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couleurs, serveut à donner aux élèves ce que nous appelons en France des leçons de choses. L’éducation de l’adolescent se termine par une étude des préceptes de Confucius sur les devoirs envers le père de famille.
Lejeune liomme entre alors au collège, où on lui apprend à composer et surtout à peindre impeccablement les mots et les caractères qu’il a appris à reconnaître. De la forme du caractère dépend, avons-nous dit, toute son expression. Il y a six écritures chinoises : la plus élémentaire, la plus répandue s’appelle kiai-chou; les autres sont : l’écriture primitive dérivée des anciens caractères hiérog'lyphiques ; l’écriture cursive, pour les banalités ; une façon de sténographie élémentaire, ou tsaou-tzê; le chou, ou écriture mandarine officielle ; le sung-ti , exclusivement réservé à l’imprimerie.
D'ailleurs, la langue elle-même se divise en une foule de dialectes très divers; mais seule la langue mandarine, qui se parle à Pékin, sert aux relations officielles.
Cependant les connaissances qu’il a acquises jusque-là ne donnent pas encore au jeune Chinois accès aux fonctions publiques; mais, s’il persévère, tine série de concours pour l’obtention de quatre diplômes universitaires lui vaudra le titre précieux de lettré. Et ce titre lui ouvrira toutes les portes! Le premier degré, celui du «talent dans sa fleur », exempte le détenteur de toute peine corporelle; — on peut l’acquérir à prix d’argent. Les aut”es, plus sérieux et de beaucoup plus difficiles, confèrent le droit aux fonctions publiques; ‘Ces derniers concours ont lieu à Pékin seulement, et les candidats qui poussent jusqu’au bout leurs études reçoivent le titre d’académicien, situation aussi recherchée que copieusement rétribuée.
Mais il faut bien avouer qu’à la science de la lecture et de la méditation se borne la littérature d’un Chinois. Le but de ces longs travaux, somme toute, est de pouvoir lire et comprendre les œuvres des vieux historiens, des philosophes d’autrefois; un homme est d’autant plus honoré en Chine qu’il interprète mieux les lettres nationales.
Au point de vue scientifique, les études chinoises sont plus restreintes, surtout en matière de sciences abstraites. Les Célestes sont pauvres mathématiciens par le fait seul de leur mode de numération ; l’algèbre, pourtant, et la géométrie leur sont connues et l’astronomie, dégénérée en astrologie et discréditée par les prêtres, fut cultivée au plus haut point dans la vieille Chine, qui transmit ses connaissances aux Chaldéens. Cependant les notions géographiques ont été fort longtemjis, et sont encore, pour la majorité, on ne peut plus restreintes; des cartes levées par les jésuites leur ont donné une idée exacte de leur propre pays, mais ils imaginent volontiers, par exemple, leur frontière occidentale baignée par la mer et bordée d’une ceinture d’îles qui s’appellent France, Allemagne, Angleterre, et font pendant au Japon. Enfin, médiocres anatomistes, puisqu’ils ne peuvent pratiquer d’autopsies, ils sont médecins praticiens assez habiles, encore que ce soit presque toujours l’apothicaire qui prescrive empiriquement les drogues dont il commerce !
On voit que le savoir de la majorité des Chinois est médiocre, mais on aurait bien tort de préjuger de leur avenir sur ces données. Le pays est aujourd’hui en pleine révolution intellectuelle ; une renaissance, née du contact avec l’Europe et l’Amérique et de l’imitation du Japon, semble vouloir modifier profondément les tendances d’esprit des fils de flan ou, pour être plus exacts, de leurs gouvernants. Essentiellement pratiques,
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ils ont compris que les découvertes scientifiques des Occidentaux, que les procédés mécaniques d’industrie étaient indispensables au maintien de leur pays au rang que lui assignent le nombre de ses habitants et leur intelligence. Certes, les partisans de l’immutabilité, les fidèles quand même aux vieilles coutumes, forment la majorité, cherchent et chercheront longtemps à réagir; mais le parti progressiste, à la tête duquel s’est placé un homme éminent, Li-Hung-Tchang, grossit chaque jour ; des arsenaux se sont fondés, l’armée se réorganise, munie d’armes à tir rapide et de canons du dernier modèle. Les Célestes ont des cuirassés puissants qu'ils sauront, d’ici peu, manœuvrer; enfin, des chemins de fer se construisent déjà et, avant un siècle, couvriront le sol de l’cmpire où s’élèveront des manufactures. A ce moment, nous l’avons montré en commençant l’étude du pays, comme les matières premières et la main d’œuvre sont à bon marché là-bas, aucun produit européen ne pourra lutter contre les produits chinois.
Mais la véritable révolution, ce sont nos professeurs qui la feront, et moins en enseignant qu’en modifiant les méthodes pédagogiques des Célestes.
Un aperçu des ressources de la Chine et de l’état de ses finances aurait sa place ici.
La culture du riz, de l’arbre à thé, du mûrier, constituent, on le sait, la richesse agricole du pays Mariés chinois (Nord),
où la propriété est, à l’heure actuelle,
infiniment morcelée, tout comme en France. Les procédés de travail sont encore rudimentaires, les capitaux manquent ; mais la main-d’œuvre est peu coûteuse, l’homme du peuple extrêmement laborieux, nous l'avons déjà dit, et si de grandes étendues de terrain sont encore en friche, on conçoit la possibilité prochaine de progrès considérables de ce côté. Au point de vue industriel, la ( Line traverse aussi une période de transition; là encore d’intarissables sources de richesses sont, pour ainsi dire, à l'état latent.
L'industrie de la soie a atteint une extension considérable; il serait banal de parler ici de la perfection de ses produits. L’industrie des cotons, pour le moment écrasée par le bon marché de la fabrication anglaise, n’attend, pour s’emparer de tous les marchés,
que la création de manufactures spéciales. Les Chinois savent travailler le bois comme personne, et les métaux comme les Japonais. Enfin, les richesses minières de l’empire sont incalculables. Pour ne parler que de la houille, dont l'exploitation actuelle est dérisoire, on estime que le seul bassin du Szé-Tcliouen a une étendue de deux cent cinquante mille kilomètres carrés ; supposez donc que partout des Li-Hung-Tchang prennent la direction des affaires et remanient à leur guise les institutions du pays, et voyez quels revenus est susceptible de donner un pareil sol !
L'état des finances chinoises est particulièrement intéressant. Ici encore, le fonctionnement actuel est déplorable, car les percepteurs provinciaux se livrent aux plus éhontées prévarications, et le trésor impérial ne touche pas le quart des sommes versées par les contribuables. D’autre part, la falsification constante des monnaies, peu commodes à manier, du reste, la non-valeur du papier-monnaie, l’irrégularité du fonctionnement des innombrables maisons de banque, nécessitent un remaniement radical. On est d’ailleurs mal renseigné sur l’état réel des caisses impériales. Ce que l’on sait seulement, c’est que la rétribution de l’impôt n’atteint pas en Chine 1 fr. 25 par tête, tandis qu’en France, par exemple, elle dépasse 98 francs! Que le pays se modifie par les procédés de culture et d’industrie importés d’Occident, qu’il s’enrichisse comme il ne peut manquer de le faire, et les sommes que pourra percevoir le trésor deviendront formidables, — tout simplement.
L’art des Chinois est maintenant assez connu de l’Europe pour que l’on ne s’étonne plus de leur esthétique spéciale, de leur façon d’envisager le réalisme et le fantastique, fondement de presque toutes les données pictural estons disons : picturales, parce que c’est à ce point de vue spécial qu’il importe de se placer. Le langage artistique varie selon les peuples : plastique chez les Italiens, musical chez les Allemands, il parle en vers chez les Anglais, en prose plus particulièrement chez nous; chez les fils de Han, il s’exprime par la peinture, et spécialement par la peinture sur porcelaine ou sur étoffe. Considérées ainsi, leurs oeuvres, celles qui datent du vne au Xe siècle de notre ère, ne le cèdent en beauté à aucune œuvre artistique du monde, et elles ont le mérite unique d’être impérissables, éternelles, comme la porcelaine où elles sont incrustées. Nous ne décrirons pas, bien entendu, ces merveilles dont le fini, le style, la hardiesse impeccablement juste du dessin, la coloration ineffaçable sont admirables. Seuls, les Japonais ont fait plus raffiné, et encore importe-t-il d’établir qu’ils sont, en art, les élèves des Chinois, que les vrais chefs-d’œuvre du Nippon, nous le verrons plus loin, datent du commencement de ce siècle, tandis que les belles peintures chinoises datent de huit à dix siècles. Actuellement, après des centaines d’années de marasme, une renaissance tend à se produire; mais on ne saurait, sur ce terrain, rien prévoir. Le symbolisme est le fond de tout l’art chinois, chaque détail d’une peinture a sa signification, inintelligible pour nous, accessible aux initiés; c’est là une particularité intéressante, à rapprocher de certaines tendances analogues que nous aurons occasion d’étudier à propos de la poésie.
On sait quelle grâce sans rivale a l’architecture chez les Fils du Ciel; leurs maisons,
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leurs palais, leurs temples sont bâtis sur le même modèle; la conception de tout abri est, chez eux, dérivée de l’aspect cl’une tente, — d’une de ces tentes qui abritèrent, aux temps préhistoriques, les nomades primitifs. Un monument, chez eux, n’est jamais que la juxtaposition ou la superposition du modèle unique, aux coins relevés, au sommet aigu.
La sculpture affecte généralement l’aspect terrible et fantastique ; animaux imaginaires ou féroces, images colossales ou monstrueuses traduisent d’ordinaire, comme aux parois de nos cathédrales gothiques, « toutes les épouvantes » ; parfois ces statues sont polychromes, ainsi que les maisons du reste, et leur effet est alors merveilleux, d’une délicatesse exquise ou de la plus extrême puissance.
Nous sommes moins familiarisés avec là littérature chinoise; l’extrême aridité de la langue et aussi notre propre esthétique nous en éloignent. Elle est constituée tout d’abord par les antiques livres sacrés ou, pour mieux dire, classiques. Ce sont : le ( dm- Kiug, ou livre des Souvenirs; le Chi-Ivung, ou livre des Odes; le Ti-Iving, ou livre des Changements; le Li-Ki, ou livre des Rites, le Ohoun-Tsiu, ou mémorial du Printemps et de P Automne; œuvres obscures, accessibles seulement aux lettrés des hautes classes, et d’un intérêt uniquement historique. Viennent ensuite les « Quatre livres » où est exposée en détail la parole de Confucius.
Le Chinois lit beaucoup de romans, pour la plupart très anciens; car les œuvres nouvelles le séduisent peu, d’ordinaire, tandis (pie les antiques récits l'intéressent indéfiniment. Ces romans sont historiques, réalistes, voire même naturalistes au sens actuel du mot, à cela près pourtant que, là-bas, le souci d’enseignement moral est constant, le crime toujours puni, la vertu invariablement récompensée.
Rien n’est plus intéressant que la poétique chinoise; les règles de sa prosodie sont d’une rigueur à faire frémir le plus intransigeant parnassien ; mais le symbolisme
Palanquin funèbre pour le transport du cercueil de la dernière impératrice.
du sujet, les complications invraisemblables de la forme, le rapport mystique à tous moments sous-entendu par le poète entre le signe idéographique et le sens général du morceau, sont faits pour déplaire à notre amour de la clarté et de la simplicité. Une œuvre poétique chinoise a tout d’abord un sens littéral, puis deux ou trois autres interprétations complexes d’une extrême subtilité qu’il faut trouver. Elles réjouissent le lettré, qui jugerait superficielle, futile, toute autre littérature. Il y a là une relation frappante entre ces tendances ultra-artistiques, si l’on peut dire, et celle de l’école décadente ou symboliste qui, naguère, tenta vainement de s’acclimater en France.
En Chine, d’ailleurs, la poésie n’a aucune prétention à obtenir le suffrage du plus grand nombre; elle s’adresse aux raffinés, uniquement. Le théâtre, jugé plus grossier, s'adresse seul au grand public; il n’a même été institué que pour la distraction et l'enseignement des illettrés.
Sans autre règle fixe qu’un but moral à poursuivre, les drames se jouent dans des salles publiques ou des appartements privés, sans décors, — c’est l’acteur lui-même, qui indique, au cours du dialogue, le lieu où il se trouve, en même temps qu’il renseigne sur son individualité propre! — ou avec une rudimentaire toile de fond; généralement, les femmes ne sont pas autorisées à monter sur les planches, du moins sur les scènes où jouent des hommes. Les acteurs déclament, et l’un d’eux, personnage principal, toujours sympathique, s’exprime par le chant (soutenu d’un orchestre) et représente, à l’égal du chœur antique, la conscience publique. Le peuple prend à ces représentations un si vif plaisir que parfois il déserte des jours entiers tout travail pour vivre au théâtre. Les œuvres représentées constituent un répertoire peu varié, œuvre de quelque illustre lettré, voire de quelque empereur, voire de quelque émancipée savante.
La musique, qui joue au théâtre un certain rôle, en joue un plus important encore dans toutes les cérémonies chinoises. Elle est si spéciale, si radicalement différente de la nôtre, si désagréable à nos oreilles alors qu’elle ravit d’enchantement les bons Célestes, q u Vile mériterait une étude approfondie. Tout ce qu’il nous est permis d'en dire, c’est que, à notre octave fondamentale, correspond une série de neuf notes dont la distribution monotone et par trop primitive stupéfie douloureusement l'amateur occidental. Indiscutablement, l’art musical chinois est en enfance et n’y demeure que grâce au culte des fils de Han pour leurs traditions; il ressemble, comme insuffisance de moyens, à ce que savaient nos ancêtres avant que Gruido d’Arezzo nous eût initiés à la portée musicale et à ce mode de notation qui facilita chez nous le développement harmonique.
Pour compléter ce trop rapide aperçu du monde chinois, une étude nous reste à faire, celle de la famille, du « home ».
Le culte des ancêtres, la vénération des vieillards, l’obéissance filiale, le pouvoir à peu près illimité du mari sur sa femme, tels sont, comme le dit excellemment M. Daryl dans sa remarquable monographie, les principes fondamentaux de la famille. L’esprit de clav, l’esprit de famille, est, dans les provinces impériales, développé jusqu’au point de devenir un obstacle à la paix du pays; mais ce sont là des inconvénients exceptionnels, et l’on peut dire, en thèse générale, que les Chinois sont d’admirables parents.
On trouvera décrites partout les poétiques cérémonies du mariage, l’horoscope des
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fiancés tiré par les prêtres, la demande aux parents, l'union solennelle. On sait qu’un Céleste lient épouser autant de femmes qu’il en peut nourrir. Seule, la première épousée a titre officiel ; seule, elle participe à la dignité du mari; seule, elle dirige la maison; tons les enfants, d’ailleurs, quelle que soit leur mère, sont considérés comme légitimes, et l’on sait que le Chinois est prolifique.
On se marie de très bonne heure, en Chine; la légitimité d'unions multiples endigue le sensualisme de ces Orientaux, et il est notoire que, sauf dans les villes du littoral qui, comme partout, sont fort corrompues, la Chine est un pays de mœurs
Fumeurs d’opium.
régulières et douces. Le mari seul a le droit de divorcer et le devoir de sévir eu cas de constatation d’adultère.
Rien ne tient à cœur aux fils de Han, comme les cérémonies funéraires et le culte dû aux morts; les cérémonies d’ensevelissement sont fort belles et même touchantes: chaque maison, d’ailleurs, possède un autel érigé aux mânes ancestraux ; c’est dans ces chapelles familiales que l’on se réunit les jours de fête. Il faut noter encore le soin que prend un père de famille de l’éducation de ses enfants ; pas un événement de quelque importance, pas un succès à l’école qui ne soit célébré par une réunion familiale, par des banquets, par d'encourageantes réjouissances.
La maison du Chinois est hospitalière, l’hôte généreux et délicat; il prodigue à son invité les appellations flatteuses, s’humilie, lui et les siens, puis offre dans la salle des ancêtres un long et lent repas, que l’on prend par petites tables isolées, où l'on mange des végétaux presque uniquement, et chez les riches, du porc et des rôtis de jeunes chiens.
Les fameux nids d'hirondelles, dont on a fait sottement en France tant de gorges chaudes, sont un mets exceptionnel, seulement à la portée des opulents gourmets.
Deux passions, par malheur, troublent souvent la vie normalement calme et opiniâtrement laborieuse du Céleste : le jeu et l’opium. On sait que les Anglais ont imposé l'entrée de l’opium de l'Inde; ils en assument la responsabilité, mais il importe de rappeler que le pouvoir a fait tout pour empêcher l'importation de la «vile drogue » et en prévenir le péril.
Nous dirons peu de choses des forces militaires de la Chine, précisément parce que, à ce point de vue encore, de profonds remaniements s’opèrent de nos jours, grâce à l’adoption des armes précises à tir rapide, grâce aussi aux officiers étrangers, Allemands et Américains, qui dressent les soldats à la tactique occidentale. Pour le moment, les troupes dévouées aveuglément à l’empereur sont surtout les « hommes de bannière », d’origine mandchoue, très braves, infatigables, faciles à nourrir. Le recrutement des officiers se fait au concours, comme tout en Chine; mais ce que l'on demandait jusqu’ici aux candidats, c’était non pas de prouver leur science tactique ou leur pratique du métier, mais bien de montrer leur force musculaire. C’est au plus vigoureux qu’avant la dernière guerre était donné le grade. O11 peut être certain que cet état de choses ne se renouvellera pas. On est en train de modifier aussi le matériel de défense des provinces centrales, dont les forts étaient de vieilles constructions incapables de résister aux armes actuelles. Déjà, sur le littoral et dans les îles, des forteresses nouvelles s'érigent, inexpugnables; des fabriques d’armes modernes fonctionnent incessamment à Fou-tcheou, à Shanghaï, Canton, Hang-Cheou, Tien-tsiu. L’usine Krupp fournit des canons et le gouvernement achète des cuirassés en attendant qu’il en construise.
Essayons maintenant de résumer en quelques mots ces notes bien trop brèves et hâtives sur le monde chinois.
Nous sommes habitués à juger superficiellement les fils de Han. Leur rouerie diplomatique, l’étrangeté de leur manière de penser, nous stupéfient, et nous exagérons aisément leurs défauts. Le Chinois n’est pas plus de mauvaise foi que tout autre Oriental. Seulement, il se méfie de nous et nous méprise, — sans qu’il y ait lieu de s’en étonner outre mesure. Longtemps il ne connut en fait d’Européens que les gens, pour la plupart peu recommandables, qui naguère faisaient seuls le commerce sur ses côtes, ou bien encore des missionnaires au zèle intempestif, causant plus de mal, amenant plus de troubles qu’ils ne convertissaient de fidèles. Ce peuple, à la philosophie si haute, se rit de nos conceptions religieuses ou philosophiques qu'il juge enfantines, et ne nous accorde guère qu’une supériorité momentanée dans les sciences mécaniques.
Après bien des vicissitudes, le Céleste Empire est donc encore vivace ; nous n’en voulons pour preuve que la façon dont il se transforme actuellement, après cette insurrection formidable des Taï-pings, et les guerres qu’il a dû soutenir. La Chine devient une redoutable puissance, car il est certain que, si elle adopte nos machines modernes, elle ne perdra pas pour cela cet esprit national ancré par trente siècles de gloire, cet
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amour du sol que garde toujours le coolie que la faim a fait émigrer. Si la Chine se rénove, ce sera pour les danois et par les Chinois, gens peu disposés à se laisser absorber. Aussi, quand cette agglomération de 405 millions d’hommes se trouvera organisée, sera-t-elle l’arbitre du monde.
Palais d’Été. — Temple de bronze.
Tükio. — Sur la rivière Sumida.