BYZANCE ET LA MAISON SYRIENNE
Nous suivrons, dans ce chapitre, le magnifique ouvrage de M. le comte de Vogue sur L' Architecture civile et religieuse^ du I" au VI' siècle, dans la Syrie centrale Les villages explorés par le célèbre écrivain offraient l'avantage inappréciable de se trouver sur les limites du désert, à bonne distance des côtes de Syrie et, par suite, en dehors du passage des armées, des assauts et des pillages.
Ces villages ont été abandonnés en bloc par les habitants, au moment de l'invasion musulmane au vu" siècle, et n'ont plus été habités depuis. Les ruines se sont merveilleusement conservées dans ces climats secs où l'absence de bois a forcé les premiers habitants à construire leurs maisons en pierre, et à remplacer les volets et les planches par des dalles de pierre; les incendies et les intempéries ont donc eu peu de prise sur elles.
La maison sjrienne dérivait en partie de la maison ég}'ptienne du II' siècle de notre ère. Celle-ci était carrée, à un ou deux étages. Au milieu se trouvait une cour autour de laquelle étaient disposés tous les appartements. Nous en donnons, ci-dessous, deux spécimens, d'après Schultze.
En Syrie, les habitations du m' siècle étaient construites sur un plan à peu près semblable ; elles comprenaient un ou plusieurs corps de bâtiments à deux ou trois étages, avec galeries extérieures, disposées autour d'une cour centrale. L'un des côtés était consacré à l'habitation des maîtres; au rez-dechaussée se trouvaient une salle de réception, des chambres pour les hommes; le premier étage était réservé au harem, c'est-à-dire aux femmes et aux enfants. Les autres bâtiments comprenaient les chambres des domestiques, les magasins, les écuries. « Dans les grands « ensembles, dit M.Milu let, cette rangée de bail timents se développe, « â l'image de l'ancienne « maison égyptienne, sur « trois ou quatre côtés de (( l'enceinte carrée ; on « la retrouve dans les
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Maisons ég après Schultze, Archéolog
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(( palais de Dioclétien, à Spalato et en S^-rie, vers le milieu du vi° siècle, « dans le château de Kharbet el Beida. C'est sur ce plan que furent cons- « truits les monastères et c'est avec raison que M. Schultze les rattache « aux maisons de l'Ég^'pte, le berceau du monachisme. »
Toutefois, il convient de ne pas oublier que les spécimens de maisons que nous allons décrire et qui correspondent tous à la période comprise entre le in" siècle et le commencement du VI^ période de gestation de l'art byzantin, étaient des villas servant de centres à de riches exploitations agricoles, des hôtelleries, enfin des maisons particulières de petite ville auxquelles l'espace n'était pas mesuré. Il est probable qu'à Constantinople les rues étaient plus étroites et les maisons plus élevées, enfin que chaque maison de rapport était occupée par plusieurs familles.
Nous avons choisi, au milieu de nombreux exemples d'habitations ■donnés par M. de Vogué, les tj'pes les plus intéressants.
Maison à Amrah (lit et IV' siècles). — Cette maison est encore habitée de nos jours par le scheick de la localité. Elle permet de recevoir de nombreux voyageurs et remplace un peu, dans les pays déserts, les hôtelleries absentes. Nous en donnons un plan, une coupe et une vue cavalière.
On entre par une porte cochère B, dans une cour C, de lo mètres de côté. La porte est flanquée d'une tour mirador à trois étages, dont le rezde-chaussée servait de loge au portier. La cour est entourée de trois côtés, par les deux étages du bâtiment principal. Au milieu de ce corps de logis on trouve une grande salle S, de 7 mètres sur 8 et de 8 mètres de hauteur, supportée par une arcade, visible dans la coupe, qui occupe en hauteur les deux étages de la maison.
C'est la salle de réception. Au rez-de-chaussée se trouvent trois appartements composés chacun de deux pièces, dont une chambre à coucher a, d'une disposition toute particulière ; au fond de chacune de ces chambres a se
Maison d Amr
trouve une salle un peu exhaus- (Resiu
Maison de Serdjilla {x" siècle) (D'après de VoGiiÉ, Arckil. av. et rdig. dans la Syrie centrale)
El R\bah (v siocle) (D'après de Vogué, Archit. civ. et relig. dans la Syrie centrale]
DU IV" AU Vl" SIÈCLE 35
sée au-dessus du sol, couverte par une voûte en berceau très soignée, avec une niche au centre : c'est une alcôve destinée au lit et qui a deux mètres en tous sens. A ce cubiculum est attenante une autre pièce entourée d'armoires, c'est-à-dire de petites niches pratiquées dans l'épaisseur du mur et divisées en raj'ons par des tablettes de pierre. Cette disposition un peu pompeuse de chambre à coucher se retrouve dans les maisons riches de Damas de l'époque actuelle. Quant aux armoires en forme de niches, elles sont d'un usage courant en Perse, en S3Tie et dans le nord de l'Afrique ; nous verrons plus loin que leur usage n'avait pas paru indigne du palais de Constantin Porphyrogénète, à Constantinople.
Outre ces trois appartements, il existait d'autres pièces servant de salles pour les étrangers et de magasins. Au-dessus de ces pièces sont disposés les appartements des femmes et des enfants, auxquels on accède par un escalier o. Un corridor c sépare les appartements des maîtres des dépendances contenant les chambres des domestiques, les cuisines et les écuries. Un escalier extérieur e conduit aux chambres des domestiques. Quant à l'écurie E, qui peut contenir onze chevaux, elle a 8 mètres sur 6. Les chevaux sont placés dans les bas côtés, dont les murs sont percés de baies rectangulaires contenant les mangeoires et donnant sur la salle centrale. Cette maison est entièrement en pierre, les plafonds sont formés par des dalles-
M. de Vogué fait remarquer que le trait principal de cette habitation est la grande salle centrale qui correspond à l'ciVoç des maisons grecques, où se tenaient les réunions de famille, où se donnaient les repas, où se pratiquaient les devoirs de l'hospitalité. Les fenêtres étaient peut-être en pierre ou en plâtre ajouré, ainsi que cela existe encore dans les maisons arabes. Les portes, par suite de la rareté du bois, étaient en pierre. Elles étaient à un ou deux battants; leurs moulures imitaient les moulures des portes en bois.
l'illa de Serdjilla (V" siècle). — Cette maison constitue un excellent exemple de la maison à étages. C'est l'habitation la plus usuelle ; elle comprend un bâtiment â portique aj'ant un rez-de-chaussée et un premier étage. Trois chambres de maîtres se trouvent au premier étage et sont desservies par la galerie supérieure. Au rez-de-chaussée se trouvent trois chambres identiques, probablement destinées aux hommes, le premier étage étant réservé aux femmes.
Maison d'El Rabah (V" siècle). — Grande villa dont nous ne donnons que la vue cavalière. La porte d'entrée est en A, avec loge de portier. Le bâtiment central B est la salle de réception, suivant l'usage grec; le
Balcon (vl- siècle) (D'après de Vogué, Arcliit. civ. et relig. dans ta Syrie centrale)
DU iV AU VI" SIÈCLE
pavillon annexe C est la salle à manger. Le pavillon D serait la cuisine et le cellier. Les bâtiments E et F sont les maisons d'habitation, distribués comme dans la villa de Serdjilla. Les planchers et les toits étaient en bois.
Les villas que nous venons de décrire sont plutôt des maisons rurales, celles dont nous allons parler présentent plus spécialement le caractère des maisons urbaines. Elles se trouvent à Serdjilla et à Refadi. Disons de suite que les façades extérieures des habitations qui donnent sur la rue ne possèdent que de rares fenêtres, parfois un balcon (pp. 37-38) ou, plus exactement, des moucharabies, mais jamais de portiques. La façade intérieure est, au contraire, à portiques et donne sur une cour entourée de bâtiments secondaires consacrés aux dépendances, aux chambres de domestiques et aux écuries. Les dépendances n'ont souvent qu'un rez-de-chaussée. Cependant il en existe un assez grand nombre qui ont des portiques surmontés d'un étage. Les escaliers sont extérieurs, généralement dans l'angle des portiques et abrités; nous en donnons un dessin (p. 36).
La maison principale est à deux ou trois étages, c'est-à-dire à un rezde-chaussée et deux étages. Mais, en général, les maisons particulières n'ont qu'un étage au-dessus du rez-de-chaussée. Les hôtelleries religieuses ou Pandocheipn et les monastères ont seuls plusieurs étages. Dans ce cas, la hauteur des étages va en décroissant.
Maison de Serdjilla (V'' siècle). — Nous donnons, à la page suivante. un essai de restitution de l'une des maisons de cette bourgade dont tous les éléments existent encore sur le terrain et où le dessinateur s'est contenté de replacer le toit et de compléter les colonnades.
Maison de Refadi (Vt siècle). — On remarquera dans cette maison les volutes qui soulignent les contours de la galerie supérieure. Beaucoup de ces maisons, datant de l'ère chrétienne, portent des inscriptions pieuses ou le monogramme du Christ au-dessus de l'entrée. Celle de la maison de Refadi est particulièrement touchante : « Seigneur, bénis notre entrée et notre sortie. Amen. »
Laplus grande maison de ce genre, citée
(D'ap
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