Sans tenir compte des creux, baies et estuaires
La baie d’Along est reliée au Delta par un canal praticable aux petits bâtiments à mi-marée. Au fond, à proximité de riches gisements houillers, se trouve le port de Hone-Gay ou Port-Courbet, — le port naturel du Tonkin, que les rochers de l’archipel Faïtsi-long abritent de la mer. Il communique par un chenal très aisément améliorable avec la rade d'Along, immense et merveilleux mouillage accessible aux plus grands navires, et si protégé que la mer y ressemble à un lac. Militairement et maritimement, ce superbe havre est unique au monde.
On trouve nombre de bons petits ports (Tien-Yen, Camplia, etc.) au sud de la baie que limite la grande île de la Cat-Ba (30 kilomètres de longueur). Les navires de moyen tirant d’eau s’y abritent en attendant la marée pour entrer à Haï-phong. Au sud, surgissent les hautes îles accores des Norway.
Au Lach-Huyen commence le Delta, dont le littoral bas et vaseux n’est formé que des alluvions du Song-Koï et du Thaï-binh aux embouchures si compliquées. Des îles s’y forment, des bancs y comblent les estuaires. Le Thaï-binh et ses déversoirs sont en train de combler pieu à peu la baie de Do-Son que marque la pointe de ce nom, prolongée elle-même par des rochers dont l’un, l'îlot de Hon-Dau, porte un phare. La baie de Do-Son a deux barres, intérieure et extérieure, qui croissent chaque jour, en même temps que monte le fond. La main de l’homme n’y pourra porter aucune amélioration, les ajrports des fleuves défiant le dragage. Cependant, c’est par les déversoirs du Thaï-binh que doivent, jusqu’à la création d’un port militaire et commercial dans la baie d’Along, remonter les bâtiments à destination de Haï-phong.
Ils suivent bien le Lach-Huyen pour gagner les baies de Hong-gay et de Fitz- Long, — cette entrée est large et assez profonde; — mais le Cua-Nam-trieu, à cause de sa barre, sert seulement aux jonques qui le suivent pour aller à Quan-Yen, et le Cua-Cam, que l’on prend pour aller à Haï-phong, a un chenal difficile, se déplaçant souvent. L’entrée en est défendue par deux barres successives ne laissant passer que des bâtiments moyens à l’unique marée de toutes les vingt-quatre heures.
Quant au fleuve Bouge, toutes ses embouchures sont obstruées et impraticables, sauf celles du Lach-Daï, oîi, à marée haute, peuvent entrer les navires (?) ne calant pas plus de 3 mètres.
Nous ne citerons pas d’ailleurs tous les cua émaillant le littoral sur la carte du Delta. Le Song-Koï et le Thaï-binh communiquent eux-mêmes entre eux, et il faut être ingénieur hydrographe pour se reconnaître dans l’écheveau d’arroyos, canaux et embouchures, quadrillant ce pays noyé. Nous avons nommé d’ailleurs les branches de ce réseau utilisées pour atteindre Haï-phong. Le Cua-Daï , qui pourrait mener à Ninh- Binh, est également impraticable par sa barre mobile. II termine le Delta. Là, commence la côte de l’Annam, ou plutôt des provinces tonkinoises 1 de l’Annam.
Géographiquement, le Tonkin se divise en deux parties bien tranchées, le Delta , c’est-à-dire la partie qu’arrosent, lorsqu’ils sont devenus de véritables fleuves, le Thaïbinh et le Song-Koï ou fleuve Bouge. La seconde partie comprend les régions montagneuses et les régions silvestres.