‹ L'extinction du paupérisme réalisée par les enfants, ou La commune telle quChapitre 10 sur 27 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

l'égoli primaire

DAlïS LA COMMISE TELLE QU'eLLE EST.

« Un jour le maître de quartier, brutal de aa oa- « ture , sans consulter les nuances physiques et mo- « raies de Tenfant (Napoléon), le condamna à porter « rhabit de bure et à dtner à genoux à la porte du c réfectoire. Le moment de Texécutioa fut celui d'un ( vomissement subit et d'une violente attaque de nerfs, c Le supérieur et le professeur Tarrachèrent à ce supa plice qu'ils blâmèrent. > Mémorial de Ste-Hèlène, j» Napoléon à Brimne*

L'école primaire commence, dans la commune telle qu'elle est, tout juste à Tâge où vient finir la nôtre. Les sept années que les enfants ont passées sans aucune espèce de culture et dans un état de vagabondage, aux pernicieuses influences duquel les meilleurs instincts ont peine à résister, ces sept années produisent toujours pour Tinstituteur et lui amènent des éléments plus ou moins irrémédiablement viciés et dont le défaut de

culture a déjà notablement atrophié les intelligences.

Pour réparer, s'il était possible, de semblables détériorations, il faudrait trouver réunies, chez l'instituteur et chez Fenfent, des conditions qui, malheureusement, ne se rencontrent jamais d'une manière assez complète.

L'enfant, qui ne passe que la moitié de ses journées et même que la moitié de l'année à l'école, retrouve et continue, pendant l'autre moitié, toutes les habitudes Tagabondes antérieurement contractées. Il retrouve continuellement, dans son voisinage et chez ses parents , et pendant les travaux auxquels il commence à participer au temps des moissons , tout ce qui , dans les sentiments comme dans le langage et les manières , établit , entre la population des campagnes et celle des villes , une ligne de démarcation si largement tranchée.

Il y a donc là, comme dans les crèches et les salles d'asile les mieux dirigées des grandes villes, toujours l'œuvre de Pénélope, éternellement faite et défaite et dont le peu de bien restant compense à grand'peine tout le temps qu'on y a dépensé.

fit l'instituteur lui-jnême, répond-il sufiSsamment à la mission qu'on lui a confiée? Il est, le plus souvent, sorti de cette même école et il a reçu cette même éducation première dont nous venons d'esquisser le portrait. L'Ecole normale départementale , précieuse institution moderne, a fait disparaître, il est vrai, ces instituteurs corn-

munaux, dignes pendants des reboateurs et des praticiens > ces fléaux, encore vivants, de nos campagnes , qui ont si longtemps , et en se délivrant eux-mêmes leurs diplômes , entretenu et propagé Tignorance et lea superstitions les plu& déplorables ; mais l'Ëcole normale , en donnant une bonne instruction théorique à ses élèves , ne peut leur donner ni l'enseignement pratique, ni surtout les aptitudes natives qui sont nécessaires au succès en toutes choses et surtout à Féducation des enfants.

Il manque aux élèves des écoles normales primaires, à la fin de leurs cours, un vicariat qui, sous la direction d'un anden, puisse les initier aux leçons de Texpérience et les soustraire à Tobligation de l'acquérir à leurs dépens et surtout aux dépens de leurs élèves.

Il leur manque aussi et surtout , en général, la véritable vocation , Tamour de Tenfance. Quand des parents destinent leurs fils à la carrière de l'instruction, ils ne consultent jamais leurs aptitudes. C'est un état qu'U importe de leur donner et surtout un état qui, moyennant un engagement de dix années, les dispense du service militaire.

Malgré les soins avec lesquels sont feûts les cours des écoles normales, les élèves qu*elles livrent à l'instruction primaire et auxquels on confie la direction des écoles communales, sont loin encore de réunir les conditions nécessaires

à cette mission. Us savent, il est vrai, comment on doit enseigner les éléments de la lecture , de l'écriture, du calcul, de Thistoire, de la géographie, du dessin linéaire et du catéchisme, mais ils ne savent absolument rien de la direction des caractères, des sentiments et des idées.

Persuadés que toute science a été épuisée par eux sur les bancs de TËcole ; trop jeunes encore pour avoir complété par des lectures sérieuses leur instruction purement élémentaire; ne trouvant, dans les librairies de leur voisinage, d'autre litté^ rature que ceUe des romans ; n'ayant autour d'eux que des agriculteurs ou des ouvriers fort incultes , ils sont tout naturellement conduits au développement de la confiance en eux-mêmes, cette première maladie de Fesprit des jeunes gens et à la négation de toute autre expérience que celle dont ils se croient excellemment pourvus.

Ennemis très-pointilleux de toutes les mesures qui peuvent restreindre leur liberté', les jeunes gens ont, par une contradiction plus facile à constater qu'à expliquer, fort peu de respect pour la liberté et la dignité de leur prochain. C'est ainsi que , dans les ateliers , les commandements les plus impérieux et les plus rudes sortent presque toujours de la bouche des plus jeunes contre-maîtres. Presque partout aussi, quand l'emploi de la force publique est nécessaire , l'exagération de cette force vient des plus jeunes instruments qui la composent.

C'est ainsi encore que , dans les écoles militaires , on Yoit les entrants, ceux qu*on nomme les conscrits, obligés de supporter, de la part de leurs anciens, (des anciens de vingt ans) , des vexations qui, sous le nom de brimades (du verbe d'argot brimer) f vont souvent jusqu'à respecter beaucoup trop peu la dignité de ceux qui les subissent. Puis les opprimés , devenus , au bout d*un an , des anciens à leur tour , n'ont pas puisé , dans les épreuves de leur première année , d'autre enseignement que celui de devenir , comme leurs devanciers, oppresseurs des nouveaux qui viennent les remplacer et de dédommager ainsi leur orgueil des compressions plus ou moins humiliantes qu'il lui a fallu momentanément endurer.

A cet orgueil, dont les formules sont le plus^ souvent tranchantes et obstinées , quels que soient d^aillours les interlocuteurs , il faut , pour ne pas nous écarter davantage de notre sujet , joindre cette vérité capitale: que les jeunes garçons sont très-rarement doués de la patience et de la bienvoillanee sans lesquelles Téducation des petits enfants est, pre<(que toujours , radicalement viciée.

L'exactitude de cette assertion est surabondamment prouvée par Tétat d'hostilité et d'inimitié qui règne généralement, dans les maisons d'éducation , entre les jeoiies sous-midtres et les âèves. Les épithètes de piotu et de chiens de cour ne se* raient jamais venues à la x>cnsée d'enfants dirigés

^ une ferme mais indulgente sollicitude. Elles

sont la conséquence de ce déplorable préjugé qui fait dire à beaucoup trop de gens encore que nous naissons tous méchants. Ce yieil adage implique tout naturellement la nécessité de la . plus précoce et de la plus énergique répression. Nous ayons déjà (p. 19 et 20), cité, de cette opinion erronée, un exemple qui prouTe que de pauvres enfants malades, auxquels le défaut d'éducation a donné des mères ou des nourrices ignorantes et irritables , peuvent devenir y dès leurs premiers mois , les victimes de ce déplorable et calomnieux préjugé.

Si des mères peuvent tomber dans de semblables erreurs, nous n'avons pas le droit de les repro* cher trop sévèrement à ces jeunes instituteurs dont nous venons de parler. Il n'entre guère dans leurs écoles que de pauvres natures plus ou moins abruties. Ils ont donc beaucoup de mérite quand, par exception , il en sort quelques-unes un peu meilleures.

Cette mansuétude , sans laquelle les meilleures natures d'enfants et les éducations sont plus ou moins viciées , cette mansuétude ne se rencontre en général que chez les femmes. C'est le sentiment maternel qui n'attend pas môme Tàge de la maternité pour se manifester chez elles. L'ombre de ce sentiment, l'amour paternel, ne se ren** contre que par exceptions infiniment rares dan» la jeunesse des hommes. Ce n'est donc point à eux que devraient être confiées les écoles primaires. De sept à douze ans, et plus, quand de mau<>>

vaises paroles et de mauvais exemples n'ont point produit sur les jeûnes imaginations Teifet des serres chaudes sur les plantes et n'ont point amené d'éclosions. prématurées, les sexes sont neutres et aucune objection sérieuse ne peut s'opposer à ce que les enfants restent tous jusques-là sous la direction des femmes. C'est à elles seules, que cette portion de l'éducation devrait rester confiée.

Déjà, par exception, cette idée, pleine d'avenir, a pénétré dans l'instruction sous le patronage même du cleiçé et du ministre de l'instruction publique. Kous connaissoùs des écoles primaires communales dans lesquelles les enfants des deux sexes sont confiés à de jeunes institutrices, laïques ou religieuses, avec des résultats qui ne font point regretter les instituteurs.

Dans les pensionnats dirigés par elles, les faits d'immoralité dont le récit affligeant défraie si souvent la 3"® page de nos journaux, ne se produisent jamais.

Quelles ne seraient donc pas les conséquences de cette modification , si elle devenait générale ?

Combien , — et tout récemment encore l'Académie de Lyon, — combien n'a-t on pas demandé de combinaisons qui pussent ouvrir aux femmes de nouvelles carrières remplaçant celles que les hommes leur ont enlevées?

Si elles ont été, presque partout, bannies du commerce, où des hommes passent bravement leurs journées à auner et à plier des étoffes , il

appartient au gouvernement, au fur et à mesure des retraites des instituteurs, de réserver pour les femmes trente à quarante mille places qui commenceraient à les dédommager peu à peu des empiétements si nombreux dont elle sont les victimes.

Et que feriez-vous, nous dira-t-on, des trente à quarante mille jeunes gens auquels ces places ont été jusqu'ici destinées? Ces quarante mille, rentrant dans les conditions communes de la loi du recrutement, rendraient d'abord 1 accomplissement de cette loi un peu moins difficile. Puis l'agriculture, dont les écoles se développent si lentement; puis le commerce maritime, objet de la sollicitude du gouvernement, puis enfin la colonisation de l'Algérie et de nos autres possessions lointaines offrent, d'une manière presque indéjBnie, de fructueuses et attrayantes carrières à l'esprit aventureux de la jeunesse.

Enfin , pour répondre , autant qu'il nous est possible, à la sollicitude de l'Académie de lyon, récapitulons, en finissant ce chapitre, le nombre de fonctions, convenablement rétribuées, qu'offriraient aux femmes, les trois premières divisions de notre Ecole :

La crèche, une directrice et huit nourrices 9

L'Ecole primaire ou salie d'asile, une directrice et six gouvernantes 7

A reporter . . . . . 16

Report ...... 16

L'Ecole secondaire (Ecole primaire actuelle) , deux institutrices et cinq gouvernantes ... 7

Total. . . . . . "^

Supposons , pour un avenir quelconque , l'adoption de cette organisation par toutes les communes, et multiplions par 23 les 34,000 communes rurales de France, nous arriverons au chiffre de 782,000 places assurées aux femmes.

Puis si nous suivons avec attention les progrès de cette ébauche communale, au double point de vue du développement précoce et normal des intelligences et des produits du travail, nous, commencerons à douter moins du succès et nous ferons des vœux pour que Fœuvre continue , pour qu'elle soit favorisée, protégée et admise enfin à produire toutes ses preuves.

Plus tard, quand nos enfants, ainsi élevés, seront parvenus à la vieillesse, ils pourront, à leur tour et à l'heure de leur retraite, devenir de précieux auxiliaires dans la direction et la surveillance des enfants. En vertu de cette loi qui veut que les extrêmes se touchent, ces deux âges ont ordinairement beaucoup de sympathie l'un pour l'autre. L'amour paternel et l'amour filial enjambent même volontiers un degré, et c'est surtout entre les petits enfants et les grands parents que s'échangent les plus tendres et les plus utiles manifestations de patience , d'indulgence, de dévouement et d'amour.

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