‹ L'habitation byzantineChapitre 13 sur 58 · J444-J-JJ · texte numérisé non relu

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par M. de Vogué, est une maison de Deir'-Sema'n. Elle a un rez-de-chaussée et deux étages. Chaque étage est muni d'un portique extérieur. Une grande salle occupe tout le premier étage; elle est bordée de portiques intérieurs et coupée en son milieu par une file de colonnes qui porte une architrave sur laquelle s'appu3aient les maîtresses poutres du plancher. Le deuxième étage était construit de la même manière. Ce système permettait de doubler la portée des poutres.

Portiques. — Les rues des villes étaient garnies de portiques. Nous savons, par des textes qui remontent aux premiers siècles de notre ère, combien l'usage en était répandu en Syrie. Ces portiques, £;j.,î;a:i, abritaient les hommes contre les intempéries ou les ardeurs du soleil. Nous les rencontrons dans la belle mosa'ique de Sainte-Pudentienne, au-dc^•ant de la ■croix gemmée du Golgotha masquant en partie, au second plan, suivant l'hypothèse très plausible de M. Ajnalov, une vue de la Jérusalem antique. Nous trouvons des exemples nombreux de rues complètes dans la célèbre carte géographique de Medaba, dont nous reproduisons ci-après (p. 42) quelques fragments, d'après une aquarelle de la Société impériale orthodoxe de Palestine.

A Jérusalem, les principales rues modernes suivent encore le tracé du plan de la carte. Une des villes de la Syrie centrale, 31oudjeleia, a conservé un de ces portiques (p. 43). La maison, pourvue d'une loggia à un de ses angles, est séparée, comme le montrent les plans de Medaba, par un espace libre, une sorte de cour. A Constantinople, ces portiques étaient souvent indépendants et couronnés de statues ; parfois aussi ils faisaient corps avec les maisons qui bordaient la rue et constituaient un ensemble qui devait avoir une vague et modeste analogie avec notre rue de Rivoli. Les rues à portiques ou arcades sont, du reste, d'un usage fréquent encore de nos jours dans les cités de Turquie, de l'Afrique du Nord et, en général, dans tout le bassin de la Méditerranée, à commencer par l'Italie.

Qui ne connaît les rues à arcades de Tunis, Alger, Gênes, Turin, Venise, Bologne, etc.?

Ces galeries couvertes correspondent à des nécessités climatériques, ainsi que nous l'avons dit, et se prêtent non seulement aux longues flâneries des habitants en dehors du « home », aux heures chaudes de la journée, mais encore et surtout à l'étalage des marchandises précieuses et spécialement des étoffes de couleur.

Suivant toutes probabilités, les portiques de Constantinople étaient à plein cintre et cela par la raison que ce s}'stème, qui était conforme au

Fragments de la carte en mosaïque de Medaba

D'après une aquarelle de la Société orthodoxe de Palestine (Exenrple de rue à portiques)

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Style général de l'époque, se prêtait à merveille à l'emploi de la brique et des petits matériaux en usage dans la capitale de l'Orient.

MouDjELEÏA (rue avec portiques couverts) vi^ siècle (D'après de Vogué, Archit. civ. etrelig. dans la Syrie centrale!

Les vignettes du manuscrit de Skylitzès, qui datent des x" et xi" siècles, et dont nous donnons de nombreux exemples plus loin, indiquent nettement cette forme. Elles ne constituent pas une preuve absolue, car le x^ siècle est loin du VI^ mais bien un indice sérieux qui tire toute sa valeur de la stabilité des styles en Orient.

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Hôtelleries. — Il nous reste à parler des monastères et des hôtelleries du Vf siècle. Les vestiges en sont nombreux. L'hôtellerie ordinaire, c'est-à-dire l'auberge, n'était guère plus grande que les maisons particulières et était construite sur le même plan, mais les grandes hôtelleries qui avoisinaient les pèlerinages, assez semblables ^i nos hôtelleries modernes de pèlerinages célèbres, situés en dehors des localités importantes, prenaient parfois des

(D'après de Vogué, Archit. civ. et relig. d^ms la Syrie centrale)

proportions monumentales. Nous citerons le Pandocheion ou hôtellerie ecclésiastique de Tourmanin. Ce bâtiment, dont nous donnons (p. 46) une partie du plan^ avait deux étages de portiques sur toutes ses faces. Chaque étage ne comprenait qu'une seule salle de 25 mètres de long. Un pavillon central et deux pavillons d'angle se détachaient en saillie. Les cages d'escalier étaient formées de monolithes superposés ; l'escalier était probablement en bois. Le pavillon central servait peut-être de triclinium, comme à El-Rabah.

La façade de cet édifice, avec ses colonnades et ses trois pavillons en saillie, devait produire grand effet. Nous retrouverons plus tard, à partir du x" siècle, de nombreux exemples de bâtiments flanqués à leurs extrémités de pavillons en saillie, mais dépourvus de colonnades et donnant tout à fait l'impression de nos châteaux modernes.

Nous offrons ici une restitution du Pandocheion de Deir'-Scma'n. La restitution que nous proposons est la reproduction complète des ruines de l'un des bâtiments du Pandocheion de cette localité. Il nous a suffi de rétablir le toit, dont les corniches sont encore très visibles, et quelques

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piliers. Les seules adjonctions que nous nous soj'Ons permises sont les balustrades des premier et deuxième otages, que nous avons empruntées à des maisons de la même époque du village de Serdjilla. Ces balustrades existaient partout en pierre, et il n'est pas admissible que dans la seule maison de Deir'- Séma'n, élevée de trois étages, elles aient été supprimées au grand détriment de la sécurité des pèlerins. Peut-être,

{D'apvès de VoGiié. Archtl. civ. et reli^'. d,ii:s la Srrie cenlrnlej j •'Il

■ • dans ce cas spécial, les

balustrades des premier et deuxième étages étaient-elles en bois ainsi que l'escalier ? Ce détail a peu d'importance, car ces deux formes de balustrades étaient emploj'ées simultanément, à cette époque.

Des bâtiments semblables existaient certainement à Constantinople, avec cette différence toutefois que les plates-bandes devaient être remplacées par des arcades à plein cintre. Plusieurs bâtiments des couvents de l'Athos nous fournissent des exemples de cette disposition.

Monastères. — Huant aux monastères, ils avaient, en principe, ainsi que nous l'avons dit, une enceinte carrée, sur les quatre faces de laquelle étaient disposées les cellules.

Dans le monastère de Saint-Siméon-Stylite, dont nous donnons un plan horizontal, deux faces et demie seulement étaient occupées par le couvent. Dans notre dessin, H est une vaste salle à deux étages, L un couloir mettant en communication toutes les cellules, M un magnifique portique à trois étages superposés, qui décorait la façade de 30 mètres de long d'une maison d'habitation affectée probablement au supérieur de l'établissement. Il est à remarquer que le troisième étage des portiques est toujours moins élevé que les deux autres.

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(D'après de Vo

Cette forme carrée des monastères, renouvelée des formes égyptiennes, est assez typique, et nous la retrouverons en Grèce, au monastère de Daphni, construit au v'' ou au \'i' siècle, et situé à dix kilomètres d'Athènes.

L'enceinte est un carré légèrement irrégulier, d'un peu moins de 100 mètres de côté, formant rempart et flanqué de tours. La courtine est épaulée par des pieds droits liaisonnés avec elle et portant des arcades. A l'intérieur, un chemin de ronde longe les créneaux.

« Les petites salles rectangulaires u (2 m. 70 sur 3 mètres au nord et « 2 m. 83 sur 2 m. 80 à l'est), de l'angle i< nord-est, adossées au mur, s'ouvraient, comme les pièces des maisons « syriennes, sous un portique dont le soubassement subsiste par places. « L'édifice avait un premier étage qui a laissé des traces au mur, et sans « doute un double portique décorait toute la façade; un triple portique i( analogue reste en place dans les ruines de Saint-Siméon-Stylite. Ces « portiques de façade se sont conservés avec un caractère plus ou moins K architectural dans les monastères grecs jusqu'aux époques les plus c( récentes. . . .

On peut assez bien se rendre compte du plan du vi" siècle d'après les ruines actuelles. « Près de l'entrée un grand bâtiment, s'étendant sur toute <( la largeur de l'enceinte, recevait les services publics du monastère : hôtel- <( lerie, hôpital, asile et peut-être école. En le traversant par un spacieux « vestibule on arrivait en face de l'église et l'on trouvait à gauche la salle « d'honneur ; au delà de cette salle et .sur le côté de l'église, une cour retirée, i( loin du mouvement des pèlerins, donnait accès aux cellules groupées à « l'ombre du monastère. Elles formaient un vrai cloître par lequel on « pouvait se rendre soit au Conseil, soit à l'office, sans sortir de la solitude... « Les cellules ne laissent pas que de surprendre. Le régime monas- '( tique était alors la vie commune. Aux termes des Novelles, les moines

la Syrie centrale)

4o L HABITATION BYZANTINE

« devaient non seulement manger, mais aussi dormir ensemble. Ils « n'avaient pas les vastes dortoirs que l'on construisit plus tard en Occi- « cident, mais ils se répartissaient en quelques salles spacieuses, telles « qu'en renferment encore les ruines de Saint-Siméon-St}-lite, d'Assouan « et de Tebessa ' . »

La digression que nous venons de nous permettre au sujet du monastère de Daphni a son importance, parce qu'elle nous permet de constater, au vi" siècle, la présence de monastères de construction semblable en S3'rie et en Grèce. L'influence de la Syrie est ici manifeste et nous pouvons en • conclure qu'à Byzance les monastères et beaucoup de maisons d'habitation étaient basés sur le même principe.

On s'étonnera peut-être de voir si peu de coupoles et d'arcades dans les villas ou monastères que nous venons de décrire. Cela tient à ce qu'en Syrie les habitants disposaient de carrières de pierres nombreuses à proximité de leurs demeures, permettant de tailler, sans trop de difficultés, d'énormes monolithes d'une portée suffisante pour l'écartement de leurs portiques ou de leurs plafonds. Nous avons vu toutefois que, dès le iif siècle, les Syriens n'hésitèrent pas à construire de grands arcs pour supporter les plafonds ou dallages des grandes salles (Amrah). Dans les églises, la nécessité de couvrir de vastes espaces a naturellement conduit de bonne heure à l'emploi constant de la coupole, mais on peut admettre que si, jusqu'au Vf siècle, l'habitation civile sj'rienne ne fit pas un usage plus fréquent de la coupole, c'est qu'elle n'en avait pas besoin.

A Byzance, l'éloignement des carrières, la nécessité de se servir de briques et de béton firent accueillir avec faveur les méthodes romaines avec cintrage, et surtout la construction persane, par tranches, qui permettaient de couvrir de grands espaces avec de petits matériaux.

L'église de Sainte-Sophie, construite de 533 à 537, par Anthemius de Tralle et Isidore de Milet, architectes d'Asie, d'après une géniale interpréprétetion des méthodes persanes, établit définitivement le nouveau style, dit style byzantin. Avant son apparition on ne construisait guère que des basiliques couvertes en charpentes ou bien des rotondes ou d'es octogones. Désormais, la coupole sur pendentifs devint la règle et, chose remarquable, cette règle fut appliquée immédiatement aux constructions princières et aux palais impériaux.

Il est douteux, toutefois, que ce mode de construction un peu compliqué et très onéreux, grâce aux revêtements de mosaïques de verre dont il

1 Millet, Le Monastère de Daphni, pp. 4 et suiv.

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réclamait généralement l'emploi, ait été élendu aux habitations ordinaires.

Les grandes fortunes, nous le savons, avaient, en majeure partie, disparu, dans le courant du v' siècle et les petites bourses qui les avaient remplacées ne devaient guère songer aux grandes installations luxueuses.

Aussi, pensons-nous que, dans la plupart des cas, la maison du rentier byzantin du vi' siècle était une simple maison de bois, comme de nos jours.

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