à pleins bras, en prononçant les paroles suivantes... La transmission de la maladie à l'arbre se fait généralement très bien, il faut les en croire. Ils prescrivent de mettre de jeunes animaux (chiens plus particulièrement) sur le lit des rhumatisants et au contact avec les membres atteints. L'animal prend le mal à un moindre degré que l'homme et le cède aitx plantes quand il pénétre dans les prés.

Le Journal du magnétisme {tome XV, p. 337) a raconté le lait suivant qui réunit loutes les variantes du phénomène de la tran^lautation.

Une jeune fllle, mademoiselle A. V..., somnambule, prise de jalousie pour une autre somnambule, sa rivale, quitta brusquement le salon d'expériences de son magnétiseur. Soit l'eiïet de la saison, soil chagrin, mademoiselle A... tomba gravement malade ; une fièvre violente la dévorait depuis plus de trois semaines, tout remède fut impuissant à la sauver et elle répétait sur son lit de douleur à sa famille navrée : « Oh ! il n'y a que H. G... qui puisse me guérir ; mais je l'ai blessé en le quittant — Et moi, je suis convaincu, répandit son frère, qu'il viendrait... » M. G. n'hésita pas une minute. — Il trouva la malade en proie à une lièvre intense, et la transpiration avait inondéjusqu'au second matelas. Il la magnétisa avec foi, force et charité. La jeune fille se trouvant un peu calmée, H. G. avisa sur la fenêtre une magnifique plante de chanvre. ■ Tenez- vous beaucoup à ce chanvre ? dit-il à la mère. — Moi, Uonsieur,.je ne tiens qu'à la santé, à la vie de ma fille I » J9

290 L'KXTËtUOilISATIOn DB LA SBN^lBCLlTi

Alors H. (■ .., s'avaDçaat vers la fenêtre, s'approcha du chanvre, et dégagea sur lui tous les miasmes morbides qu'il avait puisés auprès de la malade. Le lendemalu, nouvelle magnétisation sur la jeune fille, dont le mieux était déjà tort prononcé ; le cil an vre avait pris une teinte jaune. Le jour suivant, mademoiselle A... est tout ù Tait bien; ce même jour, le chanvre est desséché comme si la lave d'un volcan avait passé parla. Le lendemain, la malade était guérie et le chanvre mort ! Madame V. dit au magnétiseur : « Tenez, Monsieur, je vais arracher ce chanvre, à quoi bon garder une plante morte? — Non, Madame, de grâce, inlerrompit M. C..., laissezmoi faire mon expérience. • Alors, le magnétiseur s'approcha, du triste chanvre, dont la tige jaune était inclinée, et dont les feuilles criaient sous les doigts comme les feuilles mortes en décembre crient sous les pieds qui les froissent. Il se mit à magnétiser la plante défraichie en sens inverse pour la dégager de tous les miasmes pestilentiels dont il l'avait saturée. Puis, il se fit donner un vase d'eau, qu'il magnétisa aussi pour lui donner une vertu bienfaisante, et en arrosa lentement, cornplaisamment, le chanvre flétri, ignorant ce qui en pourrai trésulter. Le lendemain, les tiges étaient relevées et les feuilles mortes commençaient ù se détacher. Le troisième jonr, toutes les vieilles feuilles étaient tombées, et le chanvre avait reverdi. Le quatrième jour (et la malade était parfaitement guérie), la plante était admirable et luxuriante d'une repousse de branches et de feuilles pleines de vie et d'ardeur. — Malade moi-même, et charmé de ces faits, continue le narrateur, je me suis empressé de me procurer deux plantes, que M. G..., a aussi magnétisées avec le fluide et la volonté de transplanter le mal. Ma tête se dégage, ma lièvre diminue, mais, en revanche, le bégonia discolor incline ses feuilles jaunissantes, le rosier est grillé comme s'il eût été victime d'un incendie, et j'ai la cruauté d'assister avec plaisir aux derniers moments de mes deux fleurs désignées à là mort.

Lk SÏHPATB1B AVX G

Extrait de La vie après la Mort par J. Baissac.

Comme exemple de transfert de la sensation, en dehors de toute participation de la volonté, nous pourrions citer celui d'un malheureux, roué vif au dernier siècle, dont la pauvre mère, à plus de 15 lieues de distance de là, sentit sur ellemême tous les coups que recevait son enfant, au moment où on les lui donnait ; l'histoire nous a été racontée, il y a longtemps, par un homme des plus vénérahles, fils d'un honnête conventionnel, député du Lot, qui avait été Juge en l'affaire.

Les Proceedings abondent en faits de genre analogue, tous publiés sous la garantie de la Société. En voici un des pins caractéristiques, qui lui a été communiqué par M. le professeur Rnskia :

Brantwood, Coniston, le 27 octobre i883.

K Je me réveillai en sarsaut, sentant que je venais de re- « cevoir un fort coup sur la bouche, et avec le sentiment très « net que j'avais été coupée et que je saignais au-dessous de « la lèvre supérieure; je pris aussitôt mon mouchoir de poche, « que je pressai par un petit coin contre la partie souffrante. " Je m'étais mise sur mon séant, et, au bout de quelques se- « coudes, quand je retirai mon mouchoir, je fus étonnée de " ne pas y voir de sang. Je me convainquis alors seulement « qu'il était impossible que j'eusse été froppée, et, comme • j'étais tout à fait endormie dans le moment de la sensation, a je crus que ce n'était qu'un rêve. Je regardai àma montre, ■< et je vis qu'il était 7 heures ; m'apercevant qu'Arthur (mon u mari) n'était pas dans la chambre, j'en inférai (avec raison} V que, comme il faisait beau, il devait être sorti pour une

292 L'EXTËRiaRISATIOfl DK LA SBnSIBILITË

« promenade matinale en canot sur le lac. Je me rendormis « donc. A déjeuner, vers fl heures et demie, Arthur revint, « un peu en retard, et je remarquai qu'il s'était assis àdessein « un peu plus loin de moi qu'à l'ordinaire, et que de temps

■ en temps il portait furtivement son mouchoir à la lèvre, H exactement comme je l'avais fait: «Arthur, lui dis-je, * pourquoi faiteS'Vous cela 1 n Et j'ajoutai, un peu inquiète : «Je sais que vous vous êtes fait du mal, mais je dirai en- H suite comment je le sais. — Eh bien 1 dlt-i), comme je na- « viguais, une rafale soudaine arrive, qui fait tourner la barre

■ du gouvernail, je reçois un vilain coup de barre à la bouche, i[ au-dessous de la lèvre supérieure ; le sang a coulé en assez c grande abondance, et j'ai dû arrêter. — Saveï-vous, repris- « je, quelle heure il était quand la chose a eu lieu ? — Il Il pouvait, répondit-il, être environ 7 heures. » Je racontai a alors ce qui m'était arrivé, à sagrande surprise et à celle de « tous ceux qui étaient à déjeuner avec nous. C'est à Brantn wood, il y a trois ans environ, que la chose se passa. »

La lettre qui précède est signée Jean R. Severn, Elle est suivie d'une autre du mari de cette dame, de M, Arthur Severn, un paysagiste distingué, qui la conllrme dans tons ses détails.

Au premier des deux faits de suggestion ou transfert de sensation que je viens de rapporter, on objecterapeut-être que la mère du malheureux supplicié, sachant la condamnation de son (lis et s'attendant à ce qui arriva, put subir en la circonstance le contre-coup de son imagination. Je ne me rappelle pas que, dans le récit qui me tut fait de l'histoire, on m'ait dit que celte mère, qui, pourtant, était à IS lieues de là, ignorât ce qui devait avoir lieu. La concentration de l'attente comptée parmi les causes qui peuvent déterminer l'extase, la catalepsie, l'hypéresthésie et la plupart des états que l'on connaît, pourrait, si elle ne l'ignorait point, expliquer sa propre torture, comme elle explique les stigmates avérés de beaucoup de saints, saint François de Sales dit de ceux de saint François d'Assise : <t Son àme, amollie, atten- « drie et presque toute fondue en son amoureuse douleur, « se trouva par ce moyen extrêmement disposée à recevoir

fl les impressions et marques de l'amour et douleur de son « souverain amant. Car la mémoire estait toute détrempée << en la souvenance de ce divin amour, l'imagination appliquée « sûrement à se représenter les blessures et meurtrissures « que les yeux regardaient alors si parfaitement bien eipri- • mées en l'image présente ; l'entendement recevait les es- " pèces infiniment vives que l'imagination lui fournissait, el < enfin l'amour employait toutes les forces de la volonté pour " se complaire et conformer à la passion du bien-aymé, dont I par quoi l'ime sans doute se trouvait toute transformée en >c un second crucilix. Or, l'ime comme forme el maîtresse du ( corps, usant de sou pouvoir sur iceluy, imprima les dou- « leurs des playes dont elle estait blessée es endroits corres- « pondants à ceux èsquels son amant les avait endurées. ■ L'amour est admirable pour aiguiser l'imagination, alin « qu'elle pénètre jusqu'à l'extérieur (1| ».

Mais le second fait, celui de M"" Severn, se refuse à toute explication de ce genre ; ici, la sensation s'est transmise d'ellemâme, indépendamment de la volonté de l'un comme de l'imagination de l'autre.

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