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A TRAVERS HANOI ET LA VIE ANNAMITE

L' enterrement. — Réveil au son aigre des flûtes annamites et des gongs. On dirait un orchestre de binious, de triangles et de cymbales jouant faux, pour le plaisir. Je m’habille en songeant avec mélancolie que l’art reste • — après ou avant tout — une affaire d’éducation, de latitude, et que la notation musicale européenne semble un perfectionnement relatif. Des millions et des millions d’hommes goûtent ces mélopées navrantes et rauques dans lesquelles quatre notes seules vont et viennent avec des combinaisons puériles, dont la simplicité déroute. A écouter la Damnation de Faust , ces millions d’hommes resteraient froids, et la Course cl l’abîme, dans les cases indochinoises, délecterait les seuls lézards. Ceci ne découragera aucun Reyer. Aussi bien, quitterait-on la rue Drouot si l'idéal était partout le même?

Flûtes et gongs appartiennent au cortège d’un enterrement. A travers le store, j'assiste au défilé. Des Annamites, vêtus, en signe de deuil, d’une grossière cotonnade blanche, désourlée, agitent des baguettes pour chasser les mauvais esprits toujours prêts à crocher l’âme des morts. D’autres brandissent des bannières blanches, brodées de caractères noirs pareils à des faucheux: l’élogieuse biographie du défunt , d'après les gens du pays. Puis, ce sont des autels dorés, et encore, une sorte de maison minuscule, la case infernale où habitera celui qui n’est plus. Vient ensuite le cercueil, sur un sarcophage superbe, dont viugt coolies soutiennent à peine, sur leurs éternels bambous, l’échafaudage compliqué. Derrière, une foule se lamente en aboiements de douleur que rythme la sauvage musique. Et à la queue enfin, quatre hommes portent, dressée sur ses piquets, une tente quadrangulaire dont les bords pendent à hauteur de leurs genoux. Là-dessous, les femmes et les parentes du mort marchent invisibles. J’entends leurs répons aux cantiques monotones de l'assistance, mais je ne découvre (pie leurs jambes. Les mollets sont grêles, blondissants. Ces pleureuses doivent appartenir à une classe élevée. Les pieds sont jolis, un peu plats, et semblent blancs sur la sandale de bois noir laqué, recourbée en large poulaine. C’est décidément un enterrement aristocratique.

Avec un bruit décroissant, le cortège descend la rue, disparaît ; mais longtemps encore, jusqu’au dernier angle, je vois, sous la tente, se trémousser les petits pieds. Au tournant, comme le terrain s’infléchit, la tête du cortège s’engloutit, et le pavillon de

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Ma maison. — Ma maison étale sur la rue une courte et étroite façade, mur de briques blanchies à la chaux. De grands stores verts intérieurement drapés desoie rose visible entre les lamelles, comme un brasier à travers un écran, en adoucissent la 1 lande crue.

Par derrière, elle baigne dans le lac sa courjardinet, close au bord de l’eau par une balustrade de briques, dont le dessin, vénitien d'intention, a sans doute été fourni par quelque officier du génie ou de l’artillerie —passionné romantique.

Deux papayers , ébranclrés par l'orage ou par une coolie vandale, la bornent, semblables à des jalons de géomètre, et sur la surface plombeuse du lac, allongent leur ombre [atrocement

toile paraît s’immobiliser une minute, demeuré seul. Alors, il se perd sur le ciel dont il a la couleur sale, et les petits pieds distincts, se levant et retombant tous ensemble, prennent une étrangeté de mécanique, un frétillement de pantins invalides, dont, le corps démoli, les pattes gigotteraient toujours.

La cruauté asiatique. — Tête d’uu de nos Annamites supplicié par les Chinois près de Dong-Son.

rigide.

Comme tous les matins, à pareille heure, le ciel est gris, d’un gris luisant, encore inrendn, spécial. A l’examiner, à le sentir peser sur ses épaules avec ses vapeurs denses, on songe involontairement aux intérieurs d’usine, aux plafonds des chaufferies, aux toitures embuées des lavoirs. Mais le soleil monte, et son évaporante irradiation

condense lentement, en dedans, la masse nuageuse. On ne le voit pas encore, le soleil : on le devine, à la mollesse qui tombe pesante, à la teinte éclaircie de la calotte de vapeurs.

A cet instant, le gris s’attendrit, d’une transparence où se trahit une flambaison. Çà et là, peu à peu, il brûle le regard de ses éclats de métal décapé fraîchement. Une

balle de fusil coupée au couteau a seule sur ses tranches, avant l’oxydation, ces reflets de miroir embrumé.

Au-dessous, toujours immobile, l'eau dort plus jaunâtre, soufflant une torpeur amollissante comme celle dont le poids la nivelle. Et l’on a le souhait passager d’une trombe oxygénée, d’une rafale d’air sec qui balayerait cette lourdeur.

Elégances tonkinoises. — Comme l’interprète tardait à revenir, je pris le parti de l’aller chercher, bien certain de le retrouver pérorant au milieu de ses collègues saïgonnais, sous la véranda des bureaux, car, avant de se mettre au travail, ces messieurs tiennent là leur petite parlotte. Le matin, ce m’est- une joie de les y observer, étalant leurs grâces asiatiques et polissant leurs ongles démesurés. Quelques-uns arrivent à cheval, au milieu d’un carillon tintinnabulant de grelots, et ceux-là surtout me captivent. Leur talon seul Toxkin. — Jeunes domestiques indigènes. repose sur l’étrier étroit de cuivre,

rejeté en arrière du pied; — de loin, à les voir juchés sur leurs petites bêtes de Tourane, tout en crinières, on dirait des singes de cirque chevauchant des poneys nains. La selle de bois, flanquée, de chaque côté, de tabliers de cuir couleur orange et racorni, pendant très bas, l’étrange rêne de blet en cordonnet rose, les pompons et les grelots complètent cette carnavalesque ressemblance.

Tandis que les boys, terrorisés par la brutale arrogance de leurs compatriotes renégats, sc précipitent an secours du cavalier et l’aident à mettre pied à terre , des saints s'échangent, hiérarchiquement mesurés. Alors, parmi les groupes, ce sont des Bonjour , Monsieur ! des Comment allez-vous , Monsieur ? dont les syllabes françaises, très scandées, se succèdent avec une affectation réjouissante. Une minute

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après, la conversation ronle en annamite caillouteux, et ces Français d’un instant redeviennent de bons sauvages, grands chiqueurs de bétel.

Mon homme, ce matin, ne figurant pas dans leur bande, il fallut redescendre. Le fugitif ne se trouvait pas loin. Rue des Incrusteurs, à la porte d’un débit de thé, je l’aperçus entre les mains d’un barbier indigène, et ma colère pour son retard tomba tout de suite, devant sa figure glabre.

La barbe faite, l’artiste tonkinois s’occupait des oreilles. A califourchon sur le

Jeunes commissionnaires annamites.

même banc que son client, il les nettoyait avec une série de petites curettes, infiniment variées. L’interprète demeurait immobile, voluptueusement hypnotisé sous le chatouillement des instruments de l’opérateur. Derrière lui, à ses côtés, sur le même banc encore, des gens lampaient des tasses de thé, ou, les doigts armés de baguettes séparées par l'index comme des castagnettes, se bourraient de riz gluant.

Or, eu attendant que le barbier eut achevé, je m’amusais à suivre ce maniement de baguettes, bien qu’il n’eût rien de la prestidigitation imaginée chez nous. Les minces bâtonnets, rapprochés au bout et formant spatule, ramassaient les paquets de grains agglomérés, en les poussant jusqu’aux lèvres, le long des parois du bol, tenu sous le menton pour recueillir les moindres bribes. C'était seulement malpropre. L’habileté apparut

pourtant, lorsque l'instrument se transforma eu pincettes pour happer les derniers grains oubliés au fond du vase. Bol et soucoupe enfin demeurèrent nets, et, sans qu’on les lavât, un second dîneur, s’en emparant, se fit servir une portion.

A ce moment, sa toilette terminée, l’interprète se leva et vint à ma rencontre, avec le salut habituel. Je reculai : le drôle était resplendissant.

Sur son pantalon blanc, sorte de culotte de zouave dont les plis bouffants n’atteignaient point les genoux, sa blouse — son kêkouin — tombait, très blanche aussi, s’ouvrant snr le côté, devant l’épaule, comme une veste de baby. Des boutons d’ambre

Le petit lac d'Hanoï.

et des pattes la fermaient, laissant voir au-dessous, sur la peau, un fin tricot de mérinos anglais. Sur le tout retombait, à la façon d’un pardessus, une autre blouse plus large ; mais celle-là n’était point, comme d’ordinaire, d’humble toile ou de lustrine : mon homme l’avait taillée dans de la soie violette, mince comme du papier à cigarette, et qui luisait au soleil, très transparente.

Enfin, il avait des chaussettes, des bottines à élastiques immensément longues, et portait un petit chapeau melon d’imperceptibles bords. C’était fini du chignon féminin si noir, si lustré, si bien natté ; fini du peigne d’écaille au dos large, rubanné de fils d’argent ; fini du foulard violet qui s’enroulait jadis autour ! Le bellâtre, aujourd’hui, laissait pendre ses cheveux gras, bouclés comme ceux d’un lévite.

Je fis : Oh ! machinalement. Il se rengorgea, tout fier, et, se dandinant, la main appuyée sur le bec de corbin d’un parapluie neuf, couleurmzur, — ancienne convoitise enfin réalisée, - — il s’écria, découvrant dans un rire ses trente-deux dents noircies : « On est toit lam , n'est-ce j>as ? »

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Pro Patria. — C’est un rectangle de terrain qui s’étale, dit un rapport officiel, entre quatre digues perpendiculaires entre elles. Presque perdu, au milieu de ce rectangle, l’enclos a la sécheresse géométrique, la régulière froideur des constructions militaires : de loin, on le prendrait pour un parc d’artillerie.

Panorama d’ Hanoï.

Pas un arbre. Sous le ciel bas, le sol est nu. Tout autour, cependant, entre les murs de briques à jour et les digues qui surplombent, des bandes vertes bariolent la terre ocreuse. liicins et maïs poussent là, dans le trou. Du côté parallèle an tleuve, et qu’on trouve à droite, en tournant le dos à la Concession d’Hanoï, des bambous grimpent, atteignent la jetée, débordent sur elle et, triomphalement, accaparent, dans leur jeune masse frémissante, toute la vie du terrain. Au delà, le paysage qu’on découvre des

digues s’étend, également triste, plat à pleurer, sous la nue grise qui bruine, et parcimonieusement semé de paillottes ou de buissons. Une chaleur mouillée plane audessus, dans une silencieuse solitude.

Je suivis la digue de droite, à cause des bambous. Leur bouquet, au milieu, s’entr'ouvrait, encadrant une porte. Sous son arceau de branches, avec ses marches d’escalier envoûtées de feuilles, cette entrée avait l’invitation attirante. Une branche de pin au fronton de son portail, elle aurait rappelé ces allées que les cabarets campagnards installés dans les ravines poussent jusqu’aux routes.

Et, au lieu du cabaret, j’aperçus, dans un jardin, une case annamite et, plus loin, l’enclos carré pareil à un parc d’artillerie. Des dalles le peuplaient, et des tertres, marqués de toutes petites croix noires, branlantes.

Hanoï. — Chimères de la pagode royale.

Dans le voisinage du jardin, où les choux, les oignons, les bananiers du fossoyeur faisaient une tache vert cru, et surgissant dans l’ouverture rieuse des bambous, l’enclos, avec son sol de boue jaune, crevassée, l’enclos, sans arbres et sans fleurs, s’étalait plus morne.

« Oh! ils sont au frais, eux !... »

Je me retournai. C’était mon compagnon, le turco. Il souriait. Ses dents de chacal étoilaient sa barbe frisottante.

« Tu sais, monsieur, reprit-il, au moment de l’inondation, l’eau couvre tout... »

Puis, il me montra du doigt, sur l’autre digue, de nouveaux tertres, nus et secs, sans même une croix, les tombes dernières qui devaient échapper à l'eau. Mais je revenais toujours à l’enclos funèbre, aux murs ajourés en briques, aux petites croix noires branlantes. La jdace y devait manquer déjà. Au dehors des murailles, entre les ricins et les plants de maïs, il y avait deux ou trois sépultures plus récentes.

Je ne me sentis pas la force de descendre dans ce creux boueux. On m’avait dit, d’ailleurs, (pie je n’y déchiffrerais plus rien, noms et épitaphes. Seulement, pour faire entrer en moi la vision formelle des choses, pour m’emplir à jamais de leur tristesse inanimée, longtemps je contemplai, la prunelle agrandie, le champ de mort navrant

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sous le ciel sale. Et, tandis qu’ils me revenaient, mes souvenirs de deuil, bagage intime qu’on déballe, malgré soi, par soif de souffrir davantage quand tombent les heures noires, ou par instinct méchant et égoïste quand on songe aux douleurs d’autrui, j’évoquai les solennités funèbres, les obsèques des soldats « tués à l’ennemi ». Une salve de coups de feu, un ronflement de discours déjà entendus me revinrent, très nets. Les mots : Devoir... Patrie, passaient, avec un roulement d’R, une cadence de débit

Le cimetière d’Hanoi.

bref, hachant deux pages de Théorie sur le service en campagne. Ce vent de voix récitantes, ces coups de fusil ne réveillaient pas plus les endormis qu'ils ne courbaient les feuilles de maïs, très vertes en ce sol gras. Alors, comme à travers un crêpe, j’entrevis — ressouvenauee et non vision — des femmes qui pleuraient, des mères.

Le Grand J,ac et le Grand. Bouddah. — Malgré ses neuf kilomètres de tour, Hanoï est vite vu, sinon vite décrit. Désillusionnant avec cela, comme le reste. On viendra chercher la fortune en ce pays, et, par l’intelligence et le travail, beaucoup l’y trouveront ; mais je doute fort qu’il prenne jamais fantaisie aux artistes d'v poursuivre, soit dans l’œuvre des indigènes, soit dans les choses de nature, le beau qui console ou le pittoresque qui distrait.

Tout se noie ici dans cette bâtardise dont le poids écrase l’Annam. C’est le triomphe de la grisaille et d’un art incolore à force d’être transitoire. Ce n’est plus l’Inde, et ce n’est point la Chine encore. L’inoriginalité du ciel déteint sur les choses et sur les gens.

Au coin du grand lac et d’un bastion de la citadelle, à l’extrémité du faubourgnord d’Hanoï, une pagode existe où nous entrons à chacune de nos chasses. Le site est beau, d’ailleurs, et veut qu’on l’admire en ce pays des laideurs plates. Aussi bien, ce n’est pas du sol qu’il tire sa grâce, mais du lac prochain et de ses arbres.

Superbement touffus, ils étalent et confondent sur des troncs monstrueux des

dômes de feuilles d'un vert sombre que la lumière, en filtrant, métallisé par places. Des branches rampent au milieu, en tous sens entre-croisées, semblables à de gigantesques serpents rugueux. Au-dessous, une ombre règne, éternelle, humide, très fraîche.

Le lac s'étend au pied de la digue que couronnent, à son dernier angle, près de la citadelle et de la route, ces banians vénérables. Adossé à leurs trônes, on l’aperçoit entre les feuilles, par une échappée, qui, en rapetissant le tableau, eu allonge la perspective et en fait étrangement saillir les détails. De 1 eau simplement, avec des joncs de zinc luisant, des iris lancéolés, des nénuphars et des victoria-regina aux larges fleurs de neige, aux feuilles en bateau, sur lesquels volent, se posent et s’envolent encore, dans une fuite qui chatoie, des martins-pêcheurs multicolores. De l'eau simplement, mais avec un éblouissant glacis d’argent au large et des teintes moirées suites bords. Le ciel y réflète la blanche promenade de ses nuages cotonneux, comme ses bleus aveuglants, ou son miroitement embrumé de mercure. Parfois, une barque la ride, sampan grêle, qu’on prendrait pour un tronc d'arbre. A son extrémité, un champignon se dresse dont l’ombrelle flambe au soleil : c’est, une pêcheuse qui, sous son chapeau immense guette l’eau patiemment. Plus loin, ou bien à droite, des îlots surgissent,

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ceints de bambous éplorés que vert-de-grise la lumière. D’entre les fines dentelures de leurs branches en éventail, paljutantes sous un souffle, des toits s’élèvent, dentelés sur le faîte de chimères de faïence et relevés aux coins de gueules apocalyptiques. Sur les tuiles imbriquées, des flamants s’enlèvent, plâtreux, puis, au-dessus, profilés alors sur le ciel, se rosent brusquement. Nimbant la nappe d’eau, c’est une transparence baignée de lumière. On compterait les joncs, les herbes et jusqu’aux grands cercles concentriques qu’y ouvrent les départs ou les fuites des canards sauvages sans cesse égrenés du lac à l’horizon. La brume, même à l’aube et même à la vesprée, ne quitte point les rives. Le centre demeure pur, criblé d’étoiles, ou poudré de soleil, et le regard qui s’y perd, entre deux clignotements , retrouve à l’extrémité, loin, bien loin, d’autres toits, d’autres bambous qui semblent proches et qui coulent sans un bris de la ligne jusqu’au point où le bleu du ciel et le vert des feuilles s’adoucissent, se mêlent et meurent.

Cependant, par une exception heureuse, la pagode, que cachent les. manguiers et que précède le lac, n’est point indigne de leurs splendeurs. La porte franchie, on découvre, entre des murs très vieux, une cour pavée où la mousse et les herbes grasses disputent les dalles à cette humide lèpre , spéciale aux caves ou aux cimetières abandonnés. Au fond, le temple se carre, décrépit, ordinaire, mais qui frappe par sa vieillesse même.

Le silence, le délabrement et l’ombre, avant qu’on ne pénètre dans l’édifice, vous jettent aux épaules leur froide sensation de cloître; puis on oublie cela, soudain noyé dans des ténèbres, et la porte du sanctuaire refermée sur vous. Alors, à l’aide de falottes lueurs d'allumettes, on distingue peu à peu une statue monstrueuse, dont le bronze plein rend un son grave. C’est un guerrier chinois gigantesque, colossal, effrayant presque. On le considère stupéfait, habitué (pie l’on est aux difformités annamites, aux petitesses religieuses des chapelles vides. Quel dieu représente ce chef-d’œuvre sinon de la statuaire asiatique, du moins de la fonte indo-chinoise ? Nul ne le sait, nul n'a déchiffré l’inscription du socle et nul aussi ne s’eu inquiète. L'envie vous prend de flamber la pagode pour voir resplendir le monstre dans le soleil. A côté, dans les mêmes ténèbres de cave, une autre statue, de pierre celle-là, s’accroupit, énorme encore, bien que représentant un homme d’ordinaire taille. Elle est expressive, presque belle ; mais

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