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M. Loup, de l'ancienne maison Vrard

L’EMPIRE CHINOIS

le mandarinat militaire, jadis méprisé et maintenant encore subordonné au mandarinat civil, conquiert chaque jour un peu plus d’importance sociale et commence à se recruter

Sou Excellence Li-Hung-Tckang.

dans les classes élevées de la nation. Ce symptôme en dit plus que tous les commentaires.

S. E. Li-Hung-Tchang, vice-roi du Petchiliet surintendant des ports du Nord, est le principal auteur de cette grosse révolution. Mais, à ce propos, peut-être lira-t-on avec intérêt le récit de l’entrevue que nous eûmes avec ce célèbre homme d'Etat. Nous

l’extrayons d’une correspondance adressée au Figaro h Notre guide et interprète était M. Détriug, le célèbre inspecteur des douanes impériales, dont nous avons parlé à propos de la paix de Tien-tsin.

Tien-tsin, 25 juillet 1885.

... Le lendemain de mon retour de Pékin, j’avais audience de S. E. Li-Hung- Tcliang. Très occupé tout le jour, désireux plutôt de dissimuler à ses administrés sa bienveillance pour un diable étranger, pour un Français compliqué d’un homme de lettres, le vice-roi me fit savoir qu’il me recevrait en son yamen, à huit heures du soir, comme si nous étions d’anciennes connaissances...

Un peu avant huit heures, M. Détriug et moi, nous montons chacun dans notre chaise, et en route ! Un ma-phou 1 2 nous précède, un autre nous escorte ; tous deux sont obligés de mettre leurs chevaux au trot, tant nos porteurs vont vite. Prêts à relayer ceux-ci, des coolies, également à la livrée de M. Détriug, courent à nos côtés, et bien qu’à nos chaises pendent de grosses lanternes chinoises, deux boys nous précèdent avec d’autres lampions énormes, et font écarter les passants. Notre cortège, originalement curieux, marque le rang élevé de mon guide. Si la vieille Chine s’en va jamais définitivement, on en retrouvera la couleur et les modes chez ses hôtes européens, toujours prêts à relever leur confort d'une pointe de pittoresque.

Les rues étroites défilent, très rapides tableaux d’une lanterne magique. Nous voici dans la ville chinoise. Combien, parmi les Célestes qui se garent, prirent part aux massacres de 1870 ? Croient-ils toujours, ou plutôt feignent-ils de croire, que nos religieuses tuent les petits enfants pour tirer du vin de leur sang, ou pour garnir avec leurs pauvres petits yeux les incompréhensibles objectifs de nos appareils photographiques?... Des magasins s’entrevoient où des marchands obèses comptent la recette du jour. Partout une vie pareille à la nôtre se découvre, dont des vulgarités européennes font, çà et là, détonner l’exotisme d’un bizarre détail. Si l’on sort la tête de son véhicule, d’atroces puanteurs marquent seules que nous sommes dans le Céleste Empire. Mais, tandis que, mollement bercé, je savoure notre incomparable mode de locomotion, on stoppe, sans heurt, sans cahots : c’est le yamen.

Ce palais du vice-roi, de l’homme le plus puissant de l’empire, dont, pour beaucoup d’étrangers superficiels, il est le vrai souverain, c’est en petit la Chine entière, c’est-à-dire un temple du passé, avec de timides emprunts, très timides, à l’Europe contemporaine. Dans l’ombre, je distingue des cours boueuses, des murs lépreux. Dans un couloir, un bec de gaz de poste de police illumine à cru des laideurs de crasse; mais la salle d’attente où l’on nous introduit est éclairée de deux odieuses chandelles chinoises et chinoisement meublée. Un coucou des plus suisses la peuple, il est vrai, de son tic-tac.

L’aide de camp porteur de nos cartes de visite revient bientôt nous chercher et nous précède dans un défilé de boyaux et de corridors. Au seuil de son appartement,

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