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DE TIEN-TSIN A CANTON

Si nous descendons vers le sud, nous trouvons au sortir du Petcliili la province montagneuse de Cliang-toung, dont une partie forme une presqu’île s’avançant assez loin entre le golfe du Petcliili et la mer Jaune. C’est une curieuse et riche contrée, mais Tien-tsin et Pékin nous ont trop longtemps retenu pour que nous ne nous bornions pas à passer très rapidement en revue les cinq autres provinces maritimes, en ne nous arrêtant qu’aux escales éveillant en nous des souvenirs personnels.

Bien qu’abrupt, le littoral du Cliang-toung est baigné par des eaux peu profondes, les alluvions du Hoang-Ho tendant à réunir les îlots qui unissent la pointe de la presqu’île à celle de la Mandchourie. Le Peï-ho y travaillant de son côté, le golfe du Petcliili sera peut-être comblé dans quelques milliers d’années. La navigation, en se transformant et en exigeant de plus grands fonds, a forcé de remarquer toutes ces lentes transformations du globe autrefois inaperçues ou négligées. Elles mettent, il est vrai,

des séries de siècles à s’accomplir ; mais la continuité de leur mouvement, par l’accumulation des centimètres conquis par la mer sur le sol, ou réciproquement, suffit parfois dans un demi-siècle à annihiler les plus industrieux travaux humains : ports ou digues.

Le Chang-toung est extraordinairement peuplé. Ses 139,280 kilomètres carrés nourrissent près de 30 millions d’habitants. La fertilité de ses campagnes, la richesse de ses mines expliquent cette densité. Sa capitale, Tsinan-fou, qui passe pour belle et bien tenue, a 42 kilomètres de tour et 250,000 habitants dont 15,000 musulmans et

10.000 catholiques. On y fabrique des soies renommées; son port sur le fleuve Jaune est Lo-Kao. Il faut citer parmi ses autres agglomérations Toung-tchang sur le Yun-ho, ou Rivière des transports, ce fameux Grand-Canal de 1,200 kilomètres de longueur, aujourd’hui délabré, qui unissait le Peï-ho au Yang-tsé-Kiang. I)u reste, les villes les plus populeuses se trouvent toutes près du fleuve Jaune et du canal, car, en Chine, l’eau fait la vie; mais à plusieurs cette situation coûta cher, les inondations du Hoang-Ho et ses changements de cours les ayant maintes fois ruinées.

La ville sainte de Taïgan-fou, au pied de la montagne sacrée de Taï-chan, attire des armées de pèlerins. Les temples du Taï-chan sont merveilleux; on s’y rend par un chemin de 19 kilomètres, couvert de superbes ombrages et coupés d’escaliers au pied desquels des porteurs de palanquins attendent les fidèles. Taïgan-fou a d’ordinaire

50.000 habitants et plus du double au moment du pèlerinage. Citons encore Yentchesufou et la célèbre Kiou-fao, patrie de Confucius, avec 60,000 habitants dont les quatre cinquièmes descendent et portent le nom du philosophe, de même qu’à Tsiou-hien, vivent , depuis vingt-deux siècles, les descendants de Mencius, son principal disciple. Le chef actuel de sa famille appartient à la soixante-dixième génération et peut conter la vie de tous ses ascendants. Vingt-deux siècles de noblesse! Voilà qui humilie nos Montmorency !

L’ancienne capitale du Chang-toung, bien déchue, est Tsingtcheou-fou avec

70.000 habitants. C’est un foyer mahométan, où la foi semble ne pas être réduite à de machinales et traditionnelles prières incomprises, comme dans le Pékin musulman, puisqu’on y sait encore lire le Coran en arabe. Pingtou a des mines d’or; Pochan est un centre houiller et fabrique du verre; Weï-hien, elle, est l’entrepôt du commerce du fer, du charbon, de la soie qu’elle expédie aux ports du littoral. Au nord de la presqu’île et à l’est de Hoang-hien et de son havre Loung-Keou est Teng-cheou-fou, port ouvert aux Européens, mais auquel son manque absolu de profondeur nous a fait préférer celui de Yen-taï ou Tchc-fou.

Tche-fou, souvent orthographié : Che-foo, est le Trouville chinois. C’est là que, sous couleur de bains de mer, viennent se reposer les membres du corps diplomatique et les riches résidents de Shanghaï.

La ville indigène de Tche-fou renferme 120,000 « estomacs ». Nous y passâmes vite, car elle est plus malpropre encore que la cité chinoise de Pékin ; mais le commerce de son port est considérable : 1 10 millions par an.

Pour finir avec le Chang-toung, il faut nommer à l’extrémité de la presqu’île le

L’EMPIRE CHINOIS

port de Weïhaï-weï, avec un arsenal tout neuf et sur le versant sud, moins riche que celui du nord : Laï-yang, Tsimi, Kaomi, Yitcheou, toutes villes n’ayant plus que de 10,000 à 20,000 habitants.

Le Chang-toung est la province maritime qui dessert le bassin du Hoang-Ho ou fleuve Jaune, bassin comprenant encore les provinces du Kansou, du Chen-si, du

Vue de Che-foo.

Chansi et du Honan. Les provinces de Kiang-sou et de Tché-Kiang que nous trouvons en continuant à descendre vers le1 sud, en venant du Petchili et en suivant la côte, appartiennent au contraire au bassin du fameux Yang-tsé-Kiang appelé aussi fleuve Bleu, qui est, par son débit, le quatrième cours d’eau de la terre1.

Ce bassin comprend les provinces de Set-chouen, de Koueï-tcheou, de Hou-pé, de Hou-nan, d’An-Hoeï (on prononce Ngan-hoeï), de Kiang-sou, de Iviang-si et de Tché-Kiang. 11 forme les trois huitièmes de la Chine proprement dite et avait 200 millions d’habitants sur ses 1,561,540 kilomètres carrés avant la guerre civile qui

1. Il n’est dépassé que par l’Amazone, le Congo et les fleuves unis du Parana et de l’Uruguay.

le dévasta. Formant le coeur de l’empire, il ne cesse, depuis vingt aus, de se repeupler et ne doit pas être très éloigné d’atteindre sa prospérité ancienne.

Moins important est le bassin du Hoang-Ho d’où nous sortons et qu’il eut jadis pour tributaire. Celui-ci occupe cependant trois fois la superficie de la France. Les continuels déplacements de son fleuve, aussi loin que remontent les annales chinoises, en rendent la géographie assez compliquée. Mais nous ne l’entreprendrons pas plus que nous

La Porte ouest de Shanghaï.

n’essayerons de faire celle du bassin du Yang-tsé ou celle des provinces qui n’appartiennent vraiment ni à l’un ni à l’autre, et ne touchent pas à la mer : Kouang-si et Yunnam. Un gros livre, en effet, ne suffirait pas à cette description dont il nous faudrait (nous n’avons pas, bien entendu, visité toute la Chine!) compiler tous les détails. Or, ces détails, on les trouve réunis dans maints ouvrages courants, et les plus curieux de nos lecteurs s’y renseigneront sans peine. Pour la Chine comme pour l’Indo-Chinc, comme plus loin pour le Japon, notre très humble rôle, rappelons-le, consistait à mêler les moins ennuyeux de nos souvenirs personnels à la vulgarisation des généralités qu’il

importe de posséder à propos de l’extrême Orient et qu’il est bien difficile de condenser dans un seul livre. Cependant, nous ne nous condamnons pas à cette énorme lacune sans une certaine honte ni sans chagrin. La seule lecture de Reclus l, en donnant une idée des beautés et des bizarreries de toutes sortes des parties de la Chine centrale que connaissent à peu près seuls les missionnaires, les savants ou les explorateurs de profession, expliquera de reste nos regrets...

La province de Kiang-sou passe pour une des plus peuplées de l’empire. Elle a

Douane de Shanghaï.

103,059 kilomètres carrés sur lesquels le recensement de 1842 releva 39,650,000 habitants, soit l’énorme chiffre de 381 habitants par kilomètre ! A la même époque, son voisin, le Tché-Kiang, avec 92,383 kilomètres carrés, comptait 25 millions d âmes.

Les massacres et les famines qui suivirent la guerre des Taï-pings diminuèrent singulièrement la densité de cette agglomération ; mais, nous 1 avons dit, le bassin du Yang-tsé ne tarda pas à se repeupler avec une étonnante rapidité et ne saurait manquer de recouvrer avant la fin du siècle sa population d’an tan.

La capitale du Kiang-sou est Nankin, sur le Yang-tsé. Jadis, cette ville fameuse fut la métropole de la Chine entière, puis remplacée par Pékin, demeura sa rivale jusqu au

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