Hokousaï naquit en
du novateur, uue main-d’œuvre qui ne s’est jamais peut-être rencontrée cliez aucune nation.
« Maintenant ces objets de 40, de 50, de 60 et bien rarement de 100 ans, ces objets choisis, triés, et qu’il est même bon de payer cher, ces objets qui possèdent une qualité que n’a pas l’objet chinois: V amusant, ces objets, il faut le dire bien haut, sont merveilleux, uniques, incomparables, et tels qu'ils doivent sortir de l’imagination et des doigts de ce peuple artiste jusqu’au dernier des hommes, et où le paysan n’ayant pas que des yeux comme le nôtre pour sa récolte, avec deux ou trois pierres, se crée dans son champ une cascatelle, y plante un abricotier à fleurs doubles 1, et jouit, des heures entières, de la floraison de son arbuste au-dessus de la musique de l’eau, ainsi qu’un peintre et qu’un poète. »
« L’escalier, écrit plus loin le grand artiste, tourne et monte, du premier au second étage, toujours entre des dessins de l’école française et des kakémonos japonais.
« Le kakémono est une bande longitudinale de gaze peinte à l’aquarelle 2, collée sur un morceau de soie qui la marge tout autour d’un dessin de fleurs, généralement tissées en or ou en argent, et que tient tendu un petit rouleau de bois, terminé par deux rondelles d’ivoire pendant en bas. C’est le tableau du Japon, la seule peinture que les amateurs de là-bas et le commun des martyrs accrochent à leurs cloisons/ Dans ces aquarelles toujours étroites, mais d’une longueur qui va d’un à deux, à trois mètres, il est des œuvres d'art qui font l’ébahissement de nos aquarellistes, en présence de ces immenses machines peintes à l’eau. Devant un de ces kakémonos, de Nittis, qu’on sait n’être pas un maladroit, déclarait qu'il n’y avait pas d’Européen capable d’exécuter ces étonnantes décorations
« La véritable richesse de la vitrine est en objets japonais et principalement en pièces de laque 3...
« Quel est le peuple du monde ancien ou moderne qui a inventé une industrie où la main-d'œuvre soit poussée à un fini qui paraît irréalisable par des mains humaines? Dans quel pays a-t-on trouvé une matière à meubles et à bimbeloterie d'une perfection si merveilleuse ? Où a-t-on créé une chose d’un si beau poli que, dans l'orgueil de la pureté de son travail, l’artiste laqueur n’y veut point d'ornement, satisfait d’avoir réussi un laque-miroir ? Et quand, ce laque, les Japonais l’ont décoré, l’artistique imagination que celle de cette nation, imaginant défaire, sur une couche de gomme durcie, de petits tableaux à moitié bas-reliefs, qui, par des saillies, des oppositions, des contrastes d'ors divers, se trouvent à la fois peints et sculptés, dans la riche monochromie du plus beau métal de la terre ! Et le choix et le goût et la distinction, avec
1. Promenade autour du monde, par le baron de Hübner ; Hachette, 1873.
2. Il y en a de peints sur soie, sur papier, il y en a de brodés; quelques-uns même ne sont qu’un tissage d’or dans la soie.
3. Les Chinois font du laque. On connaît leur laque dit de Pékin, laque rouge de couleur cire à cacheter, quelquefois décoré de feuillages en relief, teintés en nuance verdâtre et jaunâtre ; mais c’est un laque très inférieur aux laques japonais, et l’on peut considérer cette industrie d’art comme appartenant uniquement au Japon.
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lesquels le Japonais associe au laque le jade, la nacre, le burgau, l’ivoire, les microscopiques ciselures du fer et de l’or ! Et dans le laque qu’on appelle laque d'or, l’étonnante transformation de cette couche de poudre d’or appliquée sur un cartonnage, et qui prend l’intensité sourde et profonde d'une épaisse surface de vieux métal !
« M. Maéda, le commissaire général du Japon à l’Exposition universelle, nous a raconté la fabrication du laque 1 2. Il nous a montré ces escouades d’inciseurs du rhus vernicifera , la figure et les mains enduites de graisse, les défendant contre la pénétration du poison par les pores. On les voit, de la fin de juillet au 15 septembre,
Un jardin à Nugata.
répandus dans toutes les campagnes -, pratiquer leurs incisions horizontales sur ces arbres qu’une ordonnance de Mommu-Tennô, quarante-neuvième empereur du Japon, et qu'un édit d’Uda, cinquante-neuvième empereur, contraignent les paysans à cultiver. On les voit recevoir dans leurs spatules le vernis blanc assez semblable à de la crème, et qui se colore en brun et finit par devenir presque noir.
« Le vernis ainsi obtenu et remué au soleil dans une grande cuvette en bois, pour le débarrasser, par l'évaporation, de son excédent d’eau, le laqueur prépare Y âme de sa boîte, de son petit cabinet, avec des planchettes d'une minceur extrême, des planchettes
1. Le Japon à l'Exposition universelle, deuxième partie; Paris, 1878. — Les Laques japonais au Trocadéro, par Charles Éplirussi ; Quantin, 1879.
2. Le meilleur vernis est recueilli dans un endroit appelé Yosi-no ou la plaine heureuse, située dans la province de Ya-mato.
de l'épaisseur d'une parte de visite : la légèreté étant toujours dans les boîtes de laque une annonce de la beauté, de la perfection du travail. Puis le laqueur bouche les interstices de l'emboîtage avec une pâte composée de froment, de sciure de bois, de vernis brut, recouvre le tout d’un enduit d’argile calcinée, enferme quelquefois cette carcasse dans un morceau de toile de Boehmeria, collée sur l'argile avec le mélange de froment et de sciure de bois déjà cités. Alors seulement s’applique la première couche de vernis que suit un polissage avec la pierre à aiguiser.
« C’est le moment des successifs séchages de l’objet dans la fameuse armoire noire, appelée furo, et construite dans de certaines proportions, et lavée d’avance à grandes eaux, et où le laque durcit et sèche dans une moite obscurité. Le laque n’est sec que lorsque l’humidité de l’haleine laisse une buée sur sa surface. Le séchage demande un jour, deux jours, trois jours, et même autrefois, d’après des traditions conservées chez les vieux Japonais, le séchage était beaucoup moins hâtif et durait des mois, — et des boîtes demandaient des années pour être terminées. On pose jusqu’à dix-huit couches de vernis sur une boîte, et dix-lmit fois la boîte rentre dans l’armoire, et dix-huit fois elle en sort pour être polie, à sa sortie, avec du charbon de bois de camélia jap onica et de la corne de cerf pulvérisée.
« Pour les dessins qui sont de deux sortes, dessins unis, dessins en relief, ils s’obtiennent ainsi : pour les dessins unis, on trace le dessin sur le recto d’une feuille de papier dit làn-yoshi, on retourne la feuille et on enduit à l’envers le dessin d’un mélange de vermillon et de vernis chauffé sur un feu doux. Puis on frotte l’endroit avec un morceau de bambou, et au moyen d’un petit sac de soie, remplie de poudre de pierre à aiguiser, réduite en poussière impalpable, en frappant légèrement, on fait ressortir le laque de la partie calquée. Et le relief aplani avec du charbon de bois de Hônoki, et le dessin recouvert d’une couche de vernis pour faciliter l’adhésion, on le recouvre de poudre d’or, tantôt à l’aide d'un petit tube, tantôt au moyen d’un pinceau fait de poil de cheval ou de cerf.
« Pour les dessins en relief, et spécialement pour les dessins de laque d’or, l’épaisseur en est faite par un mélange des plus célèbres vermillons, nommés San Yoshu et KomioshiUj avec un vernis dont une moitié est cuite, et sèche plus lentement que l’autre; en sorte que les poudres d'or, d’argent, de bronze, sont appliquées dans une matière solide encore à l’état de liquéfaction, et arrivent à former une pâte presque métallique...
« Les bronzes japonais comparés aux vieux bronzes chinois sont d’une matière moins sérieuse, moins profondément belle, moins savamment amalgamée. Un bronze japonais, vous arrive-t-il de le casser? vous vous trouvez très souvent en présence d’un alliage d’étain et de plomb, qui n’est pas véritablement du bronze. C’est un amalgame fait beaucoup à la diable, et un peu d’instinct, et tel que l’a vu faire M. Bousquet au vieil Obata dans son atelier. Mais, à ce bronze défectueux, non compact, non dense, les Japonais mettent de si séduisantes enveloppes et l’habillent de patines si charmantes, patines imitant les rayures du marbre, patines imitant le satinage des bois, patines de toutes sortes, et jeunes patines simulant les plus vieilles patines. On a vu,
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à l’Exposition universelle, ce tableau d’échantillons, oü il y avait une centaine de patines différentes et toutes dissemblables. Et n’ai-je pas chez moi un petit vase représentant un tronc d’arbuste, montrant toutes les colorations ligneuses et jusqu’aux liégeux du vieux bois dans les creux de branches mortes coupées ? Puis les Japonais ont une plus grande et une plus riche imagination des formes : ils vous enchantent, dans l’architecture et la conjonction des lignes d’un vase, par un imprévu, un renouveau, une fantaisie que n’ont pas les Chinois. Enfin peut-être même la prédominance du plomb et de l’étain dans le bronze japonais donne à ce bronze une souplesse, un
Coffre à étoffes, en laque noir décoré de laque d’or (xvne siècle).
flou, un gras, en fait un métal dont la dureté n’a rien à l’œil du cassant européen, et semble l’onctueuse solidification de la cire, qui tout à l’heure emplissait le moule... »
« De l’autre côté de la grande armoire aux porcelaines et aux bronzes, se trouve, faisant pendant à la vitrine aux netzkés, une vitrine uniquement remplie de bols de Satzuma.
« Une délicate pâte, composée de nombre de matières premières, passées an tamis de soie, jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une poussière impalpable, merveilleusement concrétionnée ; nne couverte qui va du ton de l’ivoire à la nuance de la toile écrue, tantôt fendillée des craquelures du craquelé, tantôt du plus microscopique truité; là-dessus une décoration tendre et gaie, exécutée avec des couleurs de verre pulvérisé, des bleus lapis, des verts cendre verte, des roses d’aquarelles, des violets pâles, des
rouges cire à cacheter un peu briqué, — le rouge clés anciens Satzuma, — le tout relevé d'un or, à l’épaisseur des reliefs, comme nous en trouvons seulement sur le bleu de Vincennes : c’est là la faïence de Satzuma, une faïence qui semble avoir été créée pour la joie des artistes, et qui apparaît dans sa libre exécution comme une riante et claire esquisse sur le fond non recouvert d’une toile. Elle a encore, cette faïence, une particularité charmante. Sa décoration semble exécutée sous l’influence de l’art arabe, de l’art turc, et l’on dirait que les potiers coréens, épris de ces petits coquetiers filigranés où l’Orient prend son café, ont voulu transporter sur leurs produits porcelaineux ces résilles d’or enrichies de cabochons. Et c’est vraiment miraculeux comme, sur ces faïences, l’épaisse petite gouttelette d’émail translucide, tombée du pinceau, joue dans les trèfles d’une bordure, le grenat, dans les pétales d’un chrysanthème, l’opale, et comme cette bise porcelaine est joliment scintillante d’une poussière de pierre précieuse !
« Dans l’étude que j’ai faite des faïences de Satzuma, je suis arrivé à croire que les Satzuma relativement anciens sont reconnaissables à une peinture fluide, où l’émail coulant prend l’aspect d’une larme débordant un peu le dessin ; à la transparence du feuillage, colorié de tons rompus et très légèrement glacé d’émail et dont toute l’épaisseur est gardée pour les fleurs ; à un certain vert qui n’est jamais une plaque de vert cendré opaque, mais un vert clair et irisé qui cherche le vert du nélumbo des porcelaines chinoises de la famille rose sur coquille d’œuf ; à des blancs dont l’émail a, pour ainsi dire, la carie de la vieille nacre; à un emploi discret de l’or, dont les filets ont l’ambition d’imiter les fines arêtes d’un cloisonné, et enfin surtout à un truité presque imperceptible dans une pâte ivoréenne...
« ... Au retour de la vitrine commence le panneau du fond, où sur une table est posée une écritoire japonaise : le meuble à la fois de l’écrivain et du peintre de l’extrême Orient, et pour la fabrication duquel il est presque toujours fait un choix de belles matières, réunies dans une ornementation originale. Un pied en bois de fer, découpé en crêtes de vagues ; là-dessus la pierre à user l’encre de Chine avec sa petite cuvette intérieure formée d'un morceau de porphyre rouge, et dont la pittoresque taille donne à l’écritoire sur son pied l’aspect d’un rocher battu par la mer. Et le riche et décoratif objet est terminé par une plaque en bois noir, où, à travers les flots en colère, apparaît le dragon des typhons, en ivoire sculpté aux parties laquées du plus beau et du plus tourmenté travail...
« Là se trouve réuni tout l’attirail pour l’écriture et le dessin : une pierre à encre de Chine faite d’une ronde pierre de touche, le réservoir à eau qui est un papillon d’argent, et dans deux petits étuis pas plus gros que les pailles au moyen desquelles on aspire les boissons américaines glacées, les pinceaux que les Japonais fabriquent en poils de loutre, de blaireau et surtout de renard, et que les Chinois préfèrent en poils de lapin et de lièvre blanc. Il ne faut oublier non plus les vieux bâtons d’encre de Chine, pour lesquels il y a là-bas des collectionneurs...
« Au-dessus de l’encrier japonais se déploie une panoplie de sabres...
« ... C’est, parmi les choses précieuses, la chose par excellence pour ce peuple
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guerrier. Un samouraï met un peu de sa fortune dans un beau sabre, et des documents anciens font mention « de lames nues » payées 500 ducats d’or...
« Du reste, ces sabres seraient les armes blanches les mieux trempées de toute la terre, et dont l’aciérage surpasserait l'aciérage des lames de Tolède et des fameux damas. Us coupent de gros clous sans que le tranchant soit ébréché1. Us pourfendent des hommes, s’il faut s’en rapporter aux albums d’impressions ; et des missionnaires ont été jusqu’à avoir vu, dans l’Inde, un bœuf coupé en deux par un sabre japonais. De ces sabres japonais, il y en a qui avaient jusqu’à la longueur de neuf éventails (90 pouces). De très estimés anciennement étaient des sabres de 23 pouces, appelés bizen-kouni-miets
Coupe en terre cuite, modelée par Kôren.
du nom du fabricant. Et les noms des célèbres armuriers et fourbisseurs de Kioto, de Yédo, d’Osaka sont dans la bouche de tous les samouraïs, et deviennent souvent entre eux le sujet de conférences semblables aux conversations d’artistes s’entretenant religieusement de vieux maîtres.
« Les sabres japonais, décorés avec de l’or, de l’argent, du bronze, du cuivre, une composition connue sous le nom de métal de Sa/va, ont, eu général, une poignée faite en peau de requin (de hay, dit Thnnberg), sur laquelle s'entre-croise un treillis de cordonnet de soie. La poignée est arrêtée par une garde ou coquille de métal ouvragé. Les fourreaux sont en laque ou en bois, choisis parmi les essences les plus rares. Sur le plat extérieur est pratiquée une rainure où se glisse un petit couteau; sur le plat opposé, une seconde rainure contient une fiche se divisant en deux, destinée, disent les uns, à reconnaître, sur les champs de bataille, les têtes coupées par le possesseur du sabre qui y plante la moitié de sa fiche; destinée, disent les autres, à devenir tout
1. Nous avons vu, il est vrai, ces années dernières, à Paris, l’héritier d’une illustre famille japonaise se servir du sabre paternel pour couper les fils de fer des bouchons de bouteilles de Champagne.
bonnement les bâtonnets nu moyen desquels le guerrier mange son riz. Un demianneau, enserrant la ficlie, s’ouvre au passage et à rattache d’une tresse de soie presque toujours jaune et verte ou noire... »
Jeune fille dormant, la tête sur la malcura.