‹ L'extrême OrientChapitre 32 sur 132 · ASIATIQUES · texte numérisé non relu

ASIATIQUES

Annamites

Chinois

Cambodgiens

Japonais

Tagals

Malais

Bengalais

Indiens divers

Totaux

2. Saigon est la capitale de la colonie, la résidence du gouverneur et de l’administration centrale^ du commandant des troupes, des directions de l’artillerie, du génie, de renseignement, de l’enregistrement et des domaines, des contributions indirectes, des postes et télégraphes, du trésor, du procureur général, du vicariat apostolique, de la chambre de commerce et des consuls étrangers. Il y siège une cour d’appel, un tribunal de première instance, une justice de paix et un tribunal de commerce. La police est assurée par un commissariat de police central ayant sous ses ordres trois commissaires de police, dont un pour Cholen, et des agents français et indigènes.

L’instruction publique y est assurée par le collège Chasseloup-Laubat, l’école primaire préparatoire, le collège d’Adrau, l’école congréganiste Taberd (pour les garçons), l’orphelinat de la Sainte-Enfance et une école municipale pour les tilles. Elle est dotée d’un séminaire. D’après les monographies oflïcielles, Saigon l'enferme, en outre : « l’imprimerie du gouvernement, une prison, deux mosquées, une pagode, un temple brahmanique, une loge maçonnique (sic), un observatoire, un théâtre (sic). Le tramway de Cholen et le chemin de fer de Mytho y ont leur tête de ligne. Il y existe un mont-de-piété, une société académique, une société philharmonique, une société de courses, des voitures publiques et des barques de passage », — toutes les joies de la vie, en un mot !

L’INDO-CHINE

Les mères portent leurs enfants à califourchon sur la lianclie. Il en résulte, pour les filles, certaines déformations et pour les deux sexes une laide démarche sur des jambes trop arquées. Bassin maigre, buste trop long, poitrine saillante, mais bien faite ; voilà ce qu’offre l’Annamite à l’observateur superficiel. A l’anthropologiste, il présente un crâne arrondi, brachycéphale.

Mais, sans contredit, l’ongle est ce qui frappe le plus chez le fils de l’Annam, chez celui, du moins, des classes élevées. Ce n’est pas un ongle, mais une griffe, qu’on laisse

Vanniers chinois à Cholen.

pousser, à tel point que chez quelques individus l'ongle finit par se tordre, affectant des spirales en vrille. Et il faut voir le soin qu’en prennent, les élégants ou les élégantes porteurs de cet ornement ! Des étuis, souvent fort riches, protègent ces appendices bizarres, prétexte à paresse par le danger que leur ferait courir toute besogne manuelle, et, partant, signe incontestable de noblesse.

Demandez à l’un des nombreux matelots et soldats qui, dans ces dernières années, ont fait campagne en Iudo-Chine ce qu’il pense de l’Annamite et de sa force: il aura un haussement d’épaules et le geste dédaigneux d'un homme qui, facilement, entre le pouce et l’index, écraserait «comme une puce » un de ces « aztèques». Le troupier et le mathurin ont raison : l’Annamite manque de force musculaire, et nous devons donner aux soldats qu’il nous fournit (tirailleurs annamites, tonkinois, miliciens, etc.) la petite carabine de gendarmerie au lieu du fusil ordinaire qu’il n'aurait pas la force de porter

et d'épauler. Eu revanche, il est vrai, le même gringalet supporte sans en souffrir im ciel de feu et rame dix heures de suite en plein soleil. Et, nous l’avons dit, il rame debout et pousse l’aviron au lieu de le tirer ! Aucun marinier européen ne pourrait même essayer ce tour de force.

Il nous vient, du reste, comme un remords d’avoir dit que l’Annamite était laid. Cela semble effectivement vrai de l’homme; mais, quant à la femme, les avis sont moins unanimes, et nous avons vu en Cochinchine, en Annam, au Tonkin, des officiers, des colons, des fonctionnaires tout prêts de déclarer jolies les congais que la longueur de leur exil et la solitude de leur existence célibataire les forçaient parfois à épouser à la mode locale pour un nombre variable de mois. Éfait-ce l’habitude? Us soutenaient que non. Cependant, ces figures trop largement ovales, ces fronts bas, étroits, ces joues relevées vers les tempes, ces nez épatés pareils à des croupions de volaille choquent l’arrivant, au début du moins. Et puis, il y a les dents, qu’on laque de bonne heure chez les fillettes à l’aide de drogues peu connues qui les revêtent d’un émail noir indélébile. Lecteurs, imaginez ces dents de jais que le bétel 1 ronge, et vous comprendrez le joli mot dont un de nos compagnons de route, notre ami Paul Bourde, a peint, dans le Temps j ces bouches noires, pareilles, grandes ouvertes, à la gueule d’une coulevrine : c< le tombeau de l’amour ».

L’Annamite est imberbe. Chez lui, le poil n’apparaît au menton que très tard et affecte de comiques rigidités, — de vraies moustaches de chat! Noir et long, le cheveu est gros, et l’homme, nous l’avons dit, peut, vu de dos, être pris pour une femme, grâce à son chignon. S’il est européanisé, il coupe sa tignasse, mais trop bas, et a l’air d’un séminariste.

La peau est épaisse, le teint jaune, olive, acajou ou cireux, suivant les classes et le métier. Les femmes sont bien faites, de pieds petits et d’attaches élégantes. Elles se marient ou se vendent ayant encore l’aspect de fillettes. A cette époque et jusqu’à leur maternité, elles ont souvent une gorge à tenter le sculpteur. A vingt ans, elles sont généralement mères et, comme toutes les femmes des pays chauds, elles expient leur précocité comme leur fécondité 2 par une vieillesse prématurée. Cependant les deux sexes vivent longtemps, et la mortalité, depuis notre conquête, depuis surtout l’introduction de la vaccine, a diminué, tandis que la pacification augmentait considérablement les naissances.

Il y a peu d’enfants aussi amusauts que les babies annamites ; ils sont gracieux, presque jolis, curieux, familiers, intelligents comme de petits singes. Adultes, ils semblent, par contre, s’idiotiser. Les unions franco-annamites ont donné et donnent toujours d’assez jolis produits au nez un peu camus, aux yeux droits, au poil châtain, au teint éclairci. — On ne nous ôtera pas de l’idée, à ce propos, que les jolies congais qu’on nous fit voir à Saïgon avaient un peu de sang français dans les veines !

1 . La chique de bétel se confectionne de la sorte : dans une feuille de bétel — pareille à une feuille de notre lilas — on met un fragment de noix d’arec et un petit brin de chaux vive, puis on roule le tout en boulette.

Page 1