DAIS LAXOMMUKS TELLE QU*£LLE POUBBAIT ÊTRE
La Crèclie dit aux apôtres du Messie ; t Je t viens déHvrer Marie de son précie nx fardeau ; je t viens sauver les kinocents ,- priez peur moi I »
{Marbeau}.
Pauvres enfants, chers petits anges , Lorsque pour le travail , après chaque repas , Vos mères vo(i3 laissaient au log^s, n'est-ce pas
Qu'en proie à des terreurs étranges , Vous sanglotiez; et puis qu'à forcé d'être seuls , On vous retrouvait froids et muets dans vos langes Gomme des morts dans leurs linceuls 1
Maintenant plus d'absence aux longues agonies ; Car la Crèche agréable aux yeux de l'Eternel ; Avec ses chants , ses fleurs , ses images bénies , Vous garde , souriants, jusqu'au sein maternel»
{fffkile Deschampê.)
Ces jeunes âmes , qui sortent du sein de Dieu, s'offrent à noust avec des organes tout neufs , des sens encore vierges.... Nous ne laisserons plus fausser à plaisir, les belles facultés, dont Di^a les a douées et qu'il a marquées de son signe*
{Jules Delbruck.)
Nous avons dit qne la commHné était en général située auprès , trop près dés cours d'eau , et
que , par exception , une aut moins de ses iiaUtalions , — le ehàtean , — était en général placée sur une élévation voisine, à l'abri des brouillards, de rhumidité et des miasmes que roulent sans cesse avec elles les eaux même les phis limpides et les plus vives.
Nous allons supposer que ^ans une de .ces habitations privilégiées où règne la première condition hygiénique , la salubrité , — un- propriétaire riche et doué par la Providence d'un de ces cœurs d'élite que préoccupe incessamment le sentiment de la justice et d'une charité plus élevée que celle qui ne sait se manifester que par l'aumône, nous allons supposer qu'il ait été conduit à réfléchir plus attentivement sur les mau^ de toute natute , matériels , moraux et intellectuels , qu'il est si faci).e, quand on n'est pas trop miope, de distinguer et de constater à* toua les étages de cette population qui habite au pied du château, plus ou moins près du rivage.
Nous allons supposer encore qu'il sait combien il serait inutUe d'aUer prêcher, dans toutes ces maisons mal situées , mal bâties , insuffisamment grandes , mal meublées et ^ Surtout , si souvent mal gouvernées , d'aller prêcher des réformes hnmédiates que de profonds préjugés et le défaut d'argent rendent matériellement et moralement impossibles.
Nous supposons a$is&i que r^xpérience et ses ré-
^i^^îons Font, amené à cette certitude j que ^ pour
— JT —
ebuiger quelque bhose ^xol thabitades , aux routines, de ce monde , il faut prêcher d'exemple , ex** poser* aux yeux de tous , ^ les mettant soi-même en pratique, des procédés plus simples, plus fa- (âles et, slurtout, dont le» produits soient évidemment meilleurs.
- !Eniin et pour dernière supposition , . notre châtelain , décidé à entrer dans cette yoie^, s*est ^éé un plan, dont il ^ mûrement étudié toutes les
condition^ et. qu'il a propcH'tionné à lu somme qu'il peut, sans difficulté, emprunter à son superflu, lequel plan il s'impose enfin comme tâdie sous •6 titre un peu ambitieux peut-être , mais dont il prétend &irè une Vérité pratique : L'extinction du paupérisme réalisée par les enfants.
Soit qu'il ait pu , sans nuire à la marche ordi-* naire des affaires de son château , disposer d'un corps d^ bâtiment quelconque ; soit qu'il ait consacré à la réalisation de son plan un terrain sur tequel il ait construit la première alvéole de la nouvelle ruche qui fait l'objet de ses méditations, lia voulu, que cette alvéole,. destinée à Téducatioix p^pétueile d'une quarantaine d'en&nts prisan joitr de leur naissance et conduits jusqu'à la fin de leur deuxième année , offrit les conditions' principales suivantes :
•P Au premier étage , quatre dortoirs pouvant contenir chacun, dans les meilleures i^ndition» d'aération , deux lits pour deux nourrices et dix. k douze Jberceaux ;
T Une cham))re pour la directrice de Fétàblii»sèment et cette chambre placée , le plus possible , de manière que la surveillance puisse de là rayon* ner sur tout et sur tous;
3^ Une salle à njiangér , — et toutes ces pièces communiquant ensemble , par de larges portes yl* trées qui peuvent être , au besoin , couvertes par d'épaisses portières/
Nous disons : « au premier étage , » parce qcie nous savons que tous les rez-de^haussée sont plus ou moiiis humides et que Thumidité» — surtout pen*^ dant la nuit , quand le mouve;ment , la contraction des muscles et la circulation de Fair ne Tempes chent {dus de s'abattre sur les corps et de les pénétrer de ses froides vapeurs, — que Thumidilé eàt la cause trop féconde, quoique trop inaper* çue, d'une foule d'infirmités. Les germes de ces infirmités se forment ainsi, lentement, goutte à goutte, dans l'économie, et, plus tard, quand ils sont dévebppés , on accuse injustement la constitution native, en attribuant le mal souvent à tort, à une trans*^ mission héréditaire. Plus les enfants en auront été préservés dans leur prràuer âge , plus fls seront ft^rts contre elle lorsqu'ils seront devenus our vriers on soldats.
4^ Au rez--de-chaussée , une cuisine, une office, nae buanderie , une lingerie., an bureau et une salle de récréation ;
5^ Une cave sous lé bâtiment et un grenier au dessus pouvant, servir de séchoir pour le linge ;
6* Utle pièce élevée sur le premier étage , {nriae dans le grenier et destinée à une infimerie pourvue de tons les objets nécessaires an traitement des malades ;
V Devant la salle de récréation , anx denx expositions de Test et de Tonest, deux petites cours ou terrasses saMées et entourées de plates-bandes garnies de fleurs.
8® Au delà encore de ces plates-bandes , et en vne des deux cours, des enclos destinés au pâ« tarage de juments , de vaches , d'ânesses , de chèvres et de I»rebiB et aux ébats des volailles et des pigeons de la ferme;
9^ De petits parcs et de petites cabanes pour des lapins ;
10^ Puis, au milieu de chaque cour on terrasse,
— si on peut ^facilement disposer d'un cours d^eau,
— un bassin d*eau vive , à rebords gazonnés , et entouré d'un treillage.
ir Enfin, et sauf deux ou trois cheminées nécessaires pour les dortoirs des plus petits enfants , pour Tinfirmerie et pour la chambre de la directrice, toutes les pièces de Thabitation sont chauffées au moyen d'un calorifère dont le foyeir , commun à la buanderie et à la cuisine , fera rayonner partout, en hiver, au moyen de tuyaux conducteurs, une température douce et uniforme; tandis qu'un réservoir fournira à la distribution de l'eau froide et de l'eau chaude, partout où cela sera
nécessaire.
Ces dépenses une fois faites, réalisent, — tout le monde le sait , — non seulement un luxe hygiénique précieux, mais surtout de grandes économies.
Les dortoirs ont, pour jneuUes, chacun deux lits pour deux nourrices, et dix à douze berceaux. Ces lits et berceaux sont en fer. Les berceaux sont garnis de rideaux , de filets et suspendus de manière , qu'a\:ec un jeu de poulies et des cordons , une nourrice puisse les bercer doucement sans être obligée de quitter sa chaise ou son lit.
Ces' poulies ne sont point un objet de luxe.
Elles ont pour résultat une grande économie de main d'œuvre en donnant le moyen , à une seule nourrice , de pourvoir , en même temps , au soin de plusieurs enfants.
Chaque berceau, distingué par un n** d'ordre répété sur tous les objets qui en dépendent, est en outre garni intérieurement d'une forte toile remplie de son bien sec , d'une boîte à eau chaude , de couvertures en nombre sufBsant, dont une en peau de mouton avec sa laine et d'un petit oreiller.
Des chaises, des tables, des armoires, puis une cuvette, une tasse, deux éponges et un vase de nuit pour chaque berceau complètent l'ameublement nécessaire.
A chacun des vingt premiers numéros des berceaux est, parmi les objets qui en dépendent, adjoint un biberon.
L'ameublement de la salle à manger mérite une
description particulière que nous empruntons à Texcellent livre intitulé : Visite à la crèche modèle.
Le centre est " occupé par une table longue , ctrx)ite , formant V& quatre fois répété ou 8 fois le fer à cheval.
La partie concave de ces S est occupée par une grande chaise et la partie convexe est entourée par un banc contenant cinq ou six petites stalles formant chacune une petite diaise.
Sur chaque fer à cheval de la table est une soupière plate divisée par des cloisons intérieures en compartiments ayant chacun sa petite cueiller.
Une petite tasse est placée en face de chaque stalle et tous ces objets, stalles, tasses et cueiUers, portent tous, ainsi que le linge, le numéro d*UB berceau.
De chaque côté de la tablé , et à un mètre de distance environ , règne une petite galerie de même largeur, dont le plancher est garni de nattes épaisses et dont les parois , élevées de 70 centimètres au-dessus du sol , sont en filet soutenu , de distance en distance , par des montants reliés entre eux au moyen d'une balustrade et garnis de cuir rembourré. Les enfants qui ne veulent plus manger sont déposés dans ces galeries où ils ont toute liberté de mouvemetit sans pouvoir se faire de mal.
Derrière ces galeries et à une distance égale à celle qui les sépare de la table , existent , adossés au pourtour du mur, de petiis lits de repos garnis de filets latéraux comme les galeries et foncés
en toile ou en cuir pendant Tété et en feutre épais pendant l*hiver.
Ces UtSy. en nombre égal à celui des berceaux et numérotés comme eux, ont pour destination de laisser aux berceaux la faculté d'être séchés et aérés pendant toute la journée , mesure d'hygiène dont Tobservance est de première nécessité.
£nfin toutes les pièces de cet appartement sont pourvues de lampes , de thermomètres et de veilleuses, et leurs fenêtres sont garnies de rideaux et de persiennes.
Au rez-de-chaussée , la salle de récréation , qui communique avec les cours ou terrasses par deux grandes poftes vitrées^ est disposée d'une manière analogue à la salle à manger ; mais il n'y a point de table au centre. Entouré d'un treillage en fdet, ce centre forme une sorte de grande corbeille dans laquelle pourront s'ébattre, sur d'épais paillassons, les tout petits enfants surveillés par une ou plusieurs nourrices assises sur de petites chaises et occupées à des travaux d'aiguilles.
Le reste delà salle, garni de même d'épais paillassons est abandcmné aux jeux des bambms.
Deux- ou trois potences soutiennent chacune une rangée de timbres dont les notes forment l'accord parfait , do , mi , sol , et sont destinés à la première éducation de l'oreille. Au moyen de cordons qui font mouvoir les battants de ces timbres , les enfants eux-mêmes produisent cette musique élément^e.
Des faisceaux de petits drapeaux sont placés de distance en distance et plasieors corbeilles sotit remplies de balles légères. Chacun de ces objets est peint des couleurs du prisme, afin que , tout en servant de jouets fort peu dispendieux, ils puissent donner la première idée de la' gamme des couleurs^
Devant les fenêtres, de grandes voUëres sont remplies de petits oiseaux. Sur les murailles sont côl'lées des gravures représentant des arbres , des animaux , des bâtiments , des meubles, des outils, des ustensiles de toute espèce, et tout ce qui peut, enfin, avec les objets réels, compléter l'éducation par tes yeux.
Quelques copies des vierges de Raphaël et le portrait de notre belle Impératrice et de son fils dîdivent aider à graver de bonne heure, dans le coeur des enfants, les souvenirs de la tendresse maternelle et le sentiment de la piété filiale.
Enfin , comme la dame du château doit ètrc, an moins et nécessairement, de moitié dans Toeuvre de charité du châtelain, nous la supposons mnsiéienne et nous croyons qu'elle trouvera un grand bonheur à placer dans la salie à manger, un harmonium, un piano , ou môme un accordéon qui puisse être entendu de tous les dortoirs.
Tout cela , suivant des calcids préisentés en 1847 au Conseil général de la Seine , peut être tr^ès-eomvenablement établi , — appropriation ou construction et mobilier, — sans dépasser une sonme de 20,000 fr.
Notre chAtelain ayant ainsi terminé tous ces préparatife et inscrit le mot crèche sur la principale perle de cet établissement , s'est préoccupé , avec non moins de soin , des moyens de le peupler et d'en élever et gouverner la population.
Suivant son plan , une vingtaine d'enfants nouveaux-nés doivent y entrer la première année, être indéfiniment suivis du même nombre chacune des
années suivantes et n'y séjourner que deux années chacun.
Ce nombre a pour raison le nombre approximatif des naissMices que peut donner chaque année une commune de quinze cents à deux mille âmes. Notre crèche étant le premier élément d'une semblable ccHumune ne peut pas contenir d'avantage d'enfants, à moins de rompre la gradation des âges indispensable à l'équilibre d'une population.
Dans la persuasion que Tallaitement artificiel peut facilement se combiner avec Tallaitement matmiel et même le remplacer quand la santé des mères tavit la source de leur lait ou rend son usage dangereux pour les enfants, l'étable et l'écurie voisines ont été pourvues avec soin , comme nous l'ont déjà fiiit vou» les petits pâturages qui entourent la crèche, et d'ailleurs dans l'intérêt de la ferme, d'un nombre suffisant, de femelles . d'animaux d'espèces différentfis, dont le lait récent pourra être donné aux enfants suivant les facultés digestives diverses de leurs estomacs.
Il serait naturel de penser que toutes les jeunes
mères du village vont se trouver heureuses de donner à leurs nouveaux-ués une habitation aussi confortable , et dans laquelle , sous Tinfluence d'une température uniforme, d'un air pur et d'une surveillance continuelle , ils pourraient se développer dans les meilleures conditions possibles.^
Les maris , entrevoyant pour eux dans l'adc^ tion de ce premier pensionnat, des nuits tranquilles et la certitude d'un repos dont ils ont si grand besoin et dont ils jouissent si peu complè-* tement , seraient bien tentés d'eli conseiller Tadoption à leurs fenunes; mais celles-ci, surtout dans les campagnes, mêlant à l'amour maternel, quelque* peu égoïste parfois , la force routinière de l'ha^ bitude et l'orgueil de la maîtrise dans les menas détails du ménage, repoussent tout d'abord de pareilles inventions. Notre châtelain a vainement expliqué que les mères pourraient venir allaiter ellesmêmes leurs enfants et que, de {dus, eUes.pour-. raient venir, là , faire leurs couches , recevoir les . soins d'un médecin et d'une habile sage-femme, et la plupart môme , trouver ensuite un emploi dans l'établissement , rien n'a pu les décider ^ car. il» faut, ainsi que nous l'avons dit, créer avant tout un exemple. Aussi, le fondateur s'est-il adressé à l'Administration des hospices et il a été c^dmis par elle à participer aux avantages qu'elle oSre »]tlx nourrices qui désirent se charger d'élever des enfants-trouvés.
lia, déplus, obtenu les concessions suivantes:
1* La permission de choisir , sous la direction du médecin de Tadministration , les enfants qui offrent les meilleures conditions de conformation et de santé;
2® La permission de rendre ceux chez lesquels se manifesteraient des maladies héréditaires susceptibles dff transmission par contact ;
3® Enfin la permission de conserver ces enfants jusqu'à leur majorité, sous la surveillance de Tadministration , et à la condition de faire avec soin leur éducation morale, religieuse et professionnelle.
Ces points eissentids accordés , on s'est assuré de quatre jeunes nourrices offrant les meilleures conditions et consentant à s'attacher à la crèche pour ■y soigner, en même temps que leurs enfants, quinze à' Tingt orphelins.
Les maris de ces nourrices ont pu être attachés à l'-établissement dans les différents services qu'exigent la vie d'une famille . dans un château et Texploitation d'une terre de cent à deux cents hectares.
n a fallu aussi trouver une de ces femmes d'élite, qui, éminemment douée du sentiment maternel et de l'amour des petits enfants en général, ait voulu et pu être la directrice de la crèche.
Il a fallu enfin préparer d'avance une voiture pour le transport des nourrices et de leur directrice jusqu'à la gare du chemin de fer voisin et pour leur retour avec les enfants; puis s'entendre avec l'administration de ce chemin pour que cette voiture , qui contient de petits hamacs suspendus
et disposés de manière à transporter facilement quinze à vingt enfants^ sans embarrasser et fatiguer les cinq personnes employées à cette translation , que cette voiture, disons-nous , paisse être admise , comme les voitures particulières , sur un des trucs du chemin de fer et trouve, à son arrivée à Paris , un attelage tout prêt pour la conduire à l'hospice des Orphelins.
Cette voiture , bien établie , a coûté 2,000 fr. et servira ainsi d*omnibus à rétablissement pendant une longue période d'années.
Ajoutons , pour ne rien omettre , qu'il a été pourvu de distance en distance sur la route, à la provision de lait pur nécessaire pour compléter Talimentation des enfants pendant le voyt^e.
Nous devons récapituler ici les prémices dépenr ses d'établissement ou de fondi^ioh et prévoir , en les comparant aux recettes , celles qu'exigera notre crèche pendant la première année.
« San» budget point de salut^ disait Napoléon P^ »
, Tous nos calculs donneront , autant que nous pourrons, le maximum des dépenses et le min^ mum des recettes , afin d'éviter les mécomptes et les déceptions.
Les constructions, en supposant l'établissement formé au centre de la France, dans le bassin de la Loire, par exemple, onde ses cAuents, ne dépasseront pas . . . 15,000 fr. »»
À Reporter 1 5,000 fr. »*
Rtpùri 1 5,000 fr. «»»
Le mobUier , y compris la toiture . 7 , 000
Total.. ..... 22,000 fr. >»»(!)
L'intérêt de cette somme à
Les appointements delà direcrice de la crèche . . • • •
Sa nourriture et Bon blanchissage
Les appointements de quatre nourrices à 20 fr. chacune par mois
Leur nourriture et leur blanchissage à 50 c. par jour . . .
On doit comprendre qu'il^ne peut pas entrer dans notre plan de séparer les nourrices de leurs enfanta. Elles lés élèveront comme nos orphelins et cette condition fera dé leurs places des places enTiées et recherchées.
A reporter. . . .
Dépenses .
fr.
( 4 ) Nous continuerons de séparer, dercomptes courants annuels, les dépenses de fondation dontle prix est toujours intégralement représenté par les bâtiments et le mobilier maintenus en bon état au moyen d'une allocation annuelle aux budjets pour Ventretien etramcrtissement.
Recettes*
Report
La nourriture et le blanchissage de vingt enfants à 22 c. par
jour
Le chauffage seralargementas-
sure moyennant *
L'éclairage moyennant. . .
Honoraires du médecin àr 3 fr.
par an et par enfant . ...
Dépenses imprévues ^ gratifications, etc •
Ces dépenses seront dirni-.
nuées, dès la première année , par l'allocation ordinaire que fait aux nourrices l'administration des hospices.
Cette allocation se compose, pour chaque enfant, outre les vêtements fournis en nature, d'une somme de cent soixantecfnq francs dans laquelle sont compris les honoraires du médecin et une gratification de dixhuit francs , soit pour 20 enfants.
A reporter.
fr. c.
Dépens fis
3,5&0 fr.
Recettes.
Dépenses..
fr. c.
fr. c.
Jteporr. . . • Bénéfice de deux taches ajoutées au cheptel (2)
Total des recettes ....
Cette recette réduit la dépense de la crèche , pour la r* année à.
Total de la dépense annuelle.
Toutes ces choses, ayant été ainsi calculées et préparées^ nous nous plaisons à assister, par la pensée t à l'arrivée de ces vingt enfants dans leur crëoheff qui, nousTespérons, sera consacrée, comme une sorte ^de fête, le jour de cette bienheureuse installation , par les bénédictions du pasteur de la paroisse et par la présente des administrateurs et fonctionnaires publics de la commune.
La Dûrectril^ a pu déjà, pendant le voyage, faire sur le caractère des enfants qui lui sont confiés f une première observation qui motive, dès leur arrivée, leur séparation en deux groupes. L'un des deux dortoirs qui leur sont destinés est immédiatement occupé par les enfants qui ont le plus crié et l'autre par les plus paisibles.
(t| Le bénéfice net d'une vache laitière est, en moyenne, de 150 francs par année. Nous continuerons de porter ce bénéfice ^recette pour toutes les vaches qui seront ajoutées au cheptel 4 l'occasion du service de notre établissement.
11 ne serait pas juste que les derniers fussent troublés dans leur sage repos, et quant aux autres, Texpérience a appris qu'un bon moyen de les calmer est de les mettre en présence les uns des autres. Leurs cris fixent mutuellement leur attention et, instinctivement, ils se taisent pour écouter, même quand leurs cris sont causés par quelques souffrances. Si le vœu que nous exprimions tout à l'heure au sujet dç la charité et du talent musical de la dame du château a pu se réaliser , on aura eu le soin aussi de choisir pour ces enfants le dortoir le plus rapproché de l'harmonium, dont les mélodies sont encore un excellent calmant et ^que la directrice ne tarderait pas à «tiliser elle-même, si la charité de la châtelaine allait jusqu'à lui enseigner ce qui est nécessaire, en musique, pour exécuter <fu6lques simples mélodies.
Parmi les préparations antérieures au Toyage, nous trouvons nécessairement tous les livres de comptabilité indispensables à la consécration et à la conservation de Tordre dans rétablissement.
La directrice de la crèche possède un journal sur lequel elle inscrit avec soin toutes les observations qui peuvent offrir quelque intérêt dans son administration générale et surtout dans la vie particulière de chaque enfant.
Dès le lendemain de l'arrivée , le grand livre du personnel est ouvert. Chaque enfant y est exactement inscrit sous ses nom, prnSnoms et ii" d'ordre de son berceau.
La date de sa naissance et ce qu'on sait de sa filiation soiit exactement notés.
On lit à droite la date de son entrée et, à gauche, est réservée la place d'inscription de sa sortie et des circonstances qui l'auront motivée.
Le signalement sera minutieusement détaillé et devra être renouvelé à chaque transition importante de la vie de Tenfant. Ces signalements comparés pourront être, plus tard, d'utiles renseignements qui ont., jusqu'à présent, manqué à l'étude de la physiologie.
Au fur et à mesure des développements de l'enfant, des colonnes du registre recevront les ob* servations qui offriront dé Tintérét au sujet du développement des organes des sens et de leurs facultés.
Le tempérament et ses modifications seront , comme la santé et comme le caractère, l'objet d'attentives observations et de fréquentes annotations.
La question, si controversée, de l'allaitement artificiel, pourra trouver sa solution dans des comparaisons faites jour par jour et répétées d'années en années. Cette pratique si recommandée par tant de médecins et en tant de circonstances dans l'intérêt de beaucoup de mères et de beaucoup d'enfants , trouvera là, nouâ l'espérons, sa sanction définitive.
Les qualités du cœur , les facultés intellectuelles et le sentiment religieux seront minutieusement
étudiés et annotés au fur et à mesure de leurs développements et de leurs modifications.
Les aptitudes professionnelles, les études, les apprentissages et les professions exercées auront de même, quand le temps sera venu, successivement leurs places et leurs inscriptions exactes ; puis , quand les produits du travail pourront être évalués, des colonnes indiqueront la valeur de ce travail et ce que chacun parviendra à posséder en capital et en mobilier.
Enfin deux dernières colonnes seront consacrées au compte financier qui s'ouvrira , par doit et avoir ou recette et dépense ^ dès le jour de l'arrivée, entre r enfant et rétablissement.
Ce compte contiendra, à l'article recette^ tout ce qui proviendra de lenfant, soit, indirectement, par l'administration djes hospices, par l'état, par des parents ou par des dons particuliers, soit, directement, par les produits du travail; puis, à l'article dépende, la part a£Eérente à chaque enfant dans les frais de tonte nature occasionnés pour et par l'établissement.
Chaque essaim de vingt enfants aura ainsi son grand livre, son registre d'état général, et ces registres, indiqués au dos par leur n® d'ordre et d'année , formeront peu-à-peu une bibliothèque précieuse, dans laquelle les individus , les familles, les communes et l'État auront toujours à leur disposition des renseignements complets sur tout ce qui peut les intéresser.
Les travaux de M. Emile de Girardin et de M. Loreau , ancien directeur des domaines ont trop bien démontré l'utilité de ces registres pour que nous devions insister davantage.
Le but de notre établissement étant la création d'une commune agricole, le fondateur a réuni immédiatement et pour une période de 21 ans, une portion de son domaine à la crèche. Cette. portioA que nous supposons de 1 50 hectares compte , dans l'acte d'annexion, pour un capital de cent mille francs et pour un revenu annuel de trois mille cinq cents, que l'établissement devra au propriétaire, — plus ou moins, d'ailleurs, suivant la cotitrée et l'état où est la terre. A ce revenu annuel seront joints, dans les comptes, l'intérêt, à cinq pour cent, de la somme avancée pour construction et mobilier. €ette somme et cet intérêt sont comptés, (p. 38) la première pour 22,000 fr. et le second pour onze cents francs.
L'établissement devra donc ^u fondateur une rente annuelle de 4,600 francs.
L'administration du domaine agricole sera l'objet d'une comptabilité particulière , dans laquelle , après le payement de tous les frais et de la rente annuelle foncière, le produit net sera divisé et réparti d'après un mode que nous exposerons ultérieurement.
Mous supposons , comme point de départ, que l'agriculture , à Tinstant oit nous prenons la terre , paye simplement ses frais et son fermage , parce
qae , exploitée par des fermiers , elle a pu manquer, jasques-là, comme presque partout^ da fonds de roulement, da mode de culture ou de la quantité de bétail nécessaires à son déyeloppement.
Le bétail qu'elle entretient ne dépasse pas, règle générale en France, 1/7 de tête par hectare, ce qui nous donne , — jusqu'à une tête et demie par hectare, maximum possible, — une belle latitude d'augmentation.
De ce point, une fois admis, et auquel on pourrait opposer beaucoup plus d'exemples au-dessous qu'au-dessus, nous montrerons successivement les bénéfices annuels et- les .plus values que la propriété foncière devra à l'existence de notre colonie et à sa participation dans les travaux.
Nous évaluons, en moyenne, à cinq centimes par jour et par enfant, ou un quart de litre, la quantité de lait nécessaire pendant les six premiers mois et à dix centimes pendant le reste de Tannée, ou 1 fr. 50 par jour, ou 547 fr. 50 pour Tannée et pour nos vingt enfants.
Il ne faut pas oublier que ce lait, pendant les six premiers mois, doit être coupé, avec de Teau légèrement sucrée , d'abord dans la proportion des deux tiers d'eau, puis diminuée peu à peu jusqu'au lait pur à la fin du sixième mois.
C'est faute de ce soin , — qui rend le lait des animaux à peu près semblable à celui de la femme , — que l'allaitement artificiel a généralement si peu de succès.
Si nous ajoutons pour 52 fr. 50 c. de lait que pourra consommer le personnel administratif de la crèche pendant Tannée , nous assurons ainsi à notre exploitation rurale, la consommation, sur place et sans frais extraordinaires, du produit de deux vaches qui oiit dû être ajoutées au cheptel.
La moyenne de ce produit, avons-nous dit , étant, prix net, en France, pour chaque vache, de I 50 fr. par an , nous pouvons donc ajouter 300 fr . au revenu ordinaire du domaine et porter ce profit au crédit de la crèche à la présence de laquelle il est dû.
Le domaine aura de plus à fournir à la crèche, pour la nourriture de cinq personnes attachées aux soins des enfants^ environ 20 hectolitres de blé, 250 kil. de viande, des légumes, des fruits et cinq à six hectolitres de vin, sur lesquels on peut, sans crainte de déception, compter encore cent francs de bénéfice net, dus à la régularité de ces fournitures faites sans déplacements et sans aucunes chances des fluctuations ordinaires des marchés. ,
Cette première année s'étant passée, — nous l'espérons, — sans que les inspections de Tadmi-. nistration des hospices aient eu lieu d'être mécontentes du sort que nous avons fait aux vingt enfants qui nous ont été confiés , nous en obtenons vingt autres. Quatre nourrices nouvelles font, comme Tannée précédente, le voyage de Paris et, à leur retour, notre crèche, désormais complète et feaou-
Yelée aitisi tous les ans, formera un spécimen de première éducation , unique jusque-là , facile à imiter , susceptible de tops les perfectionnements indiqués et sanctionnés par Texpérience.
Déjà le grabd livre du personnel contient de précieuses observations sur les caractères des enfants.
Des sympathies et des antipathies plus ou moins prononcées se sont manifestées entre eux; la directrice, digne élèye, nous l'espérons, du cours pratique des salles d'asiles de Paris , a pu justifier la haute confiance dont elle a été investie, en sachant habilement utiliser , féconder les premières et modifier les secondes , au profit dô Fbarmonie.
Le budget de cette seconde année, qui ne doit plus subir de changements importants pendant les années suivantes, doit être exactement noté.
Les dépenses de construction et de mobilier ayant été faites pour les 40 enfants , nous n'aurons plus à V revenir.
Nous aurons à enregistrer tous les ans , pour l'intérêt à 5 Vo du capital avancé , la somme de.
Nous devons y ajouter pour entretien et amortissement du capitaldeconstruction,(l5,000f.) IVoOU
A rep(rler
Recettes.
fr.
Dépenses
fr c » »
Report
De même pour le mobilier , (7,000f.), 5 7oOu. . . , .
Nous ne changeons rien aux honoraires de la directrice .
Bien non plus au chauffage.
Nous ajoutons 50 fr. pour l'éclairage, soit
Nous doublons la dépense des nourrices cotnme nous avons doublé leur personnel, soit pour appointements ......
Et pour nourriture et blanchissage
Nous doublons do même la dépense de nourriture et de blanchissage des enfants, soit . .
Et les honoraires du médecin, soit
Dépenses imprévues . . .
Recettes.
La subvention de Tadminis-
tration des hospices s'élève pour
vingt enfants naissants et pour
vingt d'un à deux ans à . . ,
A reporter
Recettes.
fr, c.
Dépeises.
fr. c.
fteeettes.
Dépenses.
fr* €.
fr. c.
10,200 ir
Report
Deux vaches de plus ajoutées au cheptel portent, y compris le bénéfice sur les fournitures alimentaires, l'excédent annuel des produits de la ferme à . . .
Total des recettes ....
Excédant annuel des dépenses.
Tolal des dépenses annuelles.
La dépense de la première année était de 6, 100 fr* Celle de la seconde, — 10,200 fr., — relativement moindre, prouve, au point de vue économique et dès Torigine , un des grands avantages de la réunion des enfants sous une direction unitaire.
Puis si nous comparons l'existence de nos quarante enfants dans notre crèche istvec celle de quarante enfants disséminés , comme nous l'avons décrit , dans quamrante pauvres habitations ; occupant quarante pauvres mères, pendant une grande partie de la journée ; réchauffés très-irrégulièrement et très-inégalement par quarante pauvres foyers que balaie le vent de la port:e et qui donnent trop souvent à respirer autant de fumée que d'air, vous somme sforcés de reconnaître que nous sommes loin de payer trop cher , par un excédant de 3,.70p,fr^
--sodé dépense annuelle , la notable amélioration ob- 1 enue , dès les premiers jours de leur existence , pour quarante enfants qui rembourseront cette dépense, si largement plus tard, en forces de toutes natures ^ aussi dociles qu'éclairées.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans décrire une journée de la crèche.
Nous avons dit que les berceaux étaient garnis d'une toile épaisse et solide au fond, de laquelle , du côté des pieds , un vase , hermétiquement clos et enveloppé de laine , pouvait être rempli d'eau chaude suivant le temps et la température.
Nous avons dit encore que chaque berceau était rempli, à moitié, de son bien sec.
Une demi-heure avant le coucher , les vases sont remplis d'eau bouillante et l'enfant n'est déposé dans son berceau que lorsque le son, plusieurs fois remué , est arrivé , au contact du vase , à une température uniforme et suffisamment élevée.
L'enfant , n'ayant pas d'autres vêtements que de courtes brassières qui lui enveloppent la poitrine, est étendu, nu du reste, au milieu de ce sou qui lé défend parfaitement du froid et de l'humidité et dans lequel une bonne température et la liberté des mouvements créent un bien-être que trouble fort peu Tinsomnie.
Une peau de mouton attachée tout autour du berceau et passant sous les bras de l'enfant , empêche la partie supérieure du corps, de plonger trop loin dans le son et maintient la tête sur I3
petit oreiller qui lui sert d'appui. Les bras , la poitrine et le cou sont convenablement recouverts et les rideaux sont fermés en laissant un passage suiDsant à Tair.
L'harmonium, qui remplacerait, avec des avantages incontestables , les chants ordinaires des nourrices , marquerait , dès-lors , si notre espérance à ce sujet était réalisée, l'heure de la prière du soir et compléterait, par une douce mélodie, ces invitations au sommeiK auxquelles ne résistent que les santés momentanément altérées.
Pour celles-ci , on a recours à uii doux balancement du berceau et si l'enfant ainsi tenu chaudement, en liberté et doucement bercé, ne cède point au sommeil et crie, c'est alors au médecin à intervenir et à décider si le malade doit être transféré à l'infirmerie.
Savoir , chez les poupons, distinguer la soif ta cfe la faim , n'est point chose facile ; aussi chez les nourrices ordinaires tout enfant qui crie est-il condamné , à son détriment , à avaler , toujours et toujours, du lait ou de la bouillie; mais une attention , aussi intelligente que zélée, sait régler , de trois heures eu trois heures, en moyenne, les repas d'un enfant et lui donner , quand il crie , de l'eau sucrée dans les intervalles.
Grâce à ces précautions , nécessaires à l'estomac [:our l'accomplissement de la digestion, les Tomissemcnts et le hoquet sont très rares et un seul
repas est, tout au {dus, nécessaire au milieu de la nuit.
Le matin, au fur et à mesure des réveils , les enfants sont enlevés de leurs berceaux et débar-* rassés , par des ablutions soigneusement faites , du son qui s'est attaché à leur peau et qui les a préservés de cette humidité irritante qui leur cause ordinairement des rougeurs , des excorations et des douleurs si cuisantes.
Il est rare que les ablutions faites aux enfants s'exécutent sans les faire crier. Cela vient du peu de précaution prise au sujet de la température de Teau et de Tintensité du frottement. Tant que Tune et l'autre ne seront pas des causes d'impressions pénibles , l'enfant les supportera sans se plaindre. Nous n^admettons aucunement la convenance d'ajouter des duretés artificielles aux duretés inévitables de la vie. Nous recommandons, comme une excellente hygiène physique et morale , le soin de n'en pas créer à plaisir. Il restera malheureusement encore bien assez et trop d'occasions de pratiquer la science qui enseigne à les bien sup- I)orter.
Il en sera de même de toutes les habitudes de propreté qu'il est si utile de donner de bonne heure aux enfants.
Aussitôt que les poupons sont habillés, ou leur donne leur premier repas , puis on les dépose sur les lits de repos de la salle à manger.
Les bambins d'un an cont placés dans les pe-
tites stalles que nous aycms^ déeriteâ préeédem^ ment) page 31 , et en présence de la soupière , qui contient, dans chacun de ses compartiments, ane part conyenable d'an potage choisi confort mément aux goâts dont la manifestation a pu être constatée.
On ne Toit point là toujours l'éternelle bouillie, éternellement réd^auffée et dont Timperturbable retour pa^lt causer si souvent de si profonds dégo&ts et tant d'indigestions aux pauTres enfants.
De même qu'on peut, dès le premier âge, distinguer la soif de la faim^ de même aussi on peut, progressivement, distinguer les quelques pt^érences et les répugnances qui se manifestent pour certains aliments, et loin de persister dans cette vieille doctrine de nos grands^^pères, en vertu de laquelle nous étions forcés à manger et, par conséquent , à détester bien plqs encore ce qui nous causait du dégoût, nous devons étudier avec soin ces différents goûts naissante et laisser aux répugnances natives le temps de se modifier sans contrainte.
Toutes ces petites choses matérielles , intellectuelles et morales, jusqu'alors si peu observées et tenues pour si peu importantes, quoique si essentielles à la bonne direction des caractères , seront, — nous le répéterons souvent, -^ consignées scrupuleusement par la directrice sur le journal de la crèche et ce journal sera l'objet de dépouille--
menfs fréquents, dont les extraits r^npliront, ponr tout ce qni est essentiel, les colonnes de chacun des articles personnels du grand livre et con^ttnueront , d'années en années , la biographie ainsi toujours complète et facile de tous nos élèyes.
Chaque soupière, quoique divisée en compartiments égaux au nombre des stalles et des enfants qui les occupent, contient le même potage. La formation de chaque groupe d'enfants est déterminée par le goût qu'ils ont manifesté. Il est raisonnable en effet, de prendre pour motil principal d'une réunion de convives, les préférences qu'on leur a reconnues pour certains aliments: Le repas, naturellement égayé par cette entente, se fait avec entrain et promet une digestion plus facile.
Chaque groupe pourrait avoir ainsi son potage différent; mais les goûts des enfants se développent assez lentement pouf que deux ou trois bouillies ou panades, qu'il sera bon de varier de temps en temps, puissent trë&-bien sufiSre à la satisfaction de tous.
Les nourrices assises sur les chaises qui occupent les partfes concaves de la table, donnent, chacune, la becquée au petit groupe placé devant elle. Elle a le soin de ne se tromper ni de cueiUer , ni de compartiment de la soupière, la prudence exigeant, autant que la propreté, que chaque enfant ait, bien distincts des autres, tous les objets destinés & son usage personnel. Ces soins pourront
paraître un peu minutieux , mais Fhabitude led rend faciles et la conservation de la santé ne les justifie pas moins que la convenance de Tordre en toutes choses.
Quand les enfants ont ainsi terminé leur repas, ils quittent la salle à manger pour la salle de récréation où deux nourrices , au plus , suffisent très-bien 9 momentanément, à leur surveillance^
Une troisième reste dans la salle à manger pour Teiller au sommeil des poupons et pour les des^ cendre sur les nattes delà salle de récréation ru fur et à mesure de leur réveil.
Pendant ce temps, les autres nourrices procèdent au nettoyement defi^ berceaux et des dortoirs.
De pe*its râteaux, à dents très-rapprochées , servent à enlever tout ce qui, dans le son, s'est aggloméré au contact de l'humidité, et ces rate*lures, déposées dans des sceaux , sont transportées à la porcherie. Le son restant est , plusieurs fois pendant la journée, remué, brassé avec soin au contact des courants d>ir auxquels les dortoirs sont constamment soumis.
A ce travail succède tout ce qui conce]:ne le blanchissage du linge, que se partagent alterna* tivement les nourrices, afin dVciiapper , par l'alternance et la variété des travaux, à l'ennui et & la satiété si nuisftles à la bonne • exécution du service important qui leur est confié, et auxquels les meilleures natures , celles qui sont le mieux douées de l'amour maternel ne sauraient échapper.
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tant sont puissantes , pour le découragement et rabaissement des intelligences, Funifonnité, la m(motonie et la routine.
L'heure ou la demi-heure qui suit le repas des bambins est laissée, non sans surveillance, mais sans direction apparente^ à leur propre sponta* néité. Les petits chariots , les timbres , les balles élastiques j les monceaux de sable dans les cours, les Tiaites aux yolières , aux lapins , aux poissons , etc*, défipayent bruy animent cette première Récréation.
Les poupons de quelques mois , placés dans les petites galeries bordées de filets, ont leur curiosité fortement exdtée par tous ces mouvements bruyants; ils s'accrochent aux mailles des filets, se dressent peu à peu sur leurs jambes tremblantes , retombent sans danger sur leurs nattes épaisses , recotomencent leurs efforts et acquièrent peu-à-peu et tout naturellement, par cette gymnastique volontaire, des forces et une adresse que n'ont point viciées les lisières et les machines à roulettes de leurs ancêtres.
Mais, quelque utile que soient ces instants laissés à l'expansion libre, l'ennui et le désordre les suivraient bientôt si des travaux réglés ne venaient pas y faire diversion. Le sifQet et le claquoir de la salle d'asile commencent à retentir dès notre crèche. Les enfants apprennent à les considérer comme un ordre de leur directrice et à se Eanger méthodiquement en ligne, par rang de taille,.
-et là commencent, mais trèa-sommairement, etpar de Irès-courtes séances , les exercices des salles d'asile et l'emploi des moniteurs.
Quelques enfants d'élite, de deux à sept ans, ont pu^ après des renseignements et un choix scrupuleux^ être confiés à notre établissement par Tadministration des hospices et servir auprès des bambin» d'auxiliaires très-précieux.
Tout le temps qui, dans les salles d'asile, est employé en marches , contre-marches , évolutions destinées , faute de travaux réels , à l'emploi des heures, tout ce temps sera consacré , dans notre institution pratique d'agriculture et d*indu$trie , à des travaux réels. Ce que les enfants aiment , c'est à imiter les grandes personnes et à leur être utiles. Ge ttiobile, vrai don de Dieu, est trop précieux pour être négligé; aussi, après un quart-d'heure d'instruction relative à la tenue du corps, aux salats,' à la prononciation de quelques mots, un appel est fait à tous ceux qui aiment les oiseato et qui veulent leur donner à déjeuner, puis à tous ceux qui aiment les h^ins, les chèvres, les farebié et qui veulent caeilUr de l'herbe pour eux.
Chacune de ees appellations donne lieu à la fo^ mation d'un groupe dont le chef reçoit nn petit drapeau sur lequel est peitait l'objet que le groupe a en vue, un lapin, un. pigeon, une volière, etc. , armes parlantes dont on ne peut nier U convenance ot l'attrait pour les enfants. Chaque membre du groupe ^reçoit en outre une petite eor-
beille qu'il porte suspendue an ooa par un ruban.
Les groupes ainsi formés sont dirigés, drapeau en tête, et d*un pas réglé par un chaut approprié, Tun vers le magasin aux grains , TautrQ Ters la resserre aux carottes, Tautre ^ers un carré de choux ou de toute autre herbe, etc; puis les nourrices ayant rempli les corbeilles, chacun roTient dans le même ordre procéder à la distri* l>utioû des diverses proyendes«
Ces m[arches, ces cueillettes, ces distrilmtions, puis le plaisir de Toir les petits animaux faire leur repas, tout cela forme une des occupations de la journée qu'on peut le mieux prolonger sans craindre d'arriyer h rénnui.
])u reste, on doit avec grand soin préTenir cet ennui qui succède à toute occupation et détourner Tattentian des enfants ayant qu'-elle soit arrivée à la satiété.
Ayant la distribution des proyendes on proeiède au nettoyement des cages et des cabanes, afin de familiariser les enfants ayec les idées et les habitudes d'ordre et de propreté.
Là commei^ept h se placer tout naturellement et graduellement les petits jardins et les six dons de FrcBbel, dont le monde se préoccupe sous l'influence du déyoûment et de Tadmirabie zèle de IP* la baronne de Marenhdtz.
Mais ce que cette doctrine de Frodiel annonce comme, capital en éducation générale ne peut nous semblera nous que d'utiles, aiseessoires. Les petits
jardins et les petits jeux scientifiques sont ^e précieux amusements pour les enfants des Tilles , pour lesquels il importe d'utiliser tant de loisirs et tant d'instants mal employés; mais dans la vie réelle, dans la Tie agricole et industrielle, où tous les traTaut ordinaires et nécessaires peuTent être des jeux continuels pour Tenfant et des jeux instructifs en même temps que j^oductîfs^ les petits jeux y je le répète, n^auront point toute Timportance qu*il est juste de leur accorder dans Téducation au. sein des grandes Tilles.
Un liTre, que nous ne saurions trop recommander y le Jotif tial des mères et des enfants de M. Jules Delbrtick , nous parait être entré , beaucoup plus complètement que Froebel, dans le cœur de cette question.
Un bon curé du département de l'Isère a , lui aussi , adjoint à son enseignement du catéchisme, de petits jardins où sont cùItiTées par les enfants , des plantes pour les pauvres et pour les malades.
A qui appartient le mérite de l'initiative dans cette voie? Nous l'ignorons ; mais , tout en répétant que oes jeux ne peuvent avoir qu'une petite part dans l' éducation générale, nous aimons à proclamer notre profond respect et notre profonde sympathie pour les personnes qui' en ont eu ou adopté l'idée.
Les travaux de nos enfants les conduisent jusqu'au deuxième repas , onze heures du matin. Là commence pour ceux d'un an f usage d'aUménts
plas snbstimtiels : des potages gras , an peu de Yiande, des œufs, des purées de légumes secs, quelques légumes firais et des fruits euils i atternati^ement.
Après ce repas, une récréation, libre eomme celle du matin, pendant laquelle la plupart des enfants s'endorment et sont portés sur les lits de repos de la saHe à manger.
Vers trois heures, le troisième repas , — - le goûter, — composé ou d'un peu de fruit airec du pain, d'un peu de lait doux ou caillé, de tartines de beurre ou de confitures altematiYement et suivant les préférences clairement manifestées.
Après le goûter , on renouyelle les exercices du matin : Tébaucfae de rinstruction donnée dans les salles d'asile et les travaux utiles de petites cueillettes ainsi que le transport et la di^rîbùtion de grains pour les oiseaux et pour la petite bassecour.
Puis le potage et les compotes de fruits du léger repas, du soir , et enfin le coucher comme nous l'avons décrit p. 50 et 51.
Telle «st l'esquisse fort abrégée de la crèche qui, moyennant la modique somme de 3,700 fr.
par an ajoutés à la dépense habituellement occasionnée par quarante pauvres petits enfants des campagnes , peut leur procurer , au lieu des misères qui commencent, dès le berceau, leur détérioration matérielle et morale et qui, suivant les
statistiques ojffidelles , en tuent la moitié ayant la fin de la S"** année, telle est, disons-nous, la «rèche qm, dès le premier jour, leur crée une YÎe douée, forme leur caractère pour le bien et, dès les premiers pas , cultive leur amour de l'utilité et en fait réellement des êtres utiles.
CHAPITBE IV-
LA SECONDE ElfFANGE DANS LA COMMUinS TELLE QtJ*£LLE EST.
Les facultés qui décident de la formation du caractère soLt les pie* mières à se manifester et Tinfluence de l'éducation snr leuf développement est immense*^
(jum< flécher de Sausiurey
La seconde enfance, cette période qui s'étend de lit fin de la deuxième année à la fin de la septième, est tout entière abandonnée, sans la moindre culture dans les campagnes, aux chances
4'uii yagabondage perpétuel. La mère , n'ayant plus qa'à habiller le matin son enfant qni mairohe seul désormais et à lui donner quatre ou cinq petits repas dans la journée, s'applaudit d'être enfin arrivée à nn si grand soulagement. ITayant aucun service à en attendre et ne sachant rien d'une surveillance et d'une direction k donner au développement des instincts et des premières idées, elle le laisse errer dans les mes et dans les chemins du village, suffisamment rassurée quand elle le voit dans un groupe et qu'elle peut le recommander à la surveillance de quelques enfants plus âgés de deux ou trois ans.
Cette vie dure cinq ans , jusqu'à ce que l'enfant, arrivé à sa septième année, commence ses études de lecture à l'école primaire.
Pendant ces cinq années, l'enfant se trouve présent et mêlé à tous les faits de la vie ordinaire. Les grandes personnes parlent et agissent devant lui sans se préoccuper de sa présence plus que de celle de leurs chiens. Il assiste curieusement à toutes les conversations et à tous les actes de la vie.
C'est devant lui que se font toutes les opérations nécessaires à la conservation des espèces des animaux et personne ne se refuse, devant lui, le plaisir d'ajouter , au spectacle des actes , les plus grossières plaisanteries et les commentaires les plus cyniques.
Enfin , ceux qu'on nomme au village les amou-
tenx^ liront |ia& mêtne la pensée de lui cacher les Bumifesliftions de lears sentimeiits.
Et coniBiemt ii*ea sendt-il pas aiwi mi lailiea des ohamps, quand dans les Tilles, dans- le» salons/ et daîis la ^e intérieure des ménages on enr tend IcNis les jours des gens qui trouveraient très^ mauyais qu*on doutât de leur excellente édneaiôUf tenir ) devant des enfants, et sans aucun sottd de leur présence, des discours et raconter des anecdotes qui, malgré l'éléganee du ton et des termes , n*en sont pas moins des plus délacés et des plus répréhensibles.
A ces discours et à ces spectacles qui souillent de si bonne heure l'imagination et qui condui* sent dès-lors si notablement à la détérioration de 1^ constitution physique , intellectuelle et morale des enfants , ceux-ci ajoutent , tous les jours , pendant ces cinq longues années , le vagabondage et le maraudage perpétuels , la guerre aux fruits , aux arbres, aux nids des oiseaux, aux clôtures; puis la grossièreté, les disputes, les jurements et les coups.
Que peuvent devenir , en dehors de toute surveillance et de toute direction et au milieu de cette éducation de bohémiens , les facultés qui décident de la formation du caractère ?
La réponse à cette question se retrouve plus tard et périodiquement surtout dans les temps de troubles politiques , pendant lesquels les populations , ainsi préparées dès la première enfance , se
iivreat, quand elles sont exaltées et quand elles se croient libres, aux actes les plus barbares, è la destruction des monuments pabUcs, à la violation de toutes les propriétés, même celle des tombeaux , à l'incendie des macUnes et d^ manufactures et txop souTent à regorgement lâche et atroce des meilleursxitoyens.
Essayons de donner à «es cinq années une direction qm puisse produire, moins d'égolsme, plus de respect et d'amour du [Hrochaki et des résultats moins douloureux.
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