COUPLETS
Passe, passe Aimable liqueur I
Ta chaleur Ranime le cœur;
Elle efface Et peine et douleur...
Passe, passe, Aimable liqueur!
A toi souvent l'amour dut sa parole^
Ses traits, son carquois, son flambeau .. Par toi, plus gai, le pauvre se console. Et voit ici'bas tout en beau !
Passe, passe, etc.
COCKMANN, le contemplant.
L'épicurien d'Horace l
JOHN
Loia de troubler ma tête trop légère.
C'est grâce à toi que j'ai pensé.
(U se verse du vin.)
A l'avenir... quand tu remplis mon verre,., (il boit.) Et^ quand il est vide... au passé!
Passe, passe, etc.
(n boit.)
COCKMANN.
Beau comme Socrate buvant la cigûe!.». (n remonte vers le fond
pour voir s'il n'y a personne.)
JOHN, s' étendant dans un fauteuil.
Ma foi, j'ai bien déjeuné ! C'est fort agréable d'être traité en niylord, et je commence à m'y habituer... (a Cockmann, qui est revenu près de lui.) Pourquoi douc n'ètes-vous pas venu m' aider à Iravaiiler cet excellent roastbeef et à creuser quelques flacons de bordeaux ?
COCKMANN.
Parce que je m'occupais de vous.
JOHK.
Ah bail ! (a part.) Il va m'offrir du punch I
COCKMAÎNN.
L'orage approche!
JOHN
Auriez- vous peur du tonnerre?
COCKMAISN, d'un ton 1 ugubre.
L'horizon se rembrunit.
JOHN5 avec indifférence.
Il va pleuvoir! Qu'est-ce que ca nous fait? Nous sommes à Tabri!
COCKMANN.
Il plaisantera jusqu'au bout... Sa gaieté me donne la chair de poule î... Mylord, permettez-moi de vous le dire, vous êtes d'une témérité^ d'une audace qui ne s'accordent guère avec cette prudence... la prudence des Gordon... que votre sœur m'avait vantée; i] serait temps de songer un peu à votre position...
JOHN
Ma position!., elle est charmante... j'en jouis !..
COCKMANN.
C'est fort bien... mais les suites... mais l'avenir... Ah!
JOHN
Bah !... Yoyez-vous, mon cher, mon système, à moi, est de profiter des bons moments, sans songer aux mauvais quarts d'heure... C'est autant de pris sur Tennemi... On ne sait jamais ce qui peut arriver... Aujourd'hui, l'on est mylord, accueilli, fêté, bien traité, c'est à merveille!... Mais un souffle, un rien, cracl patatras!... tout change, touttinit, tout disparait ! Votre serviteur, de tout mon cœur !
COCKMANN.
Hélas ! il n'est ijue trop vrai !
N'est-ce pas?... vous êtes de mon avis?
COCKMANN.
Sans doute !
JOHN, lui serrant la main.
Ça me fait plaisir... j'en suis charmé !
COCKMANN.
Je reconnais là votre philosophie.
JOHN
Ah î vous appelez ça de la...
COCKMANN.
De la philosophie... de la haute philosopbie. Mais, tout en l'admirant, je la blâme; je ne vous cache pas que je la blâme.
JOHN
Vous la blâmez?,.. Pourquoi?