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Un coup d’œil sur la carte permet de saisir l’opération

2. Le général François de Négrier, iils, petit-fils et neveu de généraux distingués, est né à Belfort le 2 octobre 1839. Entré à Saint-Cyr en 1856, sous-lieutenant en 1859 et capitaine en 1868, il fit, aux chasseurs à pied, partie de l’armée du Rhin. Blessé à Saint-Privat, décoré, mis à l’ordre du our, il était à l’ambulance de Metz pendant la capitulation; mais, le 3 novembre, il s’échappa en traversant, à cheval et en uniforme, les lignes allemandes. Deux ulilans l’arrêtèrent, lui demandant son laissez-passer. Il présenta à l’un d’eux son billet d’hôpital et, pendant que celui-ci le lisait, il lui cassa la tête d’un coup de revolver. L’autre cavalier prit la fuite et le capitaine put gagner la Belgique et rentrer en France par Lille. Nommé commandant du 240 bataillon de marche de chasseurs, il fut blessé à, \ illers-Bretonneux et à Vermand. Confirme dans son grade par la Commission de révision de l’Assemblée nationale, commandant le 25e chasseurs fi pied, lieutenant-colonel au 140° de ligne en 1875, colonel au 79e en 1879, il passa avec ce dernier grade fi la légion étrangère, sur la demande du général Saussier, commandant du 19e corps. L’expédition du Sud oranais mit en lumière l’activité, la vigueur, l’audace et les brillantes qualités militaires du jeune colonel, qui fut nommé brigadier en 1883 : depuis un an, il était commandeur de la Légion d’honneur. Il devint général de division en 1885.

L’INDO-CHINE

l’autre, la brigade Brière de l’Isle', expédiée d’ Hanoï, devait faire le long du canal des Rapides, sans chemins pour l’artillerie, en pleine rizière, un mouvement de

Le général François de Négrier.

flanc long et périlleux. Les deux brigades devaient se rencontrer au marché de Chi, sur

1. Le général Brière est né en 1827, à la Guadeloupe. Elève de Saint-Cyr en 1846, il entra dans l’infanterie de marine où il fit toute sa carrière. Capitaine en 1856, commandant en 1862, après la prise de Vinh-Long en Cochinchine, colonel en 1870, général de brigade en 1881, de division en 1884, il a fait les campagnes de Chine, de Cochinchine et de 1870. Gouverneur du Sénégal, où il releva notre influence (1877), il était à Paris au début d’un congé, quand il apprit que la fièvre jaune venait d’éclater dans la colonie : le lendemain, il rejoignait son poste au milieu du péril.

la rive gauche du canal des Rapides et enlever de concert les défenses de Bac-Ninh.

cc Maître des Sept-Pagodes, le général de Négrier attend l’ordre de marcher en avant. 11 le reçoit le 4 mars... Le mouvement qu’avait à faire sa colonne était, ainsi que nous l'avons dit, combiné avec celui qu’avaient à faire les troupes de la 2e brigade. Le général de Négrier, exécutant les ordres qui lui ont été donnés, marche de l’avant, gagne son objectif, prend le contact et attend la 2e colonne. Mais les jours se passent et il ne voit rien venir. R gagne alors du terrain sans rencontrer de résistance sérieuse ; bientôt même, un coup de main heureux des marins du commandant de Beaumont le rend maître de la route de Bac-Ninli ; la voie est ouverte, il s’y lance, gagne la place, l’emporte presque sans coup férir ; les Chinois fuient de tous côtés. Deux jours après, la colonne Millot entrait à son tour à Bac-Ninh, après avoir eu, chemin faisant, quelques engagements sans importance. Voici ce qui s’était passé :

« Après avoir quitté Hanoï, la 2e brigade s’était engagée dans la voie reliant Hanoï au marché de Chi, c’est-à-dire à la route impériale de Bac-Ninh à Haï-Dzuong. Nous avons dit quelles difficultés devait présenter le terrain ; on aura une idée de celles que les troupes eurent à vaincre par le fait suivant : la colonne, d’après les plans de l’étatmajor, devait faire 20 kilomètres par jour, elle n’en fit pas 7, c’est-à-dire qu’elle mit, pour aller d’Hanoï à Chi, trois fois plus de temps qu’elle devait. Cela explique pourquoi le général de Négrier, après avoir attendu la colonne bien longtemps, même après le temps oii elle eût pu être au rendez-vous, trouvant l’occasion favorable, crut devoir la saisir h »

Bac-Ninh était pris — pris par M. de Négrier (12 mars 1883) ; — mais, malgré leur déroute, les Chinois avaient subi des pertes insignifiantes : il fallait les poursuivre. Le général de Négrier se lança sur les fuyards dans la direction de Lang-Son et atteignit Phu-lang-Thuong2. Mais là, le général en chef, visiblement, l’arrêta et le rappela. Le général Brière qui, de son côté, avait enlevé après deux combats la citadelle de Yen- Thé et la place de Thaï-Nguyen, dut de même revenir sur ses pas .

«Combien n’eût-il pas été préférable que le général Millot, mieux inspiré, ordonnât à ses généraux, non de poursuivre l’ennemi, mais de l’atteindre ! Quelles n’eussent pas été les conséquences d’une semblable opération! Eussions-nous eu Bac-Lé, et nous fusçions-nous heurtés, plus tard, aux défenses de Kep, de Chu et de toutes celles que nous rencontrâmes sur la route de Lang-Son? Les ennemis, battus, et non pas seulement défaits, eussent-ils pu de sitôt se reformer? Il est permis d’en douter3. »

Le 11 avril suivant, le corps expéditionnaire se mettait en marche sur Hong-Hoa, place que les Chinois avaient formidablement fortifiée d’après les plus récentes théories européennes, au confluent du fleuve Rouge et de la rivière Noire. Cette citadelle, à l’ouest et au nord, est environnée de montagnes formant la base d’un triangle dont le fleuve et la rivière forment les deux autres côtés.

1. A. Gervais, op. cit. Des raisons personnelles nous invitent, bien que nous ayons assisté aux opérations conduites par M. Millot, à en parler nous-même le moins possible.

2. 11 battit l’ennemi les 15, IG et 17 mars, prit plusieurs forts, entre autres ceux de Phu-Lan-Giang et de Lang-Kep et s’empara d’une batterie Krupp et de nombreux approvisionnements en vivres, munitions ou matériel.

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