‹ L'extrême OrientChapitre 92 sur 132 · Laine, coton, peaux, fourrures, poils de chameaux, etc · texte numérisé non relu

Laine, coton, peaux, fourrures, poils de chameaux, etc

Pékin. — Chen-Mkn. Porte principale.

Le mouvement depuis la paix s’accentue encore. Sur ce trafic, la part cle la France est plus qu’insignifiante, 6 ou 7,000 tonnes par an, alors que celle de l’Angleterre s’élève à plus de 200,000 ! Aussi n’avons-nous pas découvert sur la concession européenne la moindre maison française, et nous n’y aurions pas entendu parler notre langue sans la cordiale hospitalité d’un négociant suisse1. On sait que le commerce russe des thés chinois transite à Tien-tsin cl’où il gagne la Sibérie.

La ville nous effraya par sa vie grouillante. Bien que les rues y soient plus larges que dans les cités du sud, il faut jouer des coudes pour circuler au milieu de la cohue d’hommes, d’animaux, de charrettes qui se heurtent dans la houe ou dans la poussière. Le spectacle de cette inoubliable animation corrige le touriste de toute envie de rire de ces fallacieux Célestes que notre ignorance ridiculise à tort. Perdu dans cette foule dont le parler vous échappe, dont la fièvre, les gestes, les costumes et toute l’apparence extérieure vous déconcertent, on songe involontairement, avec un petit frisson, qu’on pourrait être étouffé dans cette marée humaine avant d’avoir pu pousser uu seul cri. Ce n’est pas que l’attitude des passants soit hostile, — méprisante seulement chez les lettrés et les petits mandarins, — mais au consulat, à bord du steamer, on vous a parlé des massacres de 1870, ou bien l’on eu a relu le récit dans le voyage du baron de Hubner. Notre boy justement est un. catholique; il nous baragouine d’horribles détails, en nous montrant les ruines de la cathédrale, puis les tombeaux des victimes. Le gouvernement chinois nous a payé des indemnités, nous a reconstruit un consulat; mais, par malheur, les ruines de l'église subsistent, évoquant la sanglante tragédie qu’il faudrait au contraire faire oublier à la populace.

La cité forme un carré muré que prolongent d’immenses faubourgs dont la concession européenne est éloignée de 2 ou 3 kilomètres. Cette concession est une petite ville occidentale, propre et sans pittoresque, dont les maisons et les jardinets flanquent un quai le long de la rive droite du Peï-ho. Ville indigène et concession sont entourées d’une immense ceinture de remparts de terre, très larges, doublés d’un fossé, qui ont un développement de plus de 30 kilomètres. Tien-tsin, du reste, est couvert par de nombreuses fortifications et renferme un véritable arsenal. On y fabrique des armes, des munitions, des torpilles. C'est enfin la principale garnison des troupes du Nord chargées de défendre Pékin et la dynastie. Ce corps d’armée, entièrement organisé à l’européenne par des officiers allemands, secondés par des officiers indigènes sortis des écoles militaires occidentales, permet de juger ce que la Chine pourra devenir le jour où quelques progressistes comme Li-Huug-Tchang auront transformé de la sorte toutes ses forces. Nous pouvons déclarer ici, pour avoir vu manœuvrer devant nous quelques-unes de ces troupes du Nord, que si la Chine nous en avait opposé de pareilles au Tonkiu, nous aurions dû envoyer une armée aux bords du fleuve Bouge. Or, comme les Célestiaux, nos adversaires de 1884-1885, que nous avons vus à l’œuvre en Indo- Chiné, étaient presque tous aussi bien armés que leurs camarades du Petcliili, on conviendra que le temps est proche où l’armée chinoise sera tout entière des plus redoutables, puisqu’il suffira maintenant d’y multiplier les instructeurs. Ajoutons encore que

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