‹ L'extrême OrientChapitre 120 sur 132 · Reclus, op. cit · texte numérisé non relu

Reclus, op. cit

LE JAPON

plus ancien livre japonais. Ensuite, viennent le confucianisme, qui n’est, avons-nous dit en parlant de la Chine, qu’une morale et le bouddhisme qui est « à la fois une métaphysique et la religion du sentiment, celle qui console des misères du présent et montre les perspectives du bonheur ou du repos dans la vie d’outre-tombe ».

Comme les Chinois, les Coréens et les peuplades de la Sibérie, les Japonais primitifs n’avaient d’autres divinités que les forces de la nature et que les âmes des morts, avec les huit millions de génie qui tourbillonnent dans l’air et rampent sous la terre.

Un enterrement au Japon.

Comment vivre en paix avec ces légions infinies, si ce n’est en leur parlant comme à des mortels et eu les honorant de repas et de fêtes ? « Cette antique religion des ancêtres, associée à celle des génies ou kami et des objets de la nature, est encore celle qui prévaut au Japon sous le nom chinois de sinto ; les cérémonies de ce culte fort simple, qui ne demande à ses fidèles que la pureté de l’esprit et de l’âme, s’accomplissent généralement en pleine nature, dans les sites les plus majestueux ; c’est là qu’on voit se dresser des mhja ou yasiro, sanctuaires consacrés aux génies, et renfermant le miroir de cristal, symbole de la pureté et de la prescience magique. Une caste de prêtres héréditaires a remplacé les pères de famille pour l’accomplissement des rites ; ce sont

eux qui invoquent les génies au nom de la foule, qui leur apportent des offrandes et célèbrent en leur honneur des matsouri, c’est-à-dire des pantomimes et des représentations théâtrales.

« Par lin de ces phénomènes d'interférence si fréquents en histoire, la révolution de 1867, qui fit entrer le Japon dans le monde de la civilisation européenne, coïncidait avec le réveil de l’esprit national ; tandis que les Japonais se rapprochaient des Occidentaux par la science et l’industrie, l’antique religion animiste du sinto redevenait le

Le temple de Shiba à Tokio.

culte officiel de l’empire. Mais les cérémonies funéraires, qui avaient autrefois une si grande importance dans l’ensemble de ce culte, perdent de plus en plus leur caractère hiératique. Il fut un temps où des sacrifices humains accompagnaient l’inhumation des princes et des grands : femmes, serviteurs et chevaux suivaient leur maître dans la tombe. Encore en 1644, il fallut défendre aux gens des daïmio de se suicider sur le corps de leur seigneur ; comme en Chine, les images en argile remplacèrent les victimes dans les fosses ou les urnes des morts. Les Japonais ont conservé l’habitude de choisir des sites augustes ou gracieux pour y ensevelir les corps ou y déposer les cendres des leurs. N'est-ce pas dans la plus belle vallée du Nippon, au milieu des forêts admirables de Nikko,que Yéyas et l’un de ses successeurs firent élever leurs splendides mausolées1? »

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