‹ L'Extériorisation de la sensibilité: étude expérimentale & historiqueChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'ENVOUTEMENT

Les expériences que je viens de rapijorler ont certainement rappelé à l'esprit dii lecteur les vieilles histoires de figurines de cire qu'on transperçait avec des épingles, dans la croyance que les blessures ainsi laites sur l'image se répercuteraient sur la personne qu'elle représentait.

Cette pratique, quelque absurbe qu'elle paraisse, remonte aux premiers âges de l'humanité et se retrouve dans tous les temps comme dans tous les pays ; il est donc extrêmement probable qu'elle tire son origine d'un fait bien réel et relativement assez fréquent (1). 11 est plus certain encore

(!) • Il sera démontré, a dit Xavier de Malstre, que les traditions antiques sont tontes yraies, que le paganisme entier n'est qu'un systëme de vérités corrompues et déplacées, qu'il s'agit de les nettoyer pour wnsi dire et de les remettre en place poui' les voir briller de Iflus leurs rayons. »

Ajoutons que, suivant la remarque de Bacon {De secr. op. artU et nafura. cap. I). les premiers possesseura de ces secrets surchargèrent d'accessoires futiles et mensongers l'expression des fmts réels afin de cacher les découvertes des images il une multitude Indigne de les connaître.

i|ue l'imagi Dation des hommes naturellement portée vers le merveilleux a promptement transformé ce phénomène primordial de mille façons différentes (1).

Ce sont ces variantes que je vais d'abord rechercher.

Le Père Charlevoix visita l'Amérique centrale au commencement du xviii" siècle ; il rapporte que les Illinois [ont de^e/î(s marmousels pour représenlcr ceux dont ils veulent abréger les jours, et qu'ils les percent au cœur.

l'n autre missionnaire, le Père Garcia, trouva une cou-

(1) Voici un exemple de ces tranfiformations. I* D' A. Le>^6, rendant compte de mes expériences dans une chronique qui a fuit le tour de 1(1 presse, s'exprimait ainsi :

• Il n'y a pas longtemps. M, de Itochaa, admiiiidtraleur de l'École polytecliuique, avait groupé quelques personnes auxiiuelles il voulait démontrer d'une façon presque palpable le pliénomèue de l'envoi^Umcnt au moyeD-àge. Dans ce but. il avait apporté une poupée ■le cire, et, ii l'appui de sa tliéorie, ilavita une de ses audUriaet et <li'i!lara que la personne désignée par lui d ce même moment resnentirait l'impi-ession des manipulations qu'il ferait subir à la poupée. En ellet, il traversa à plusieurs reprises le cceur et les bi-os de la figurine, et M^^ X. éprouvait les senBtilions de ces attoul'Iiements d'une maiiiËre proportionnée au degré de volonté que l'ej;périmentateur mettait dans soii action.

« L'expérience terminée, tout le monde se leva (i l'exception de M""^ X„ demeurée un peu à l'écart. L'une des spectatrices prit curieusement l'objet dont s'était servi M. de lloclius et le retourna dans tous les sens.

> On. entendit alorsM°>< X. murmurer plaintivement ; • Vous n'avez donc pas encore fini de me faire souffrir *... •

l.c lei^ur pourra juger, par la suite de ce chapitre, de la différence iifflnense qui existe entre la réalilé et te rédt. Et cependant il s'agit d'un fait qui venait de se passer très ouvertement, dans la juème viUc : le D' Légué ne devait clierclier qu'à dire la vérité et jins du tout à inspirer de la terreur pour un pouvoir occulte, ce qui était au contraire le but des sorciers d'autrefois.

l'envoctbmekt 79

lume analogue aux îles Marquises. Le sorcier prend lie votre salive, et, l'enveloppant dans une feuille d'arbre qu'il coiiaerve avec lui, H devient maître de votre corps et de votre esprit.

Le Père Léon-Marie Guerrin, sous- procureur de la Grande Cliartrense. repondant h une question que j'avais posée à Vlntej-^mdiaire des Chercheurs et des Curieux, écrit ceci :

Durant les trois années (iSOi à 1807) que j'ai passées en Chine, à Konai-thao, province de Canton, j'ai souvent entendu de vieux chrùliens me parler de procédés r«usislanl à faire mourir des personnes à distance an moyen de figuriniis de terre, de très petites dimensions (roprésentant ordinairement des porcs), que l'on dispose sur des tomlies ou dans des maisons, après que les figurines ont reçu une sorte de liénédiclion de la part des bonzes.

MS' Cliourry, prélet apostolique du Kouang-sy (Ciiine), a bien voulu me taire connaître une pratique analogue encore en usage dans le Kouang-sy et le Kouang-fong.

Une personne s'cst-elie évadée d'une mdson sans (lu'oii puisse savoir ce qu'elle est devenue, im voleur a-t-il réussi à s'esquiver de la mûme tatou avec les otijels soustraits : il suffit, Bssure4-on, pour taire revenir le sujet, de découvrir sen traces physiques sur te sol et d'appeler un bonze, non le premier venu, mais passé maître dans la partie. Celui-ci, après forces simagrées et invocations aux esprits, et après avoir aspcruc de saii'j de chien les traces des pieds, y enfonce à coups redoublés un tronçon de bois ou de bambou et inflige ainsi, prétend-on, à l'individu des coliques et des douleurs d'entrailles d'une intensité exln^me, tout en excitant en lui un tel besoin de revenir à son point île départ aveela persuasion d'obtenir ainsi sa délivrance, qu'il n'a plus de repos qu'il ne se soit exécuté en rapportant même, s'il s'agit

SO L'EITËRlaRISATIO^ DE LA SENSIBILITÉ

d'un voleur, les objets qu'il avait enlevés. Aussitôt revenu, il recouvre son étal normal.

L'immense disproportion entre les effets et la cause (d'un cAté une cause en soi ineflicace opérant ainsi à des distances indéterminées tant que les traces pht/siques Testent apparentet (te l'autre des douleurs intenses avec le besoin pour le patient de revenir à son point de départ pour se délivrer), la profession de l'agent qui est un prêtre d'idoles, la circonstance d une spi cialilé réservée & certain sujet de préférence à ses collègues les pratiques superstitieuses qui accompagnent l'opération : tout semble indiquer une intervention diabolique, et telle est sur ce point l'opinion universelle dans le pays.

Dans la Nouvelle-Calédonie, chez les Cana<iucs, « les sorciers sont envoulteurs. Leurs pratiques sont des plus simples. Un sacrilice dans le cimetière, quelques motneries dont on se presse d'avertir la victime désignée pour l'effrayer, et elle tombe malade. On dit alors qu'elle est mangée. J'ai pu constater trois lois des morts arrivées dans ces circonstances et que les noirs ne manquaient pas d'imputer aux pratiques mystérieuses du sorcier, mais que j'ai toute raison de rapporter à des tumeurs pro^'enant peut-être d'un régime exclusivement végétal. » (Patouillet, Trois Ans en Nouvelle-Calédonie.- Paria. Dentu, 1873, p. 201,

Un article publié en Janvier 1863 par la Reoue des Deux Mondes, fous le titre la Chasse aux têtes, {p. 154) parle d'une vieille sorcière de Bornéo qu'on accusait d'avoir tait périr «me jeune femme « en façonnant une image de cire qu'elle exposait chaque matin devant un feu doux. A mesure que relfîgie s'en allait fondant, la lemme Lia, la rivale condamnée, de plus en plus pâle, de plus en plus fiévreuse, languissait et se londait elle aussi. »

Voici encore ce que rapporte le D' A. Cobrb {Nos créoles.

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Paris, Savinc, 1890, p. 123) en parlant des Antilles fran-

... Quelques vieilles commères (mulâlressea ou négresses) conimiseent mieux que cela. Elles pratiquent l'en voA tentent, mSis un envoûtement simplilié et d'après un procédé bien local. L'anoU, ce petit lézard vert, si gracieux, si alerte, qui s'étale et court an soleil, sur les arbres ou les savanes de nos colonies, i-emplace l'image de cire de nos aïeux ; on le ficèle dans des liriniborions d'étoffe ou de papier qui doivent rappeler le costume de la victime et, sur ce représenlaut forcé de la personne offerte aux génis infernaux, on déclame les conjurations d'un rituel fantaisisle. Toutefois, ce nouveau chargé d'imprécations n'est point talalement condamné à la mort, pas plus que la créature humaine dont il usurpe bien malgré lui la place. Il s'agit souvent de paralyser certaines volontés ; c'est un mode inédit de suggestion mentale h longue distance. Deux négresses, itia suite d'une dispute accompagnée de coups <le poings et de coups de dents, sont appelées devant le tribunal correctionnel. Pour prévenir les effets d'un rÉquiaitoire qu'elle a de sérieux motifs de redouter, l'une des prévenues exécute un grand jeu. Quatre anolis, ^coiffés d'une petit* loque de magistrat, sont enfermés dans une bouteille ; le plus gros a la gueule ficelée : c'est le procureur, qui ne pourra prendre la parole au moment psychologique, car on a muré langue U (on lui a amarre, attaché la langue)...

En 189b, le successeur de Béiianzin sur le trône du Dahomey ayant eu à se plaindre des Français, ne trouva rien de mieux que de les faire envoûter par un léticlieur tsaoussâ. Ce dernier fabriqua une pâte particulière qu'un outre sorcier devait enterrer dans le camp des Français, aux endroits où les blancs passaient de préférence. Le féticheur en sous-ordre prit peur et nosa aller commettre son forfait, n vint tout raconter au capitiùne du poste menacé ; interrogé par a les blancs » sur l'action qu'aurait dij produire le maléfice, il répondit : « A chacun de vos pas sur la dite

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pâte, dMU^ée de vosa représenter, il devait succéder pour vous un grand malaise, puis à brève ccliéance, la mort. >• (D' J. Rbo.vallt. — La sorcellerie, 1897, p. 18}.

Aux îles Marquises on cherchait à s'emparer de la salive lie la personne à qui l'oa voulnit du mal ; oa l'enveloppait dans une Eeuille d'ari)re et on devenait ainsi le maître de sa santé et de sa vie (ibidem, p. 25).

M. Leclère, dans un article de la Revue Scientifique snr

la Sonjelterie chez les Cambodgiens (2 février 1895), s'exprime ainsi.

Oh dit qu'il y a des sorciers qui savent fabriquer (tes rwps ou statuettes de cire qu'ils nomment du nom de la personne qu'ils veuteut blesser on tnet, pnis gu'il la percent, en prononçani des paroles magiques, avec un eoulcau. Alors, me r»conte-t-on, la personne que représente la slalnclle esl blessée on luce à l'instant même où la statuette est percée par le sorcier.

D'autres font une statuette en cire, la nomment, pnis la placent dans un endroit que visitent les rayons du soleil. Alors, à mesure que s'allèrent les Iraits de la statue, s'oltùre la sanlt de la personne qu'elle reprijsente et dont elle a reçu le nom. Quand cette statue cesse d'en être une, la personne meurt,

M. Errington de la Croix m'a raconté que des coutumes pareilles existaient en Malaisie Voici eucore quelques laits rapportés par d'autres voyageurs.

Cliex les Polynésiens, pour faire du mal k un ennemi, on se procurait quelque chose lui ayant ^porlenu. une mèche de cheveux, un morceau de vêtement, un peu de ses aliments, etc ; sur ces objets on récitait certaines formules, puis ou les enterrait. iTïLon, Sew Zcetand and ils inhabilanls).

Cliez Les Tasmaniens qui habitaient la terre de- Van Diémen et dont la race est éteinte aujourd'hui « la sorceUerie était encore dans l'enùmcc ■ on ne cite qu'une seule pratique do magie en usage paimi ces Mélanésiens, c'était une sorte d'en -

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voùtemeut. Pour le pratiquer, il suffisait de se procurer ua objet quelconque ayant appartenu ù un ennemi, d'envelopper cet objet de graisse et de l'exposer ou feu. La sanlé du propriélure de la chose ainsi Irai ti'C devait décliner au fur et à mesure de la fusion de la graisse ». ( Lëtournkau — L'évolution religieuse dam. diverses races humaines 1892, p. 30).

« C'est pour l'AusIrolion nne grosse affaire que de livrer partie de sa chevelure. Il croit «fue tout homme qui possède une mèebe de ses cheveux a le pouvoir de le foire mourir ; et l'on me cite des cas oii la personne, qui se croyait envoûtée par ce moyen, a poursuivi pendant des mois sou persécuteur imaginaire jusqu'à ce qu'elle l'eût atteint et tué. »

(D. Ceabriv. Su' mois en AusTraJte ; Tour du Monde, 1880, T. 92.)

Les anciens rituels de l'Egypto font souvent allusion h l'Envoûtement (1), et M. Lenormand en a retrouvé la trace chez les Assyriens. Dans son livre sur la Magie des Chaidéens, il reproduit uue gr-ande tablette provenant de la bibliothèque du palais royal de Ninive et contenant une suite de vingt-huit formules d'incantation déprécatoiro contre l'action des mauvais esprits, les accidents elles maladies. Le tout forme une longue litauie qui, divisce en paragraphes finissant tous par la même invocation sacramentelle, se récitait probablement, comme nos litanies actuelles, à l'heure des prières.

Voici le sixième \erset :

Celui qui forge l'image, celui qui enchante, la face

li) UxanKi, HUtoii-e ancienne d-ti peupîea d'Ot ient 137, 142.

Le mot Envoûtement vient soit du vieux fniD(;ai3 volt ou vout, image (ou/lit! en latin), soit du verbe latin looei-e, vouer. Dans Tibulle et dans Ovide, decovert sigiiifiu soumelire à des euchantuments, envoûter.

malfaisante, Cœil malfaisant, la langue malfaisante, la lèvre tnal faisante, la parole malfaisante.

Ksprit du Ciel, souviens-t'en ! Esprit de la terre, souviens-l'en !

Si nous passons aux Grecs, nous trouvons un texte de Platon :

Il y a parmi les hommes deux espèces de maléfices dont la distinction est assez embarrassante. L'une est celle que nous venons d'exposer nettement, lorsque le corps nnit au corps par les moyens naturels. L'autre, au moyen de certains prestiges, d'enehantemonts et de ce qu'on appelle ligatures, persuade à ceux qui entreprennent de faire du mal aux autres qu'ils peuvent leur en faire par là, et à ceux-ci qu'en employant ces sortes de maliSfices on leur nuit réellement. Il est bien difficile de savoir au juste ce qu'il y a de vrai en cela ; et, quand on te saurait, M ne serait pas plus aisé de convaincre les autres. Il est même inutile d'entreprendre de prouver à certains esprits fortement prévenus qu'ils ne doivent pas s'inquiéter de petites figures de cire qu'on aurait mises ou à leur porte, ou dans les carrefours, ou sur le tombeau de leurs ancêtres, et de les exhorter à tes mépriser, parce qu'ils ont une foi confuse à la vérité de ces maléfices... Celui qui se sert de chai'mes, d'enchantements et ije Ions autres maléfices de cette nature a dessein de nuire par de tels prestiges, s'il est devin ou versé dans l'art d'observer les prodiges, qu'il meure ! Si, n'ayant aucune connaissance de ces arts, il est convaincu d'avoir usé de maléfices, le tribunal décidera de ce qu'il doit souffrir dans sa personne ou dans ses biens. (Lois, liv. XI, Iraduction de M. Cousin, t. VIII, pp. 524-323.).

On connaît la réputation des sorcières de Thessalie, qui causaient l'impuissance et une mort lente en perforant cliaque jour avec une aiguille l'image en cire de la personne ù qui elles voulaient nuire.

Ovide rappelle cette coutume dans ses Héroïdes, à propos de Médée.

L K.^volITEME.^T 85

Devovet absentes simulacraque cerea fingît Lt mUeruni tenues in jecur ui^et hcus (1)

(EpisL. 6 ; HijpsipUa, v. 91 et 92.)

De même Horace dans ses satires :

Lanea et elfigies erat, altéra cerea : major Lanea, quœ pœnls compesceret înleplorem; Cerea supplici ter gtaliat. servilibus ulque Jam peintura modis ^3)

(Liv. 1", Sat. 8, V. 29-33.)

La tradition de ce maléfice se conserva parmi les peuples chrétiens, aussi bien de l'Occident que de l'Orient, mais il s'y compliqua souvent des pratiques sacrilèges qui, dans l'esprit de leurs auteurs avaient, pour effet d'abord d'augmenter par l'administration des sacrements la ressemblance de la figure avec la personne visée, puis de l'éjouir et (l'e.tcirerle zèle du démon, qu'ils appelaient à leur aide, par la pi-ofanatiou des espèces consacrées.

On peut consulter à ce sujet TertuUien (3) et l'histoire byzantine ainsi que les écrits de la plupart des jurisconsultes et des exorcistes du .wi' siècle tels que Delrio, Alphonse de Castro, Le Loyer (4).

(1) Elle envoùle les absents ; elle Fabrique des images de cire et pique le toie des malheureux avec de fines aiguilles.

(2) Il y avait aussi une poupée de laine et une de cire ; celle de laine, plus grande, semblait devoir cMtier l'autre ; celle ilc cire ee tenait eu posture suppliante, comme prête à roounr d'une manière misérable.

l3i De Speetac, ch. x, p. 90; De Resurreclione narnis, eli. xti.

80 l.'liXTÉKIOBI.SATIOn UB LA SENSIBILITÉ

Un des exemples les plus souvent cités est celui de Diiff, roi d'Ecosse, qui succomba tout desséché, par suite des manœuvres magiques d'uue sorcière qui [(usait fondre tous les jours sur un brasier une statuette en cire de ce prince ; je vais donner quelques détails sur des cas choisis à diverses époquf^s et puisés à d'autres sources.

Sous ic règne de Louis X, Enguerrand de Marigny, garde du Tri'twr, fut arrêté sous TiiiculpatioD du crime de concussion et d'altération des monnaies. Le roi était disposé à le traiter avec modération, lorsque ses ennemis, déterminés n le perdre, rapiK>rtèrent à Louis X • qu'un nécromant de profession, h la sollicitation de la femme et de la sœur d'Ënguerrand, uvait fabriqué certaines images de cire à la ressemblance du roi, du comte Charles de Valois etdautres barons, afin (le procurer par sortilège la délivrance d'Enguerrand et dp jeter un maléfice sur lesdits roi et seigneurs ; lesquelles imiigcs maudites étaient en telle manière ou\Tée9, que, si longuement elles eussent duni, lesdits roi, comtes et barons n'eussent chaque jour fait qu'amenuiser, sécher etlanguir jusqu'à la mort {!). » Pour donner quelque poids à ces allégations, on montra au roi des figures percées et sanglantes que l'on nssura avoir été trouvées chez le nécromant. Louis X, épouvanté, consentit ù la condamnation de son favori, qui lut pendu à Monttaucon.

Kn 1317, Jean XXII, second lepe d'Avignon, écri'iTiit que

des rois de France contre ce genre particolier de sorcellerie : 7i2, Ordonnance de Chilpéric III ; li'iO. On), de Charlt» VIII ; 1560. Ord. de Ciiarles IX; 1569. Édit d'Ucnri UI ; 1G28, Ord. de Louis XIII ; 1673, Ord. de Louis XIV.

C est la peine de morl qui êlait ordinairement prononcée contre les coupables.

(i; Chronique de Saint-Denis.

L'EilTOCTBHBnT 87

ses eniKims avaient voulu l'envoûter : « Les magiciens Jacques dit Brabaoçou et Jean d'Amant, médecin, ont préparé des breuvages pour nousempoisonBCr, noos et queues cardinaux nos frères ; et, n'ayant pas eu la commodité de nous les faire prendre, ont fait des images 4e cire tous nos propres noms pour attaquer notre vie en piquant ces images. Mais Dieu noua a préservés et a (ait tomber entre nos mains trois de ces images diaboliques. » (Bibl. arc/i. hist. Tarn-et-Garonne, t. IV, 2' trim. 1876.)

En 1333, Robert d'Artois fut accusé, entre autres crimes, d'avoir essayé d'envoûter la femme et le fils de Philippe VI de Valois. On lui fit nn procès solennel dont toutes les séances furent tenues en lit de justice au Louvre et présidées par le roi lui-même aasisbj des pairs et des plus grands persoonagea du royaume.

Les pièces originales de ce procès existent encore au Trésor des Chartes (1) ; des copies en ont été en outre conservées dans le manuscrit n° 18437 (ancien fonds Saini- Germain) de la Bibliothèque nationale. Elles ont été reproduites dans nn certain nombre de mémoires Iiistoriquea, entre autres dans celui que Lancelot a inaéré au tome X des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

(Il Le Trésor dea Chartes est te loiiits proprement ilit des archives royales de France, de Philippe-Auguste ^Charles IX, Actuellement U fait partie intégrante des Archivesnalionales, dont morme la série J. 11 ee snhdtvise : en cartons dénommés Layettes soub la cote 1 qvi contiennent les parchemins et papiers constituant des pïiîces originales ; et en rogistres sous la cote JJ.

Les pièces relatives au pn>c^ de Robert d'Artins sont oomprùes dans le registre JJ. 30 (de 13^ h i331j et dans les lavettes J. «M et 440.

Les Archives nationales contiennent encore, en dehors du Trésor des Chartes, une section judiciaire où l'on a réuni drme des regialres les docninenl» relatifs aux procfes les plus célUires. Celui de Bobert d'Artois occupa à lui seul trois registre» U. S16-3tâ.

88 i.'extébiobisatio.\ de i.a SK^ï^l^1LlTÉ

C'est àcc dernier ([ne nous empruntons le doeumeut suivant dont nous avons légèrement modifié l'orthograplie pour le rendre plus compréliensible,

A quelques jours de là, c'est-à-dire entre la Saint-Remy et In Toussaint de la môme année 1333, frère Henry (I) fut niBiid<' par Robert qui, après beaucoup de caresses, débuta par lui faire derechef une fausse confidence, et lui dit que ses amis lui avaient envoyé de France un roU ou votist « que la reine avait fait contre loi. Frère Henry lui demanda ^< Quest-ce que vomt ? — C'est une imago.de cire, répondit Robert, que l'on fait baptiser, pour grever ceux que l'on veut grever. — L'on ne les appelle pas en ces pays vouU, répliqua le moine, l'on les appelle

Robert ne soutint pas longtemps celle imposture ; il avoua à frère Henry que ce qu'il venait de lui dire de la reine n'était pas vrai, mais il avait un secret important h lui communiquer, <iu'il no lui disait qu'après qu'il aurait juré qu'il le prenait sous le sceau de la confession. Le moine jura t la main mise au piz ■ .

Alors Robert ouvrit un pelit es<:rin et en tira » une image de cire enveloppée en un couvre-chef crespé, laquelle image était il la ressemblance d'une figure de jeune homme, et était bien de la longueur d'un pied et demi, et si le vit bien clairement par le couvre-chef qui était moult délié et avait entour le chef semblance de cheveuit aussi comme un jeune homme qui porte chef. »

Le moine voulut y loucher : « S'y touchiez, frôre Henry, lui dit Robert, il est tout fait, icestuy est lout baptisié, l'on le m'a envoyé de France, lout tait et tout baptisié ; il n'y faut riens à cestuy, et esl fait contre Jelian de France et en son nom, et

(I) Frère Henri de Sagobran, de l'ordre de la Sainte-Trinité, curé de l'église de Busi, diocî^ïte de liège, était le chapelain de l'Avoué de Huy, un des plus cliauds partisans de Ilobert d'Artois.

(2i ManUe, selon Festus, sont des figures Mtes avec de la pûte de farine [Ficta quœdam ex farina in fu>mi»um figuras), probalilement comme les bonahommes en pain d'épice qu'on fabrique encore. Je suppose que c'est une carmption de mumie.

L ENTOUTEHliNT

pour le grever. Ce vous dis-je liien en confession, mais je en VDuWroye avoir un autre que je vouldroye que il (ut baptisié. — Et pour qui est-ce? dit frère Henry. — C'est contre une Dyablesse, ditllobert, c'est contre la Royne, non pas Uoyne, c'est une Dyaltlesse; ja tant comme elle vîv? elle ne fera bien ne ne feraqucmoy grever, ne ja que elle vive je n'auray ma paix, mais se elle estoif morte son (ils mort, je anroie ma paix tantost au Roy, car de lui fci-ois-je tout ce qu'il me plairoit, je n'en double mie. Si vous prie que vous le me baptisiez, car il est tout taitil n'y faut le baplcsme que je ay tout prest les parrains et les marraines et quant que il y a mestier, lors le bapti sèment... Il n'y fault h faire fors aussi comme i un enfant baptiser, et dire les noms qui y appartiennent. >

I* moine refusa son rainisfèrc pour de pareilles opérations, remontra que c'était mal fait tl'y avoir ci-éance, que cela ne convenait point -à si hault homme comme il estoit ; vous le voulez faire sur le Itoy et sur la Royne qui sont les personnes du monde qui plus vous peuvent ramener à honneur. > Monsieur Robert repondit r « Je ameroie mieux cstrangler le dyable que le dyable m'estranglast. ■

Robert, voyant que le moine ne voulait point se pnHor i ce qu'il lui demandait, le chargea de lui trouver quelqu'un qni fit ce baptême. Frère Henry s'excusa et lui dit d'envoyer chereher celui qui avait baptisé l'autre, « H est venu de France, » répliqua Robert, voyant qu'il ne pouvait engager le moine...

On apprend tous ces détails de la déposition de frère Henry, faite juridiquement le 31 janvier 133i, en pi-ésence de l'évèque de Paris, dans les prisons de qui il était, de l'évéque d'Arras, etc. Elles furentconfirmées par uneauti-e déposilion que Jean Ai. mery, prêtre du diocèse de Liège, aussi prisonnier dans les prisons de l'évéque de Paris, fit le même jcur, 31 janvier 133i, en présence des mêmes personnes. 11 déposa que Mess ire Arnoul de Courlray, chanoine de Sain t-Albin-de-Xa mur, lui proposa de s'altacher k M. Robert d'Artois, qui était si puissant qu'il pouvait lui faire beaucoH[(de bien, a qu'il lui donnerait cent et cent mailles d'or. — Quel service li porroie-je faire f dit le prêtre, pour gagner si grand avoir ? Je n"ay poini aceoustuméïi recevoir tel guain ny si grant. Jemesuisbienlenu Dpayéetonc-

DçimzedoïGoOglc

90 l'bxtëriousathhi bk la sensibilité

quorresCais.qtMBdjepuisgaBgnkr hui tdeoiersou douze ou quttlonvele)oar âGhAnlerma messe. »HessireAriioiil répliqua: aCest Hoy de Fruice. M. Hubert te lit Roy, ne n'eust oQcqnes resté Roy si ce nefeust M. lU>bert d'Artois. Vous estes un bomneqnr avez esté par tous pays, et oultre les moots et ailleurs, si avez moult veu et scieu des clioses que plasienrs ne acevent mie : et se voos voulez Eaire ce que l'on tous dira, le Roy de France ac sera p»s Roy dedans nn an. — Et comment F respliqoa te ppètas. — Vous scsrez bien, hii dit-on, faire manies ou forceries, ou autres choses par qtu)y le Koy porra mourir briesvement. » Cette proposition irrita te prêtre ; il dit au chanoine qu'il prit le profit ponr lui et qu'il fit l'affaire qu'il devuit en savoir plus qae Ini.

ËB 1347, un prêtre du diocèse <lc Clermoot nommé Pépin fat accusé, entre antres crimes de sorcellerie, d'avoir voulu envoûter l'évèque de Monde h l'aide d'une figure de cire (1) ;

l'épin, interrogé le 24 novembre par le commissaire de la cou i' ecclésiastique de Mende, déclara que

Se trouvant, il y avait quatre ans passés, h Langcac où il se livrait h la scieocc de la pierre philosophale avec noble Guérin de Chateauneuf, seigneur d'Apcher et Guillaume Laborte, il résolut de faire l'image. Ayant en sa possession de la cire vierge, il vint an lieu de Vedrincs, terre d'Apcher, ori il apporta ladite cire dans la maison du médecin de œ lieu où il demeura peadant hIï semaine». Un certain jour il pensa ùTimage et, avecla cire qu'il y avait apportée, environ deux livres, il fit l'image de sa main, la fabriqua avec de l'eau chaude et sans autre mélange. Pendant la fabrication il avait devant lui le fameux livre (2) et prononçait les paroles nécessaires pour cette opération.

(1) t'ii Envoatetneiit en Gécaudaa en l'atmce 1347, pu Edmond FaJgairoHe, su))stitut du piaeureur de la République à Itlmea. — Niraea. Catelan, 1892.

(2) C'était un livre de sorcellerie qu'il avait copié sur un autre livre dans an cliàtean près d« Periûgnan.

l'khvoctevest 01

Interrogé sur le poiat de savoir s'il avait baptisé l'image, il (■(■pondit négativement et reconnut avoir prononcé quelques paroles en confectionnant cette image.

On lui demanda de décclarer si l'évèque se ressentirait iln mal que quelqu'un ferait à cette image ou de la perte du membre qu'on lui couperait. Il répondit qu'il le croyait parce que io^ images en cire ont cette propriété.

On lui demanda, en outre, si l'évèque de Mende mouirail à la suite de l'amputation d'un membre de cette statue, et il répondit attirmativement et déclara que lui seul pourrait l'empècher de mourir, parce que loute autre personne en était incapable. Il confessa qu'il avait écrit sur la poitrine de l'image, en la faisant, les noms des anges des Dominations.

Il fabriqua cette image un vendredi. L'ange du jour s'appelait Anitoëi, nom qui est inscrit sur la poitrine de ladite image, en même l^mps que si.<i autres noms d'anges qu'il a oubliés, et sur le front de l'image il a inscrit celui de l'cvcque pour se conformer ùla science de cette opération,

D raconte ensuite comment il est venu cacher secrètement r«tte image dans un trou du mur de l'étage supérieur de la tour du château d'Arzencc appartenant au sieur d'Apcher. Cette image ne devait opérer c^u'au mois de janvier. Dans ses autres interrogatoires, il déclare qu'il a trouvé dans ses voyages, et spécialement à Tolède et à Cordone, des livres de magie (1) qui enseignaient à faire des images et qu'il a lu que ces images étaient capables de faire périr les hommes et les animaux qui la foulaient aux pieds ; qu'il était même dangereux de les toucher. C'est du reste la première qu'il ait faite, et cela sous la pression du seigneur d'Apcher qui \'oulait se débarrasser de révè(iue.

On avait affaire à un magicien très novice ; aussi les eii-

(1) L'an de ces livres, inlitulé De Naturalibus, composé par le toi de Majorque, lui avait été donné par ce prince lui-même, trËs habile dans la science magique.

92 l'extériorisa non de la SE^SlBlLlTâ

({uëteurs ne purent ils tirer de lui qu'un aveu de sou ignorance sur la manière dont la figure de cire pouvait agir sur l'évéque.

En Angleterre, pendant le règne de Henri IV, le canlinal de Winchester, jaloux du crédit que le duc de Glocesler avait dans l'Esprit du roi, porta contre la temme du duc l'accusation de sorcellerie. Il parvint h suborner des témoins qui déclarèrent que la duchesse avait des entrevues fréquentes avec un prêtre accusé de nécromancie et une sorcière nommée Marie Gardeinaln. Ces témoins assurèrent de plus, sous la loi du serment, que la duchesse et ses deux complices se livraient à des pratiques diaboliques et faisaient fondre à un feu ardent une effigie en cire de Henri VI, afin d'épuiser les forces de ce prince et d'abréger sa vie, qui s'éteindrait quand la cire serait consumée. Cette accusation fut admise par les juges ; malgré les protestations d'innocence des accusés et le haut rang de la duchesse, tous trois furent déclarés coupables : la duchesse fut condamnée à un emprisonnement peq)étuel, le pn'tre fut pendu et la prétendue sorcière brûlée.

Après l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, un grand nombre de prêtres ligueurs plaçaient sur les autels, pendant la messe, des stuatuettes de cire faites à l'image de Henri III et les ]}iquaicnt au cœur en prononçant des paroles magiques, afin de donner la mort à ce roi qu'ils ajjpelaient le tyran llérode.

Il lut éUibli, dans le procès du maréchal d'Ancre, que le maréchal et sa femme se servaient, pour œuvres de sorcellerie, d'images qu'ils conservaient dans des cercueils-.

On trouve dans le tome 11 des Jours caniculaires de

L ENVOUTEMENT Vi

Simon Mayol d'Ast, évèque de ValLoure (1), l'histoire d'une lionnète femme qnî avait été memacée par une sorcière. * Peu de jours après, cette honnête femme se sentit cruellement atteinte de grandes douleurs de ventre ; il lui sembla qu'on lui perçait les boyaux de part en part, si bien qu'elle gémissait amèrement et par ses plaintes inquiétait ses voisins. Or, comme plusieurs la venaient voir pour la consoler, entre autres un potier y vint qui assura que sa voisine était ensorcelée, fit fouiller au seuil de la porte pourvoir s'il n'y avait pas quelque charme ; on y fouilla donc, et enij'e autres charmes on y trouva une image qui avait une palme de longueur, laquelle élait transpercée des deux côtés avec une aiguille. On prend le sortil^ge et Ton jette le tout au feu : alors la patiente se trouve allégée de sou mal. »

M. de Kerdaniel a donné, dans ses Recherclies sur Venvoulemenl (Chamuel, 1898), le compte rendu d'un procès qui eût lieu en 1723 devant le Sénat de Savoie et à la suite duquel le Seigneur André Philibert, comte de Pléorz, du duché d'Aoste, fut condamné à mort pour avoir \'ouIu envoûter sa femme au moyen de figures de cire qu'il faisait fondre au feu .

Le tome IV des Amitsemenis des eaux de Spa, publiés en 1782, contient le récit d'une conspiration contre la vie des rois de France et d'Espagne, qu'on voulait faire périr de langueur par envoûtement.

L'affaire s'est passée à Livoume.

Elle fut découverte, dit le narrateur, par le consul de France à Livoume, et j'étais chez M. le cardinal de Janson, lorsque le

(1) Paris, ItiiO-Ioia, 3 vol. in-4».

94 L'EXTËftIOBISATIOn DE LA SE^S]BILITË

fourrier dépêché par le consul français lui apporta ta relatioQ de cet exécrable attentat, médité, disait-oD, par le consul d'une des premières puissances de l'Europe. Le principal acteur de cette pièce était un mauvais prêtre, lioLItuc de Rotre-Damc de Montevero, nommé Dom Giovanni Gasiioni, natif de Burgue et sujet du grand-duc de Togcaue Ce misérable s'était associé nn Génois, conseiller du grand-duc, et quelques personnes moins connues dont j'ai oublié les noms. Le consul de. . h IJvourne, nommé M. Et..., leur pi'éta sa maison, et attira dans ce complot son vice-consul qui était anglais. Ce grand œuvre ne fut pas l'ouvrage d'un jour ; on en -^assa plus de quinze à en taire les I>réparatits. On teuilleta tous les grimoires que l'on put trouver, entre autres les livres de Cornélius Agrippa, la Clavicule de Sahmon, elc, et on n'omit aucune des profanes rubriques que ces auteurs prescrivent ; on travailla à l'aube dont ce mauvais prêtre devait se revêtir ; on fit avec beaucoup de cérémonies les bougies qui devaient être allumées et bénites par ce scélérat, et on prépara la cire dont on devait former les figures de Leurs Majestés très chrétiennes et catholiques ; on maléfieia l'eneens que l'on mit dans un encensoir de terre fait d'une certaine façon, et enfin le consul de... fournit et paya tout ce qui devait servir à cet abominable usage.

Un Provençal, nommé Charles Mëret, admis dans la confidence, traliit ses complices et dénonça la trame au grand-duc et au cardinal de Médieis. L'affaire s'instruisit avec le plus grand secret par rinquisifion. L'embarrassant était de pouvoir se saisir du corps du délit, c'est-à-dire des livres et instruments magiques. Méret fit savoir que le consul de... avait loué deux chambres au haut d'une certaine tour qu'il indiqua, où devait s'opérer l'abominable sacrifice. Suivant les lois magiques, il fallait (pie la scène se passât dans un lieu percé à l'orient et ti l'occident, qui n'eût aucune vne dn côté de NoIre-Dame-de Lorette, et qui u'y eût dans ce lieu aucune image du Seigneur ni de la Vierge. A l'heure indiquée, l'inquisiteur, conduit par Méret, précédé du karigclle, et suivi des sbires de Livourne, entra dons la tour et saisit le prêtre. 11 était déjà revêtu de l'auhe, il feuilletait le grimoire avec lu baguette magique, et n'attendait que le retour de Méret pour percer les ligures. On trouva dans

L'Bn^ODTiniEM 95

la chambre one hotte de sapin sur le dessus île laquelle était écrit : A il. El..., coAiul de... Cette boilc renferiuftit Les deux iigures, couronnées et le spectre & la main, avec des cheveux h la tête, circonstance nécessaire, disent les magiciens, k cette maudite opération. L'inquisiteur se saisit de toutes ces pièces, ainsi que des livres. On trouva parmi les papiers du prêtre deux st^i|diqae9 écrites de la main dn iBdheureu.t et signées de son sang. 11 y traitait le démm de « Sacrée Majesté » et se donnait pour toujours à lui, il condition qu'il aurait avec lui un génie assistant, assez puissant pour l'aider à défendre et attaquer qui bon lui seml>lerait.

Confronté à Méret, ce misérable convint des faits déposés par celui-ci, et dédira que par les ordres dn coneul de... il devait fonike pea à peu et par quinze degrés diftérents ces deux figures couronnées, et que par le moyen de son art les deux princes qu'elles représentaient devaient périr de langueur. Il avoua même que son dessein était <le prolonger cette langueur usqn'à six mois ; mais le consul l'avait obligé, le poignard sur la gorge, de lui promettre de faire mourir ces princes en quinze jours, qui est le terme le plus prompt que son art lui permettait. Le mauvais priîlre avait coupé de ses propres cbeveux derrière l'oreille gauche et les avait appliqués sur la tête des figures, avec des boites sacrées, de l'eau béiiile, et les avait enveloppés de toiles chargées de caractères et de croix. Ces cheveux furent reconnus par le prêtre, et l'on vit encore la place ob il les avait conpés.

Ce somt une erreur de croire que ces abomiDablcs pratiques soient complètement abandonnées rie nos jours. Des livres récents tels que Là-bas de Huysmans et te Diable au xii" siècle du D' Bataille nous dépeignent des bas-fonds de l'imagination humaine dont j'aurais eu, pour ma part, peine à admettre l'existence si le bruit qui s'est fait autour de certiùnes de mes expériences ne m'avait bien invotontairoment mis en rapport avec le monde où fleurit encore la magie noire.

96 L'EXTËItlORISATlON DE LA SENSIBILITE

Une dizaine de personnes plus ou moins détraquées m'écrivirent ou vinrent me voir (et ce n'est pas là un des moindres inconvénients de ce genre d'études) pour me prier de les protéger contre des ennemis qui les avaient envoûfées ou leur avaient jeté un sort, car généralement elles confondaient les deux choses. Mais le document le plus intéressant que j'aie recueilli est l'histoire suivante, qui se sérail passée dans une grande ville du Midi et dont je connais les acteurs ; je me borne & la reproduire, sans la discuter, en changeant seulement les noms.

M"' Jeanne, presque sans fortune, d<<sirait vivement épouser un de ses parents, M. Paul, ayant quarante ans de plus qu'elle, mais fort liclic. La sœurde M. Paul, M"' Louise, s'opposaiL à ce mariage, qui aurait eu pour effet probable de priver ses propres eufanis de l'héritage de teur oncle. M"' Jeanne et sa sœur M"" Berthe eurent l'idée d'aller consulter une sorcière en réputation dans la ville ofi elles habitaient. Cette sorcière, chez laquelle elles se rendaient pour Id première fois, leur raconte que la demoiselle désirait se marier, qu'une femme s'y O|)pogail, mais qu'il était possible de s'en débaiTaser sans sortir de la maison.

M"* Jeanne et sa sœur M"" Berthe crurent à une plaisanterie ; mais Jeanne, qui était une enfant gâtée et trè.* curieuse, tint absolument à voir comment la sorcière s'y prendrait.

On fit sortir de la chambre M'"'' Berthe ; quand la sorcière fut seule avec M"" Jeanne, elle montra une statuetle en cire, demanda le nom de la dume qu'il fallait supprimer, lu baptisa de ce nom, puis donna à la jeune fille une épingle pour la piquer.

M"' Jeanne la piqua au ventre.

Le soir même, les deux sœurs dînaient chez un parent

i.'envoutemem 97

îorsqu'oii apporta à ce deruier une dépèche annonçant que M"" Louise était morte subitement, le mutin, à l'église, pendant une messe de mariage.

Elles lurent naturellement très émotionnées et demandèrent des renseignements. Quelques jours plus tard, elles apprirent que M™" Louise était morte d'une perforation de l'intestin... L'année était à peine écoulée que M. Paul épousait M"* Jeanne ! ce qui semblerait presque prouver que le drame a été moins noir qu'on no me l'a dit.

L'envofitoment est encore en usage chez les sorciers modernes dn Béam. Voici ce qu'en dit M. Probst-Biraben.

(Inilifition, mai 1898).

Si reiuiemi s'est emparé d'un peu d'eau loucliée par eux, d'une mèche <!c leurs cheveux ou dune piÈce de leur vêlement, nu grand danger les menace et ils sont envoûti^s.

Les objets dérobés en secret doivent fournir la raaiière du volt, et l'attaire est très grave. Il parait que, dans ce cas, l'Cnvoûleur met àmacérer l'eau, les cheveux ou l'étotle dans un vase «xposé à la lumière lunaire. Après trois jours d'exposition noclume, il prend un œuf. en brise le gros bout, enlève le blanc et le remplace par le volt. Cela fait, il bouche l'ccuf avec un cachet de cire, d'empreinte ctélFormc. Il enterre ensuite l'œul dans un endroit désert et prononce les paroles suivantes en pensant il l'envoûté.

Ben. fien, ben, crebo coum u caa

Et puix stirtotit, soiifrcches plaça

(Va, va, va.crôve commeun chien, et puis surtout souf Ire bien).

Le rebouteux, prévenu de l'opération par une souffrance oigûc -au côté gauche, fait alors et sans retard un conire-cnvoùicment. Il prend un cœur de mouton trais, prononce le nom de l'envoûteur, le suspend à la crémaillère, après l'avoir percé de clous. Souvent même, en le suspendant au-dessus de l'Atrc, il dit en bûarnais : Haut biste tournes d'ouii biencs (allons, vile, reviens 4'où tu es venu).

98 l'sxtériohisatio:^ de ia sensibilité

Le lecteur, désireux d'avoir encore d'autres délails sur ces questions, pourra consulter l'excellent livre duD' Regnault, intitulé ; La Sorcellerie. Ses rapports avec la science biologique. — Paris, Alcan, 1897.

Je ne saurais du rente trop insister sur ce que je n'affirme nullement la réalité des faits contenus dans les récits que je rapporte ;je suis simplement le chroniqueur d'une tradition qui, par sa pei-sistance et son universalité, mérite d'attirer au moins l'attention de ceiix qui étudient les progrès et les aberrations de l'esprit humain.

Il y a (les procédés encore plus compliqués. Voici commeat les décrit M. Stanislas de (luaila (i).

Le Volt de renvoùtemeiit magique est la ligure, modelée en cire, du personnage dont on veut la pi^rle. Plus la ressemblance est parfaile, plus le malélice a chance de réussir. Si, dans la composition du Volt, le sorcier peut (aire entrer, d'une part, quelques gouttes de saint chrême ou des Iragraents d'hostie consacrée ; d'autre part, des rognures d'ongle, une dent (2), ou des cheveux de sa future victime, il pense que ce sont là autant d'atouts dans son jeu. S'il peut dérober il celle-ci quelques vieuj: effets, qu'elle ait beaucoup portés, il s'estime heureux d'y tailler l'étoile dont il habillera la figurine, le plus possible ii l'inslar de son vivant modèle.

La tradition prescrit d'administrer à cette poupée ridicule tous les sacrements qu'a pu recevoirledestinatairedu sacrilège: Baptême. Eucharistie, Confirmation, Prêtrise et jusqu'à l'Extrêrae-Onction, si le cas y échoit. Puis l'exécration se pratique en lardant cet objet d'art d'épingles empoisonnées, avec une grande explosion d'injures pour exciter à la haine, on Lien en l'écorchant à certaines heui-es fatidiques, au moyen

(1) Lu Temple de Satan, Paris, 1891, p. 185.

(2) D'où cetla locution populaire de menace, qui est devenue une vague formule de haine ou simplement de rancune: Qu'il pieime garde, j'ai un« dent contre lui. (Si. de G)

l'ësvoijtejie.vt 99

d'éclats (le vitre ou d'épines venimeuses, loules dégouttantes ilc sang corrompu.

Un crapaud auquel on donne le nom de celui qu'on désire envoûter remplace aussi parlois le Volt en cire ; mais les cénimonies imprécatoires demeurent identiques. Une autre recette veut qu'on lie le crapaud vivant avec des ciieveux qu'on s'est procurés d'avance ; après avoir crache sur ce vilain |)aquet, on l'enterre sous le seuil de son ennemi, ou en tout autre enilroil qu'il fréquente tous les jours par ndeessild.

Le D' Bataille, dont le livre, plein d'insanités, renferma quelques détails intéressants au point de vue hit^torique (ii la condition de ue les accepter que comme des indications dont il est nécessaire de contrôler l'exactitude) raconte une lutte d'envoûtement «jui se serait passée, U y a quelques années, entre Albert Pike, un des grandsmaitresde la francmaçonnerie, et le D' Gorgas, médecin de l'Université de Baltimore, chef d'un rite écossais dissident.

Le réformateur du palladismc envoûtait à sa manière le plus souvent en se servant d'une poupée de cire. 11 se procurait, ù défaut de cheveux ou de rognures d'ongles, une parcelle quelconque do vêtement porté par son ennemi ; dans sa lutte coidn^ Gorgas, il était parvenu à avoir de la blanchisseuse du docteur un mouchoir de celui-ci.

11 fusait d'abord tremper cette étottc dans nu tiuin d'eau fortement salée, après avoir dit trois fois en jetant le sel dans l'eaa : Sagrapim -melanchtebo roslomouck elias phog. Puis il faisùt sécher l'étoffe devant un feu alimenté par des branches de magnolia. Après quoi, pendant trois semaines, chaque samedi, il onze heures du matin, il adressait une invocation ii Moloch, pendant laquelle il tenait l'étoffe sur ses deux mains ouvertes et tendues en avant, comme si le daimon invoqué eût été présent, visible, et qu'il lui eût présenté l'objet en offrande. Le troisième samedi, & sept heures après le midi, il brûlait l'étoffe & nue flamme d'esprit de vin, tout en psalmodiant un chant luciférien de sa composition, et il recueillait les cendres

100 LEXTËRlORISATtOH DE LA SENSIBILITÉ

sur une sorte (i'assîetle en plomb couverte d'hiéroglyphes «raves à la pointe d'un couteau consacré à Lucifer ; ce jour-là, if avtût eu soin de rester à jeun jusqu'à trois heures après le midi et son unique repas de la journée se composait de poisson, de biscuit et de fruits secs.

Après quoi, le lendemain, il pétrissait de la cire mêlée aux cendres de l'élotle de l'ennemi et modelait sa poupée qu'il appelait une Dagijdc. La Dagyde de Gorgas avait trente centimètres de hauteur. Mais Pilte ne perçait pas avec des épingles ni ne faisait fondre ta Dagyde qui représentait son ennemi, il la plaçait sous nu globe de cristal, dont le socle était muni d'une petite pompe pneumatique, et faisait ainsi le vide d'air a l'intérieur du glot>e. La personne envoûtée éprouvait alors toutes sortes de malaises bizarres dont elle no pouvait soupçonner la cause.

Le plus curieux, c'est ipie les démons, tout en favorisant ces sortilèges, fournissent à leurs adorateurs des moyens de les combattre por d'autres pratiques dn même genre.

IjC palladiste qui se sait l'ohjet d'un envoûtement àla dagyde se confectionne une poupée, ù ta cire de laquelle il mêle de ses propre (cheveux et de ses rognures d'ongles. Cette figurine qui le repi'ésente est consacrée conformément à un cérémonial diabolique, et il lui applique les remèdes empruntés h la magie spéciale d'Albert Pike. Les occultistes de ta haute-maçonnerie nomment cela a La méthode de Paracelse, renversée ».

Dans la Goétie, où le prince de l'enfer est invoqué sous le nom de l^atan, on provoque surtout l'envoûtement du crapaud choisi mâle ou femelle, selon le sexe de la personne qu'on veut combattre. Pour se proti^ger on porte sur soi un crapaud dans une boite de c^rne ; les sntonistcs affirment que c'est alors cette malheureuse héte qui subit les tourments destinés à son porteur.

L'historien arabe Ibn Kadouu, qui vivait nu xiv' siècle, et auquel nous devons des aperçus extrêmement remarquables au sujet des phénomènes étudiés plus tani sous le nom de Magnétisme animal, nous donne sur l'envoûtement

L ESVOUTEMENT lUl

des détails précis, en nième temps qu'une théorie du phénomène.

Nous avons vu, de nos propres yeux, un de ces individus fibriquer l'image d'une personne qu'il voulait ensorceler. Ces images se composent de choses dont les qualilés ont un certain rapport avec les intentions et les projets de l'opéraleur et qui représentent symlioliquement, et dans le but d'unir et de désunir, les noms et les qualités de celui qui doit être sa victime. Le magicien prononce ensuite quelques paroles sur l'image qu'il vient de poser devant lui et qui offre la représentation réelle ou symbolique de la personne qu'il veut ensorceler ; puis il souftle et lance hors de sa bouche une portion de salive qui s'y était ramassée et fait vibrer en même temps les organes qui servent ù cuoncer les lettres de cette formule malfaisante ; alors il tend uu-dessus de cette image symbolique une corde qu'il a apprêtée pour cet objet et y met nu nœud pour signifier qu'il agit avec résolution et persistance, qu'il fait un pacte avec le démon qui était son associé dans l'opération an moment où il crachait et pour montrer qu'il agit avec l'Intention bien arrêtée de consolider le cliarme. A ces procédés et à ces liaroles malfaisantes est attaché un mauvais esprit qui, enveloppé de salive, sort de la bouche de l'opérateur. Plusieurs mauvais esprits en descendent alors, et le résultat en est que le magicien fait tomber sur sa victime le mal qu'il lui souhaite.

Cent ans plus tard, Paracelse était encore plus explicite. Dans son livre sur l'Être spirituel [De ente spiritum) il s'exprime ainsi :

Vous savez que, selon la volonté d'uo esprit eu lutte avec nu autre esprit, si l'on couvre de terre et de pierre une image en cire, l'homme en vue duquel l'image a été faite est inquiet et tourmenté dans le lieu otl les pierres ont clé amoncelées, et n'est soulagé que lorsque l'imagea été remise au jour ; alors il est délivré de ses anxiétés. Notez encore que, si l'on brise une jambe ù Gcttfi image, l'homme se ressent de cette fracture : il en est do

102 L'EXTÙKIOHISATIOH de la SEDSIBILITË

iiiËmc des piqûres et des autres blessures semblables faites Il r [mage. (Chup. m.)

Il faut obsen'er ceci relativement aux figures de cire. Si, imimé d'une hajne contre quelqu'un, je veux lui faire du mal, il e»t nécessaire pour la réussite que je me serve d'un interméitinire, c'est-è-dire d'un corps. C'est ainsi qu'il est possible que mnii esprit transpercé ou blesse une autre personne avec mon. éitée sans le secours de mon corps, par l'effet de mon ardent dt'sir, et cela peut se (aire parce que, par ma volonté, je fixe l'esprit de mon adversaire dons une image ; je peux arriver ainsi à rendre cet adverswre diflorme ou boiteux, k mon gré, par le moyi'n de la cire... Vous devez tenir pour certain que l'action de la volonté esl d'une grande importance en médecine ; et, de même que quelqu'un qui se veut du mal peut ressentir tout le mal qu'il se souhaite, parce que la malédiction est du ressort de l'esprit, de même il peut arriver que des images soient affligées, à la suite île malédicUons, de maladies telles que les fièvres, les épilepsies, les apoplexies et autres semblables lorsqu'elles ont été bien préparées. (Chap. vnr.)

Si on peint sur un mur une imago il la ressemblance d'an homme, il est certain que tous les coups et blessures qu'on portera à cette image î*ront reçus par celui dont l'image offre la ressemblance. Gela tient h ce que l'esprit de cet homme, par la volonté d'un autre esprit qne l'on peint ainsi, passe dans cette figure... Aussi, quel que soit le cbùtiment que vous demande/. contre cet homme, il le subira si vous l'infligez à son image, parce que votre esprit a fixé l'esprit de cet homme dans cette fi' gure, de sorte qu'il est devcna votre sujet et qu'il est forcé de subir tout ce qu'il vous plaira de lui infliger. (Chap. iv.)

Nous avons dit que l'esprit infligeait des maladies aux corps. Cela peut se faire de deux manières : l'une quand les esprits s'attaquent mutuellement sans la volonté et l'assentiment des hommes, excités par la haine ou l'envie qu'ils se portent, ou imr les autres stimulanls du mal. La seconde vole par laquelle les esprits envolent des maladies est celle-ci : par nos pensées, par nos sens, par notre volonté. Lorsque tout cela est bien d'acconl, nous cherchons h infliger, et nous pouvons le faire, quel-

que dommage à autrui. Cette volonté ferme et déterminée est la mère qui engendre l'esprit malfaisant. (Cliap. v.)

Ainsi, d'après Paracelsc, c'est la volonté (jui est la principale cause des eilets produits (i), quoiqu'elle ne soit pro^ bablement pas la seule ; Quamvis mullx alim causm hue affèrri possint . (Chap. viii.)

Mais qu'est-ce au juste que ces esprits qui agissent l'un sur l'autre î

Pour définir l'être spirituel, nous dirons que c'est une puis-

(1) Cette puissante action de l'esprit sur le corps, qui explique les effets des suggestions, était bien connue des illustres maiircs du moyen âge dont la vigoureuse intelligence planùt sur l'ensemble des connaissances linmaioes.

«Toute idée conçue dans l'Ame, dit saint Thomas, est un ordre auquel obéit l'organisme, ainsi la représentation de l'esprit produit dans le corpa ou jine vive chaleur ou le froid ; elle peut mf me engendrer ou guérir la maladie, et il n'y a rien lii qui doive surprendre, puisque l'ùine, forme du corps, est une mi^mo substance avec lui.» (Somme Ihéol., I" part., p. 110, art. 2.)

• L'imagination, si elle est vive, force le corps k lui obéir, parce que, selon la doctrine d'Aiistote, elle est dans l'Ame un principe naturel du mouvement. L'imagination en eltet eomuiande toutes les forces de la sensibilité ; celle-ci à son tour gouverne les battements du Mcur et par lui met en mouvcmcut les esprits vitaux; ainsi tout l'organisme est bientôt modifié. Elle no jHDurrait pas ceiiendant, quel, que vivante qu'on lui prt^te, changer la forme de la main, du pied, ou d'un autre membre, > {Ibid., 3^^ part., p. 13, art. 3,.

« lion seulement une forte imagination peut causer au corps la fièvre DU la lËprc, mais, d'après Avicenne, si elle est bien pure, affranchie des passions charnelles et douée d'une grande vivacitii dans ses conceptions, les corps extéiieurs eux-mêmes lui obéissent : & tel point que par une vive représentation intérieure, elle peut rendre la santé aux malades on produire d'autres effets analogues.»

(Sumiiie contre les Gentils, liv. chap. cm.)

Le Persan Gazzali. qui vivait comme Avicenne au x« slÈcIe, va plus loin encore, d'après une citation faite par Richard de Midletown dans ses Qaesiiom sur les facuUéi de la vie animale (Paris, 151») .

• Si l'Ame, dit il, se représente vivement la chute d'un animal, cela suffit pour qu'il tombe ; de là ce proverbe ; D'un regard Dieu précipite l'homme et le chameau dans la fosse. *

104 L'eiT^RlOItlSATION DE LA SENSIBJLITÉ

Bunco parlallc ou complète par laquelle toul le corps peut être affecté ou prt'cipitÉ daos toutes Borles de maledies... Béfléchisecz que ni le diable ni aucun effet ou inspiration venant de lui ncpeutôtre compris ici. En effet, le diable n'est pas un espril ; un esprit n'est pas non plus un aiif;e. Ce qui est notre esprit, c'est ce qui se produit dans le corps vivant de notre pensée sans matière. Ce qui nait de notre mort, c'est rame. (Cliap. iv.)

Cet esprit, comme toi, ad pi t I s mains ; s'il est tué. il têtue; eu effet, toi et ton p t us êtes une seule et môme chose. Mais retien b n n est pas ton corps qui

reçoit cette blessure, quand mÈn 11 rait palpable etvisible sur ton corps ; ce stigmat t prod t { ar ton esprit qui a en possession ton corps et t n mb D là il suit que ce n'est pas an corps qu'il faut ap^l q I èdcs, ce serait peine

perdue. Guéris l'esprit, t I p d endra sain, car c'est

l'esprit qui est blessé et n I p (rhop. vu.)

Enfin quel({ues occultistes mode rues sont allés plus loin et, s'appuyant sur l'hypotlièse du corps astral ou fluidique dont je parlerai dans un autre livre, ils ont ainsi décrit et expliqué l'envoûtement à l'Esprit volant :

Il vous faut, pour l'esécuter, avoir h voire disposition un sujet hypnotisé, dont le corps astral (de nature fluidique) abandonne, sur votre ordre, le corps matériel et soit dirigé par votre volonté vers votre ennemi.

Le corps astral ainsi extériorisé, ou bien pénètre la victime qui est désignée et l'étouffé par sa seule pénétration, en arrêtant, par exemple, les mouvements du cœur: ou bien il l'empoisonne au moyen de toxiques que vous avez eu l'art de volatiliser.

L'opération terminée, vous réintégrez dans le cori)s matériel de votre sujet son corps astral et vous le réveille/,.

Certains sorciers, craignant des indiscrétions possibles, s'adressent ii un corps astral déjii désincarné, c'est-à-dire au corps astral d'un mort (1).

(1) En. DuBv-s. . L'Art, d'envodter . {Figaro du 29 Kvr. 1893).

DtiilizedovGoOf^lc

L EnVOIlTEllE.\T

On voit parce qui précède que dans l'envoûtement traditionnel il entre trois [acteurs :

1* La volonté de l'envoûteur agissant directement coninic force;

2° L'intervention d'esprits malfaisants par les sacrilèges;

3° Une action physique dèterniini^e par l'usage d'objets ayant été en contact avec l'envoûté.

Pour ceux iiui me connaissent, il n'est pas l)esoin de dire que c'est du troisième facteur seul que je me suis occui>é, et ce sont mes essais à ce sujet que je vais maintenant exposer.

Après avoir constaté que la cire à modeler faisait jiartic des substances propres à emmagasiner la sensibilité du plus grand nombre des sujets extériorisés, j'ai confectionné une statuette avec cette cire, j'ai placé lu statuette verticalement devant un de ces sujets de façon à l'effîuver et j'ai reconnu que, si je piquais la statuette li la tt'tc, le sujet éprouvait un malaise à la partie supérieure du corps ; il l'éprouvait à la parUc inférieure si je piquais la statuette sous les pieds. Ce n'était là que le résultatde l'emmagasinement par la cire des effluves les plus rapprocbés; la preuve, c'est que le contraire 60 produisait si j'avais soin de placer la statuette la tète en bas, quand je la chargeais de sensibilité.

Je suis arrivé à localiser la sensibilité en coupant, pendant son sommeil, une mèche de cheveux à la nuque au sujet et en l'implantant dans la tète de la statuette ; quand le sujet fut réveillé, il ignorait l'opération que je venais de lui faire subir ; je me plaçai hors de sa vue et je tirai les cheveux fixés danslacire. Immédiatement le sujet se retourna eu disant : < >Iais qui est-ce qui me tire les cheveux ï » —

106 l'ektériorisatio.n de la

L'expérieuce tout aussi nette avec la barbe d'un autre sujet ; une autre plus confuse avec une rognure d'ongle.

En général, la sensation ne se tronsmeLtalt qu'à une distance de 5 ou mètres ; un jour cependant, le sujet, M"' Vix, avait terminé sa séance où j'avais expérimenté avec la figure de cire ; elle retournait chez elle et je la suivais (les yeux dans une grande cour qu'elle traversait, lorsque M«' B., qui étaitnvccmoj, eut l'idée de piquer la cire ; je vis aussitôt M"' Vix se baisser et se frotter la jambe. Je l'appelai et pu constater ulore qu'elle possédait un point hypnogèno précisémentaupointoùellc avait éprouvé la sensation. Le point hypnogénc avnit joué en quelque sorte le rôle d'un orifice par lequel les effluves se seraient écoulés avec plus de violence que par le reste du corps (1).

En rétléciiissantsur ce fait ([ue les effluves des différentes parties du corps se fixaient surtout dans les points de la matière absorbante qui en étaient les plus rapprochés, je fus amené à supposer que j'aurais une localisation bien plus parfaite si je parvenais à réunir, sur certains points de la matière absorbante, les effluves de telle on telle luirtie du corps et à reconnaître ces points. Comme les effluves se réfractent d'une façon analogue & la lumière, une lentille réduisant l'image du corps remplissait la première partie du programme. S'il ne s'agissait plus que d'avoir une matière

(Ij On appelle Points hypnogènes cerlains points qu'on trouve sur 1p corps de Ja plupnrt des sujets, et qu'il suffit de presser pour déterminer le sommeil magnétique.

Ces points sont insensibles à l'état de veille otconstitucnt ce qupi dans les procès de sorcellerie, on appelait les stigmales du diable. Trts fréquemment la sensibilité est extériorisée en face de ces points qui sont en quelque Borlo des trous de l'cnvelopi* cliamelle par ofi s'éi-happent.les efÔuves seusilits.de sorte que, même à l'élat de veille. on peut produire une mumic en présenlanl en regard de ces poLnU un objet capable d'emmagasiner les effluves.

l'entoctement 107

absorbante sur laquelle se serait fixée l'image réduite ; je pensai qu'une plaque au gélatino-bromure pourrait réussir, surtout si elle était légirement visqueuse.

De là mes essais avec un appareil photc^raphique, essais que je vais raconter d'après mon registre d'expériences.

30 juillet i892. — J'ai photographie M"" Lux d'abord éveillée, puis endormie et extériorisée, ensuite endormie et extériorisée en ayant soin de me servir dans ce dernier cas d'une plaque que j'avais eu soin de faire séjourner quelques instants contre son corps, dans son cliùssis, avant de la porter dans l'appareil.

J'ai constaté qu'en piquant avec une épingle la première plaque. M"" Lux ne sentait rien ; avec la seconde elle sentait un peu ; avec la troisième elle ressentait vivement ; tout cela quelques instants après l'opération (1).

(1) Par une coïncidence curieuse, c'est précisément au moment où je Msais mc9 premiÈres expériences pholographiiiues gu'un romancier, M. Lermina, concevait nue opération semblabio el la dévelopjiait dans une nouvelle intitulée rt'.nvoiHetir, publiée par l'Initiation ^numéro de juillet 189â,i. Eu voici un extrait:

• — Vous croyez, n'est-il pas vrai, continua-t-il, qu'il n'y a dans cette reproduclion d'une forme, d'une physionomie, qu'un jeu de lumière... Ignorants ! Entre le corps qui se place devant l'objectif et la plaque scnsibilisce, il s'Établit un courant, enlevant h l'être, comme dans une opération galvenoplaslique d'innombrables particules de sa propre matière, de sa substance, de sa vie... La chimie les Gxe. rien de plus, et comprenez-moi bien, entre cette représentation qui vous semble morte, et l'être qui est là-bas vivant, il existe un lien que rien ne peut jamais rompre. De l'un ix l'autre, dos tils innombrables subsistent comme un réseau do cordons électriques, et quand je frappe, quand je blesse, quand je lacère celle image, coups, blessures et lacérations, comme le signe ou le lêlé- (;raphe, comme la voix ou le téléphone, vont se répercuter sur l'être vivant... qui ne comprend pas, lui, pourquoi il soultre, pourquoi it gémît, pourquoi il meurt... •

Balzac avait déjà émis une théorie analogue pour expliquer le daguerréotype. Voici en tlfet ce que raconte Kadar dans le premier numéro de Paria-Phttograplie, page 16 ;

108 L'EXTÉSI0ltlSAT10?I UE LA SENSEBILITË

2 aoiït 181)2. — M"'°Lu\ étant prosente, j'essayailaaensibiliti! ties plaques qui avaient été impressionnées le 30 juillet et qui avaient été développées. La première ne donna rien, la deuxième lort |)eu de cliose ; la troisième était aussi sensitilc que le premier jour. Voulant voir jusqu'où ii'ait la sensibilité de cette troisième plaque, je donnai deux forts coups d'épingle sur l'image de la main de manière à déchirer la couche de gélatino-bromure. M"" Lux, qui était a À melres de moi et ne pou\'ait pas voir la partie que je piquais, tomba aussitôt en contracture en poussant des cris de douleur J'eus assez de peine à la faire revenir à son état normal , elle souftrait de la main, et, quelques secondes après, je Ma api)ai-aitre sur la main di-oite, celle dont j'avais piqué l'image, deux petits traits rouges, dont l' emplacement correspondait aux piqûres. Le iyi*.,.,qui assistait à l'expérience, constata que l'épiderme n'était pas entamé et que les rougeurs étaient sous la i)eau. Je constatai en outre que la

• Selon Dalzuc. cliaquo corj)» dans la nitturc stt truuve composé de sf'rie de spectres, en couches superpowîeB à l'infini, foliacées en pellicules liifinitésiuiaLea, ducs tous les sens oix l'optique pei'çoit ce

• L'homme fi jamais ne pouvant créer, — c'est-à-dire d'une api>al'ilion, de l'impiâpable constituer une ehosc solide, ou de rien fiùre une Bhoie,— cliaque opération daguerrienno venait donc surprendre, détachait et retenail en se l'appliquant une des couches du corps ol>Jecté. l)c là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d'un de ses spectres, c'est-à-dire d'une part de sou essence constitutive. Y avait^il perle absolue, définitive, ou cette déperdition partielle se réparait>«lle conséculi veinent dans le mystère d'un renaissement plus ou moins instantané de la lumière spectrale? .le suppose bien que Baluic, une fois parti, n'était pas homme à s'arl'éter en si l>onne route et qu'il devait marcher jusqu'au bout de sou tiypotliËso. Mais ce deuxième point ue se trouva pas abordé entre

On trouvera dans la note D {La vie deit aliimes et lea récBries scientifiques), une conception de la photoRraphio en couleara, due & un écrivain du iïiii" siècle.

l'en VOUTE UEHT 109

couche de gélatioo-bromure (qui était beaucoup plus sensible que la plaque qui lasiipporlait) émettait des radiations avec des maxima et des ininima comme le sujet lui-même ; ces radiations ne se présentaient presque pas de l'autre côté de la plaque.

H octobre 1892. — M"* Lux n'a été magnétisée par personne depuis le2 août ; je l'endorset l'extériorise fortcmeut par des passes prolongées. Je charge de ses effluves une plaque photographique en la plaçant d'abord entre ses mains, puis en la promenant lentement devant son corps. M, I(. fait l'opération de la pose qui dure vingt secondes ; le jour étant très sombre, M. B., va dévelopiicr la plaque ; M"=Lu.y ne sent rien pendant celte opération, qui se tait à une distance de plus (le 100 mètres. La plaque étant rapjrortéc, M°° Lux sent quand je touche la plaque, mais elle ne sent rien quand c'est M. B. qui la touche, à moins que je ne touche moi-même M. B. (1) Elle sent les attouchements même sur les parties recouvertes par les vêtements.

(1) Quelques jours après, le Paris-Bruxelles publiait sous la signature A'Araac. l'arUcle suivant :

• rtous avons vu répétni' l'expérience delà plaque photo);raphique senaibilisée- Los phénomènes rapportés se produisaient chaque fois que les coups d'épingle étaient donnés par l'expérimentateur, par la personne qui avait plongé le sujet dans le sommeil ; en l'abseuce do l'hypnotiseur, oa pouvait, nouf lois sur dix, piquer le portrait sans que l'hypnotisée ressentit aucune douleur. Jamais le sujet n'a témoigné la moindre douleur lorsque le cliché a été piqué par une pcr-. sonne ignorant absolument le but de l'expérience, Noua somuies donc enclins à conclure que ce que l'on a pris ponr le phénomène de l'envoiltement n'est qu'un phénomène de euggesLion. L'envoùte-ment est possible ; taeis pour l'instant on ne peut le reproduire que dans certmnes conditions nettement définies. Ce qu'il faut retenir des expériences de M. de Rochas, c'est que l'extériorisation de la sensibilité est désormais un fait acquis. •

L'observation de M. d'Araac sur la nècessiU du rapport confirme les miennes, mais elle ne prouve nullement qu'il y ait là un phéno-

110 L'EXTËniOitlSATIOH DE LA SENSIBILITÉ

Je donne un coup d'épingle sur l'image de l'une des mains : M'°" Lnx s'évanouit. Quand elle revient à elle, je constate qu'une égratignure qu'elle avait à la main avant l'opération photographique est devenue plus apparente. Je lui (lis que c'est l'ellet de ma piiiùre, mais elle me répond que ce n'est pas là qu'elle s'était sentie piquée et qu'elle soufhe : deux ou trois minutes après apitôrait une raie rouge avec légère dépression de la peau à l'endroit sensible. Le stigmate augmente d'intensité à vue d'œil.

Nota. — Avant cette expérience, j'avais constaté pour la deuxième lois que, lorsque je suis bien en rapport avec M'"*Lux, il me suffisait de me pincer la main pour que, au bout de quelffues minutes, la marque de mes ongles apparût au point correspondant de ma propre main, reproduisant ainsi à peu près la célèbre expérience du D' Janet avec; M'"" B, au Havre (voir la Revue philosophique, n* 8, avril 1886).

7 octobre. — Je me proposais d'essayer si M"* Lux percevrait les actions sur la plaque photographique d'avant-hier, dès qu'elle serait en ma présence et sans t]ue je l'eusse mi^ en rapport avec moi-même par de simples contacts ; malheureusement elle arrive éplorée, malade à la suite de chagrins domestiques, et je suis obligé de l'endormir pour la calmer.

Quand elle est endormie et extérioiiséc, je constate que la plaque a conservé toutes ses propriétés; M"* Lnx per-

niÈne de suggestion, ou pour parler plus exactement, de (romniiision de pensée. J'ai toujours pigué sant rei/arder h l'empLacement des mains, et le sujet ignorait, encore plus que moi, oii allait s« produire la déchirure qui se répercutait sur son épiderme ; je n'ai, du reste, jamais pu produire avec M'" Lux aucune transmission de pensiSe. La seule auto-su ggeslion qui soit admissible, c'est celle qui aurait trait 6 la production du stigmate sous i'inlluence de l'imagiaaUon au point où le patient avait ressenti la douleur.

l'ekvoutehekt 111

çoit même les attouchements sur la couche de gélatinobromure autour de son image, mais elle ne les perçoit alors (jue comme un vogue malaise non localisé. Elle perçoit sur les diverses parties du corps les nttouchemeuts faits sur l'image des vêtements qui recouvrent ces parties.

Je constate pour la seconde fois que la plaque de gélatinobromure émet aussi des effluves avec des maxima et des ininima de sensibilité alternés ', mais ici la premi>''re couche sensible est sur l'image elle-même, et les inten'alles sont plus rapprochés.

Mémos observations que le 5 octobre sur le peu de sensibilité de la plaque de verre. 11 m'a semblé qu'une des couches sensibles dépendant de son propre corps changeait de place dans l'espace quand je plaçais la plaque sensibilisée en face d'elle de manière àproduire, suivant mon hypothèse, des interférences avec les etHuves de la plaque,

9 octobre 1892. — M"" Lux est mieux portante ; dès son arrivée je porte près d'elle la plaque photographique du 5 octobre et je pique la plaque ; elle ressent encore la piqûre, bien qu'elle soit complètement éveillée.

Je l'endors alors et je déchire violement avec une épingle la couche de gélatino-bromure ; M"" Lux éprouve de la douleur à la partie du corps correspondant à celle de lu partie de l'image que j'ai déchirée, mais elle ne s'évanouit pas et il ne se produit aucun stigmate.

J'avais une épreuve sur papier tirée le matin môme, c'està-dire trois jours et demi après la sensibîUsation de la plaque ; elle présente une certaine sensibilité, mais vague. Quand on la touche un i>eu fortement. M"" Lux ressent une sorte de frisson par tout le corps; ce frisson est désagréable si je pique l'image, agréable si je la caresse.

31 oclobre 1892. — Je refais l'expérience de la pholo-

112 L'EKTËKIORISATION DH la. SE^SIDIl.lTâ

graphie avec M"° Lux en me ser>ant d'une plaque préalablement effiuvèe, je dï^hire la couche do gélatino-bromure encore toute fraîche dès qu'elle a été fixée : le sujet éprouve une sensation désagréable, mais pas très vive, probablement l>arce que la pellicule s'est déchirée sans effort.

Je pique vivement deux fois cette môme pellicule : elle le sent, mais moins que dans les expériences précédentes ofi la pellicule était stclie ; peut-être le sujet est-il moins sensible aujourd'hui parce qu'il y a cinq ou six spectateurs et que, dans ce cas. elle est en rapport moins exclusif avec moi. Cependant, au bout d'une minute ou deux, les deux stigmates apparaissent aux parties du corps correspondant aux [>oints piqués de l'image.

36 avril iB93. — M"' 0-, qui s'extériorise 1res facilement, môme à l'état de veille, a bien voulu venir avec moi chez Nadar pour essayer l'expérience de lu plaque sensibilisée. IjîS expériences suivantes ont été faites en présence du D' Barlemont et de SIM. Paul Xadar et Antiiony Guerronnan.

1" GspÉRiE.\CE. — Après avoir mis le chilssis contenant la plaque sur les genoux de M°" 0., éveillée mais extériorisée, et l'y avoir laissé quelques minutes pour établir le rapport, on a placé le châssis dans l'appareil et on a laissé poser pendant une vingtaine de secondes sous un jour assez faible.

Je suis ensuite descendu avec M'"' 0. et l'opérateur h l'étage inférieur dans la chambre noire. M"" 0. a ressenti la sensation de la fraîcheur de l'eau quand on a mis la plaque dans la cuvette pour la développer.

Quand la plaque a été développée, nous avons constaté que M"' 0., placée à quelque distance, ressentait un malaise chaque fois qu'on touchait la plaque, mais ne localisait pas

L'EflVOLfÈMOT U3

la sensation au point touclié sur son iniuge. En revanche, elle éprouvait des maux de cœur cliaque foisqu'on remuait la cuvette contenant le liquide qui avait sei-vi au développement et qui se trouvait à quelques mètres. J'en ai conclu quiï Tagent transmetteur de sensibilité s'étuit redissous prosijiie en entier dans les eaux de lavage.

2' EXPKRiE\CE. — J'ai endormi fortement M"'- 0,, et nous avons recommencé l'opération de la même manière; mais M"" 0. est restée endormie sur sa cliaise pendant que l'opcftiteurse rendait dans le laboratoire pour développer la [>laque. A un moment donné. M"' 0. a fait des contorsions; comme si elle ressentait des douleurs à l'estomac ; on a constaté qu'à ce moment l'opérateur caJssait par accident la [ilaque en la mettant dans le tiain.

La plaque cassée lut remontée dans la cuvette ; le sujet ressentit encore un malaise vague et non localisé quand on piquait son image ; il avait également des maux de êobnr quand on agitait l'eau de la cuvette (1).

3* EXPéRiHNCE.' — Pendant que le sujet dormait encore, on avait fait une seconde épreuve de sji personne et on avait pris aussi une photographie de la paume de ma main droite à peu près en grandeur naturelle île manière à remplir une plaque de môme grandeur que celle oii se trouvait le portrait de M" 0.

M"' 0. étant réveillée et causant avec nous, l'opérateui', caché derrièl* un paravent à proximité, plaça la photographie do ma main au-dessus de celle du sujet, les dciiv

(I) Ces maux de cœur quand on agit* l'eau sensitiilisée se prudnlBent cheï presque tous les sujets ; ils m'ont été signalé* nolainment par plusieurs damea qui l'éprouvent, même en leur état normal, lorsqu'on remue, à peu de distance d'elles, les eaux qui viennent di^ servir à leur Uiilettë.

tl4 L'eXTËHlOBISATlOn DE Ul ^BflSIBILITË

cuuches de gélatine tournées l'une sur l'aiftre, selon mes instructions données à nnsitdu sujet qui ne se doutait même I>as qu'une expérience de ce genre dût être tentée.

J'avais supposé que, puisque j'endormais M"* 0. simplement en présentant à distance la paume dema main droite devant sou iront, ma main rayonnait, et que ce rayonnement IHturrait être emmagasiné dans une. plaque de gélatine comme, le rayonnement du sujet lui-même quand il était extériorisé. Cette image de inaln, rendant ensuite à son tour par rayonnement l'agent dont elle s'était chargée, devait communiquer les vibrations productrices de ,1'hypnose à l'image de M"" 0. qui, servant simplement de relai, les transmettrait à M"' 0. elle-même si elle se trouvait assez près.

Ce que j'avais prévu arriva : au moment où l'opérateur, caché par le paravent, plaçait les deux plaquesen regard^ yi"" 0. cessait de parler et s'endormait presque instanl^néinent.

Je passai alors moi-même derrière le paravent, et je réveillai le sifjel en soufflant sw son ùnaçe.

Puis nous recommençâmes l!expérience, le sujet ignorant, comme c'est la règle, ([u'îl s'était endormi puis réveillé ; le second essai réussit comme le premier.

Nous prévînmes alors M"* 0. de ce qui s'élaitpassé ; elle •ut beaucoup de peine à le croire. Comme elle est très peu suggestible, même ea état d'hypnose, elle nous assura qu'elle allait résister à l'envie de dormir si réellement elle se produisait, et que nous ne parviendrions pas à amener le sommeil chez elle. L'opérateur ramena les deux plaques en regard en sa pi-ésence, et la lutte ne dura guère plus d'une minute ; elle s'endormit encore (1).

(l) M" 0. a été soiittranle pendent trois jours & 1b nuite de oeH«

,. L'B.\VOUTHlIli\T 115

Le 2 juin 1898, j'ai reproduit l'expÉrience de la iJiotO; graphie sensibilisée avecM"°Liua, chezlepliotograplieEaer (Boulevaiil M&lesherbes H2), en présence de 6 ou 7 personnes parmi lesquelles se trouvait M. Gaston Méry qui en A mnsi reoducompte dans l'Echo du merve.iHeitay du 15 juin.

« On a commencé par endormir M''' Lina assez prolondé-, ment au moyen de passes ; puis on a mis entre ses mains une plaque photpgnipliiquç dans son châssis, pour élaUir ie lien.

« Apres quelques minutes, on a repris le chftssis avec la filaque qu'on a placé dans l'appareil et on a réveillé le sujet <jui ne conservait aucun souvenir de ce qui venait de se passer.

u On lui a demandé alors de poser et on est allé ensuilfi' développer la plaque dans le laboratoire situé à l'étage supérieur.

■ « Les spectateurs n'ont iMis tardé à voir le sujet pâlir «t se plaindre âe mau.ï de cœur et d'un refroidisseitient général. — C'était lu plaque qu'on agitait dans l'eau Iroide.

a Quand la plaque a été développée, on l'a apportée près du sujet et on a piqué en plusieurs points la couche do jjélatine ; le sujet a ressenti à chaque fois les piqûres, mais toujours au icreux de l'eslomac où se trouve le plus sen-' sible de ses points hypnogènes.

« Le rapport entre la plaque et !e sujet diminue rapide ment ; le sujet qui, au commencement de 1" expérience, i>ercevait ce qui se passait sur la plaque (troid et balancement) & une dizaine de mètres de distance dans le cabinet noir, no ressentait presque plus,' au bout d'un quart d'iicure, les

séance ; elle attribuait cette soulfrance à la rupture <lc la plaque.

116 LBXTÙmORISATIO.X OB LA SENSIBILITÉ

coups d'épingles donnés à celte même jilaque à un inMi^ d'elle. Ea souillant sur ia plaque, on finit par la rendro tout à fait inerle a.

Telles sont les seules expériences que j'ai failes iwur Iranslonner en mumies des plaques photograpliîques : jo lésai racontées en détail pour Lien établir la réalilé du phénomène et en délimiter en même temps In iKtrlée physique. Deux nouvelles citations de l'ouvrage du D' BatiUlle répandu, il y a quelques années, t profusion dans le clergé catholique, vont prendre, pour ainsi dire en llagraiil délit, la genésé d'une de ces superstitions qui déshonorent encore notre siècle ; elles montreront jusqu'où peut aller le dévergondage de certaines imaginations, comment les absurdités s'infiltrent dans l'esprit des masses et pourquoi 1(! savant Gabriel Naudé, médecin do Louis XIII, avait écrit, en 162a, un livre intitulé ; Apologie pow tous les grands pci-sonnage'i qui ont été faussement soupçonnés de magie.

Le mode rt'cnvoûlement que le colonel de Rochas s'est sni"lout appliqué ft «tudicr est lonvoùtcnicnt pliolographîque; on |ieut même dire qu'il en est l'invenlcur. 11 consiste à faire, sur une photographie dont le cliché a été obtenu dans certaines conditions, les piqûres d'épingle du vieux jeu que la majorilé des occultistes font aux poupûes de cire. La personne qui n sa photographie ainsi maltraitée ressent îles douleurs duos toutes les parties du corps où son portrait est piqué.

Ce procédé est encore ii l'état d'expérience. Néanmoins, ilés (pi 'il a été connu, les palladistes se sont préoccupés de lui Ipouvciune contre-partie, comme pour le crapaud et la poupée de ciiv- \je vieux Walder prétendait que, pour triompher de l'envoûlement photographique, il ovait découvert une recelte ineivoilleuse.

lAutîle de dire que cette recette est un nouveau prétexte ii

i.'e.ivoutevem 117

siicrilèjjes. « Lorequ'oD se sait envoûté, affirranit-il, selon la Iimcé<Ii5 mis Ma moiip pnr M. de Hochas, il faut, tous les lundis, tl&s le sepUùme coup de midi sonaant, s'eaduire le corps, sur les tempes, autour du cou et dans lari'gîoïi du creur, d'un liiiimenl composé d'essenoo de térélienthine et d'hostie adonaîle GOnventrée, réduileen poudi-e ; en faisant cette friction, on téiit:lera tout le temps le vraiJ/. B .-. M .-. [Jésus BetlUemilus MiUcdictm). Au surplus, chacun des autres jours de la semaine, ou demeurera, sitôt levé du lit, trois miuutcs en tenant le pouce ■ replié et caché dans la main, tant pour ia main droite que pour la main gauche, et l'on dira fi haute voix en grec la formule de la sixième heure, telle que la donne le divin Appollonlus de Tyanc dans le yuelêmêron, formule qui s'inlcrprÈte ainsi : • L'esprit se tient immobile ; il volt les • monstres infernaux marcher contre lui et il est sans crainte. » En suivant fidèlement SCS prescriptions, on aura l'invulnérabilité garantie contri' tous les assauts quelconques de l'envoùteur, et, le Irente-troîsième jour, le volt photographique aura perdu taule puissance maligne définitivement (1).

(Le Diable au XIX' sicck, p. 2o6.) i'iua loin (p. 283), le D' Bataille reproduit on iMirtic un

• il.lM presse se (iréocmim. il y a quolcj lies mois, d'un prCIre délmijiié, l'abbé Boullan. qui avnit fondé h, Lyon Iil secte mystique <lii l'iiriiiel. 11 prenait ilil-oii. îles stntaettes de maints ou de maintes, les liaiitfMiit nu nom île» personnes auxquetlcx il voulait du mal et les torturait tout en feîsiint île» invocations au diable. De son cOtë, il avait des eiiDemù: qui nfcis^ient de même contre hii. et on est allé jusqu'il (lire que sa moK élnit due à une cause de ce genre. Kn tuiia cas. la curiosité publique fnt assez éveill<^e |iouf que M. Pliil. Anquier ])iU faire parailiv. le 7 févHer l.S<J3, dans le Figaro, un artirJe Intilulé ; le Hoi des exoreiatea. ait nous trouvons surlesconlr'envoûlemcnls du dit abtié Roullan des renseignements qui semblent emprunta & on grimoire du moyen ilge.

« Si, craignant un envofilenient. vous consultiœî l'apôtre, il commentait par endormir une voyante et lui taisait i:x|iliqiicr, drs qu'elle élnit prise du sommeil somnHmliulique, In nature <lu sorlilËge sulii. Si le cas était grave, il recourait • au sacrilice de gloire de Melchissédcc », qui se pratique ainsi :

• Sur un autel. compo»i' d'une table, d'un tal)eruacle de tiois. i-n forme de maisonnette, surmonté d'une croix cci-clce sur le fronlun

118 L'EXTÉHIOIUSATIO.V de la SE^StBrLITË

article de M. Horace Blanchon relatant les expériences qn'il m'a vu laire à la Charité sur trois malades du service de M. le !>■■ Ltiys : M"' B., la aommée Jeanne et la nommée Clarisse, et il ajoute :

Cette citation n"est pas utile, l'écrivain reproduit ayant fittè-^' leraent relaté ce qu'il a vu ; et son impartialité est d'aulaut plus indiscutebtc que, personne llemeut, il déclare dans la conclusion ((u'il est nullement convaincu par les expériences auxquellc» il a assisté ct)ez M. de Hochas, « dont la bonne foi scientifique^ dit-it, n'est, d'ailleurs, nullement en cause B. M. Horace Blancboq pense que les sujets employés par le colonel sont de bonnes simulatrices, et voilà toul. La vérilé est qu'il u'y a en tout cela ni résultat scientifique naturel, ni supercherie non plus. M. dp- Kochas n'étant pas un naïf & qui des farceuses eu imposeraient ; il y a œuvre du Diable, ni plus ni moins, et c'est ce que beau-: coup ont le tort de ne pas vouloir comprendre. Ce n'est pas Iq science des lioinines, mais celle de l'Église seule qui est capable d'expliquer et qui explique ces phénomènes étranges et tron-

Ne sont-elles iKis niai heureusement encore complèlemeat iVactualit»', ces lignes de Naudé ? (L. c, p. 33.)

« Joint que ce serait une f;rundc simplicité de croire qu'il n'y eut que ceux qui ont entré dans le Cercle, pratiqué

jinr la figiim du TélraRrOLiiiiie, l'otliclsnt (ait apporter le caliced'argent, les iminsi azymes et le vin. Puis, ayant revêtu des habit» iiacerdotaax, une longue robe vermillon, serrée à la taille par une ciirdelière blanche et rouge, et un manteau blanc découpé sur la poitrine en forme de croix renversée, il commence à lire les prières lin sacrifice,

. Le consultant est iilacé prî-s de l'autel. Continuant ses oraisons, le prêtre pose sa main gauche sur la lêle de l'envoUlê : puis, ^len,dant son autre mtûn, il supplie l'arrhaii)^ salut Micbcl de l'assister et adjure les glorieuses légions des anges d'enchaîner les esprits du mal. Enliu vient le moment de la prière déprécatoire, et roiriciant ]a clame par trois lois après avoir posé sur l'autel la main du con- Bultant. l.e pain azyme et le vin sont ensuite oHerta k ce dernier ef le sacrifice prend lin. •

i.'envoutbmekt iï9

les invocations et excercé la Magie, qui peuvent escrire ou (aire des livres en icelle, puisqu'un chacun peut facilement discourir à la fantaisie d'une chose en laquelle il n'y a ny préceptes, nyordre.ny méthode, etqu'ilnefaut que meslcf les caractères des douze signes et sept planèles, les noms de quelques anges de l'Ecriture, le Tohu et le Bohu, l'Urini et le Tliumim, le Bérésith et le Merchava, l'Eusoph et l'Aria des Cabalisles avec l'Hippomanes, le [tarchemin vierge, le Pentalpha, le Suaire, la Teste de mort, le sang de hibou, de chauve- souris, et quelques prières et conjurations da l'iai/ellum Dœmonum pour faire une infinité de ces Livres et Traités mystérieux, lesquels ne se communiquent pus après qu'en cachetle, et se vendent ordinairement bienclier par ceux qui n'ont d'autre moyen de subvenir à leur nécessité qu'en pratiquant ces fraudes et tromperies aux dépens de beaucoup d'esprits faibles, superstitieux et mélancoliques qui se persuadent d'avoir trouvé la febve au gasteau et le moyen de faire beaucoup de choses merveilleuses et extraordinaires par la rencontre de ces trompeurs et charlatans.

« ...Tarn magna esi penuria mentis ubiquel In nugas tam prona via est ! ... a

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