Le prince se nommait Ung-Lich avant son avènement
A.NNAM. Pêcheurs de Phanry
Europe des manies tout aussi ridicules, ensuite parce que les Annamites y attachent un grand prix, et que, sous couleur d’avoir la paix et de les amener à de plus importantes concessions, se prêter aux exigences de leurs rites de cour, ce serait empêcher le peuple de croire à notre force en transformant à ses yeux nos agents ou officiers en représentants d’une puissance non point suzeraine, mais vassale.
Que nous ayons forcé un introducteur des ambassadeurs et son roi à traiter M. Lemaire, par exemple, comme ils traitaient jadis le mandarin chinois apportant de Pékin le diplôme d’investiture au nouvel empereur d’Annam, cela persuade plus la population de la réalité, de l’efficacité de notre protectorat, que tous les bombardements du monde.
Revenons à la cour. Elle est byzantine par plus d’un côté, et par d’autres rappelle celle de nos premiers rois de France au temps des maires de palais. Le prince, élevé dans un sérail et par des eunuques, devient, une fois adolescent, un jouet aux mains du Comat , le conseil secret oii triomphe l’oligarchie des lettrés. Son pouvoir n’en est pas moins absolu, en principe; seulement, depuis Gia-Long, ce sont d’autres mains que les siennes qui l'exercent. Meurt-il ? Son héritage arrive à celui de ses parents que désignent, d’après un testament imaginaire, les régents et mandarins, et non à son descendant régulier 1. Et le choix ne manque pas à ces faiseurs de rois qui peuvent, comme nous l’avons vu naguère, déposer ou empoisonner successivement tous les princes gênant leurs intrigues et les remplacer par quelqu’un des innombrables princillons grouillant dans le harem. Minh-Mang, le fils de Gia-Long, a laissé 71 enfants seulement, dont 49 garçons, et la fécondité de ses successeurs, pour être moindre, fut également respectable !
Tu-Duc, notre ancien adversaire, mourut le 17 juillet 1883 2. Il ne laissait pas, lui, d’enfants mâles; la couronne revenait à Duc-Duc, mais celui-ci ne régna que trois jours, grâce aux intrigues du régent Nguyen- Van-Tuong. On le déposa comme ayant manqué aux rites nationaux, et, le 30 juillet, la reine-mère nomma roi un frère utérin de Tu-Duc, le pauvre Hiep-Hoa. Celui-ci fut envpoisonné et remplacé par Kien-Phuoc, dont on se débarrassa de même, dit-on, le 31 juillet 1884. Le traité du G juin le condamnait. Son successeur fut choisi par le fameux premier régent Nguyen-Van-Tnong, qui désigna le frère du défunt, un enfant de quatorze ans, le jeune Ung-Lich qu’on appela Ilam-Nghi, ou Accord Universel. Nom bien menteur ! On se rappelle en effet qu’après le guet-apens dirigé dans la nuit du 5 au 6 juillet 1885 contre le général de Courcy qui, nommé résident général pour l’Aimam ainsi qu’il l’était déjà pour le Tonkin, était venu à Hué présenter ses lettres de créance, le régent Tlmyet, ami intermittent de Nguyen- Yan-Tuong et instigateur de l’attaque avortée, s’enfuit à Cam-lo, forteresse du Quang-Tri, en enlevant le jeune roi. Nous avons, depuis, nommé un nouveau souverain ; mais ces derniers détails sont trop récents pour que nous nous étendions à leur sujet.
Au-dessous du roi est le Conseil de censure, composé de lettrés comme le Cornât
1. Le souverain est polygame ; mais le pouvoir se transmet de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, entre les enfants issus de la reine, unique femme de premier rang.