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Les familles ont rarement moins de quatre à six enfants

On trouve chez l’Annamite la plupart des défauts des Chinois. Il aime le jeu, le théâtre, les combats de coqs et de poissons 1, et, souvent, l’opium; il est menteur, comme on ne l’est pas, voleur de même, vis-à-vis surtout de l’Européen, et malpropre

Jeunes filles annamites.

à répugner; mais il possède de grandes qualités dont quelques-unes lui sont même spéciales. 11 est hospitalier, doux, docile, réfléchi et pourtant gai comme nu enfant,

1. Le con-ca ta ou poisson de combat est long de 5 centimètres environ. Au repos, le corps du mâle est d’un gris foncé assez terne, comme celui de sa femelle pacifique ; mais, quand il est excité, ses couleurs étincellent. Il est d’un caractère fort irascible et les Annamites le font combattre pour leur plaisir. Quand deux individus s’aperçoivent, ils vont à la surface de l’eau pour prendre de l’air, ils gonflent leurs nageoires et exécutent en tournant des mouvements très rapides ; puis ils s’abordent, cherchent à se mordre, ou bien se rangent l’un près de l’autre en se frappant de violents coups de queue. Quand l’un des deux a reconnu la supériorité de son adversaire, il s’enfuit (Bouinais et Paulus).

poli jusqu'à l'excès, imitateur comme un siuge. Il adore les siens : c’est un père de famille modèle, excessivement attaché à son foyer et aux tombeaux de ses ancêtres. Il a longtemps passé pour poltron, parce que son courage est un courage de bouddhiste, c’est-à-dire surtout passif; mais, depuis qu’on l'a enrégimenté et mené au feu sous notre drapeau, on l’a découvert soldat excellent jusqu’à la bravoure et se battant aussi bien pour notre cause qu'il l’avait fait jadis contre elle. Son respect de l’autorité est proverbial, sa déférence frise la servilité ; mais si ses lai 1 sont d’un esclave, il faut y voir le résultat fatal de la longue domination des mandarins. De l'avis enfin des gens qui ont bien pratiqué l'Indo-Chine et, renonçant à la superbe ignorance française, n'ont pas voulu juger l’Annamite avant d’avoir appris sa langue, il est l’homme le plus facilement gouvernable, le plus dévoué, le plus fidèle lorsqu’on le traite du moins avec cette équité qui nous manque malgré nous, lorsque nous sommes forcés de recourir à ces interprètes indigènes, dont la vénalité et la duplicité sont sans limites en Cochinchine comme au Tonkiu.

Nous avons parlé du costume des sampaniers qui nous ont mis à terre à Saigon. Ce costume est, comme forme du moins, le plus généralement adopté. La blouse s’appelle cai-ao et le pantalon cai-quan. L'étoffe seule varie ; elle est de soie pour les costumes de cérémonie des riches. L’indigène vieux jeu va nu-pieds, ou chausse des sandales grossières. Les femmes portent des chaussures chinoises trop courtes qui les font se dandiner comme des canes. Le dessin peut seul donner une idée du volumineux et léger chapeau qui leur sert d’ombrelle et de parapluie. L’eau est bien ce que l’Annamite des deux sexes, surtout s’il est indisposé, redoute le plus au monde, qu’elle tombe du ciel ou qu’on la lui présente dans une cuvette, avec accompagnement de ce savon pour lequel sa crasse professe une sainte horreur, expiée du reste par force maladies de peau.

Le parasol est le meuble dont un indigène qui se respecte ne se sépare jamais, — même en travaillant. Jadis, il était réservé aux mandarins. On avait, suivant son rang, un ou plusieurs porteurs de parasols. Depuis la conquête, cet instrument s’est démocratisé, et le fruit défendu devenu permis, on a remplacé l’appareil primitif en bambou et papier huilé par de vulgaires riflards, coton et soie, souvent bleus et rouges, de fabrication française — ou allemande.

Complétons notre étude par quelques détails sur les habitudes et les moeurs.

La nourriture d’abord. Avant tout, elle se compose de riz bouilli. Le riz, c’est le pain de l’extrême Orient. L’indigène le mange comme les Chinois, à l’aide de deux baguettes que tout le monde en France connaît aujourd’hui. Nous reparlerons, à propos du Toulon, de la façon dont il s’en sert. La viande est, quoique commune, d’un usage rare, sauf celle du porc, du chien et de la volaille. Par contre, on mange beaucoup de poisson. Une sauce des plus employées est le muoc-mam, faite avec de l’eau de mer, des épices et de petits poissons écrasés et pourris. L’Annamite est omnivore, mais sobre, hormis dans ses rares repas de cérémonie oii apparaissent la

1 . Ce sont, suivant le rang du supérieur, des prosternations absolues ou des inclinations de la tête et des épaules, accompagnées d’un salut des deux poings réunis.

L’INDO-CHINE

viande de buffle et de crocodile, les pâtisseries et le soum-choum, sorte d’alcool de riz au goût empyreumatique.

Sa faiblesse corporelle peut être attribuée à sa nourriture peu reconstituante qui le force à multiplier ses repas. Nous n’avons jamais pénétré dans les cases de nos domestiques sans les trouver en train de manger, et dans la rue, dans les champs, la constante mastication des gens qui ne travaillent point nous amusa les premiers jours.

L’habitation maintenant. Ce sont des cases généralement groupées par hameaux dans des bosquets touffus, semés çà et là dans les rizières, surtout dans la plaine au sud de Saigon. A part Saigon et Cholen, il n’existe pas de villes indigènes proprement

Tirailleurs annamites nettoyant leur fusil.

dites. Mytlio, Rachgia, Hatien, Thudau-mot et les autres centres de l’intérieur ne sont que des agglomérations de villages.

Seuls, les riches se construisent des maisons en briques, couvertes de tuiles. Les charpentes de leurs habitations sont souvent alors d'un bois de prix, patiemment fouillé par leurs sculpteurs. Mais chez les riches comme chez les pauvres, le mobilier reste toujours très simple. Une famille annamite peut vivre dans un sampan avec tout ce qu’elle possède : des nattes, une marmite, un petit hamac pour le dernier né, une image pieuse, uu coffret pour les vêtements. Les raffinés possesseurs de maisons en briques ont, en nombre proportionné à leur fortune, des planches ou plateaux de bois dur et rare qui servent de lits et de sièges. Avec un cercueil de famille acheté d’avance ou offert au père par son fils respectueux 1, avec quelques brûle-parfums en cuivre, avec trois ou quatre kakémonos , ou rouleaux de sentences, — rarement d’images, — pendus au mur : voilà, après l’inévitable autel des ancêtres, commun à tous, misérables ou opulents, les pièces caractéristiques d'un ameublement ce cossu ».

Nous avons souvent entendu mépriser les Annamites; peut-être nous-mêmes avons-

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