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HINE

plies, les Chinois s’adonnent aux arts de la paix, si insoucieusement que Gengis-Klian s’empare de Pékin (1235). Les Mongols ont envahi l’empire; c’est un des leurs, le chef de la dynastie des louen, qui règne; seulement, l’envahisseur adopte les mœurs chinoises, le conquérant s’absorbe dans le pays. Les premiers empereurs veulent bien s’entourer uniquement de conseillers mongols et réduire à

Le Symbolisme chinois. — Le Couraae et la Guerre.

néant les vieilles institutions nationales ; mais un plébéien de génie, Ohou-Youen-Chang, soulève le peuple, chasse l’étranger, fonde la dynastie Ming ou c< Brillante ». Sous ses successeurs, vers le milieu du xve siècle, les Portugais établissent leurs premiers rapports commerciaux avec la Chine, et les jésuites pénètrent dans le pays.

Enfin, en 1644, les Mandclioux, depuis longtemps massés sur la frontière du Nord, marchent sur Pékin, s’en emparent, et mettent sur le trône la dynastie des Tsing, dynastie qui règne encore.

Il fallut la mort de 200,000 Chinois pour que s'effectuât la conquête. Toute une féodalité nouvelle, à qui furent concédées de grandes parties du territoire, s’établit, analogue à celle qu’institua Guillaume le Conquérant sur le sol d’Angleterre; des troupes mandchoues occupèrent les places fortes et eurent à refréner plus d’une rébellion. Aujourd’hui encore, après plus de deux cent quarante années, l’armement des « troupes de bannière », des mercenaires mandchoux, est indispensable à la paix du pays ; le vieil esprit national tend toujours à se révolter contre l’occupation étrangère ; l’insurrection des Taï-pings le prouve, entre autres. D’ailleurs, d’innombrables sociétés secrètes, parfois pourchassées à outrance par le gouvernement impérial, sont le refuge où couve, toujours vivace, la haine pour l’envahisseur.

La dynastie mandchoue des Tsing compte neuf empereurs. Le plus illustre fut

L’EMPIRE CHINOIS

Hang-hi, contemporain de Louis XIV, qui régna, comme lui, fort longtemps et protégea les jésuites. Le règne de Taouk-Ouang vit la guerre de l’Opium ; celui de Hien- Pung la révolte des Taï-pings, la prise de Pékin par les troupes anglo-françaises. Kouaug-Su, l’empereur actuel, vient à peine de monter sur le trône.

Tels sont les gros points de repère, les jalons principaux de l’histoire chinoise.

Arc de triomphe et temples près de Pékin.

Formée de races diverses, fondues en un seul et puissant peuple, la nation qui possède un pareil passé, de semblables annales, qui vingt fois a été infiniment puissante et prospère, vingt fois a vu renaître sa philosophie, ses lettres et ses arts merveilleux, tire d’elle-même sa force, est actuellement en pleine floraison intellectuelle et adapte ses intenses facultés d’assimilation aux découvertes scientifiques de l'Europe. Infiniment plus vieille que les nations occidentales, la ( 'bine est plus robuste, plus vivace qu’elles toutes. Vingt années de progrès la feront invincible.

Nulle cause, peut-être, ne contribua davantage à la grandeur et à l’autonomie de l’empire du Milieu, que ses doctrines philosophiques et ses croyances religieuses.

Les Chinois sont, avant tout, tolérants et libéraux. Toutes les religions du globe ont pénétré dans l’empire ; ou les y a toujours respectées, et il est démontré qu’autrefois

nos missionnaires n’y furent inquiétés que pour les embarras qu’ils suscitaient sans cesse au gouvernement central. Seul, cependant, le bouddhisme a pris fortement racine chez les fils de Han, et cela s’explique. A proprement parler, les Chinois n’ont pas de religion d’Etat ; ils n’ont même pas, dans leur langue, un mot qui traduise le mot «religion ». La doctrine de Confucius, beaucoup plutôt philosophique, est un positivisme doux et pratique, enseignant le culte des génies morts, prêchant la culture intellectuelle, le bonheur matériel. Il y est dit littéralement : « Ne vous occupez pas de l’ori-

École chinoise.

gine des choses! » Ivoung-Fou-Tsé lui-même paraît avoir été un athée plein de respect pour les vieilles croyances, mais infiniment plus préoccupé de l’éducation pratique de ses peuples, de l’évolution progressive de sa race que de concepts métaphysiques. Basé sur les méthodes solides d’observation, invitant l’homme à chercher la vérité dans les choses et non dans les rêveries de sa pensée, son système, qui est comme infiltré dans l’âme des lettrés chinois, se rapproche singulièrement des actuelles doctrines positivistes de l’Occident.

Mais il est des esprits nombreux que le terre à terre (plus apparent sans doute que réel) de cette donnée ne saurait satisfaire : il y a des aspirations d’âme moins scientifiques, mais plus largement éprises d’idéal. Les classes dirigeantes du Royaume Fleuri l’ont compris ; loin de chercher à contraindre, à refréner ces tendances, elles leur ont laissé le champ libre, et à ces âmes qui souffrent de la vie, qui aspirent vaguement au beau, elles ont donné en pâture les incomparables espoirs du bouddhisme, sa morale pure entre toutes, et ses enveloppements mystiques, et ses cérémonies pieuses, parfois profondément émouvantes et toujours artistiques.

L’EMPIRE CHINOIS

Qu’on s’étonne après cela de voir les fils de Han témoigner quelque dédain pour nos théogonies occidentales! Voilà des siècles qu’ils ont conçu la vie telle que nous la montre la science des plus hardis d’entre nous ; et quel missionnaire aveuglément apôtre pourra leur empêcher de juger puérile la conception chrétienne de la vie future comparée à leur Nirvana ?...

Au point de vue des manifestations extérieures du culte (non comprises celles du

L'architecture chinoise.

bouddhisme qui est ici ce qu’il est dans l’Inde), deux rites se pratiquent (?) à titre officiel dans l’empire : le culte impérial et le culte vulgaire du taoïsme.

L’empereur, considéré comme pontife-dieu et l’égal des divinités physiques, terre, ciel, soleil et lune, officie, à l’époque des solstices, sur l’autel de ces puissances qu’il honore, en les traitant du reste de pair à pair, et qu’il prie de se montrer favorables à ses sujets. Ces cérémonies se pratiquent à huis clos dans un temple spécial, avec la seule assistance de la famille impériale et du conseil des rites. L’empereur est, en somme, à la fois le dieu, le pontife et l’unique adepte de ce culte secret, destiné à l’environner d’un mystère sacré, à l’isoler, i>our ainsi dire, du reste de l’humanité.

Le culte de Confucius et celui des grands ancêtres se confondent. Les temples du premier sont souvent contigus aux salles d’examen provinciales, et ses ministres sont les lettrés, les fonctionnaires ; il est pour ainsi dire tout intellectuel, et ce qu’il

faut entendre par confucianisme, c’est beaucoup plutôt l’ensemble du trésor littéraire de la vieille Chine et des doctrines spéciales au grand philosophe qu’un culte proprement dit. Il n’existe pas, d’ailleurs, de pontife confucien ; seulement la famille des Koung, descendants du grand homme, est pourvue d’un domaine héréditaire, au même titre que les Chang ou papes du taoïsme.

Ce taoïsme, c’est la religion populaire, et son culte est commun à tous ceux qui ne sont ni des sceptiques lettrés, ni des adorateurs de Bouddha. Sous la très haute direction de la papauté héréditaire des Chang, d'innombrables prêtres, — méprisés d’ailleurs des

Maison de thé.

lettrés et des fonctionnaires, sans grande dignité dans leur vie privée, mais intimement mêlés à la vie populaire par la vente des remèdes, des horoscopes, et surtout indispensables pour les cérémonies funèbres que le Chinois a tant à cœur de ne pas négliger — pratiquent un fétichisme enfantin, fort différent du taoïsme rationaliste enseigné par Lao-Tseu, dont la doctrine a été comparée à la dialectique de Zénon.

En somme, on doit bien convenir que, à ne considérer que les doctrines philosophiques et religieuses des classes intelligentes en Chine, nulle part, dans le monde, la pensée humaine n’a été plus haut. Le rationalisme scientifique d’une part, le mysticisme bouddhique, de l’autre, voilà de quoi contraindre l’admiration de toutes les intelligences, que leur tendance soit positive ou leurs aspirations idéales.

L’éducation du Chinois, d’ailleurs, conséquence logique de la doctrine confucienne,

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