‹ L'extinction du paupérisme réalisée par les enfants, ou La commune telle quChapitre 21 sur 27 · DEVOIRS ENVERS L*AUTORITÉ TEMPORELLE · texte numérisé non relu

DEVOIRS ENVERS L*AUTORITÉ TEMPORELLE

Rendez, donc à César ce qui appartient à Céàar. (St. Math C.XXU, f^.21).

Cette réponse de J. -Christ était fiute à des espions envoyés auprès de lui pour le smprt^dn 4an$ 94$ discours et qui, pour le tenter^ txà demandaient: « Nous es tu libre de payer le tribut- à César om «• noni w

Il y a dit^-hûit cents ans qae Thumanlté a reçu €e 'pré<5epte tf origine divine, et, depuis dix*hiiit cents ans , ecHfibien pourrail-i-ôn compter de justes qui ne se soceitt jamais^ soustraits, dé fait ou tol<mlal'remem^ à Fobligatîon de rendre à €e»ar ce qui appartient à César.

Quoique la question faite à J.^Chrîst puisse faire penser que de tous temps les droite de Gésar ont été l'objet d*une guerre plus ou moins- ^ntoale , lions ne voulons point nous exposer à calomnier les temps passés; mais, nous ne craignons pas d'afSrmer, pour le temps où nous vivons, que partout, et surtout dan^ les campagnes, Gésar ne reçoit de ce qui lui appartient que ce qu'il est impossible de ne pas lui soustraire. Impôts sur les héritages, impôts sur les ventes, impôts sur Feutrée dans les villes, sur le transport et sur le débit des denrées de toutes natures^ prestations diverses et même impôt personnel du service militaire , etc. ; tout cela est, pour nous tous , un peu plus, un peu moins, l'objet de réticences^ de dissimulations, de déclarations fausses, de men songes et de fraudes, qui, pourtant, n'enlèvent à aucun, ni sa qualification d'honnête homme, ni le repos de sa conscience.

Nous assistions un ,jour à une réunion composée des principaux administrateurs spirituels et temporels de plusieurs ccmimunes limitrophes. Pendant le repas , l'un dieux , gros propriétaire de vignes, entama des négociations pour la vente

de^ ses yms et trouva un acbeteor pmrmi les coa- Vivefi* Celiii>-ci, ne voulaùt charger ni sa cansciencei Bi sa bouri^e , de ce qui pouyait concerner Tacquittement des droits, imposa au vendeur la condition d'en rester seul chargé. « Soit, répondit celui-ci, « mais à condition aussi que, mardi prochain, « jour de la livraison , vous laisserez votre portail ouvert jusqu'à minuit. — Soit aussi, répondit Tacheteur en souriant et "sans penser que sa conscience était, par cette complicité passive, tout aussi engagée que celle du vendeur , et le marché fat conclu et exécuté tel , trois jours après.

C'était peu de chose, une simple complicité de péché véniel^ mai^ quelle moisson pevit produire une pareille semence, si petite qu^elle soit, quand les pasteurs 4a laissent tomber au milieu d'un troupeau si disposé à la cultiver !

l'amour et l'emploi des richesses.

N*amassez pas des trésors sur la terre .... car là où est votre trésor, là aussi est votre cœur. {St Mathieu^ ch. r7 1?. 1 9 et 21 .

En vain Je Christ a formulé cette sentence ; en vain il a dit aux riches quHt est plus facile à un chameau — ou à un cable — de passer par le trou d'une aiguille qu'à eux d'entrer dans le royaume des deux ; en vain il leur a dit de rendre tout ce qu'ils possèdent^ de le distribuer ai^ pauvres et de, le suivre; en vain il a dit à tous de ne point s'inquiéter tn disant : Que mangerons-nous^ ou que boirons-nous^ ou de quoi nous vêtîrons-nousf En vain par la voix

des Livres saints, par celle des prophètes, des apôtres et des saints-pères, il a flétri toute espèce de prêt à usure, à. intérêt quelomque; en vain enfin , par la voix des divins proverbes , il a dit à ceux qui fuient le travail que la parent eêtVa-bruiissetnent de VAme et qne celui qui ne iravaille pas ne dùil pas manger ;

En vain il a formulé tous ces enseignements et tous ces auathëmes contre le culte des richesses et de Foisiveté ; en vain chaque jour, depuis des siècles , la chaire les fait retentir à nos oreilles ; vain bruit» sans doute, car tous, même quelquefois autant ceux qui prêchent que ceux qui les écoutent , tous , et tout en nous disant chrétiens, nous nous montrons dévorés de la soif d'acquérir, d'amasser sans cesse, et cela, pour nous seuls, pour ne rien partager , et en vue d'un repos que nôtre insatiabilité (punition trop; juste) , ne rencontre jamais.

Telle est , ajoutée à toutes celles que nous avons déjà énumérées, une des causes les plus puissantes de la misère dé nos campagnes... Tavarice; non pas toujours cette avarice d'Harpagon qui concentre sa-, vie dans un coffre-fort, ou dans une cachette, mais la passion de posséder la terre, À soi tout seul , sauf à n'en pas retirer le dixième de ce qu'elle peut produire et à laisser trop souvent maigrir et mourir, à côté, des gens qu'e.lè ferait si bien vivre ; et pour satisfaire cette passion , rien ne coûte ; on s'impose toutes les priva-

tions; on 1^ impose à sa femme et à ses enfante'; puis on achète ^ crédit et on a reeonrs k Tusure; puis il arrive ainsi i}u*en moyenne la propriété change de main, forcément, tous les vingt à vingt-einq ans.

Que de réflexions soulève un pareil état de cbo« ses , quand on le compare À la prospérité financière des communautés religieuses, qui , tout en donnant i chacun de leurs membres la satisfaction dé ses aptitudes, augmentent de jour en jour leurs propriétés, bâtissent des palais et transmettent perpétuellement» à leurs successeurs, les bienfaits de la vie sociétaire qui fait la base de leur existence et de leur prospérité*

Quand saurons-nous donc enfin appliquer à la vie de famille ces bienfaits dont ont sa jow seules jusqu'ici des réunions de célibataires?

Nous le saurons, quand nous voudrons chercher ^

trouver et appliquer, (car vouloir, c'est pouvoir) , teç

lois de rassociation des familles entre elles dans l|i

commune ; quand, tous réunis , conformément au pré^

«epte évangélique , nous ne ferons plus quvn ; quaB4

notr0 trésor sera le tr^^ior de tous , car alors notre cœur

sera guéri de la lèpre de Tégoïsme et nous aurons

trouvé enfin ce que J. -Christ nous a tant recommanda

de chercher, son royaume^ sajustice^ et tout le reste pur

swreroU.

l'amour du prochain.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit; et tu aimeras ton prochain comme toi>mème.

{Si Malhieu, ch. XXIl, v. 37 à 10).

Ces deux commandements^ ajoute le Christ, ren-

ferment ioi4te la loi et les prophètes, et dans cent en^oits on l'entend redire sons toutes les formes: « Vtms êtes tous frères et c'est pour que tous vous • ne fassiez qu'un »

Nous avons déjà exposé (p. 176 ), comment, dans la commune rurale, on comprend et on observe le premier de ces cominandements ; voyons cfe qu'on y fait du second :

. Qui a terre a guerre , dit le proverbe ; or, chaque commune ayant, en moyenne, deux cents familles propriétaires de parcelles plus ou moins petites du sol, ce ne sont pas deux cents occasions de guerre qu'il faut compter entre tous ces voisins , mais autant que toutes ces parcelles ont de points de contact entre elles. Aussi ne se passe-t*tl pan un jour sans que des plaintes, des querelles, des injures, des hiines, des violences ou des procès ne soient échangés à Toccasion de toutes les petites atteintes qui peuvent être , volontairement ou involontairement, portées, par les gens ou par le bétail, à ces millions de points de contact entre toutes ces parcelles enchevêtrées les unes dans lèe^ autres et à Toccasion de Tusage des milliers de servitudes gênantes et irritantes dont toutes ces propriétés sont grevées et dont on recherche , dont on crée avec avidité là possession , comme les gourmands blasés recherchent les fortes épices pour entretenir l'activité de leurs appétits fatigués.

Une commune de notre connaissance peut nous en fournir des exemples:

Deux des meilleurs, des plus pacifiques et (|e6 plus \ieux habitants de la paroisse habitent & eivviron un kilomètre Tun de Tautre. Dans le jardin de chacun d'eux existe une parcelle de terre ap* partenante à Tautre. Depuis quarante ans ces pauvres gens se font la. guerre à l'occasion de leur^ volailles qui causent toujours quelques petits domr mages sur cette parceUe qui ne leur appartient pas ; depuis quarante ans ils prennent plaisir à se gêner eux-mêmes et mutuellement et à se prir yer d'une chose qu'ils désirent ardemment tous Les deux, mais avec moins d'ardeur pourtant que la . conservation du droit de se vexer l'un l'autret et quoi qu'on ait pu faire , jamais il n'a étd possîr ble de les amener à un échange qui eût tout con«

Sept frères et sœurs ont partagé naguère, un héritage déjà énormément morcelé (près de cent •piircelleâ), et il a été impossible de les empêcher de séparer encor»^, en sept, chacune de ces paroelles et cela, par jalousie les uns des autres y par u.n esprit étroit d'égalité qui leur a ouvert un vaffle. champ, beaucoup trop bien cultivé, de rancunes, de vociférations, d'injures et de violences champ qu'il est bien rare de ne pas

voir ouvrir, plus ou moins largement, h chaque succession nouvelle.

Il est encore un affligeant spectacle, que connaissent presque seuls, dans les campagnes, les curés et les médecins et que nous ne devons point

diitettre dans ce triste chapitre, c'est celai des malades et des moorants.

Que de fois, depuis yinert-cinq ans^ n^aTon»ikras pas m de pauvres vieillards, à peine soignés pendant le jour et souvent avec les procédés les plus aigres et les reproches les plus durs de leur -nrop longue existence, être laissés seuls toutes les nuits et mourir ainsi sans une parole de contelation, sans un regard d*amitié, sans la pression 4*une main affectueuse.

Un de ceux-là , une pauvre vieille femme , assistait à la condusion d'une vente de bois dont Wtk mari discutait les conditions, auprès de son Kt, avec un menuisier. L'affaire se termina par lîette phrase:

« Eh bien ! va pour le prix que vous m'offrez ; « mais, pardessus le marché, vous me ferez le « cercueil de ma femme. »

C'est dans les temps d'épidémies surtout que se montre , dans toute sa hideur et dans toute sa lâcheté, Fégoïsme, cette passion delà béte qu'une vicieuHe éducation développe encore au lieu de la subordonner aux nobles facultés de Fàme qu'elle laisse sans culture et qu'elle atrophie.

L'année dernière encore, ( 1859), pendant que lu dyssenterie sévissait le long du cours d'eau qui arrose notre riante vallée, des enfants ont été trouvés morts dans les coins de granges ou d'étables où dn les avait relégués , et des pères et mères sont morts sans que leurs enfents — • et

quelqaes fois pendant plnsôeurs jovrs , ^^ aient «é entrer dans la chambre où se tereftinai^Nit ainsi» saM aucuns soins de proiNreté et sans eaa pow étancber la soif, ces misérables existences qu'adoii*cissait seule , à leurs dernier» moments , la ehariM d'un bon curé, qui se déYouait pour elles, an« tant que p-^uyait le permettre la multiplicité dm malades , aux fonctions d*un infirmier.

. Tel est Famour du prochain au milieu de no» campagnes; puis, si nous rappelons que toujoim deux professions semblables sont, entre Toisins, dea causes inévitables d'inimitié pour ceux qui les exercent, nous aurons complété assez fidèlement la triste esquisse des mœurs de la commune rurale et justifié, nous Tespérons, la préoccupatioa de ceux qui croient qu'il y a li quelque chose à fiùre.

GOMMAKnEMEnTS DE L^ÉOUSB

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