‹ L'Extériorisation de la sensibilité: étude expérimentale & historiqueChapitre 8 sur 21 · I.A POUDRE DE SYMl'ATHIB {2i · texte numérisé non relu

I.A POUDRE DE SYMl'ATHIB {2i

ne falloit que le saupoudrée avec de la poudre de semblable vi- IrLoI, en sorte que cetle poudre s'incorporait et iaibll>ait dedaiiK le sang encore humide ; et garder l'un on l'autre bien tempéré ; snvoir la poudre en une bot'te dans sa pochete, et l'eau (qui n'admet point cette commodité) en quelque chambre ou la chaleur soit modérée. Et à chaque fois que ion met nouvelle eau vitriolique ou nouvelle poudre à nouveau linge ou autre ëloKe ensanglantée, la personne sent un nouveau soulagement, comme si alors la playc avait été effecti ventent pansée par quelque souverain médicament.

Et, pour ce sujet, on réitéroit cetl« façou tlo panser soir et matin. Mais, maintenant, la plupart de ceux qui ne se servent de ce remède de sympathie lont ditlgeiice d'avoir du vitriol l'êmain ou de Cypre ; puis ils le calcinent à blancheur au soleil, Et outre cela aucun y ajoutent de la gomme tragaganthe : Facile eut inventh atklere. Pour moy, j'ay veu d'aussi grands effels (lu seul vitriol de dix-huit deniers la livre, comme de la poudre qu'on prépare aujourd'hui.

Voici inalutenant, tiré du même livre, le récit bien net et bien circunstanciéderuu des cas do guérison obtenus par la jioudre de sympathie :

M, Jacques Uowell, secrétaire du duc de Bouquingan (assez connu en France par ses écrits et particulièrement par sa Dendrologie, traduite en français par M. Baudouin, ce me semble), sur\-int un jour comme deux de ses amis se battoient en duel. Il se mit aussi tout en devoirde les séparer; Use jetleentreeux deux ; et de sa main gauche, saisit les gardes de l'épéo de l'un des combattants pendant que de sa droite nue il empoigne la lame de l'autre. Eux, transportez de fnrie chacun contre son ennemy, font leurs efforts de se deffaire de l'empeschemeut que \mt amy commun leur donnoit de se tuer l'un l'autre : et l'un tirant brusquement son espée, qni ne pouvoit pas cstre retenfie par la lame, coupe jusqu'à l'os tous les nerfs, muscles et tendons de la main de M- Howell ; et, à mesmc temps, l'autre dégage sa garde et porte un coup d'estramaçon à la teste de son -adversaire, qui va fondre sur celle de son amy, lequel, pour parer le

t20 L'e.\Th1IIOIIISATIO.\ DE LA SE^S1I>1I-ITË

coup, traverse la main desjà blessée, qui, par ce moyetif fut r'oupée autant par le ilohorx, comme elle l'csloit parle dedans... Voyant le visage de M. flowell (out couvert de sang tombé de m main 6\e\ée, ils accourent h Iny pour l'assister ; et, aprbs avoir visité ses blessures, ils les bandent de l'une <le ses jarreliûrcs, pour lenir closes les veines qui estoyent toutes coupées et saignoienC aliondammont. Ils le ramènent chez lui, cherchent lin cbiriirgieu ; et le premier venu servit pour luy meltre le. (ire m ier' appareil. Pour le second, quand se vint à ouvrir la playe le lendemain, le chirurgien du Boy y lut envoyé par Sa Majeslê qui affectionnoit beaucoup ledit sieur Hovt^ell.

J'estois logé tout proche dé Iny. Kt un malin, comme je in'hahillois, quaire ou cinq jours après cet accident, il vint en ma chambre pour me prier de luy donner quelque remède à son inal. D'autant Idit-it) qu'il avait appris- que j'en avoi^ de très Iwns pour semblables occasions ; et que sa blessure estoit en si mauvais estât que les chirurgiens appréhendoient que la gan- . grène ne s'y mist : ce qui arrivant, il lut falloitcouperla main. 1-In effet, son visage têmoignoit la douleur qu'il enduroit. la- (juelle il disoit insuportablc avec une inflammation extrême. Je luy répondis que je le servirois volontiers; mais que, quand il sauroit de quelle fai.-on je pansois les blessés, sans avoir' besoin de les toucher ou de les voir, peut-estre il ne le . voudroit plus, parce qu'il croiroit cette manière de guérir superstitieuse ou inefficace — Pdur la dernière (dit-ilj( les grandes merveilles que plusieurs personnes m'ont racontées • de vostre médicament ne me laissent point douler de son efficace. Et pour la première, tout ce que j'ay k dire est compris en ce proverbe espagnol, liaya se el mitagro, y hagalo Mohoma.

Je luy demanda} donc quelque pièce d'étoffe ou de linge sur laquelle il y auroit du sang de ses playcs. U envoya incontinent quérir la jarretière qui lui avoit servi de premier bandage. Et ce- (Mudant, je demandoy un bassin plein d'eafte. comme si je me vouloislaver les mains, et prisune poignée de poudre de vitriol que je lenois eu un cabinet sur ma table et l'y fis promptement dissoudre. Aussitôt que la jarretière me fut apportée, .je la mis dans le bassin, et remarquant ce que faïsoit ce pendaut M. Howcll. Il parloit à un eeutilhomme en un coin de ma chambre .

LA POUDRE DE SïHr'ATHIE' 1.^7

BfiDa prendre garde à ce que je/aiaois ; et tout & l'heure, il très- Hoillit et fit une action comme s'il sentoU en luy quelque grande émotion. Je lui demanfloy ce qu'il avoît et ce qu'il sentoit. - Je ne sais (dit-il) ce que j'ay, mais je sais bien que je ne sens plus dedonlenr. Il me semble qu'une fralcheuragréable, comme ■ si c'estoit mie serviette mouillée et froide s'espaad sur ma main, ce qui m'a osié toute rintlammation que je sentois. — Puis donc (lui répliquày-je) que vous sentez desjà un si bon effet de mon médicament, je vous conseille d'osier tous vos cmplastres ; tenez seulement la playc nette et en un estât modéré «t tempéré de chaud et de froid (1).

Cecy tut aussi tost apportéàM. de Bouquingan et, peu après, au Roy qui furent tous deux fort curieux de savoir la suite de l'affaire, qui fust. qu'après disner, j'ostay la Jarretière hors de l'éabe et la mis à sécher 'à un' grand feU. A peine cstoit-elle bien seiche (et, pour cet effet, il falloit qu'elle eust esté premièrement bien cschauffée), que voyla le laquais de Ml Rowell qui vint me dire que son maisire sentoit depuis fort peu do temps de douleur|autant que jamais, et encore plus grande, avec ntie chaleur si extrême comme si sa main eust esté panby les charbons ardents ; je liiy répondis que quûy quecela luy fust arrivé à présent, il ne laLsseroit pas dcsQ bien porter dans fort peu de temps, que je ses vois la'cause dcce nouvel accideutset que j'y donnerois ordre, et que son maistre serait délivré de sa douleur et inflammation avant qu'il'peust être de retour chez luy pour l'en assetirer.Mal» qu'au cas que cela ne fust pas, qu'il revinst m'en avertir ; sinon qu'ils n'auroit qUe faire de retourner. Avec cela, il s'en va; et, à l'instant, je remets la jarretière dan^ l'èaûe ; sur quoy, encore qu'il ïi'y eust qne dèUx pas chez son maistre, il le trauve tout à fait sans douleur ; et mcsme avant qu'il y arrivost, elle estoit entièrement cessée. Pour faire couri, il n'y eut plus de douleur; et dans cinq ou six jours âa playe fut cicatrisée et entiÈrement guarie (pp. 7 et suiy. Ed. de 1681). "

Le sujet perçoit donc les actions excercées sur le sang de ■

(1) CI. l'observation du chirurgien américain dans la note E.

128 l.'li\TÉf)IORISATION DE I..V sli,\S1DJLITË

sa plaie qui conserve un lien sensible avec le corps, pourvu que la distance ne soit pas trop grande ; cor Digby noie que son logis était lout proche de celui de Jacques Howel. Mais cette communication de seosibilité ne se borne pas à une action curatrice, elle est complète en ce sens que le cliaud et le froid se (ont également sentir à distance; de plus, certaines actions détruisent le rapport ou le lien, ainsi que l'indique Digby à la page 140.

Jay (lit qui! la lamiëre emportant ces atomes de vitriol et de aiiiig et les dilatant it une {grande étendue dans l'air, la playe les attiré et est d'almrd soulagée, et puis ensuite guarie par les esprits du vitriol qui est Imlsamiquc.

Mais si vous métier le bassio ou la poudre avec le liage tachi^ de sang daas une armoire faite dans une muraille en quelque coin d'une chambre froide ou ea une cave, là ou la lumière ne donne et d'où l'air ne sort point (et partant est corrompu et sent le relent), en ce cas-là, la playe ne sentira aucun amendement u'y aucun effet de celte poudre. Kt la même chose arrivera, si ayant mis en quelque coin le bassin ou la poudre, vous les couvrez avec beaucoup de couvertures épaisses, estouffantes et spongieuses, qui imbibent les atomes qui eu pourroient sortir et qui retieuneiit la lumière et tes rayons qui y entrent et qui s'y arrestent et s'y perdent.

Aussi, si vous laissez congeler en glace l'eau vitriolée où le linge est trempé, lo blessé sentira au commencement un grand froid a sa playe ; mais, quand le tout est glacé, il ne sentira ny bien ny mol, d'autant que ce froid congelant constipe les pores de l'eau, laquelle ne laisse point alors Iranspirer ou sortir tes esprits.

Si on lave le linge taetié, en vinaigre ou lessive (qui par leur acrimonie pénétrante emportent tous les esprits du sang), devant que de tut appliquer le vilriol, il ne fera aucun effet.

Mais, si l'on ne le lave que d'eau simple, il ne laissera pas de faire quelque chose (car elle n'en emporte pas tant) ; néanmoins, l'effet n'en sera pas si grand comme si le linge n'avoit point été

J.A l'OLUHIi DE SVUCATDIII 12t)

lavé du tout, car uloi's il est plein de tous les usprils du

Ia mesme cure se fuit appliquant le remède ù l'êpéc qui a lilessé la personne, si ce n'est que l'épée nit esté fort chauffée • au feu, car il feroit évaporer tous les esprits du sang : ce qui rcndroit l'épée inhabile par cette cure.

Et voicy la raison poun^uoi l'on peut panser l'épée. (^esl que les esprits substils du sang pénètrent daus la substance ;îe lu lame de l'épée, jusques ù l'étendue que la lame a été portée dans le corps du blessé, et Ils [ont là leur résidence, 'sans que rien les en puisse chasser, excepté, comme j'ay dit le feu. l'ooipreuve de quoy, teneï-iii s\ir un rêchauf de feu modéré et vous verre/, sortir de la lame opposée au feu une petite humidité qui ressemblero il la tache que 1 haleine fait sur un miroir ou sur ta mesme lame polie ; et, si voue regardez à travers quelque verre <ini grossit beaucoup les oltjets, vous verrez que cette rosée d'esprits consiste en de petites bulles ou vessies enflées. Kl, quand une fois elles seront évaporées eutiÈi-ement, vous n'en verrez plus sur cette épée, si elle n'était poussée de nouveau dans quelque corps vivant, ny même dès le coraniencumeni vous ne les verrez autre part que précisément sui' lapai-tie de la hune qui est entrée dans la playe (1)... Or donc pendant que les esprits sont dons la playe, elle (leur subtile péuêtmlion) servira à guérir le blessé (2) ; mais après que le feu les a une fois

fi) L'abbé de Vallemont 'Physique oeculit, p, 217), dit que cellu «xpérience sert aux chïrui^ieas & coaaallre la profondeur de la jtlaie sans la sonder, puisqu'il n'y a que la partie de l'ûpée qui crl eutrée dans un corps vivant sur laquelle se forme cetle vapeur. ^ - (2) Paracelse {AichidoxU magioce, p. 699; Genève, 1668) avail déjà i-ndiiiué l'application d'un onguent à l'arme qui avait blessé, pour guérir In blessure :

tlsGliïXTCH ARIIOMIH

Hoe yHO'lo ttnguentum quoque parare potest, qttod vulnera oiti-a omi:em dolorem saneseaiit, si arma, qaîbus aliquis vulneratus e^t unguenlo illo olinas.

Cet onguent avait la même composition que l'onguent vnlnérairi! dont i'ai parlé dans la note 2 de la page 123; maii Paracelse dit qu'il est bon d'y ajouter du miel et du sang de taureau l

130 L'KXTËIUOK{SATIO^ DB LA SKNSIUJMTK

eboMéa, le remède appliqué à cette épée se fera rien dn tout. De plDs, si quelque clialeur violente accompagcie ces atomes, elle enllamme la blessure : mais le sel commua peut y remédier; rhoBÛdité de l'eau humecle laplaye, el le Froid cause ie frisson à la personne MesBée...

Il me semble que moB diECOurs vous a aeseï évidesamenl SBontré qu'en cette eure, U n'est pas besoin d'admettre une «ction fmt on agent âisUmt dn patienl. Je vous ay tra«é une réelle communtealioB de l'an 4 l'autre : à sçavoir d'une siih&lance balsamique qui se mâle oorporellemeot avec la fiaye.

C'eat une chétive làcbeté et petitesse de cceur et «ne crasse ignorance d'enlendecDieut, de prétendre quelqu 'effet de magie ou de (dieraie, et de limiter toutes les actions de la nftture à la graieièreté de nos seas, quand nous n'avons pas suffisamment eoBBidéré ay exaaiiné les eaases et les principes i«r lesquels il convient de fonder nostre jugement. Il n'est pas besoin d'avoir recours à an déatoa «u à «& «Dge pour cette difficulté :

Nec Ùem inUrùt, niu diynus vindice nodus.

Ineidcrit...

La poudre do sympatliie jouit d'une vogue immense jusqu'à lu lin du xviL' sièule.

Le sieur Papiu, » docteur en médecine el des plus iamevK delà ville deBlots (1) ». corniwsa sur elle une longue dissertation dont voici la préface :

Sénèque, dans ses questions naturelles, nous assnre q»e la Nature, mûre de toutes ehotet, n'ettpas si prodigue de ce queUf

(1) Avertissement placé par le sieur Rault en t*t« de la trad<u:tion trancnse qu'il publia en ItiSI de la diBsertation latîM de Papin sur la poadre de symp^liie. Il s'agit ici de Nicolas Papin, oncle de Denis Papin, l'iDicatenr de la nadiiite ï vapeur.

L4 fCHJUBIS DE SÏUPATIlll! 131

a de plus rare et de plus secret, qu'elle l'expose tout à la fois. Tout le monde %ie pénètre pas confusément dans ses mystèTes, et ils ne sont pas ainsi connus à chacun, elle les réserve comme tui tieusacrd. Aussi est-ce que, dans un temps, on n'en découvre qu'un, et dans un autre, un autre. Certes, ei dans nostre siècle, il s'est découvert quelque secret admirable dans la médecine, qui doÎTe confirmer cette opinion, ce doit estre celte merveilleuse manière de guérir les playes reçues sur le corps humnin, par l'application de la poudre de sympatliie dont la découverte est toute nouvelle, et qui. ayant l'applaudissement de tout le monde x>our ses rares et fréquentes expériences, mérite d'emporler l'avantage anr toutes sortes de médicaments...

U'aboi'il que j'entendis parler de cette merveille, je me persuaday que ifestoit quelque invention chiméri(|ue ou digne de risée ; mais, ayant appris qu'elle avoit l'approbation des personnes les plus considérables, je commençai h m'émerveillcr moy-mesme. Rt enfin, m'eatant assuré de la vérité par de fréquentes expériences que j'en fis, je me vis obligé d'en prendre le parti avec toute assurance. Je neslois plus après la l'ecliercbf ai la cbose esLoit constanlc, mais ce que c'cstoit, et de quelle manière elle se passoit. Toutefois, je ne laissois pas de me trouver dans d'assez, grondes diflicultés qui durèrent plus d'une année, et jusques à ue quem'estant embarqué pour Candie, nous fûmes obli};és de rellchcr à Zantlie pour le mauvais temps ; où estant le bienvenu dans le fameux collège des médecins de la ville, il m'nrriva par occasion de discourir sur lu vertu merveilleuse de ta poudre de sympathie, et d'en faire publique discussion. Le nombre des savants y fut grand, dont une piulie eut de la peine à se contenir de rire à l'entendre seulement nommer ; d'autres qui ne doufoient aucunement de la vérité, après les fréquentes expériences qu'un très habile et très savant chirurgien de la même isie en avolt publiquement fuites, teuoient ses effets au-dessus de la nature, et en condanmoient l'usage, disant pour toute raison, que ceux qui s'en servoient avoîent fait quelque paction avec le démon.

Papin se livre ensuite à de longues discussions basées sur les théories alors en vogue de l'Esprit universel, discussions

132 l'exTKRIOIIISATION UE L\ âENSIItlUTË

devenues aujoni'd'hui lort obscures pour nous parce liini nous avons d'autres idées et que nous nous servons d'autres termes aussi savants, qui paraîtront aussi iactnuprélicusibles à nos successeurs. Voici, du reste, sa conclusion : « Avec la vertu imprimée dans un sujet équivo<(ue, la porlion la plus subtile et la plus éthérée de l'esprit qui est restée dans !e sang ou dans le pus se répand aussi avec eux; laquelle. selon qu'elle particii>e encore à quelque chose d'élémcut'iiie, avec ce qu'elle a de plus céleste, devient le princqul instrument des mutations des premières qualités élémenlaiiTs dont elle est remplie comme estant leur sujet propre, imur les porter àla [jartic blessée, de même que la vertu aggluUnative, laquelle vient des gommes meslées aveu la [Kiudn! et pareillement de la vertu sarcotiqne ou cicatrisante laquelle procède du vitriol. Toutes lesquelles choses, à dire le vi-ni, ne rêussiroienl pas si bien, si l'opé-alion se faisait en un lieu trop éloigné du blessé, et si Con gardait le linge ou l'êlo/fe ieinle de sang et parsemé de poudre dans un êloignement de plusieurs heures. »

Le célèbre Recueil de recettes duement esprouvées, imprimé en 1676, à Lyon, par les soins de M"' Fouquet, la mère du malheureux surintendant des finances, en d(}nn<' deux préparations différentes et lit recommande contre les hémorragies.

Dans une lettre datée du 28 janvier i6H5, M"" de Sévigné parle d'une plaie qu'elle avait à la jambe : J'avais, dit-elle ensuite, encore heureusetnent de la divine sympathie ; inon fils vous dira le bon état oit Je sucs. Il est vrai qu'une petite plaie que nous croyons fennèe a fait mine de se révolter, mais ce n'était qi.e pour avoir l'honneur d'rire guérie par la poudre sympathique...

LA l'OUnHE UH SYMPATUIE 133

Dans UDC aiili'c lettre, clic écrit : La haume tranquille ne faisait pltis rien, c'est ce qui me fit courir avec transport à rolre poudre de si/mpithie qui est un remède tout dirin. Et, pour preuve de sa merveilleuse efficacité, elle ajoute : Ma plaie a changé de figure, elle e^t quasi sèche et guérie. Enfin, si, avec le secours de cette poudre que Dieu m'a envoi/ée par vous. Je puis une fois marcher à ma fantaisie, je ne serai plies digne que vous ayez le moindre souci de ma santé.

Nous ne savons pas comment M"" de Sévigné employait son divin remède et si la suggestion n'entrait pas en jeu, tomme pour toutes les nouveautés qui ne guérissent que l^ndant qu'elles sont h la mode. Toujours est-il que, peu à peu, OR confondit, comme nous l'avons déjà fait remarquer, le sulfate de fer avec le sulfate de cuivre ; on y ajouta des mamatières étrangères Inertes et on l'administra à tort et h travers, sans se douterque le remède n'était efficace que surcertaines organisations, et dans certaines circonstances. Aussi n'était-d plus considéré par les historiens delà médecine que comme a l'une de ces folies qui ne résisteraient [Wis au plus léger examen (1). » Le jugement est sommaire, mais que de fois n'avons-nous pas vu déjà des assertions aussi tranchantes, cruellement démenties pai- l'expérience ï

Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion de diriger mes expériences de ce cftté-là et voici les seules notes que je retrouve dans mes papiers :

39 juillet 1892. — J'ai piqué au ponce M"* Lux endormie et extériorisée. Le sang est venu difficilement ; quelques gouttes recueillies sur un mouchoir restaient sensibles et

^i) H' HbiUc, les Coiisu/latlons de W""- de Sévigné, 1864. p. 101.

134 l'ëxti^riobisation uk

transi lie ttaieal au sujet les aensaUona, d'un bout de l'apparteiaent à l'autre (une douzaine de mètres).

1 Ce mouchoir maculé, trempé dans une dissolution de sullate de cuivre, lui procurmt une seusutioii de :traîclieur très agréable ; cett« sensation ne se produisiùt pas quand on le trempmt dans l'eau pure.

« J'ai cherché à rccoonaitre le lien qui unissait son sang dans le mouchoii' avec son corps, à voir si, de son pouce à la taclic de sang, il y avait une ligne sensible avec une sensibilité décroissante selon l'éloignenieBl. M"' Lux a accusé des inaxima et des minima, mais beaucoup plus rap{H^}cliés çue ceux des courbes ordinaires qui l'enveloppaient. — L'iiénomèues à étudier plus complètement.

« Qjanviei' 1893, — M"' Lux s'est coupé le doigt ; elle l'a empaquett- dans une iKinde de linge qui est tachiM! de sang ; je lui demande cette bande sanslui dire pour quelmotii, et, (le i-etour chez inoi, je la lais tremper dans une dissolution de sulfate de cuivre. Le lendemain M"" Lux me montra sa petite coupure cicatrisée et me dit qu'elle ne l'avait {)as [ah souffrir depuis la veille. — Cette expérience n'est pas bien uelte et n'a d'intérêt (|u'en la r^procliant des autres. »

En revunche, un de mes amis m'a adressé de Maëstricht le très tntércssaate lettre qui suit :

Je causais ilcinièpement avec \m prtire 1res iaslruît de vos étonnantes révf^lalioDS scientifiques par rapport i l'extériorisation de 1b sensibilité. Or, il ne manitcsin pas toiilc la surprise que j'attendais. Il me dit :

" Toits longtemps qne saint Alphonse de Lignoris'estoecupé île questions analogues. Consulté au sujttt de la licéilé de l'emploi de la poudre sympathique agissant h dislance, il opinait que Les -thi^ologiens répondaient en général négativement, parce

Li. FQUBBS DE STXPATHIB 135

qu'il semblait incompréhensible que les qualités de Mtte pandr» puissent agir & distance.

« Le tbé(dogien ËU>el néanmoins est d'oviei que cette pratique peut èlre tolérée dans des eas urgents et pourvu que Le blessé ne soit pas trop éloigoé, par exemple à une diriaaee de trais ceuts pas («ir], et qn'oa preane la préeautioii et faire dea restricUons contre l'action démoniaque.

> On constate que la p»ttdre en question (CuKPSO') est nommée sympathique parce ^He, répandne sur du sang frajehenaeat extrait d'une Meseore, elle guérit cette Messure et eu lait cesser tout écouiement. On ne comprend pas que ixcà paisse se produire autrement que par rétnulement de la subatanee (sensibUilé ?) ou par les vapenrs du vitrùd qui en s'amatiaroaiit avec les particules encore cbandes du aang, se meuventdsns la direclion (le la blessure et terment les petites ouvertures par on le sang s'échappe comme à l'aide de petits coins (sic.) »

Si je rapporte ces délails, c'est uniquement pour vous permettre d'y faire un Iriagc ; peut-être y trouverez-vous quelque particularité ou quelque indice qui puisse servir h vos étmtes'.

Voici un petit récit que je tiens du même piiïlre, recteur d'un collège ; je puis en attester la véracité ; des Informations que j'ai prises me permettent d'ajouter que les pratiques dont il est question ne sont pas rares dans le Brabant septentrional-

t'n étudiant du collège s'était fait des blessures affreuses en tombant à travers ime vitre. Le pouls était coupé, et, en retirant brusquement le bras, le malheureux s'ûtait fait une profonde entaille dans les chairs du bras qui mettait à nu le radius. Le sang jaillit comme une fontaine de deux grosses artères ouvertes. Un médecin donna les premiers soins ; mais, en présence <tc la violente hémorragie, il demamla l'aide d'un confrère ; le ca.'^ semblait désespéré ; des douleurs atroces faisaient rugir le pauvre entant plusieurs jours durant. Une des blessures oontiutMUit à saigner, le tétanos était à redouter. Les médecins étaient à bout de l'essources. C'est alors qu'un des compatriotes de l'enfant suggéra l'emploi d'un remède étrange. Il connaissait un homme du peuple qui, par certains procédés, faisait non

l-'iG L*)iXTI^RIORIS\T]0:S DE LA SENSIBILITÉ

seulemcnl cesser toute hémorragie mais calmait incessamment les douleurs ; il suffisait de lui remetire un linge iml)it)é du sang de la blessure. 11 portait ee linge sur le corps afin de le maintenir au degré de la cbaleur naturelle et tant que le liage était maintenu en cet état, l'hémorragie et ladoulcurcessaicnt, mais si le sang du linge se refroidissait, le patieni retomtwil dans son état précédent.

On n'avnil pas le choix, et quoique parfaitement incrédule, on envoya immédiatement le linge imbibé de sauf;. Dés que l'homme l'eut en sa possession, l'hémorragie et la douleur cessèrent comme par enchantement. Ce fut un soulagement immense pour le pauvre enfant et pour son entourage.

Ilfaut croire que le possesseur du Pm( (c'est ainsi qu'on nomme le pouvoir de cet homme) porta soigneusement le linjre extériorisateur, car la guérison fui prompte et parfaile.

Jules S.

Les sorciers modernes du liéarn ont consené des traditions analogues et voici ce qu'en dit M. Probst-Birabon dtins

l'Initialion de mal 1898.

Ils prisent fort la guérison des plaies jini- la poudre de sympathie et le traité du chevalier Digby esl un de leurs bréviaires. Ils prennent un linge du malade ayant louclié la plaie et mettent sur ce linge du sulfate de fer en pondre. Le client guérit, même il distance, parolt-il; chose extraordinaire, ils prétendent qu'un mauvais sorcier pourrait, avec un linge semblable donner au malade une fièvre morlolle. par tu simple exposition du linge ù la flamme du feu.

Je terminerai ce chaiiitre par quelijues autres extraits de l'ouvrage de Digby qui montrent comment le savant anglais avait cherché ii donner l'explication des phcr véspar lui.

, POUDRE DE iHYUrATIIIK

a) La forme des molécules deseorps el les cristauj:.

Cliaqucsorle de corps affecle une figure porliculiërc. Noue le voyons clairement parmi les différentes sorlcs de sel, Pilez-Jes séparément, dissolvez, coagulez et changez-les tant qu'il vous plaira, ils reviennent toujours, après chaque dissolution et coagulation, à leur figure natnrelle, et chaque atumc du même sel atfecic toujours la mi>mc figure. Le sel commun se forme toujours en cubes à faces quarées, le sel ntire en colonnes h six faces, le sel.annonîac en hexagones à six pointes, de même que la neige est sexangulaire ; le sel d'urines en pentagones... et ainsi de plusieurs autres sels.

Les dislillatcurs ont remarqué que s'ils reversent sur la teste morte (1) de quelque distillation l'enu qui en a été distillée, elle s"y imliihc et s'y réunit incontinent ; au lieu que si vous y versez quelque autre eau, elle surnage el a grand'peine de s'incorporer. Ln raison est que cette eau distillée, qui semble un corps liomogène, est pourtant composée de corpuscules de différentes natures et par conséquent de différentes figures (comme icschymisteslcmontrentàrœil), et ces atomes étant chassés par l'action du feu hors do leurs chaml>res et comme des lits qui leur estoient appropriés avec une très exacte justesse, quand ils reviennent à leurs anciennes habitations, c'est-à-dire à ces pores qu'ils ont laissés vuides dans les testes mortes, ils s'y accommodent en se rejoignant admirablement et se commensureut ensemble.

Et le même arrive quand il pleut après une grande sécheresse ; car la terre boit incontinent cette eau qui en avoit esté attirée par le soleil au lieu que teute autre liqueur étrangère n'y enti-eroit qu'avec difficulté.

Or qu'il y ait des pores de différentes figures dans des corps qui semblent estrc homogènes, M. Gassendi l'aftii-me et tâche de le prouver par la dissolution des sels de différentes figures

138 l'extëriomsation de u sensibilité

dans l'cQu commune. Quand (dit-il, ou à cet effet) vous y aurez dissovt du sel commun Mitaut qu'elle en peut prenJrc, supposons par exemple une livre, si vous y mettiez encore un scnipute seulfinmt, elle le laissera couler wi fond eoaime si n'étoit du Bfible on du piastre; mràitenaiit elle dissoudra encore use bonne quantité de sel nitre ; et, quand elle ne louchera plus k ce sel, elle dissoudra autant du sel armouiac, et ainsi d'antres seis de différantes figures (Pp. 75 et suiv.).

b) tes moUcules de mime nature s'attirent.

En nostre pays (et je crois que c'est le même icy) l'on [ait provision pour toute l'année de paslés de certs et de daims, en la aaisoD que ieur ciiair est meilleure et plus savoureuse, qui est durant les mois de juillet et d'aonst ; l'on les cuit dans des pots de teiTe ou de crouste dure du seigle, après avoir bien assaisonné d'espiees et de sel ; et, eslans froids, on les couvre, six doigts de haut, de beurra frais fondu pour empi^cher que l'air iie les entame. On remarque pourtant, après toules les diligences qu'on peut faire, que quand les bestes vivantes, qui sont de même nature et espèce, sont en rut, la chair qui est dans es pots s'^i ressent puissamment, est grandement altérée et a le goust tort, à canse des esprits bouquains qui sortent en cette saison des bestes vivantes et sont attirés par la chair morte de leur même nature. Et alors on a de la peine d'empcscher que cette chair ne se gâte. Mais, cette saison estant passée, il n'y a plus de danger pour tout le reste de Tannée.

l«s marcliands de vins remarquent en ce pays-ci, et partout où il y a du vin, qu'en la saison que les vignes sont en fleur, le vin qui est dans la cave fait une fermentation et pousse une petite lie blanche (qu'il me semlile qu'on appelle la mère} à la superficie du vin, lequel est en désordre jusques à ce que les fleurs des vignes soient tombées ; et alors, cetic agitation ou fermentation s'csiant apaisée, tout le vin revient en l'état oii il estoit auparavant. Et ce n'est pas d'aujourd'hui seulement qu'on a fait cette remarque; car (pour ne rien dire de plusieurs antres qui en parlent) saint Ephrem le Syrien, dans s<m dernier testament (il y a près de treize cents ans), rapporte celle

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même circonelance du via qni souffre nne agitatioa et f«riDeatation dans le tonneau à m^e tempe tfoe les Tignes exhalent leurs esprila à U campagne. C'e^ qne ces esprits vitaux qui énuuient des fleurs retnpUsseBl l'air et: teus côtés..., ils HMit arrêta dans les tonneaux par le vin qui leur tient lieu de source et qui a en Kbondance dcseralilablesespi'its. Et ces nouveanx esprits volatils surveuants excitent les ésjHits les [rius fixes du vin et y exercent une fennenlatlon, comme si OK y T>axait Aa via <iott\ oa do rin nouveau... Et c'est pour cette même raison qu'une nappe on serviette lAdvée d'une meure ou de vin rouge est aisément nettoyée en la lavtuit à lu saiaon que ces plantes fleurissent au lien qu'à tout aatre temps ces tacbes ne cèrient point ù la lessive (1)...

Ed Angteterre. où nous n'avons pas assez de vignes pour en faire du vin, la méinc chose s'observe et encore quelque particufarité darantage. Qnoy qu'on œ fasse pas de vin ai iwstrp .psfS, nous eo avons pourtant en très ^n'ande abondaoce qni s'y apportent du dehors, lien vient principalement de trois endroits: des Canaries, d'Rspsgne et <le Gascogne. Or, ces rT'gions estars en différents dimatâ c( degrés de latitude et par c(MtséqiM<nt l'DMe ptoii chaude que l'anlre et rà les mêmes arbres et plant(>s fleurissent plutôt les unes qtie les autres, il arrive qoe cette fermcnlation de nos différents vins s'avance plus ou moins, selon qwc les vignes dont ils [irovieasent fleurissent plus lAt que plus tard et) leur pays : estant confonoe ù la rajsoa que cbaqne vin attire plus vokintiers les esprits des vignes d'où il provient que les autres.

Je ne scauroJs m'eHfȎcber en cette occasion de taire une

11) J'ai «vtcnda dire |»tr nor dame habitant la caïupagBc danii DU gTTiad pays de vignoble, que les taches de vin laites aax serviettes et BOX onppes réparai ssajent mu moment des cuvées, bien que ee» linges parussent ('«loplèteiiiciiL blaucs aprË» avoir passé à lu

Goctlie fait allusion II un phênomëne de même nnlurc quand il dit:

Wcn» dlo lleben Wieder bliiheu llûhret sich dcr Wcln irn Faas.

e reinettcot a fleurir, le vin tra-

140 L'EXTËRlOniSATIOTi DB

petile digression pour développer ud autre effet de la nature que nous voyous assez souvent et qui n'est pas moins curieux que le principal que nous traitons. U scmlilera pcut-estrc avoir des causes et des ressers encore plus obscurs r néanmoins ils dépenilent eu plnsîeurs circonslnnces des mêmes principes, quoy qu'en d'autres lis soient dittérens. C'est louchant les marques qui arriveul aux enfanis quand leurs mtres durant leur gros-sesse ont envie de manger quelque chose. Pour y procéder dans mon ordre accoutume, j'en proposeray premièrement quelque exemple. Une dame de haute condition que plusieurs de cette assemblée connoisseni (au moins par réputotlon) u sur son col la figure d'une meure aussi exacte comme un peintre on un sculpteur la pourroit représenter ; car elle n'en a pas seulement la couleur, mais aussi la grosseur, avançant par-dessus la chair comme si elle csloit en demy- relief. La mère de cette dnme estant grosse d'elle, elle eut envie de manger des meures : et son imagination en estant remplie, la pi'emièrc fois qu'elle en vit il hiy en tomlia une par occident sur le col. On essuya aussitost et avec soin le sang de cette meure et elle n'en sentit autre chose pour lors; mais, l'enfant estant nay, on apercent la fig\ire d'une meure sur son col, au même endroit où le fruit esloit tombé sur celui de la mère ; et tous les ans, à la saison des meures, cette impression, ou pour mieux dire cette excressancesenHe, grossit, démange et devient enflammée Une antre fille ipii avait une semblable marque, mois d une fraize en esloit encore plus incommodée ; car, en la saison de« fraizes non seulement elle démmangeoit et s'enflammoit mais elle sjC crevoit comme un abscez, et il en découloit une humeur Acre et corrosive, jusqu'à ce qu'un habite chirurgien luy esta tout jusque» aux racines par le moyen d'un cautère ; et, depuis cela, elle n'a jamois senty aucun changement en cet endroit qui l'incommodoit tant auparavant, n'y estant resté qu'une simple cicatrice. {Pp. 82 et stih-.i

c] Les restes de vie.

La grande fertihtc et richesse d'Angleterre consiste en pâturages pour la nourriture du bestail. Nous en avons les plus beaux du monde et aussi abondance d'animaux et principalement de

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