‹ L'extrême OrientChapitre 82 sur 132 · LE TONKIN PITTORESQUE · texte numérisé non relu

LE TONKIN PITTORESQUE

L’histoire de sa conquête, l’étude de sa géographie physique, économique et politique, l’exposé de son avenir ne sauraient peindre le Tonkin aux voyageurs de coin de feu qui demandent au livre de leur faire voir les lointains pays où veut voyager leur paresse. Aussi transcrivons-nous ici quelques-unes des impressions que nous avons notées au jour le jour1 dans nos promenades ou campagnes au pays des rizières. Prises à toutes les pages de notre carnet de route, elles ne se suivront pas, mais donneront peut-être ainsi l’illusion que dégagent des albums de croquis saisis çà et là, au hasard. Qu’elle revive ou qu’elle découvre, la fantaisie du curieux chausse, en les feuilletant, des bottes de sept lieues. Et puis, grands ou petits, on aime toujours les images. Ces notes en apportent, ou du moins en fournissent le prétexte et le sujet à nos illustrateurs...

D’HANOI A BAC - N I N H

Au bivouac, 8 mars 1884.

Sur l'immense plaine monotonement plate, la nuit tombe. Lentement, pareilles à des pluies, des nappes de bistres coulent, voilant l’horizon, voilant tout. Un à un, les feux du bivouac s’allument, clairsemés encore, et roses, dans le louche crépuscule qui s’en va.

Des secondes passent, fugitives ; l’averse de noir s’épanche plus fort. Les feux jaunissent dans une hésitation pâlissante, puis, se hérissent en flammes violettes, sans étincelles, sans fumée, avec la froideur fausse d’une flambée d'alcool. Et, tout à coup,

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