‹ L'habitation byzantine (volume 2)Chapitre 2 sur 8 · QUARTIER DE STAMBOUL · texte numérisé non relu

QUARTIER DE STAMBOUL

Il est difficile d'indiquer d'une manière exacte combien il subsiste, à Stamboul, d'anciennes maisons construites suivant la tradition b3'zantine. On pourrait en compter une cinquantaine, soit dans les rues, soit dans les enclaves du Grand- Bazar; peut-être en existe-t-il davantage, mais elles échappent, dans ce cas, aux observations des promeneurs, toujours surveillés par une population soupçonneuse et fanatique.

Ces édifices ne peuvent être très anciens, car les sièges, les incendies et les tremblements de terre n'ont presque rien épargné en dehors des églises. Aussi cro3'ons-nous justifiée l'opinion admise, que tous les édifices importants ont été construits après la conquête, par des architectes grecs, d'après les traditions si tenaces de leur race en art et en architecture. Plus tard, et surtout de nos jours, sont intervenus des architectes italiens et même français et allemands, qui ont complètement modernisé le style, mais jamais, croyons-nous, on n"a eu à signaler l'intervention des Turcs naturellement rebelles aux études scientifiques.

Les constructions anciennes sont caractérisées par l'appareil des murs, qui comprennent des lits alternés de pierres et de briques avec joints cimentés en relief: un lit de pierres correspond généralement à deux lits de briques. Parfois les murs sont stuqués et couverts de bandes à dessins géométriques en léger relief, rappelant d'une façon frappante les motifs de la décoration de iVlelnic. Les fenêtres sont ogivales, mais avec une légère indication d'accolade et avec tympan plein. La maison de Koum-Kapou froî?'

page 5) et la douane (voir planche IV) ont seules des fenêtres à plein cintre. Ces tympans portent assez souvent, en relief, des dates et des dessins géométriques dont nous donnons ci-contre quelques exemples.

Les étages sont généralement en encorbellement et présentent une disposition typique en crémaillère dont nous retrouverons des exemples dans les Khans de Galata, qui passent pour avoir été construits avant la conquête. Dans ce système, de chaque chambre du même étage on pouvait voir ou tirer dans deux directions différentes. C'est le triomphe de la méfiance ou de la curiosité. Le système à crémaillère est d'un usage constant en fortification pour flanquer les angles saillants. On en trouve deux exemples dans les photographies que nous reproduisons des maisons de Stamboul (voir planches 11 et IV) et de Galata (maison génoise, rue Perchembé-Bazar, planche X et page 17).

En principe, les panneaux des portes et les volets des fenêtres sont en fer. L'emploi du fer doit être considéré surtout comme une précaution contre les incendies si fréquents à Constantinople.

Les toits sont presque tous à batière et couverts en tuiles, les corniches supérieures du bâtiment sont généralement à trois rangées de briques disposées en dents de scie, comme dans nos maisons romanes et la plupart de nos habitations rurales modernes.

Maison de Koum-Kapou. — Cette maison, située le long de la voie ferrée, à 800 mètres environ à l'ouest de la station de Koum-Kapou, à l'intérieur de Stamboul, passe, d'après la tradition, pour être la plus ancienne maison byzantine de Constantinople. Toutefois, l'examen des matériaux, surtout du ciment, a persuadé M. Benj. Paluka qu'elle n'est pas byzantine. Elle est intéressante par les fenêtres à plein cintre et le balcon couvert de son premier étage, analogue à celui de Tekfour-Seraï. Elle ne comprend, à chaque étage, qu'une pièce voûtée, de dimensions médiocres (4™, 50 sur 6'"), dont les fenêtres s'ouvrent sur une des petites façades, celles que surmonte le pignon. Elle était attenante à un bain turc, construit comme elle, et détruit

par un incendie. La salle du premier étage, où l'on pénétrait par derrière, servait alors de vestiaire'.

La douane de Stamboul (voir planche IV) a des fenêtres à plein cintre comme la maison de Koum-Kapou.

Vizir-Khan. — Ce Khan est le plus ancien de Stamboul et date du xv' siècle. Nous en donnons deux vues.

Buyuck-ieni-Khan ou Caisse d'Epargne. — Ce vaste édifice a été construit au xvii'= siècle. Nous donnons une vue des galeries prise de l'intérieur de la cour principale. Trois côtés du bâtiment sont à arcades à plein cintre, y compris le côté de l'entrée. Les chambres de chaque étage débouchent sur les galeries et prennent généralement le jour par les fenêtres du mur ancienne maison byzantine de kou.m-Kapou

extérieur. L'escalier est situé

sous les galeries, à droite en entrant, et dessert chaque étage. L'intérieur de ce khan rappelle assez bien les pandocheia de Sj-rie et spécialement les couvents du Mont-Athos. L'extérieur est à crémaillère.

Bazar Egyptien. — Ce bazar, de même que la plupart des bazars de Stamboul, possède de grandes et belles voûtes en berceau, avec fenêtres latérales au bas des voûtes, rappelant en plus grand la galerie qui mettait en communication, à Rome, le palais du Palatin avec le Colysée. Nous ne le décrirons pas. Nous nous contenterons de signaler, en haut d'une tour du Bazar, une sorte de roue en briques, analogue aux décorations extérieures de i\lelnic (voir planche III).

L'une des portes du Bazar Egyptien est surmontée d'un balcon cou-

' Nous devons ces renseignements à l'obligeance du R. P. Petit.

Planche l

STAMBOUL : VIZIR KHAN Cour intérieure (xv' siècle)

STAMBOUL ; VIZIR KIIAX Entrée de la rue Djemberli tach fxv^ siècle)

Planche H

STAMBOUL : BL'YLCK-IENI-KHAN (Cai;=c depai-nc \"ue intéiieuie ixvn'= sièclej

STAMBOUL : BUYUCK-IENI-KHAN (Caisse d'épargne) Façade (xvii'= siècle)

Planche III

STAMBOUL : PORTE DU BAZAR ÉGYPTIEN Rue Ketendjiler Kapou-tou

STAMBOUL : KHAZNEDER KHAN Rue Tarouk-Bazar

vert, probablement destiné à la surveillance ou à la défense. Cette même disposition se retrouve dans la plupart des khans, et spécialement à Vizir- Khan (voir planche I).

Avant de quitter Stamboul, nous signalerons les ruines d'anciens bains particuliers byzantins qui ont été étudiés par M. Benj. Paluka'. Ces bains auraient appartenu à un palais du x' siècle, restauré au xiv=, ainsi que l'indiquent les briques portant les marques de Romain Lacapène (x' siècle) et d'Andronic II ou d'Andronic III (xiv' siècle). La reproduction que nous

(D'après M. Benj. Paluka)

donnons ici de deux des croquis de cette étude rappelle assez bien les dispositions des bains turcs. La salle principale est ornée de colonnes et de niches. Le bassin XII serait une grande piscine.

Page 1