‹ L'extrême OrientChapitre 117 sur 132 · Reclus, op. cil · texte numérisé non relu

Reclus, op. cil

LE JAPON

des marins, le nom d’extrême Orient s’applique au Japon et au littoral chinois, tandis que de l’autre côté du Pacifique, la Californie est le Far- West ou 1’ « extrême Occident ». C’est donc au milieu de l’Océan que passe la ligne conventionnelle entre les deux moitiés du monde, indiquées par le 180e degré à l’est et à l’ouest, soit de l’ile de Fer, soit de Paris ou de Greenwich. Quoique les jours de Yédo commencent plus de neuf heures avant ceux de Paris, et seulement de six à sept heures après ceux de San-Francisco, les dates sont les mêmes au Japon et dans l’Europe occidentale : en traversant le Pacifique de l’ancien dans le nouveau monde, ou compte le même

Ile du lac Biwa.

jour deux fois ; en faisant le passage en sens inverse, on saute un jour du calendrier. » Comme tous les extrêmes Orientaux, les Japonais sont prodigues envers leur pays d’appellations pompeuses ou fleuries. Pour nous, celui-ci demeure le pays du Soleil Levant et le Nippon des vieux ouvrages; mais jadis, avec Marco Polo, nous l’appelions Zipango ou Cipango, région fortunée, couverte d’or, dont rêvèrent les aventuriers du xve siècle. Christophe Colomb crut y aborder lorsqu'il atterrit à Cuba. Dans un merveilleux sonnet, le grand poète José-Maria de Hérédia a célébré cette illusion géographique et la stupéfaction des premiers conquistadores marchant à l’ouest et découvrant des constellations inconnues, puis se heurtant à une Amérique qu'ils croyaient être notre extrême Orient :

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palas, de Moguer, routiers et capitaines,

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal Que Cipango mûrit clans ses mines lointaines,

Et les vents alises inclinaient leurs antennes Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

Ou, penchés à l’avant des blanches caravelles,

Ils regardaient monter dans un ciel ignoré Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

Retombons fi la prose.

En 1543, après les voyages de* Magellan, les navigateurs portugais abordaient air véritable Japon et fixaient l'Europe sur la situation et la richesse réelle du mystérieux archipel. Leurs missionnaires, par malheur, ne permirent pas aux relations commerciales de se prolonger pacifiquement. Des massacres eurent lieu. Seuls, les Hollandais purent, en apostasiant, trafiquer sur des points déterminés du Nippon où se retrouvent encore des traces de leur passagère influence. Nous y reviendrons plus loin en étudiant l’histoire du pays et de son évolution civilisatrice, après avoir terminé cet aperçu de sa géographie générale.

Les îles Kouriles ne sauraient nous arrêter longtemps, encore que, par leurs 650 kilomètres de longueur et leur nombre, elles soient des plus curieuses. On évalue, Yetorofou compris, leur superficie à 21,000 kilomètres carrés. Elles se composent des crêtes d'une chaîne de montagnes en partie immergées unissant les hauteurs du Kamtchatka ficelles du Japon. Kouna-Siro, la dernière île du groupe, a pour chef-lieu Tomari, siège du gouvernement de cet archipel fi peu près inhabité et dont les pêcheurs seuls connaissent exactement les atterrissages. Comme le Kamtchatka et le Nippon, qu'ils unissent, ces îlots sont volcaniques et même renferment encore des cratères en activité. D’où de fréquents tremblements de terre dont l’archipel japonais, continuant les Kouriles avec la même formation géologique, n’est pas non plus privé.

Celui-ci, qu'il soit l’œuvre de soulèvements partiels ou qu’il ait été séparé du continent par des convulsions souterraines, reste en efiet un sol volcanique par excellence. Ses plus belles montagnes, celles du Yéso surtout, sont des cratères mal éteints. Le Fusi-Yama, la cime vénérée des indigènes, dans l’île de Hondo ou Nippon, a eu lui-même sa dernière éruption en 1708. M. Georges Bousquet, dans son volume le Japon de nos jours, — le meilleur, et de beaucoup, des ouvrages publiés en français sur le Japon, — rappelle qu’un volcan de Yéso, le Taromai, fit explosion en 1874. Au sommet des principaux, dit-il, on voit des solfatares en activité, et l’abondance extrême d'eaux thermales que l'on trouve dans toutes les provinces, fi de très hautes températures, montre assez que le refroidissement terrestre ne fait ici que commencer et que les forces souterraines ne sont pas encore rentrées dans le repos. Aussi, les tremblements de terre sont-ils fréquents, atteignant quelquefois le nombre de cent par mois ! Si, la plupart du temps, dans ces dernières années surtout, ce ne sont que des secousses sans gravité, on en a vu qui ont ruiné des villes entières. Plus de cent mille personnes

périrent, dit-on, dans celui qui fondit sur Yédo en 1854. Les Japonais prétendent que des montagnes entières, notamment dans la province de Bnzen, ont été disloquées et engouffrées, que leur grande montagne sacrée, au contraire, a jailli du sol en une nuit vers l’an 200 de notre ère, tandis que la même nuit, le lac Biwa se formait à cent lieues au sud. Mais ces récits n’ont rien d’authentique.

Nous ne croyons pas que les plus hautes montagnes du Japon, à l’exception du

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Dans la Mer Intérieure.

Fusi-Yama qui en a 3,750, dépassent 3,000 mètres. Toutefois, avec un sol pareillement bouleversé, les fleuves ne sauraient avoir des cours navigables et longs. Torrentueux au printèmps, sans eau l’été, ils sont commercialement inutilisables et l'indigène ne s’en sert guère que pour le flottage des bois.

C’est dans l'île de Hondo, la plus grande, la plus peuplée, la plus montagneuse et la plus célèbre de l’archipel japonais, que se trouve le lac Biwa, un Léman asiatique, presque aussi cher aux artistes indigènes que le Fusi-Yama, ce roi de la chaîne dont les ramifications encadrent le lac d’une arène pittoresque et merveilleusement colorée. Mais le Biwa nous séduisit moins que la Mer Intérieure, car, des lacs de Genève, on en trouve en Europe, en Amérique, tandis que la Mer Intérieure demeure unique au monde, si séduisante dans nos souvenirs de voyage qu’à l’évoquer afin d’en parler ici, la tentation nous reprend de boucler nos malles pour mettre de nouveau le cap sur Nagasaki !

Mais qu’est-ce que la Mer Intérieure ?

C’est le bras de mer tortueux qui sépare le « continent », c’est-à-dire la grande île de'Hondo ou Nippon des îles méridionales de Sikok et Kiusiu. Celles-ci. avons-nous vu, forment avec Hondo et l'île septentrionale de Yéso, le Japon proprement dit.

Il faut toujours se méfier de ses enthousiasmes. Aussi est-ce à la Nouvelle Géographie universelle, œuvre savante exempte de tout parti pris, que nous demanderons encore des renseignements sur Ylnland Sea. La Mer Intérieure, dit-elle, est en réalité une succession de fjords et de bassins partiels ou nacla qui se sont réunis en une vaste mer intérieure ayant environ 400 kilomètres de l'est à l’ouest. Des îles et des îlots parsèment cette méditerranée, ou Seto outsi, et limitent l 'horizon de toutes parts. En voguant sur les eaux tranquilles, entre ces terres boisées qui cachent et révèlent tour à tour l’horizon lointain des montagnes, on voit se succéder des tableaux enchanteurs, d’une infinie variété : les côtes que l’on contemple sont comparables à celles de la Norvège, mais sous le ciel de l’Italie, et la végétation du littoral est celle des îles malaises. Lors de la naissance des temps, c’est au-dessus de cette partie de la mer qu'Isanagi et Isanami, le couple divin, s’assirent sur le pont des cieux, que soutiennent des piliers de nuages, et qu'ils se plurent à contempler l’armée des flots se pourchassant au-dessous d’eux. Nonchalamment couché sur les nuées, le dieu laissa tremper la pointe écarlate de sa lance dans l'Océan et chaque goutte qui retomba devint une de ces îles verdoyantes que l’on voit aujourd’hui : l'une des premières qui surgit des ondes fut la belle Avadzi, qui ferme l’entrée orientale de la « Mer Intérieure ».

ce Au point de vue géographique, la méditerranée japonaise ne peut guère être considérée que comme une simple fosse d’érosion : c’est à peine si dans quelques-uns de ses creux la profondeur dépasse 50 mètres, et l’épaisseur moyenne de la couche liquide y est seulement de moitié. L’entrée occidentale, connue sous le nom de Simono seki ou « Barrière inférieure », n’a que dix mètres, exactement la profondeur qui convient aux plus grands vaisseaux; mais, sans l’aide de la vapeur, ces navires ne pourraient s’engager prudemment dans ce chenal étroit, fleuve marin bordé de roches et traversé de courants dangereux. Trois autres passages donnent accès dans la Mer Intérieure, l’un celui de Boungo, entre Kiusiu et Sikok, et les deux autres au nord et au sud de l’île Avadzi. C’est celui du nord, le détroit de Tomoga sima ou des « deux Iles Amies », voisin des ports de Hiogo et d’Ohosaka, que choisissent d’ordinaire les embarcations : c’est aussi celui dont les courants ont le moins de violence ; mais les marins redoutent le passage de Narouto, entre Avadzi et Sikok, plus que tout autre détroit des mers japonaises. »

Il s’agit ici, bien entendu, de marins indigènes, montant des jonques. Les vapeurs européens n’ont trouvé dans aucun de ces passages les Maëlstrom tourbillonnants dont parlent les légendes locales.

La nature a favorisé le Japon.

En fait de minéraux, il possède des granits et des calcaires propres à tous les genres de construction ; de vastes dépôts de soufre ; des minerais d’or et d’argent; des quartz aurifères et beaucoup de cuivre, du fer, de l’étain, du plomb, du mercure, de l’antimoine, du charbon, du kaolin, du pétrole.

t Sa flore, dit M. Georges Bousquet, est très riche; mais presque toutes les esjjèces

Nagasaki.

Les arcs de triomphe en bronze.

comestibles, particulièrement les arbres fruitiers, ont été importées à des époques liistoriques, le sol ne produisant naturellement que des racines, des noix et des baies. En revanche, les bois de construction couvrent les îles du Japon du nord au sud ; les conifères y abondent, et les arbres à feuillage persistant contribuent à donner au paysage le caractère riant qui frappe tous les visiteurs au premier coup d’œil. Parmi les graminées, outre le riz, le maïs, la canne à sucre, le froment, il faut citer au premier rang le bambou, sans lequel il semble que le pays ne pourrait subsister, tant il remplit de rôles multiples et nécessaires dans la vie quotidienne.

« L’abondance des pluies, ajoute Reclus, la modération relative des hivers et la chaleur humide des étés donnent à cette flore une richesse et une vigueur extraordinaires. On peut transplanter avec succès les plus gros arbres, même en ne laissant que peu de terre autour des racines et en taillant les branches de toutes les manières. Nombre de végétaux qui, depuis l’époque tertiaire, n’ont pu se maintenir sur le territoire chinois, ont continué de vivre et de prospérer au Japon. Provenant de l’archipel malais, de l’Indo-Chine, des vallées de l’Himalaya, de la Corée, de la Mandchourie ou même de l’Amérique du Nord, des milliers d’espèces végétales ont pu se propager jadis par des terres maintenant englouties, ou bien les semences en ont été portées par des oiseaux ou les flots de la mer, et l’archipel japonais leur a donné le milieu qui leur convient. En négligeant les plantes que l’on sait avoir été introduites de Chine ou d’Europe depuis l’époque historique, Francliet et Savatier ont trouvé que la flore du Japon comprend 2,743 espèces, groupées en 1,035 genres et 154 familles. Parmi les voyageurs qui ont visité les îles, les botanistes étaient nombreux, et les indigènes euxmêmes s’occupent de l’étude des plantes, soit par amour des fleurs, soit pour la recherche des simples; la végétation du Japon est donc relativement bien connue; néanmoins l’exploration future de Yéso et de quelques districts reculés des autres îles augmentera le nombre des espèces identifiées. Dès maintenant on peut évaluer à 3,000 plantes l’ensemble de la flore du Nippon ; 44 genres n’ont pas encore été retrouvés en dehors de l’empire du Soleil Levant.

« Mais ce qui distingue la flore du Japon, bien plus que le mélange de types appartenant à des zones diverses, c’est, l’extrême variété des espèces de la zone tempérée qui se groupent dans les forêts. Il n’y a guère de landes au Japon ; on n’y voit pas non plus de prairies proprement dites : la hara ou « prairie de montagnes » offre un mélange d’herbes, de plantes ligneuses et de fougères. Partout où la culture u’a pas donné à la végétation un aspect uniforme, le sol est ombragé, soit de grands arbres, soit d’arbrisseaux et de plantes ligneuses entremêlées d’herbes et de lianes ; les espèces les plus différentes se rencontrent par centaines dans le champ de la vue. Il n’est pas de jardin plus fleuri que ce jardin naturel des campagnes japonaises ; mais parmi ces innombrables fleurs, au milieu desquelles brille la neige des camélias, on ne voit pas les renoncules et les œillets d'Europe, et l'on cherche vainement mainte espèce de papilionacées et de composées que les Occidentaux remarquent dans toutes les prairies de la zone tempérée ; on n’y trouve pas non plus les plantes odoriférantes de l’Occident ; les fleurs y ont plus d’éclat et moins de parfum. Dans la forêt, la variété des espèces est plus grande que dans tous les autres pays du monde, même entre les tro-

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piques ; clans une simple promenade, sans s’écarter d’un sentier, le botaniste peut rencontrer une centaine d’espèces d’arbres, car le Japon, comme la Chine, se distingue de l’Europe par la proportion considérable de ses espèces arborescentes. De toutes les aires de végétation, la contrée du Soleil Levant est celle qui possède à la fois pour une même surface le plus d’arbres à feuilles caduques et le plus de conifères. Aux mois de juin et de juillet, les arbres fleuris offrent un aspect que l'on ne connaît point en Occi-

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KSp3

Un champ de thé près de Kioto.

dent, et lorsque les feuilles se flétrissent, à l’approche de l’hiver, leurs teintes éclatantes et variées semblent être celles d’une deuxième floraison; sous leur parure d'automne, les forêts du Japon sont encore plus belles que celles de l’Amérique du Xord, déjà si richement colorées. En maintes régions montagneuses, elles ont été détruites et sont

remplacées par des fourrés d’arbustes et de liaues. »

Dans le précédent chapitre, nous avons parlé de l’amour des Japonais pour les jardins et pour les fleurs. Cette longue citation était donc nécessaire.

Toutefois, si la dore est riche, la faune, par contre, est assez pauvre ; ou la connaît lorsqu’on a feuilleté quelques-uns de ces albums de dessins dans lesquels les artistes indigènes ont si merveilleusement dxé la vie animale. Les chevaux, très employés

comme bêtes de somme et de trait, sont d’importation coréenne, disgracieux et méchants, mais solides. Quant au bétail, il est encore assez rare, la propriété étant morcelée et l’alimentation indigène ne consommant de viande que depuis l’adoption des mœurs occidentales.

Pour finir, quelques mots du climat.

Des climats, faudrait-il dire, car le Japon qui, au nord, confine au Kamtchatka et

Une route au Japon (Nikko).

n’est séparé du tropique du Cancer, au sud, que par 10 degrés, réunit plusieurs climats très différents. Les oranges et même les bananes mûrissent dans les îles Liukiu, tandis que la végétation des Kouriles est celle de la Norvège. Mais la partie la plus centrale et la plus populeuse de l’empire jouit d’un climat tempéré, dû bien moins à sa latitude qu’à l’influence des courants atmosphériques et marins.

Deux moussons alternatives, celle du nord-est et celle du sud-ouest, régnent chacune pendant six mois de l’année, amenant en été les couches d’air chaud de l’Equateur, en hiver les couches d’air froid du Pôle. Ainsi perpétuellement balayées par les vents, les vallées du Japon sont parfaitement salubres : malgré la culture des rizières, qui transforme le pays en un immense marécage, on n’y entend jamais parler de fièvres palustres. « Un grand courant équatorial, appelé par les Japonais le Kuro-Sivvo, baigne les côtes orientales avant de tourner à l’est pour traverser le Pacifique et porter les

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navires à San-Francisco. Aussi, les côtes occidentales baignées par la mer du Japon et par un courant polaire, exposées en outre directement aux vents glacés de Sibérie, ont

L’hiver au Japon.

un hiver beaucoup plus rigoureux que les côtes du Pacifique, réchauffées par la mer et abritées par les montagnes. A Yédo, le thermomètre descend quelquefois au-dessous de six degrés pendant les nuits les plus froides; mais il ne s'y maintient pas longtemps.

Presque chaque jour, du 15 octobre au 1er janvier, le soleil brille dans un ciel d’une pureté admirable, réchauffe la nature et vient fondre les quelques millimètres de gdace qui s’étaient formées sur les eaux stagnantes. L’automne et l’hiver sont les deux saisons privilégiées de ce beau pays. Ceux qui n’ont fait qu’y passer quelques beaux jours de novembre en emportent une impression d’incomparable ravissement1. »

Tel est, continue l’auteur du Japon de nos jours, le milieu physique où s’est développée la race japonaise. « Placée sous un ciel doux et clément, au sein d’une grande abondance végétale, elle devait s’adonner plus volontiers à l’agriculture qu’à la vie pastorale ; jetée au milieu de montagnes difficiles, elle devait contracter des goûts sédentaires plutôt que des habitudes nomades, et acquérir une certaine q>erfection industrielle ; privée des espèces animales nourricières, elle devait demander de préférence son alimentation à l’inépuisable réservoir de la mer qui l’entoure de tous côtés ; pourvue par la nature de tout le nécessaire, elle n’avait à attendre du commerce extérieur que le superflu. Son isolement, avant d’être une mesure politique, était une conséquence naturelle de sa situation géographique et de son climat. Jouissant d’ordinaire des bienfaits d’un ciel propice, mais visitée quelquefois par d’irrésistibles fléaux, elle devait s’habituer à un certain fatalisme souriant et résigné, aimer la vie sans s’y attacher outre mesure, fuir la peine et considérer ses œuvres comme une floraison toujours prête à se courber sous un typhon, ou à s'abîmer dans un tremblement de terre. De cette réunion de circonstances est sortie une nation qui n’a ni l’indomptable énergie des hommes du nord, ni l’apathie irrémédiable des peuples de la zone torride, et qui offrait à ses premiers .explorateurs le spectacle saisissant d’une civilisation originale et complète sans ramification apparente avec les sources de la civilisation occidentale. »

D'où sort donc cette race ? Et comment a-t-elle pu sauter à pieds joints dans les idées européennes ? Nous essayerons de répondre à ces deux questions lorsque nous aurons jeté sur le pays un rapide coup d'œil.

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