C’est-à-dire dans le Tonkin actuel
En 968, le peuple annamite, débarrassé du joug chinois, obéissait à des souverains de sa race et cherchait à chasser les Ciampas de leurs dernières positions en basse Cochinchine. Quand il y fut parvenu, il exista en Annam deux vice-royautés : celle du Tonkin et celle de la Cochinchine, réunies sous la dynastie des Lê.
Mais ici commence, à proprement parler, l’intérêt de l’histoire de la Cochinchine et de l’ Annam, les guerres civiles, les luttes des candidats au trône ayant amené la première intervention de nos soldats, en 1788. Ce n’est pas que, depuis 1669 et les tentatives de l’évêque Pallu, la France n’eût pas songé à s’établir en Indo-Chiue ; mais, il y a deux cents ans, bien qu’ignorant encore les beautés du parlementarisme, nos gouvernants et nos commerçants apportaient déjà à leurs tentatives colonisatrices, les uns cette ignorance, les autres ce manque d’esprit d’entreprise qui, dans ces dernières années, tant à propos de Madagascar que du Tonkin, ont si fort étonné l’Europe.
Veut-on récapituler?
En 1669, c’est Pallu que Louis XIV nomme ambassadeur et qu’il oublie.
En 1680, c’est Bonneau-Deslandes, le fondateur de Chandernagor, qu'on envoie au Siam.
En 1681, Duplessis, qui établit un poste au Pégou.
En 1684, Le Chatellier, qu’expédie au Tonkin notre Compagnie des Indes. Les missionnaires favorisent la besogne de cet agent, qui obtient la permission de construire des factoreries.
Eu 1686, Venet. demande qu’on prenne les îles Poulo-Condore.
La même année, ou la suivante, un aventurier de talent, Constance Phaulkon, ministre du roi de Siam, nous otfre Bangkok et Mergui. Louis XIV y envoie le maréchal de camp de Forges, des vaisseaux et... un régiment1, comme pour préluder à la politique des renforts par « petits paquets » que le Tonkin devait voir refleurir deux cents ans après.
Constance Phaulkon, c’était Francis Garnier. Nous ignorons le nom de son Philastre ; mais le certain, c’est qu’en 1688, le roi de Siam étant mort, Constance est exécuté et que nous évacuons.
En France, la guerre contre la ligue d’Augsbourg et celle de la succession d'Espagne préoccupent alors les esprits : on oublie l’Indo-Chine, les droits acquis, les sacrifices faits, le sang perdu.
Qui donc a dit que l'histoire était un éternel recommencement?...
Pour qu’on reparle de la péninsule indo-chinoise, il faut attendre 1692. Alors Barthélemy Blot, directeur de notre factorerie de Surate, renouvelle les propositions de l’évêque Pallu sur le Tonkin. Il perd son temps et son encre.
En 1721, Renauly, un commis de la Compagnie, explore Poulo-Condore et réclame à nouveau l’occupation de l’archipel.
En 1737, Dumas, le gouverneur des Indes, l’ancien gouverneur de Bourbon et de l’Ile de France, reprend le projet Pallu, le modifie, le complète et le présente à la Compagnie des Indes, qui l’enterre.