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Cambodge. Pêcheries au Grand- Lac.
3 mètres. Le second est moins profond. C’est seulement de juillet à décembre que tous les bras du Mékong sont accessibles aux forts bâtiments1.
Le Tonlé-Sap ou Grand-Lac semble être le lac Mœris du Cambodge, cette Egypte dont le Mékong est le Nil. La branche du fleuve qui le forme a un kilomètre de largeur. Pendant la crue annuelle, qui commence en juin et s’achève en septembre, le courant se dirige vers le lac qu'il remplit et qui a alors 132 kilomètres de longueur, sur une largeur de 25 kilomètres, avec une profondeur de 12 à 14 mètres. Il jette à ce réservoir naturel la bagatelle de 35 milliards de mètres cubes d’eau. Ensuite, le courant change, le niveau du fleuve s’abaisse et les eaux du lac s’écoulent vers la mer. Le Tonlé-Sap, presque vidé, n’a plus, dès février, que quelques pieds cl’eau dans les creux, quelques décimètres sur le reste du fond ; ses plages s’assèchent jusqu’à la crue suivante et sa superficie diminue des cinq sixièmes, n’atteignant plus que 260 kilomètres carrés environ, — la moitié du lac de Genève.
Le Grand-Lac, jadis, a été plus vaste encore ; il s’étendait, au commencement de Père chrétienne, jusqu’aux environs de Battambang, et, il y a cinq ou six siècles, jusqu’à Angkor, sur un sol que parcourent aujourd’hui les rivières dont il reçoit les eaux. M. Boulangier prévoit que dans deux cents ans il sera comblé, car il se colmate très rapidement, le Mékong charriant en suspension des matières solides en telle quantité qu’on ne les évalue pas à moins de 1,400 millions de mètres cubes par an; mais son calcul doit être erroné, car il ne tient pas compte des chasses puissantes produites par l’inondation.
« Actuellement, le va-et-vient de la coulée fait du lac une riche pêcherie. Des myriades de poissons, amenés par la crue, sont poussées dans les fonds par le retrait des eaux : environ 30,000 pêcheurs, Annamites, Siamois, Malais, Khmers, peuplent alors le lac et des villages flottants sont formés par des myriades de bateaux. Les Cambodgiens se nourrissent surtout de poissons et en exportent dans la basse Cochinchine, en Chine et à Singapore de 7 à 8 millions de kilogrammes 2. »
La crue périodique du Mékong — œuvre des pluies qui, dès juin, font déborder les moindres torrents — augmente sa profondeur de 16 et même 20 mètres. Les vapeurs peuvent donc seuls remonter son courant, qui annihile en grande partie les marées, dont l’effet, au contraire, pendant les basses eaux, se ressent au delà des Quatre-Bras et jusque dans le Grand-Lac. Le pays est alors inondé; on vit en barques ou dans des habitations sur pilotis. En Cochinchine, la proximité de la mer, les saignées faites aux branches du fleuve pour les irrigations, sa division et son épuisement antérieur affaiblissent considérablement ce débordement fertilisateur.
On devine ce que peut être une eau aussi chargée de matières et quels résidus elle laisse à l’analyse, voire simplement au fond des vases. Elle devient même puante, près de la mer, par suite de la fermentation des matières organiques que lui apportent les arroyos traversant des marais. Inutile de dire qu’on ne la boit pas. Le Cambodge, nous le verrons plus loin, n’est point d’ailleurs plus malsain que la Cochinchine.