‹ L'extirpation du cancer du seinChapitre 13 sur 48 · PROCÉDÉS DE L E G U E U 1 ET G R O E V E · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DE L E G U E U 1 ET G R O E V E

Ces deux procédés ont pour principe commun d’utiliser le sein du coté opposé.

« En avril 1807, dit Legueu, j’avais à fermer une énorme plaie thoracique provenant de l’ablation d’une récidive cancéreuse. En cherchant un lambeau de peau pour recouvrir cette large surface cruenlée, je me demandais pourquoi l’on n’utiliserait pas la peau voisine du sein opposé, peau inLacte, toujours exubérante et inutile. »

D’autres avaient antérieurement émis une semblable idée.

Verneuil, en 18118, ayant à traiter pour la quatrième lois une récidive de cancer du sein, opéra largement, dénuda les côtes, dédoubla les muscles intercostaux « et pour trouver un lambeau suffisant, eut l’idée de prendre le tégument de la mamelle saine qui était très volumineuse eL très mobile. » Il tailla donc sur ce sein un lambeau en forme de spatule, à pédicule large et supérieur qui fut facilement amené sur la brèche par un simple mouvement d inflexion latérale et fixé par quelques points de suture.

C était en somme un lambeau simplement cutané et tordu à l’indienne.

Une seconde tentative fut faite par P. Delbet3.

Legueu. In thèse Cornilus, Paris, 1898-99 et Leçons de clinique chir., 1902, p. 162; Congrès de chir., 1898.

* Groevc (d'Upsal). Cenlralblatt. /'. chir., 8 octobre 1898.

3 P. Delbet. Communicat. Acad, de Méd., 7 fevrior 1897.

L'EXTIRPATION DU CANCER DU SEIN Celui-ci, ayant a combler une plaie dorsale consécutive a une brûlure considérable, se servit de la peau du sein qu il décolla de chaque côté du thorax, et fit glisser en arrière jusque sur le dos. Pour avoir plus de surface cutanée, il supprima la glande, ne conserva que lapeau

de chaque côté qui formait ainsi un grand volet à charnière sternale, et s’adaptait exactement aux parois antérieures, latérales et postérieures du thorax.

Malgré certaines analogies , le procédé doLegueu est sensiblement différent. Il consiste en effet, à prendre la glande mammaire tout entière avec lapeau: et, après l’avoir décollée du thorax, à la ramener sur la plaie. C’est donc une autoplastie par transplantation du sein.

« Dans un premier temps, je pratique deux incisions horizontales et parallèles partant de la plaie primitive; 1’une est supérieure, et se porte en dehors, parallèlement à la clavicule, jusque sur le bord externe du sein, qu’elle dépasse, l’autre est inférieure et a les mêmes dimensions. Dans un second temps, je mobilise le grand lambeau circonscrit et délimité par ces incisions: je le décolle avec les doigts et les ciseaux de la paroi thoracique, en cheminant dans le tissu cellulaire sous-cutané, au-dessous du sein, en avant de la couche aponévro-

Fig. 2ü. — Autoplastie par translation du sein opposé (Leguen).

Incisions principales et incisions libératrices (thèse de Cornilus, Paris 1898).

tique, et j’obtiens ainsi un grand lambeau carré, un volet qui comprend tout le sein : il est mobile sur trois ou quatre côtés, le quatrième se continue avec la peau de l’aisselle.

« Ce lambeau est souple et élastique : Je puis par

Fi>. 26. — Autre figure représentant 1 autoplastie par translation de Legueu (d’après Assaky, in Clinica, Bucarest, -1S99).

Fig. 27. — Autoplastie par translation. résultat final (d’après Assaky, loc. ciL).

traction l’amener en dedans. Cependant la traction ne lui donnerait pas toujours des dimensions assez étendues pour recouvrir complètement la plaie thoracique, si je n’ajoutais un complément que je juge nécessaire. Pour permettre l’étalement du sein lui-même, je pratique sur sa périphérie deux incisions verticales et opposées. L’une part du bord supérieur du lambeau et se dirige vers le mamelon dans une étendue de 3 à 4 centimètres n bas’ u,le autre Incision semblable part du bord infé-

CANCER OU SElNi

L’EXTIRPATION DU CANCER DU SEIN rieur du lambeau et remonte sur une étendue à peu près égalé. Ces deux incisions étendent beaucoup le diamètre transversal du lambeau : en virant sur lin, on voit ces incisions s étaler en même temps que le sein lui-même s’efface et s’aplatit.

On suture d’abord aux angles du lambeau pour l’étirer

Fig. 28. — Résultat linal do l'autoplastie do Legueu. Le sein opposé J est devenu médian. Schéma’ pris immédiatement après une des opé- [ rations de M. Ccstan.

et l’étaler exactement sur la surface de la plaie, puis ] sur les quatre côtés.

Groeve a pratiqué la même opération dix-huit mois ] après Legueu et cependant la priorité de publication semblerait appartenir à l’auteur allemand qui fit sa 4 communication onze jours avant Legueu. « Mais ? Groeve ne connaissait pas plus mon opération que' je ne ■ pouvais savoir la sienne. » Comme Legueu, il utilise la -

mamelle saine dont il recouvre la plaie opératoire. AssakyS Franck® 2, Morestin3, Nanu Chavannaz 6 ont employé ce procédé et en ont eu d’excellents résultats.

Morestin est revenu sur ce sujet au Congrès de chirurgie de 1902, et a apporté de nouveaux exemples de ce procédé qui rentre dans la classe des grands décollements autoplastiques. Il tendrait cependant à ne pas conserver la glande saine, car il vit, dans un cas, la récidive s’y produire. A part cela, elles incisions complémentaires de détente qu'il néglige, sa technique est analogue à celle de Legueu.

L’incision en raquette de Rodman0 avec ses déhridements permet une autoplastie sans emprunt au sein opposé, et la ligne de sutures a la forme d’un V avec une branche venant se fixer obliquement sur la bifurcation externe de l’Y.

Marion 1 propose tout récemment une autoplastie analogue.

Pansement.

Ce paragraphe peut paraître oiseux tout d’abord, il n’en est rien, car les chirurgiens mettent le bras dans une situation variable suivant chacun d’eux.

1 Assaky. Munch.med.Woch., XLV. 1890.

* Francke, Deulsch. Zeilsch. f. chir., t. XLLX, p. 600.

3 Afiarostin. Gaz. des Hop., IG avril 1898, p. 42a; Gaz. clcs IIùp., avril 1001. Congrès de Chirurgie , 1902.

1 Nanu. Congrès inlern., 1900, p. G0S.

5 Chavannaz. Loc. cil.

" Rodman. Aimais of surgery, 1901.

1 Marion. -Manuel do teelin. chir. des opérations courantes, novembre

Quénu et Robineau recommandent un bandage de corps en flanelle enserrant le thorax et remontant jusqu’au niveau de l’aisselle. On y ajoute une large bretelle qui recouvre l’épaule et emprisonne au moins la moitié supérieure du bras. Une petite écharpe peut, s’il est nécessaire, immobiliser l’avant-bras, il vaut mieux cependant le laisser le plus souvent libre.

Pour prévenir l'accolement du bras au thorax par rétraction des parties profondes de la plaie et la gêne ultérieure de l’abduction, Watson Ciieyne et Cotterell, au lieu de fixer, comme les auteurs précédents le bras contre le tronc par un bandage, l’en éloignent au contraire, et le maintiennent à angle droit pendant plusieurs semaines à l’aide d’un gros tampon placé dans l’aisselle ou d’une attelle en croix.

Cowardine 1 proteste énergiquement, à son tour, contre la mauvaise habitude qu’on a de fixer le bras contre la poitrine. Il fait mettre le bras en abduction en le faisant reposer sur un coussin et en fixant par un lien l’avant-bras au coussin. Cette position en abduction est, d’apr'es lui, « anatomiquement, physiologiquement et ; pathologiquement la meilleure ».

1 Cowardine. The immédiate position of lhe arm a f ter rem o val of the | breast for cancer. (Edimburgh med. Journ., 1902, n" 3, XI, 265-268.)

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