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Maulmeïn en est plus proche que Bangkok

Plus intéressantes sont pour nous les provinces que le Siam a prises au Cambodge, Battambang et Angkor. Mais ici, la saison des basses eaux nous ayant empêché d’aller visiter, à chacun de nos voyages, les merveilles architecturales qu’elles renferment, nous devons citer Elisée Reclus, en renvoyant le lecteur curieux de détails plus complets au superbe ouvrage de M. Delaporte.

« Réduit aux faibles dimensions qu'il occupe actuellement, le royaume de Cambodge a pour centre naturel la région des Quatre-Bras; mais lorsque l'Etat Mimer comprenait, avec d’autres provinces, toute la dépression transversale qui rejoint les deux fleuves Ménam et Mékong, par le bassin du Tonlé-Sap, le milieu naturel de la contrée se trouvait au bord du lac et dans les campagnes qui s'étendent à l’ouest vers Battambang. C’est près de la mer intérieure que s'éleva la cité d’Indra, célébrée par les traditions, et rappelée par de nombreuses ruines éparses dans les forêts. C’est là aussi, près de la ville actuelle de Siern réap, que se trouvent les débris les plus remarquables du Cambodge et de toute l’.Indo-Chine, les temples et les palais d’ Angkor. Ces monuments fameux, la gloire de l'architecture klimer, étaient déjà connus des missionnaires catholiques au milieu du xvie siècle, et de] mis cette époque ils ne furent jamais complètement oubliés. Le missionnaire Bouillevaux les vit en 1850, mais l’attention du monde occidental ne fut sérieusement éveillée qu’après le voyage de Mouhot en 1861 ; quelques années plus tard, les ruines d’Angkor furent longuement explorées par de Lagrée et ses compagnons, et depuis lors de nombreux voyageurs sont allés étudier ces restes merveilleux, dont les inscriptions et les statues révéleront page à page l’histoire du Cambodge. Les descendants des bâtisseurs ont oublié les noms des architectes : ils disent que les « anges » ou les « géants » dressèrent ces murailles et ces tours; d’autres indigènes prétendent que ces prodigieux édifices « naquirent d’eux-mêmes ». Redevenus presque sauvages sous la longue oppression qui les accable et que consacrent ces temples magnifiques, symboles de la foi aveugle et de l’obéissance absolue, les Cambodgiens ont complètement perdu la tradition artistique, et les Européens s’étonnent de contempler de pareils édifices où l'on ne s’attendrait à trouver que des huttes en bois et des ajoupas en feuilles de palmier.

« Les monuments d’Angkor, qui datent en partie du Xe siècle et dont la construction semble avoir été interrompue brusquement au xive siècle, représentent une phase particulière de la religion bouddhique, alors que, sous l’influence directe de l’Inde et de Ceylan, se croisaient les mythes de Brahma, de Siva, de Vichnou, de Rama et ceux de la « Grande Doctrine » ; parmi les statues et les bas-reliefs qui ornent les monuments d’Angkor, il en est beaucoup qui représentent Brahma aux « quatre têtes », la trimourti, les personnages et les scènes des épopées hindoues; on y retrouve aussi les traces du culte des serpents: la naga aux sept têtes est un des motifs les plus communément employés. Les inscriptions des temples restèrent longtemps indéchiffrables, mais heureusement que plusieurs de ces monuments épigraphiques sont bilingues : le sanscrit, langue sacrée, était employé par les bâtisseurs à côté de l’idiome vulgaire. Grâce à cette circonstance, Kern en Europe et Aymonier au Cambodge ont réussi à interpréter diverses inscriptions, qui constatent l'influence de la civilisation de l’Inde à cette époque de l’histoire du peuple Mimer: le plus ancien de ces documents

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date de l’an 667 de l’ère vulgaire. Les traditions mélangées de l’architecture hindoue se retrouvent aussi dans les temples du Cambodge; mais elles se sont fondues en un ensemble harmonieux: l’art khmer, que l'on peut apprécier en France par les fragments du musée Delaporte au Trocadéro, a désormais son rang parmi les styles qui ont donné naissance à des œuvres considérables. Les avenues bordées de géants ou d’animaux fantastiques, les escaliers que gardent des lions, les terrasses et les galeries peuplées de

Ruines d’Angkou. — Façade noi'd de la Grande Pagode.

statues, les péristyles à piliers ouvragés, les voûtes ogivales, les pyramides à étages, toutes ornées de sculptures en forme d’éventail, se succèdent à perte de vue : une simple porte, un pilier, émerveillent par le fini du détail, l’originalité des arabesques, et pourtant l’ordonnance générale est d’une étonnante simplicité; nulle part, la richesse de l’ornementation ne devient confusion, comme en tant de monuments de l’Inde cisgangétique. Les herbes folles, les guirlandes de lianes, les forêts mêmes qui se sont emparées des édifices, soit pour en desceller les marches, soit pour eu déjeter les colonnes et les statues ou pour embrasser les tours, ajoutent à la beauté de ces temples déserts. Quand ou aborde par l'avenue des Géants l'enceinte de la cité proprement dite, Augkor la Grande, et qu'on aperçoit les tours se dressant au-dessus de la haute enceinte et de

ses portes triomphales, on apprend à respecter le peuple Mimer d’autrefois et l’on espère dans l’avenir de ses descendants.

D'autres ruines de temples, de forteresses, de cités se rencontrent en mille endroits dans la région de collines qui remplit l’espace triangulaire compris entre le Mékong et la rive orientale du Grand Lac : là chaque cc haut lieu » portait son temple, et les explorateurs Delaporte, Datte, Aymonier en ont pu voir les restes magnifiques. Au sud du lac, on a reconnu d’autres débris appartenant à nue civilisation plus ancienne, des objets de l’âge de pierre, poteries, flèches, instruments en métal, mêlés à

Ruixes d’Angkor. — Édicule nord de la Grande Pagode.

des ossements d’hommes et d’animaux. L’assèchement graduel de la contrée est probablement la principale cause de la dépopulation graduelle du pays : les eaux se sont retirées d’Angkor et des cités voisines, le golfe s’est changé en lac et se transforme maintenant en marécage. Les groupes d’habitations actuels sont des amas de cabanes et des cités lacustres érigées sur des plates-formes de bambou et défendues contre les esprits par un parasol orné de fleurs et d’une noix de coco. »

A cette belle page de Reclus, il convient d’ajouter quelques mots. C’est M. Harmand, après la publication qu’il en avait faite dans les Annales de l’extrême Orient, qui eut la chance de rapporter les premières inscriptions déchiffrées par Kern. Tout récemment (juillet 1887), M. Bergaigne a publié un texte remontant au 11e siècle, c’està-dire contemporain des monuments les plus anciens de l'Inde. Enfin, il n’y a pas, à proprement parler, de voûtes dans ces constructions dont les auteurs n’employaient que V encorbellement, et le mot Khmer est moderne. Il veut simplement dire Cambodgien.

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C’est, du reste, une erreur courante que défaire des Khmers les Gaulois du Cambodge et de celui-ci l’aucien royaume de Ciampa.

Au Siam comme en Birmanie, comme au Cambodge, les résidences royales ont souvent changé d’emplacement. Siam ou Ayuthia, appelée aujourd’hui Ivroung-Kao, fut capitale de 1350 à 1767, époque à laquelle la ravagea une invasion birmane. Ses ruines sont imposantes et le monument de la Montagne d’Or y érige encore sa pyramide de 120 mètres au-dessus des palmiers et des lianes. Le roi a des palais d’été dans la ville moderne, aux bords poissonneux du Ménam. Kroung-Kao est un riche entrepôt du commerce du Laos méridional.

La capitale actuelle,

Bangkok, n’a qu’un siècle d’existence, mais compte déjà plus de 500,000 habitants, avec 14 kilomètres de circonférence. Elle est située à 30 kilomètres de la mer, et principalement sur la rive gauche du Ménam.

C’est, avec ses canaux innombrables, la Venise de l’Asie, d’un aspect superbement coloré avec ses toits écaillés, ses mosaïques lumineuses, et pittoresque étrangement avec ses milliers de bateaux courant entre les verdures

et les pagodes polychromes. On ne sait, au milieu des radeaux et des maisons Ilottantes, où commence la terre ferme. Ses temples sont d'une richesse inouïe et mériteraient une longue description.

Le commerce y est énorme. Un millier de navires entrent dans le port chaque année. Une dizaine à peine battent pavillon français, et nous tenons seulement à unir Saïgon à Bangkok par une ligne de vapeurs réguliers. La cour et les Chinois ont jusqu’ici retiré tous les bénéfices de ce commerce, dont l’exportation consiste pour les deux tiers eu riz. Les Anglais y entretiennent non pas un simple consul, mais un ministre qui, grâce au nombre de ses compatriotes et protégés indiens, birmans, chinois, malais et à celui des navires anglais dans le port, jouit d’une influence énorme.

Ruines d’Angkor. — Colonnade de l’Esplanade.

En aval de Bangkok, il faut citer ses avant-ports et postes de douane : Paklat et Paknam, tous deux fortifiés. L’entrée duMénam enfin communique par des canaux navigables avec tous les ports du Delta : Tacbin, Meklong, Prapri, ville peuplée de captifs amenés du Cambodge. La rivière de Kborayok l'unit à la ville de Petriu et à Bangplasoï. La côte, jusqu’aux frontières du Cambodge, et notamment la baie de Cbanta-

boum, si connue par son commerce de pierres précieuses, est une des plus pittoresques d’Indo-Cbine.

Les Portugais semblent s’être établis au Cambodge et au Siam en 1516. Quatrevingts ans plus tard, les Espagnols de Manille visitèrent la plaine du Grand-Fleuve ; ensuite vinrent les Hollandais (1641), cpii ne s’entendirent ni avec les Portugais ni avec les indigènes. En 1644, une expédition, envoyée à la demande de leurs factoreries, imposa des traités. De rares Français parurent à Pnom-Penb, au xvne siècle. Au commencement de celui-ci, il ne restait plus d’établissement européen.

Quand nous nous installâmes aux bouches du Mékong, nous dûmes penser tout de suite à devenir les maîtres au Cambodge, que l’Annam et le Siam se disputaient depuis deux siècles, et que celui-ci gouvernait en réalité, ne laissant à Ang-Duong, puis à son

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successeur Norodom, qu’un pouvoir nominal. Nous n’avions, disait Francis Garnier, aucun avenir possible, si la vallée du Grand-Fleuve nous restait fermée.

Cette vallée, le Cambodge la barrait, et le Cambodge c’était le Siam, c’est-à-dire l’opposition des Anglais' qui, sur tous les points du globe, se montrent nos rivaux. Par malheur, lorsque nous eûmes pris de l’ascendant sur Norodom, grâce à l’habileté du commandant Doudart de Lagrée, et préparé de la sorte le protectorat futur, une maladresse diplomatique commise à Paris, sans que ni la marine ni Saigon fussent consultés par le ministre et par notre consul à Bangkok (traité du 15 juillet 1867), nous fit

Orchestre cambodgien.

abandonner au Siam les précieuses provinces cambodgiennes de Battambang et d’Angkor, sans régler la question des provinces de Toulé-Repou et Mela-Prey, que les Siamois occupent sans titres.

Depuis cette époque, et toujours pacifiquement, Doudart de Lagrée ayant montré la voie à suivre et conquis le pays à notre influence, nous avons peu à peu amené le Cambodge et son roi à reconnaître notre protectorat, qu’a rendu effectif la convention Thomson du 17 juin 1884.

Le Cambodge, appelé par ses indigènes Sroc Khmer (province khmer), n’a pas le sixième de la superficie de la France, et, croit-on, un million d’habitants. Il est borné, à l’ouest et au nord, par les provinces que le Siam lui a prises et par le royaume laotien de Bassac ; à l'est, par les territoires qu’occupent les sauvages Stieugs, appelés Mois par les Annamites ; au sud et au sud-ouest, par le golfe de Siam ; au sudest, enfin, par la Cochinchine française. La partie nord du Grand Lac, qu’on voit au nord-ouest sur la carte, a été neutralisée. La frontière du Siam et du Cambodge, un peu au-dessus du 14e degré de latitude Nord et du 1103ô0' de longitude Est, au nord de ce Grand Lac, demeure encore indéterminée, la commission franco-siamoise de 1868 n’ayant pu tomber d’accord sur la délimitation des territoires contestés entre les deux pays.

Du côté des Mois, la frontière est également indécise. Il y a là pour la France deux avantages que, diplomatiquement, elle saura utiliser, on doit l’espérer.

Le littoral cambodgien n'offre guère de bons abris. Cependant, il faut citer la baie de Kompong-Som, assez profonde, mais d’entrée difficile, et la belle baie du Saracen, dans l'île de Rong-Sam-Lem.

Le Cambodge a des montagnes, dont les plus élevées ont 1,400 mètres. Boisées et, partant, assez malsaines, elles sont très riches en mines, habitées par d'inoffensifs et misérables sauvages Mois et forment les dernières ramifications des chaînes séparant les bassins des grands fleuves indo-chinois.

Il nous faut, maintenant parler du Mékong. Seulement, ce fleuve traversant d’autres régions que le Cambodge, et des régions physiquement et politiquement différentes, nous devrions décrire son cours en plusieurs fois ; mais ce système offre beaucoup d'inconvénients, la géographie de ce bassin fluvial demeurant, pour nous Français, une question de premier ordre qu'il importe, si rapidement et si superficiellement que nous soyons contraints de le faire ici, d’étudier en une seule fois. Aussi demandons-nous la permission d’ouvrir une large parenthèse, et, à propos de la partie du haut Mékong coulant hors du Cambodge, de mêler la géographie politique à l’autre.

Le Mékong ou plutôt le Mé-K’hong, le Ham-K’hong des Laotiens, le Tonlé- Tliom ( grand fleuve) des Cambodgiens, le Lanzan-Kiang ou Kilong-Kiang des Chinois, le La-Ivio des Thibétains, le Cambodge des anciennes relations de voyage, est la plus grande artère fluviale de l’Indo-Chine.

Sa longueur est de 3,500 kilomètres ; mais il n’est réellement connu que dans la dernière (et la moindre) fraction de son cours. C’est dans le Thibet oriental qu’il prend sa source, à l'ouest du Yun-nam, entre le Yang-tsé-Kiang et le Salouen. Au sortir du plateau du Laos, c’est un torrent encaissé, coupé de hauts et nombreux rapides. Ensuite, il tourne à l’ouest, atteint au Cambodge des largeurs de 3,500 mètres et se divise en plusieurs branches.

Ce sont : 1° avant d’arriver aux Quatre-Bras : le Ton-té-loch (petit fleuve), qui se divise lui-même en bras destinés à rejoindre soit le Fleuve Antérieur, soit (par un canal) le Vaïco cochinchinois ; 2° à Pnom-Penh : trois cours d’eau, le premier remonte vers le lac Tonlé-Sap ou Grand-Lac : le second, qu’on nomme Fleuve Supérieur ou Antérieur et le troisième Fleuve Inférieur ou Postérieur, entrent bientôt en Cochinchine.

Le Fleuve Supérieur, large de 600 mètres, passe alors à Barang, Caulo, Tandong, près de Sadec, à Hoa-loc, et à Vinh-long, où il se subdivise en divers bras qui arrosent, entre autres postes, Tranbang, Mytho, Bentré 1, etc. Le Fleuve Inférieur (le plus occidental) baigne Chaudoc, Lougxuyen, Thôt-nôt, Can-tho, etc., passe près de Bactrang et se décharge par le Bassac. Il est relié au golfe du Siam par les canaux de Hatien et de Rach-gia.

Le premier seul est navigable en tonte saison pour les bâtiments ne calant que

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