CHAPITRE IV LA l'OUDKE UE SYMPATHIE
L'envoûtement aurait pour résultat de laire soulfrir quelqu'un en agissant à distance sur son système nerveux. Si le fait est n^el, la contre-itartie doit nécessairement exister ; il m'a suffi, en effet, de compulser les traditions dédaignées par l'histoire^ officielle des sciences pour y trouver la preuve que l'agent nerveux extériorisé peut transmettre aussi bien des actions favorables que des actions nuisibles
Comme le mal semble avoir toujours eu poiii' Ils lioninii-s plus d'attrait que le bien, ce n'est que dans des tenqis relativement récents que nous voyons apparaître les cures àdistauce à l'tûàeàesremècies sj/mpathigue-i ; mais cette circonstances a du moins l'avantage de nous permettre de retrouver les premières osbenations et de les étudier avant (pi'elles n'aient été déformées par les circonslances plus ou moins merveilleuses dont l'iinagination des foules ne tarda point à les entourer.
L'EXTËmOHISATIO\' I
La poudre du syiupaDiK guoii^&ail les blessures, suivant ropiiiion de nos pères, pai mi Minple application sur les linges qui avaient servi 4 les paiiseï Ce n'était pas autre chose que du vitriol bleu ou buUate de cuivre trituré et employé dans certaines t-oniii lions. On sait que le sullale do cuivre a une puissante action contre les luicro-organismes et qu'il assainit les plaies au cuutact ; les fumeurs, sujets à avoir des aphtes dans la Imuche, 'se guérissent simplement en touchant ces petites ulcérations avec un cristal de vitriol ; depuis quelques années on l'emploie en grande quanlité contre l'oïdium, une des maladies de la vigne.
Celui qui l'a surtout lait connaître est un grand {lersonnage, ayant joui en son teuq)s d'une immense réputation comme homme d'État, comme lioinine de guerre, comme savant et comme bibliophile, le chevalier Kenelh Digbv.
Né en 1003, dans une illustre famille d'Angleterre, il lut comparé, dès son enfance, h Pic de la Miraiidole,àcausede sa prodigieuse mémoire, de sa rare sagacité et de ses brillantes qualités physiques et morales.
En 1628, les Anglais ayant eu quelque altercation avec les Vénitiens et les Algériens, Digby, âgé h peine de 25 ans, leva une escadre à ses frais et, avec l'autorisation de son rot, il fit voile pour la Méditerranée où il battit les deux puissances ennemi os.
Quelques années plus tard, obligé de quitter l'Angleterre pour des motifs politiques, il se mit à voyager. Il alla voir les savants les plus célèbres, nokinimeut Descartes, et il séjourna à plusieurs reprises en France. Kn lC4t, il pubhait à Paris un exposé de son système philosophique sous le titre :
LA POUDflE DE SYMPATHIE * i^
Traité de la nature des Corps. 11 passa les années 16K7 et 1658 à Montpellier, et c'est à cette époque qu'il prononça devant l'assemblée de l'Université le discours relatif & la poudre de sympathie (1), auquel nous empruntons les documents qui suivent :
Digby apprit, dit-il (2), le secret de la [loudre de sympa-
(11 DUcoui-t fait en une célèbre amcmbUe par le chevalier Digby, chancelier âe ta reine delà G ande-Bretague, etc. touchant la gwérison de» p/aiea far la poudre de sympathie. Pari», Coor- IJé, 1638, petit 111,-8°.
Cet ouvrage lut' réiinprimé plusieurs lois, notamment en 1673 Ji RDoen, in-12, avec, une petite Disgerlation strr le même tujet, pttr KicouB PipiB. Une autre édition > lut dci ii née & Paris eu i681 pai- Jacques Oamont.
(2) Je ne croif pas beaucoup à celle hisloira du Carme voyageur. Plus d'un siècle auparavant, ParaceUe avait publié (Atckidoxis magies, lîb. I) la recelle do son onguent vulnéraire composé de . sang humain, de graisse humaine, d'usnée (mousse recueillie sur uu crâne bumain empesé à i'humidilél, d'huile de lin, d'biiUe de rosi% lie bol d'arménia, etc. Il suftlsait pour guérir une blessure, tann douleur ni emplâtre m^me à 20 titilles de disiaiice, de tremper à&u» ronguent un moroeaa de boia imbibé du sang du blessé. — ■ AlXleurs Dettfmor,putl..etuUermcrbigalliri, lib. Xl. il recommande l'emploi do vitriol tiré du cuivre iwur guérir certain s-ulcÈrest. Voiri du reste comment il explique les action s uuralives des remèdes.: « Les remèdes ajdsst^nt par une épandation de li-urs torcea, jwr une vertu dynamique.' par une odeur, un goût dont l'action est quelquetojs instantanée, (juand vous appliquez un emplâtre sur une plaie, vouW no pensez pas que cet emplâtre' se change en chair ; il opère raagntïliquement par sa seule présence. Il en est de même des remèdes internes : plus leur nature est spirituelle, plus ils ont de vertu médi,-
Pendant t'eulance de Dighy, les idées de Paracelse sur la persistance, pendant un temps assez long, d'un lieu viUil cuire les parties détachées du corps d'un animal et cet animal lui même avaient élé bruyamment remises à l'ordre du jour, à pro|ios du cas de ce Bruxellois qui. ayant perdu sou nez dans un combat, était allé s'en faire refaire un autre par un spécialiste, le célèbre cliirurgien Cnspard TBgliacozzi, do Bologne ; mais, comme il craignait l'incision à laii* il son bras, il mena avec lui, à cet ellel. un. portefaix du bras duquel on tira son nez. moyennant nn prix convenu. Environ treize mois après le BrtixeUols, de refour dans su jiatrie, sentit sou nez KC refroidi]' lout h coup et tomber en puti'éfaction au bout de quel-
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lliie d'un religieux Carme qui avait voyagé eu Chine, ilans la Perse et dans l'Inde.
Digby le donna au roi Jacques, qui l'éprouva eu plusieur,^ occasions, puis îi Tliéodorc Turque! de Mayerne, premier médecin du roi de Franco (1), Turqucl lo passa au duc de Mayenne, son protecteur, qui tut tué, en 1621. au siège de Montauban. Le chirurgien du duc l'ayant vendu à plusieurs personnes moyennant des sommes considérables, il ne tarda lias à tomber dans le domaine public.
La métliode et manière prescrite (le se servir de ce remècUi sympathique esloil, dit Digby (2), de prendre seulement du v\- Iriol (même le plus commun) comme il venoit des dro^isteN, sims aucune préparation ou addition quelconque et de le faire dissoudre dans de l'eau du fontaine ou plutôt de pluye en lelle >|uaulilé qu'en y trempant du ferpoly (par exemple un couteau), il sorte tout chargé de couleur comme s'il estoit changé eu cuivre (3). Et, dans celle cnii. on mettoit tremper quelque linge lâché du sang de la blessure que l'on vouloit guérir si le linge csloit sec ; mais s'il estoit encore frais et humide du sang, il
([lies jours. En recherebnnt la cause de celte chute innpiréc, tin reeounut qu'au moment précis où son nez se relroidit, le porteftii.t avait expiré. Le célèbre Vud llelnioat, ayant connu des témoins oculaires ilu tait, composa, en 1617, un traité, intitulé : De magnetica vulnerum curatione, qui fut imprimé seulement eu 1621 et eut un immense retentissement. 11 y invoque comme explication uno foule de phénomènes analogues, que Digby rappelle également dans son discours,
Maiveli., qui rapport* le lait dans le \\' livre de son Iruilé de hi ilèdecine inagnétigne, ajoute : • J'ai entendu raconter une liistoii,'o Hcmblable par un de mes amis, docteur en médecine, qni m'a juré fu avoir Mé témoin oculaire. >
'1) Turquet, aprfes avoir été médecin de Henri IV, passa en Angletei-re où il devint le médecin de Jacques I"" et de Charles l^',
(2) niscoui-s fait en une célèbre assemblée... Paris. le58. p. lîl'.
'3> On voit que le vitriol de Digby était bien du sulfate de cui^Tl> et non du sulfate do ter, comme l'indiquent, i>ar erreur, la plupart des ouvn^B modernes.