‹ L'extrême OrientChapitre 68 sur 132 · CONVENTION PRÉLIMINAIRE CONCLUE A TIEN-TSIN LE 11 MAI · texte numérisé non relu

CONVENTION PRÉLIMINAIRE CONCLUE A TIEN-TSIN LE 11 MAI

Article premier. — La France s’engage à respecter et à protéger contre toute agression d’une nation quelconque, et en toutes circonstances, les frontières méridionales de la Chine, limitrophes du Tonkin.

Art. 2. — Le Céleste Empire, rassuré par les garanties formelles de bon voisinage qui lui sont données par la France, quant à l’intégrité et à la sécurité des frontières méridionales de la Chine, s’engage : 1° à retirer immédiatement, sur ses frontières, les garnisons chinoises du Tonkin; 2° à respecter, dans le présent et dans l’avenir, les traités directement intervenus ou h intervenir entre la France et la Cour de Hué.

Art. 3. — En reconnaissance de l’attitude conciliante du gouvernement du Céleste Empire, et pour rendre hommage à la sagesse patriotique de Son Excellence Li-Hung-Tcliang, négociateur de cette convention, r France renonce à demander une indemnité à la Chine. En retour, la Chine s’engage h admettre, sur toute l’étendue de ses frontières méridionales limitrophes du Tonkin, le libre trafic des

L’INDO-CHINE

Avant de se rembarquer, M. Fournier télégraphia au général Millot à Hanoï que la paix était signée et que, d’après les déclarations de Li-Hung-Tcliang, il pourrait occuper Lang-Son ainsi que les autres places du nord-est le 9 juin, Lao-kay et les places du nord le 26 juin.

Par malheur, au lieu d’envoyer à Lang-Son, dans un pays où nos couleurs n’avaient point paru, une forte colonne et d’en donner le commandement au général de Négrier, qui avait fait la route jusqu’à Lang-Kep, le général Millot n’expédia qu’un

Lang-Son. — Porte du fort des Rochers.

détachement de 700 hommes environ, dont 300 tirailleurs tonkinois, sous les ordres du lieutenant-colonel Dugenne (de l’infanterie légère d’Afrique, vulgairement des zéphyrs) .

Le 23 juin, à Bac-Lé, M. Dugenne prend contact avec les troupes chinoises. Sans

marchandises entre rAnnam et la France d’une part, et la Chine de l’autre, réglé par un traité de commerce et de tarifs à intervenir, dans l’esprit le plus conciliant, de la part des négociants chinois et dans des conditions aussi avantageuses que possible pour le commerce français.

Art. 4. — Le gouvernement français s’engage à n’employer aucune expression de nature à porter atteinte au prestige du Céleste Empire, dans la rédaction du traité définitif qu’il va contracter avec l’Annam et qui abrogera les traités antérieurs relatifs au Tonkin.

Art. 5. — Dès que la présente convention aura été signée, les deux gouvernements nommeront leurs plénipotentiaires, qui se réuniront dans un délai de trois mois, pour élaborer un traité définitif sur les bases fixées par les articles précédents.

Conformément aux usages diplomatiques, le texte français fera foi.

savoir pourquoi l'on se battit ce jour-là et le lendemain, mais nous dûmes, après ces deux combats, nous retirer avec de grandes pertes.

C'est ce que l’on a appelé le guet-apens de Bac-Lé.

Dès qu’il connut la nouvelle, le ministre, au lieu d’attendre des explications détaillées et l’arrivée du commandant Fournier, alors à huit jours de France, monta à la tribune et y fit un appel à la vengeance contre la perfidie chinoise.

C’était une faute, qu’il faut pardonner à celui qui nous a donné le Tonkin, après la Tunisie, une faute qu’il allait expier, du reste, ses conséquences devant le faire tomber du pouvoir quelques mois plus tard. Mieux maître de lui-même, plus patient, M. Ferry se serait tu, puis, éclairé, aurait réduit l’affaire à ce qu’elle était réellement : un incident de guerre, un malentendu ne pouvant rompre la paix.

En effet, les généraux des forces impériales contre lesquelles M. Dugenne, poussé d’ailleurs par les ordres que son général lui envoyait par télégraphe optique, se heurta si malheureusement, ne niaient ni la convention de Tien-tsin, ni V obligation où ils étaient de se retirer. Ils demandaient un délai simplement et un sauf-conduit pour que l’uu d’eux allât chez nous, à Hanoï, demander par télégraphe, à Pékin, des ordres plus précis que ceux qu’ils avaient reçus, les communications par courriers à pied, de leur côté, exigeant de longs jours. Avant le prétendu guet-apens, ils vinrent en parlementaires, laissèrent des lettres. Mais il est bien certain que M. Dugenne ne pouvait traduire ces lettres de ses collègues chinois, lettres reçues avant le combat. Il n’existait point, en effet, au Tonkin d’interprète européen pour la langue chinoise. Le lieutenantcolonel n’avait avec lui qu’un lettré indigène, qui déchiffra quelques caractères et passa le reste de la besogne à son domestique (sic) 1 ! Celui-ci fit une traduction « informe » dont, a dit le colonel dans son rapport au général, « je ne compris nettement que deux choses : « 1° que le commandant des troupes chinoises était informé de la convention de Tien-tsin; 2° qu’il me demandait un délai de dix jours pour se retirer avec ses troupes, qu’il évaluait à 10,000 hommes, au delà de la frontière. »

Et ce fut là-dessus qu’il reprit sa marche en avant !

M. Dugenne s’est disculpé, d’ailleurs, en affirmant qu’il avait dû obéir aux ordres de son chef.

Les événements se précipitent alors. M. Patenôtre, envoyé à Hué, négocie le traité du 6 juin 1884, brûle solennellement le sceau impérial chinois donné autrefois à Gia-Long et l’amiral Courbet est chargé d’opérer sur les côtes chinoises. Un gouvernement européen eût protesté ; la Chine, au contraire, dont la diplomatie a des duplicités auprès desquelles la dissimulation des chancelleries occidentales n’est que de la sincérité naïve, la Chine, qui nous croyait perfides et de parti pris violateurs du traité de Tien-tsin, ne s’indigna |»as, trouva notre attitude de bonne guerre, mais y répondit — par de la perfidie. Son attitude, du reste, eut peut-être, comme on va voir, des motifs tout personnels à Li-Hung-Tchang.

Le vice-roi commença par nier, en effet, avoir fixé, d’accord avec M. Fournier,

1. A. Gên ais, op. cil., p. 129 et suivantes. Voir aussi, dans le rapport A. Leroy de la Commission du Tonkin (1884), annexes n03 5 et G, le texte réel et si pacifique des lettres chinoises.

L’INDO-CHINE

les dates d’évacuation des troupes chinoises et avoir reçu la note annexe à la convention relative à ces dates ainsi qu’à d’autres points de détail, note que cet officier lui avait remise à son départ, en l’autorisant à ne remettre ce mémorandum au Tsong-li-Yamen que dans quelques jours, lorsque serait tombé le premier dépit des partisans de la guerre.

Et cependant, le 16 juillet, devant notre ultimatum, un décret impérial les rappelait du Tonkin, ces mêmes troupes !

La paix aurait pu se faire alors, si notre demande d’indemnité — réduite des deux

Col de Déo-Van sur la route de Lang-Son.

tiers avec offre de crédit : nous étions modestes après avoir tempêté ! — n’avait gâté tout. Après le bombardement de Ivelung, Li-Hung-Tcbang retrouva cependant cette note-annexe du 17 mai qu’il avait déclaré n’avoir jamais reçue! seulement, elle était raturée et, naturellement, les passages rayés étaient ceux fixant le retrait des troupes impériales, retrait dont avaient été informés, par Li-Hung-Tcbang, les généraux chinois au Tonkin, — ses amis 1 .

Car le vice-roi avait bien fait le nécessaire dans la mesure de ses moyens, et un peu en cachette, pour assurer l’exécution du traité de Tien-tsin ; seulement, l’opposition à

1. Le premier soin du beau-frère du marquis Tseng, Si-Lui-Siang, en arrivant en Chine, chargé d’une mission du marquis, fut d’obtenir leur remplacement par des chefs hostiles aux idées de Li-Hung- Tcliang.

Pékin avait déliassé ses craintes, et effrayé pour sa situation devant les colères du parti vieux-chinois, ému par les accusations de faiblesse dont il était l’objet, il n’avait jamais osé envoyer au Tsong-li-Yamen le fameux mémorandum. Forcé d’avouer enfin qu’il l’avait reçu et accepté, il ne pouvait se sauver aux yeux de ses compatriotes qu’au moyen d’un faux. Il soutint donc que, devant ses objections, le commandant Fournier avait, au dernier moment, rayé sur cette pièce le deuxième article relatif à l’évacuation du Tonkin et approuvé sa correction en marge ! Cela le sauvait à Pékin. Mais la passion politique peut conduire à de tels égarements, qu’entre la parole d’un de nos officiers et

Forts de la route de Lang-Son.

les affirmations d’un Chinois, déjà convaincu de mensonge, puisqu’il venait de se couper , comme on dit au Palais, quelques-uns hésitèrent et même crurent le second! Il fallut, pour les convaincre, qu’une irréfutable démonstration et des preuves formelles vinssent prouver l’astuce chinoise et la véracité des affirmations du commandant Fournier.

Ici nous entrons dans une période plus récente, partant plus connue, et nous pourrons repasser vite les événements qui suivirent jusqu’au traité de paix du 11 juin 1885.

Dès le mois d’août 1884, sur l’invitation du gouvernement M. Millot se démettait de son commandement.

Le général Prière de l’Isle lui succéda. Ce général était certainement l’officier qui connaissait le mieux les hommes et les choses d’Indo-Chine. Aussi se réserva-t-il plus spécialement l’organisation du pays et les affaires politiques, en confiant de préférence

L’INDO-CHINE

au général de Négrier la besogne purement militaire. Et tous deux firent merveille, la tête et le bras s’accordant on ne peut mieux. On eût dit, d’autre part, que l’armée et la flotte voulaient rivaliser de gloire. Courbet à Fou-tcheou, à Formose, aux Pescadores, Négrier au Tonkin : la France, se découvrant à la fois un chef d’escadre et un chef d’armée, put, l’espoir revenu, rêver silencieusement aux revanches futures. Et quels soldats ils avaient l’un et l’autre!...

Faut-il rappeler les opérations de Loch-Nam, les beaux combats de Chu, de Kep,

Forts de Lang-Son. Sur la route de Tat-ké.

du premier siège de Tuyen-Quan, de Haho, de Nui-Bop, de Tay-Hoa, de Hao-Ha, de Dong-Son, de Deo-Quao, de Pho-Vi, de Bac-Viaï et la prise enfin de Lang-Son (13 février 1885)?

Lang-Son pris, nos troupes sans se reposer se portèrent au secours de Tuyen-Quan dont le défenseur, le colonel Dominé, fit une résistance héroïque qui restera justement légendaire. Pour le délivrer, il leur fallut livrer d’épiques combats, enlever d’assaut de formidables positions et culbuter 15,000 Pavillons noirs qui se battirent en désespérés. Au prix de quelles pertes, ces deux poignées d’hommes ont-elles accompli ces prodiges? Au prix d’un tiers de leur effectif pour la garnison de Tuyen-Quan, et de près d’un quart pour la brigade qui la sauva.

Ces glorieuses journées devaient avoir un triste lendemain.

Resté à Lang-Son avec quelques troupes à qui les difficultés du ravitaillement

imposèrent mille souffrances, le général de Négrier s’empara de Dong-Dang dont les redoutes commandaient, entre des rochers à pic, la porte de Chine ou Cua-Aï, et culbuta les Chinois une fois de plus (23 février). Le 22 mars, grossis par d’énormes renforts, ils nous attaquaient, menaçant de nous assiéger dans Lang-Son s’ils reprenaient Dong-Dang. Le général de Négrier leur livra, le 23 et le 24 mars, sur le territoire chinois, des assauts qui nous donnèrent la position de Dong-Bo ou Bang-Bo. Au début,

Le général Brière de l’Isle.

nous étions un contre cent, \e 24 au soi r, nous étions un contre mille. Nos troupes exécutèrent alors une retraite en bon ordre 1, plus belle qu’une victoire, par la façon dont M. de Négrier, pareil au maréchal Ney à la retraite de Russie, la conduisit, marchant le dernier et faisant le coup de feu. On se battait corps à coiqts. La porte de Chine franchie, sous la protection de nos réserves, rentrées par conséquent sur le territoire du Tonkin, nos troupes se reposèrent et reçurent des renforts portant leur effectif à 3,500 hommes. Le 27 au soir, les Célestes reparurent; mais le général les attendait et avait choisi l’emplacement de la lutte, à Kiua, à 1,500 mètres en avant de Lang-Son, en tirant très intelligemment parti du terrain. Le 28, la bataille s’engagea, terrible;

1. Partis 025, nous avions eu, en deux jours, 350 hommes hors de combat.

L’INDO-CHINE

mais l’ennemi, qui croyait nous entourer, dut reculer; alors, notre artillerie placée en arrière du Song-Ki-Kong, la rivière de Lang-Son, et sur une éminence, le foudroya, le ramassant et le balayant entre les hauteurs à pic jusqu’à l’étroit défilé de la Porte de Chine dont nos pièces, les hausses à la distance exacte, couvrirent mathématiquement l’entrée d’obus. Encore qu’on ménageât les munitions, les pertes des Chinois furent énormes : ils ne purent ramasser leurs morts, en laissèrent 1,200 sur le carreau, et leur déroute — on le sut depuis — fut telle, que les marchands de Nau-Ning (la ville du Quang-si la plus proche du ïonkin et l’entrepôt du commerce du Yun-nam à la mer

Hokeou et le camp chinois eu face de la citadelle de Lao-kay.

lit pris de panique

depuis que la guerre avait supprimé la voie du fleuve Rouge et expédièrent sur Qanton leurs familles et leur argent’.—'"'"

1 at malheur, au moment où cuimnençait la tuite des Chinois, M. de Négrier fut grièvement blessé. Au milieu de la fumée des pièces et du tapage de l’action, on ne savait pas encore a ce moment, dans ce cirque étroit de montagnes, quelle était l’issue du combat, et le lieutenant-colonel Herbinger, à qui revint inopinément le commandement, crut devoir battre en retraite. On vit donc cette chose incroyable : vainqueurs et vaincus se touruaut le dos.

Rentré a Lang-Son, M. Herbinger ne se rendit pas, semble-t-il, un compte exact des choses. La déroute de l’ennemi constatée, s’il craignait de ne pouvoir à Lang- Son tenir suffisamment contre un retour offensif, il aurait pu, a-t-on dit, se retirer eu arrière dans une des deux ou trois positions que sou artillerie rendait imprenables, et ou il aurait arrêté au passage les convois de vivres et de munitions alors à plus de

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mi-route, afin de tenir jusqu'à l’arrivée des renforts. Mais cet officier en jugea autrement et poussa la retraite jusqu’à Dong-Song (29 mars), malgré la résistance de plusieurs chefs et l’avis de son prédécesseur, le suppliant de laisser au moins une arrièregarde à Lang-Son.

Il avait envoyé, à Hanoï, au commandant en chef un télégramme peignant la

Entrée de la Grande Pagode de la citadelle de Lao-kay.

situation comme perdue, le Toulon comme envahi par plusieurs armées chinoises. Le général Brière de l’Isle ne pouvait supposer, pas plus que ses officiers, que M. Herbinger exagérait. Il lui répondit de s arrêter, de tenir quand même jusqu a son arrivée; mais, avant de partir, il avisa le gouvernement, comme c’était son devoir, de la gravité de la situation. On sait l’effet que produisit à Paris sa dépêché. M. Jules Ferry, ainsi qu’après Bac-Lé, manqua de sang-froid. Il tomba. Nous manquâmes perdre le Tonlcin du coup.

L’INDO-CHINE

Déjà de longs mois ont passé snr ces événements. Avec l’apaisement des esprits

' Une porte de la citadelle de Lao-kay.

la lumière s’est faite. On ne reproche plus à M. Brière de l'Isle la dépêche qui révolutionna Paris. Croyant comme nous tous \ lorsqu'il l’envoya, à l’invasion annoncée, il

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