‹ L'extrême OrientChapitre 125 sur 132 · MM · texte numérisé non relu

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Tokio. — Temple de Kameido.

arbres roses, dans lesquels les aquarellistes japonais n’introduisent même pas les obscurantes ombres de l’Occident, et qui se détachent dans les albums sur le soleil couchant, comme sur une feuille d’or, ou qui, le soleil couché, au-dessus des balcons sur lesquels leurs rameaux pendent, étoilent la nuit noire de véritables étoiles.

« L’eau est la passion du pays, si bien qu’à Kioto, oii un ruisseau est tout le fleuve que surplombe la perspective de ponts gigantesques à dos d’âne, les riverains établissent des barrages, qui leur permettent d’avoir à peu près, pour le soir, une nappe d’eau qu’ils parsèment d’espèces de tables flottantes, sur lesquelles deux feuilles d’un album nous montrent la population soupaut, les jambes pendantes et heureuses

de cette rivière improvisée qui les mouille. Car, là-bas, la nuit c’est la joie de l’eau. Les fleuves, les rivières des villes se couvrent de jonques, de yané-funé , longues barques plates aux bandes de cuivre, aux paravents à coulisses, de bateaux de fleurs chargés de danseuses et de joueuses de guitare, de gondoles d’amour vénal, illuminées de lanternes; et l’encombrement est tel, que les bateliers nus, armés de longues perches vertes, ont peine à avancer dans la presse des embarcations. Et sous le ciel déchiré d’artifices, les ponts sont couverts d’une foule à les faire crouler1 »

« Jusqu’ici ces images nous donnent la campagne, la montagne, la grande route, la rue, la vie extérieure ; mais il en est d’autres qui nous introduisent dans l’habitation particulière, nous ouvrent l’intérieur fermé du yashki, nous font pénétrer dans l’intimité de l’existence secrète des femmes et des hommes du pays. Nous voici dans ces maisons dépouillées de leur toit et vues à vol d’oiseau par le dessinateur, qui nous dévoile le labyrinthe de ces appartements de paravents, et nous fait voir ces cuisines sans cheminée, où des femmes remuent le riz dans de grands chaudrons voyageant sur de petits chariots. Nous voici dans ces intérieurs, aux murs glissants sur des rainures mobiles, et dont le mobilier se compose d’un kakcmono pendu à la cloison, d’un chêne nain dans un petit pot de fleur, quelquefois d’un aquarium où nagent des poissons de la Chine à trois queues, — et où, par une porte entre-bâillée, on aperçoit dans le fond le bain qui chauffe, sa vasque carrée, ses seaux en poterie brune ornée d’une grecque. Nous voici dans ces jardins tout pleins des serpentements d’un ruisseau autour d’un toro} d’une lanterne de pierre ventrue, en ces fourrés de pivoines éclatantes, où la sieste des promeneuses confond la flore des robes avec la flore des massifs. Nous voici dans les salles d’apparat, où, sur une estrade rouge, des musiciennes, en robe bleue, jouent des choses lentes, que des gueshci, des danseuses, miment dramatiquement dans des robes amples, entourées de coryphées qui semblent agiter, derrière leur dos, des ailes de papillon. Nous voici dans les chambres, où des femmes rampent à terre sur des instruments de musique à cordes, s’occupent à peindre des éventails, agenouillées près de petites tables basses où se dressent les pinceaux dans des cornets de faïence de Satzuma, brodent des foukousas, composent, d’après des règles et des traités savants, des bouquets sans faute, — la longue queue de leurs robes voyantes faisant à côté d’elles un petit amoncellement, parmi le fouillis des objets de laque, de bronze, de porcelaine, traînant sur les nattes du parquet, ainsi que des joujoux dans une chambre d’enfant. Nous voici sur ces balcons, s’avançant au-dessus d’une haie d’iris violets et enguirlandés de lanternes rouges, sur ces balcons éternellement peuplés de femmes aux grandes épingles d’écaille piquées dans la chevelure noire, à l’heure où une servante monte par un petit escalier, portant^ sur la paume de sa main renversée, le tay 2, le poisson rose, avec les bâtonnets d’ivoire du souper.

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