‹ L'extrême OrientChapitre 45 sur 132 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'AKSAX

Les frontières de l’Annam sont françaises. A l'est, il est borné par la mer de Chine, an nord par le Tonkin, (pie nous lui avons pris sans nous l’annexer, au sud par hi Cochinchine dont nous sommes devenus les maîtres, à l’ouest par le Cambodge et le Laos que nous protégeons également. Il est lui-même placé sous notre protectorat et sa configuration physique le condamne soit à l’annexion, soit à l'extension pratique de ce protectorat qui jusqu ici n’a guère été que platonique. Pour une longueur d’environ 1,000 kilomètres, ce pays n’a qu’une moyenne de 110 kilomètres de largeur, entre les montagnes de l’ouest le séparant du haut bassin du Mékong et la mer; sur la carte enfin, il offre l’aspect d’un étroit trait d’union réunissant au Tonkin la Cochinchine.

Nous venons de lui donner pour frontière à l’ouest le Cambodge et le Laos, mais ce sont là ses limites futures plutôt que ses limites actuelles, qui de ce côté sont assez indécises et courent par des régions peu étudiées, habitées par des sauvages.

Les côtes, ventrues au centre, ont près de 1,200 kilomètres et offrent quelques bons mouillages : brèche de Padaran, baies de Phan-Rang et de Yung-Gaug, celle de Camraigne surtout, la baie de Y ung-Thuc, le jiort de Vung-Ro et l'excellente baie de Xuan- Day. Quinhon, au-dessus, est le port qu’avait ouvert au commerce étranger le traité de 1874. Il manque de profondeur et d’abri contre la mousson de nord-est. Son entrée est difficile et on lui préfère l’abri de Cou-mong, qui serait un havre excellent, n’était sa

profondeur insuffisante pour les grands navires. Il existe encore d’assez bons mouillages aux alentours du cap Batagan et dans l’:Ie montagneuse de Culao-Cam, près de l’entrée de la rivière Cua-Doï ou Faï-Fo.

Du Cua-Doï au cap Tourane est une grande baie, connue surtout par ses grottes de marbre. Auprès de l’une d’elles existe une bonzerie qui nous offrit l’hospitalité, il y a trois ans, nous laissant avec ses arbres pleins de nids et d’oiseaux familiers élevés par les bonzes, le seul souvenir gracieux que nous ayons rapporté de l'Annam. Pierre Loti ayant décrit ces grottes, nous n'en parlerons pas.

Entre le cap Tourane et la petite île de Culao-Anli, nous trouvons la baie de Tonrane, belle, mais malsaine et sans ressources, qu’entoure un amphithéâtre de hauteurs pittoresques. Le port porte son nom et sert de port à Hué, capitale de l’Annam, dont 85 kilomètres le séparent. On les parcourt en franchissant le fameux col des Nuages , passage où la route, un chemin des plus primitifs, court entre deux pics souvent embrumés. Le port de Tourane est bien abrité, avec de 6 à 9 mètres d’eau, tandis qu’il y en a 3 à peine à Thuan-An, le vrai port de Hué.

En faisant l'histoire de notre établissement en Cochiuchine, nous avons raconté, comment l’amiral Rigault de Genouilly avait enlevé, le 31 août 1858, la ville et les forts de Tourane et comment il avait dû les évacuer le 23 mars 1860. Près de Tourane, on remarque une mine de charbon qui brûle bien « mêlé au newcastle ou au cardiff d’Australie1 ».

Le cap et la baie de Chou-may séparent la baie de Tourane de la rivière de Hué, près de l’embouchure de laquelle est Thuan-An. Nous ne serons pas plus injustes pour l’admirable escadre de l’amiral Courbet que nous ne l’avons été pour l’héroïque poignée de marins et de soldats à qui nous devons la Cochiuchine, et nous raconterons en quelques lignes le bombardement des forts de Thuan-An, les 18, 19 et 20 août 1883, tout en renvoyant encore nos lecteurs à Pierre Loti, à qui cet épisode dont il fut témoin, à bord de V Atalante, inspira quelques superbes pages.

M. Harmand, commissaire général civil au Toulon., dont l’amiral Courbet et le général Bouët approuvaient le projet, avait enfin persuadé le gouvernement de la nécessité d’opérer, en Annam, sur Hué, en même temps «pie sur Son-tay, au Toulon, la résistance en ce dernier pays et l’entrée en campagne des Pavillons noirs étant l’œuvre de la cour de Hué. L’empereur Tu-Duc venait de mourir : le moment était opportun. On demanda donc à la Cochincliine un petit corps de débarquement, au Toulon quelque artillerie, et, M. Harmand, accompagné de M. de Champeaux, monta sur le Bayard (qui battait le pavillon de l’amiral Courbet), afin d’imposer à l’Annam le traité auquel l’auraient préparé nos obus.

Page 1