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Bouinais et Paulus, op. cil., t. Ier

2. Vainqueur des Le, Gia-Long avait créé un empire d’Annam qui allait des frontières chinoises du Quang-Si à celles du Siam, en comprenant le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine et le Cambodge actuels.

L’INDO-CHINE

remarquable. Pendant tout son règne, l’empereur favorisa les Français. En 1804, il refusa même à l'Angleterre l’expulsion (le nos consuls Vannier et Chaigneau ; mais peut-être était-il temps qu’il mourût, en janvier 1820, car il était à bout de gratitude, si l’on en juge par sa dernière recommandation à son héritier Minh-Mang :

— Mon fils, lui dit-il, sois toujours reconnaissant aux Français de ce qu’ils ont fait pour nous, mais ne les laisse jamais mettre les pieds dans ton empire!

Cette invite à une affection toute platonique ue devait pas être perdue pour Minh- Mang. En 1824, il chassa nos consuls Chaigneau et Vannier, refusa de recevoir le capitaine de Bougainville, notre envoyé extraordinaire, et les officiers qui, sans être malheureusement plus en force, lui succédèrent. Son règne (1820-1842) fut marqué par le commencement des persécutions contre les missionnaires, de la haine .

des Européens et par une cruauté tout asiatique.

Tien-Tri (1842-1847) ne valut guère mieux. Sous son règne, les Siamois reprirent à l’Annam le Cambodge à qui ils imposèrent un roi, tributaire du leur.

Cela ne leur suffisant pas, ils dépouillèrent leur nouveau vassal en s’annexant les provinces de Battambang, d’Angkor et le Laos du sud.

Tn-Duc (1847-1883), dont nous aurons à reparler à propos du Tonkin, le remplaça. Il n’était pas plus tendre pour les missionnaires, ni moins ennemi des. Européens. Son hostilité contre les Français, en particulier, prit bientôt de telles proportions qu’il nous fallut enfin en venir à l’envoi d’une petite armée.

C’était l’occasion de fonder en Indo-Chiné la colonie à laquelle les patriotes clairvoyants n’avaient pas cessé de songer en France, même pendant nos guerres continentales1 : ou eut enfin le bon esprit de n'y point manquer, mais avec quelle série de maladresses, de fautes même, dont notre ignorance et notre timidité furent, comme toujours, les causes principales !

1. Nous avions continué à projeter la fondation do comptoirs en 1791, 1792, 1797, 1805, 1812. Le gouvernement de la Restauration et Louis-Philippe avaient repris ces plans en envoyant, pour renouer des relations avec l’Annam : la Cybèle, en 1817; la Tkétis, avec Bougainville, eu 1825; la Favorite, avec le capitaine Laplace, en 1831. Ces missions avaient échoué et n’avaient pas même pu arrêter les massacres de chrétiens qui, en 1838, firent craindre à Minh-Mang notre vengeance. Mais Louis-Philippe se borna à refuser à son tour de recevoir ses ambassadeurs et à envoyer, en 1843, le capitaine Lévêque, avec la corvette l’Héroïne, délivrer à Tourane des missionnaires prisonniers. En 1845, l'Alcmène était vainement envoyée par l’amiral Cécile pour réclamer un autre prêtre, M?r Lefebvre, qui fut délivré deux ans après, quand les capitaines Lapierre et Rigault de Genouilly eurent, avec la Gloire et la Victorieuse, incendié cinq navires annamites.

Eu 1847,1e capitaine Eigault (le Genouilly avait réclamé vainement l’exécution du vieux traité de 1787. Napoléon III, en 1856, avait réitéré, en réduisant nos légitimes prétentions à un très petit nombre de concessions faciles, ce rappel aux engagements pris ; mais M. de Montigny, notre envoyé, avait éclioué une fois encore. Le Catinat , expédié par lui à Tourane , sous les ordres du commandant Lelieur de la Ville-sur- Ars, avait bien mis son monde à terre pour châtier les mandarins ; seulement la bravoure de nos matelots, leur assaut à la baïonnette, l’enclouage de 60 pièces de canon, la noyade des poudres n'avaient pas effrayé suffisamment Tu-Duc qui déjà se réclamait de la Chine, et M. de Montigny, faute de navires et de soldats, avait dû se retirer sans avoir même pu entamer de négociations.

Naturellement, notre départ avait donné le signal d’une recrudescence dans la persécution de nos protégés chrétiens. Dans son édit de proscription Tu-Duc disait : Les Français aboient comme des chiens et fuient comme des chèvres. Par malheur pour lui, ses bourreaux massacrèrent, entre autres victimes, deux évêques espagnols : ce sang fit déborder le vase et nous valut pour notre expédition le concours de l’Espagne.

Une escadre partit, en 1858, sous le commandement du vice-amiral Eigault de Genouilly. Elle n’emportait, avec une batterie d’artillerie, que deux bataillons ; mais ceux-ci appartenaient à cette admirable infanterie de marine, chair à canon et à épidémies, dont ni injures ni épreuves n’ont encore pu altérer la résignation stoïque, fatiguer la merveilleuse bravoure ou épuiser le dévouement b

Le 31 août 1858, la place de Tourane était bombardée. Nous l’occupâmes dix-neuf mois 1 2.

Le 2 février 1859, l’amiral laissait dans la baie une partie de ses forces 3, quittait le port à la tête du reste et mettait le cap sur Saint- Jacques, poiir remonter le Donnai et atteindre Saïgon. Le 11, nous nous engagions dans le fleuve, et le 15, après avoir successivement enlevé les forts de Cangio, de Ong-gia, de Cha-la, Tay-Ray et Tang-Ivi, nous arrivions à Saïgon 4. La résistance fut opiniâtre, celle surtout de la citadelle, que le petit corps franco-espagnol n’enleva qu’au bout de deux jours, après un combat meurtrier et des prodiges de valeur. On y prit force matériel de guerre et d’immenses approvisionnements.

Le premier coup était porté, et vigoureusement porté. Malheureusement la guerre d'Italie et l’expédition de Chine font abandonner les opérations. Nous disons : les operations et non la conquête. En effet, on ne pensait pas, en 1859, à conquérir la Cochin-

1. L’escadre comprenait la Némésis , frégate à voiles ; — le Plilégèthon et le Primauguet, corvettes à vapeur ; — l'Avulanclie, la Dragonne, la Fusée, la Mitraille, V Alarme, canonnières. Il y avait en plus quatre transports : Meurthe, Gironde, Dordogne et Saône. L’Espagne avait fourni l’aviso à vapeur El Cano et 800 Tagals des Philippines. Les troupes françaises se composaient de 1,500 hommes, fantassins, artilleurs et sapeurs du génie.

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