MONTAGNE MS * MASKINONGÉ
TERRASSE CULTURES GRAINS PLAINE BASSE GIL CULTURES PRAIRIES FINES ALLUVIONS
An SOL PKOrOND PLEUvE
SCHÉMA : COUPE TRANSVERSALE DU BASIN LAURENTIEN, VERSANT NORD, À LA HAUTEUR DU LAC SAINT-PIERRE,
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Le TRAVAIL : PETITE CULTURE QUASI-PATRIARCALE.
Simple récolte.—A Saint-Justin on peut dire qu'il n'y a personne pour qui la simple récolte des productions naturelles soit un moyen principal d'existence. Sur la montagne même et dans son voisinage immédiat, on trouve bien quelques familles, les plus pauvres de la paroisse, qui tirent directement de la forêt, par la chasse, la cueillette des fruits sauvages et du bois, une partie importante de leurs ressources ; mais elles cultivent en même temps un petit lopin de terre et louent leurs services en mainte occasion à d’autres familles plus aisées.
Culture.—Elle est à Saint-Justin le moyen principal, direct ou indirect, d'existence de la population presque tout entière. D'après le relevé que j'en fis en 1886, des 222 familles ouvrières de Saïint-Justin, 7 seulement étaient en dehors de la culture. Les 215 autres familles se répartissaient comme ci-dessous :
Journaliers agricoles... sers sossouses cesse 4 Bordiers (manœuvres engagés accessoirement dans la culture)... 69 Paysans exerçants accessoirement un métier ou commerce... 39 Paysans vivant entièrement de l'exploitation de leurs domaines... 103
1° Cette culture est petite, comme l'indique déjà le tableau ci-dessus. Suivant les statistiques du recensement officiel de 1891, les propriétés à
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[atrin] L'HABITANT DE SAINT-JUSTIN 148
Saint-Justin, ou si l'on veut les exploitations, car ici presque invariablement les unes sont l'équivalent des autres, se répartissaient comme il suit :
De 10 acres ou moins... 40 De 11 à 50 acres............,,...,.…. 44 De 61 à 100 acres................. 61 De 101 à 200 acres... ............, 86 De plus de 200 acres........ ...... 6
2° Cette culture est familiale, c'est-à-dire que le travail se fait en famille, sous la direction du père, et quo le personnel de l'exploitation se confond d'une manière presque absolue avec celui de la famille même. Ces familles se composent très souvent de deux ménages, celui du père, celui de son üéritier. Parfois même la famille comprend plus de deux ménages, mais rarement et transitoirement. En 1886, j'ai compté à Saint-
Justin :
138 familles de 1 ménage,
78 2 ménages, 8 «6 «6 3 6 2 CL 66 4 (0
soit, 188 ménages groupés contre 138 isolés,
Pur l'entremise du curé de la paroisse, je fis la connaissance d’une de ces familles ; j'eus soin de me faire indiquer un type prospère, mais non exceptionnel, et j'en fis le sujet d'une étude toute particulière,
En 1886, la famille Casaubon comprenait douze personnes :
L6:pôrE uses ssrcmercéss Louis Casaubon ..... ............ 61 ans La mère ...... ............,,.., Célina Wolff,........,.,..,....... 55 ‘‘ , Marguerite Casaubon ......... . 74 ‘ DR ODIB cs rca tenree ns {3 ulie Casaubon .................. 55 ‘ L’'héritier ....,.....,. ........., Charles Casaubon........ ....... gt LEDs osacs. sense Adéline Gagnon.....,..........., 24 Philomène Casaubon............. 25 ‘‘ Les enfants vivant au foyer.. HN ST DS AT : 7" Ovide D iii 10 ‘* Les enfants travaillant hors f Edmond UE RSR CORTE 19 ‘‘ du foyer ........,.....,.,, \ Joseph " Ne nTe 22 ‘
Il faut mentionner, en outre, Louis Casaubon, fils, l'aîné des enfants, agé de vingt-neuf ans, marié et établi à son compte au village de Saint- Justin, mais que des liens étroits rattachent encore à la famille paternelle,
3° Or, ce groupement nombreux et varié dans sa composition a pour premier objectif, comme nous allons voir, de tirer de l'exploitation de son domaine rural et de diverses industries accessoires, par le travail en commun de ses membres, tout ce qui est nécessaire à la subsistance du groupe, au maintien du domaine et de la communauté et enfin à l'établissement au dehors de ceux des enfants qui seront appelés à se séparer du groupe. En science sociale, on distingue sous le nom de quasi-patriarcale cette
Sec. I. 1898, 10,
organisation de la culture et de la famille, parcequ'elle reproduit, quoique imparfaitement, beaucoup des traits de la famille patriarcale pure des pays de l'Orient,
4° Cette culture quasi-patriarcale est, de sa nature, mixte et vivrière, c'est-à-dire qu'elle embrasse un grand nombre de productions, mais toutes dans une mesure restreinte, celle des besoins de la famille.
En 1886, les Casaubon exploitaient 129 arpents et 10 perches de terre, savoir :
50 arpents et 40 perches en céréales et cultures ménagères,
4 en foin, en pâturages, “4 70 perches en bois,
Des 50 arpents en céréales et cultures ménagères, 23 formaient partie du domaine principal attenant à l'habitation, dans le ‘“ rang” ou la concession de l’Ormière ; terre de consistance plutôt légère que forte, sorte de moyen terme entre le sable de la bordure montagneuse et les argiles de la partie sud de la terrasse, Les 27 autres arpents de céréales étaient répartis en deux morceaux, l'un de 7 arpents, l’autre de 20, situés dans la concession de Trompesouris, à 1 mille environ de l'habitation ; terre argileuso,
Le jardin potager occupait devant la maison un espace restreint, pas même un quart d'urpent, La fümille y semait les oignons, carottes, betteraves, concombres et choux pour sa propre consommation, Le houblon croît sur le talus qui borne le jardin au midi. Quelques pruniers, pimbinas (viornes), groseillers formaient tout le verger, que l’on se proposait d'embellir de quelques pommiers. La famille consacre, en outre, une journée dans l’année à la cucillette des framboises et des bluets (airelles) sur la montagne. Les pommes de terre couvraient en 1886 deux demi-arpents à l’autre extrémité du domaine principal. Tout à côté du jardin potager, j'observai une petite plantation de tabac, dont on comptait retirer 100 livres de feuille. Le lin occupait un huitième d’arpent.
Le maïs, l'orge et le sarrasin n’occupaient que des parcelles variant de un huitième d’arpent à un arpent et quart. De 1882 à 1892, les Casaubon ont récolté une moyenne annuelle de 20 minots d'orge et de 15 minots de sarrasin. Même le froment, qui couvrait en 1886 un peu plus de G arpents et donnait 91 minots,' n’est cultivé que pour les besoins domestiques. La moyenne de cette récolte dans les dix ans précités a été de 65 minots. L'avoine et la gaudriole (mélange de pois et d'avoine, comme il est dit ci-dessus) sont les cultures les plus importantes, et le rendement annuel moyen dans les dix années 1882 à 1892, a été pour la famille de 350 à 400 minots. Casaubon vend chaque année une petite
1 Le minot est l'ancienne mesure française que l'habitant n'a pas cessé d’employer. Il équivaut à 39 litres du système métrique actuel, tandis que le boisseau, ou bushel anglais, adopté par le recensement, équivaut à 37 litres seulement.
ne es
de
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quantité d'avoine, mais de beaucoup la plus grande part de cette récolte, ainsi que la paille de toutes les céréales et le son de blé sont consommés par son troupeau,
Des 14 arpents de prairie, 1 arpent se trouvait tout à côté de l'habitation, parcelle enclavée entre le chemin public et le ruisseau de l'Ormière qui borne lu terre à l'ouest; 1 autre se trouvait dans la concession de Trompesouris déjà mentionnée ; les 12 autres arpents étaient situés à la baie Bélair, sur le fleuve Saint-Laurent, à 6 milles de l'habitation. En 1886, ces 14 arpents rapportaient 2,500 bottes (soit 18 à 19 tonnes) de foin destiné à l'alimentation du troupeau de la famille.
Des 29 arpents de parc ou pâturages, 17 étaient sur le domaine principal attenant à l'habitation et 12 sur la terre de Trompesouris. Le troupeau permanent comprenait 3 chevaux, 24 poules, 4 porcs, 18 moutons, 10 bêtes bovines. De plus, le croît annuel de ce troupeau, soit, 12 poules ou poulets, 14 agneaux ou moutons, 6 cochons, 3 bêtes bovines, et plus rurement 1 poulain, après avoir séjourné pendant un temps sur les pâturages et dans les étables, était vendu ou abattu pour consommation domestique. Ce troupeau pourvoyait en même temps la famille de certaines denrées : les œufs, dont elle recueillait à peine la quantité suffisante pour son propre usuge ; la laine des moutons, 45 livres ; le lait des vaches, ‘lequel, à part de ce qu'il s'en consommait à la maison, donnait un excédent d'à peu près 10,000 livres pendant l'été. Cet excédent livré à la fromagerie du village rapportait 80 dollars.
5° Cette culture vivrière a pour complément de nombreuses industries et fabrications domestiques. Quelques-unes de ces fabrications ne font qu'élaborer les produits mêmes de la culture. Au premier rang viennent le filage et le tissage. En 1886, 18 ou 20 bottillons de lin furent soumis par les femmes de la maison aux opérations préparatoires du hâlage, du broyage, de l’‘“ écorchage ” ou espadage, du peignage, du tilage et du blanchissage. Quarante-cinq livres de laine, désuintées à la maison, puis portées à l'usine de Karl, sur la rivière Maskinongé, pour être cardées, ont aussi été filées dans le courant de l'hiver par la mère, les deux tantes, la bru et l’aînée des filles, sur leurs rouets à pédale. Des 45 livres de laine, 18 ont été teintes, toujours au foyer.
Du fil de lin ou de laine ainsi obtenu, une petite quantité a été laissée en cet état ; une autre a été tricotée ; mais la plus grande partie a été mise sur l’ourdissoir, puis sur le métier à tisser, et convertie par la mère, ses deux filles et sa bru, en toile, flanelle, étoffe et drap. Il n’y a eu de fait hors du foyer que le pressage et le foulage des étoftes. La couture et lo tricotage complètent les travaux précédents et permettent à la famille de se pourvoir directement de son linge de ménage, draps de lit en toile .ou en flanelle, nappes et essuie-mains en toile, dont les belles douzaines s'empilent dans les armoires. File se pourvoit aussi elle-même de ia plupart de ses vêtements de travail, Les femmes ne tissent pas et
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ne cousent pas seulement pour les besoins de la famille. Elles font sur
commande des vêtcraents en ‘* étoffe du pays ”. La mère vend des courtespointes mi-laine mi-coton, garnies de franges. Philomène confectionne Î de grands châles en laine et de grands couvrepieds en coton ou en 4
indienne, ainsi que des ‘catalognes ” (tissu de retailles) qui servent in- + différemment de tapis pour le plancher ou de couvertures de lits. É.
Au temps de la moisson, la vieille tante Marguerite, aidée de Julie et de Philomène, recueille les plus beaux brins de paille de froment et en fait de longues tresses, qu'elle passe ensuite entre les rouleaux d’un petit pressoir. Deux cents brasses sont ainsi tressées chaque année. Puis Julie en confectionne des chapeaux pour tous les gens de la maison.
Avec les débris des animaux abattus, la famille fait sa provision de chandelle de suif et de savon. Les peaux de vaches, de veaux, de moutons, sont portées chez le tanneur. Ce cuir sert ensuite à la réparation des harnais ou à de menus ouvrages de cordonnerie. Les peaux de mouton leur servent à confectionner des mitaines de travail ou des genouillères. 11 n'y a que pour les chaussures que l’on s'adresse au cordonnier du village. Enfin, du poil des porcs abattus, la mère Casaubon
confectionne des étrilles, brosses à poêle, brosses à hardes et pinceaux à ‘4 blanchir. La mouture des grains ne se fait pas à la maison. Seul le À maïs est quelquefois, en petite quantité, concassé au foyer, à l’aide d’un HE pilon garni de têtes de clous.
Les 35 arpents de bois possédés par les Casaubon et situés sur la montagne, à 4 milles de l'habitation, fournissent la matière première de plusieurs industries domestiques importantes. Ils fournissent d’abord le bois de chauffuge. Chaque année, à la Toussaint, les hommes emploient cinq à six jours, sur leur terre de la montagne, à débiter en bois de poêle les ‘EH arbres qui sont tombés ou qui ont séché sur pied. Plus tard, sur les bons L. ai pes chemins d'hiver, ils transportent ce bois à la maison. Outre les 25 cordes É qu'ils brûlent pour les usages domestiques, ils recueillent bien 12 à 15 cor-
des qu'ils vendent.
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FH 1} { La terre à bois fournit aussi le sucre et le sirop. Une partie, en effet, ® ! est en érablière. Pendant le mois qui termine l'hiver et précède immé- Ce! diatement les semailles, les hommes se transportent sur leur ‘“sucrerie ” J pratiquent une incision au pied de chaque érable, introduisent dans chaque incision une ‘“goutterelle ”, recueillent dans des seaux la sève qui s'écoule
chaque matin à la suite du dégel ; puis, dans une hutte, ou “ cabane à sucre”, et au moyen de vases et ustensiles fort simples, ils font passer cette
à 1} eau sucrée par les divers degrés de condensation : “réduit ”, sirop, “tire”, . | ER sucre. Quelques familles retirent des sommes assez rondes de la vente de :: " ! l'excédent du sucre et du sirop de leur fabrication. Mais les Casaubon, 3 il dont la sucrerie ne comprend qu'une assez faible proportion du véritable 4 11]
érable à sucre et consiste surtout en plaines, ne font que la quantité à peine suffisante pour leur usage,
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