APERÇU GENERAL
Nous connaissons mal l'art de la période iconoclastique. La persécution atteignit dans ses sources vives la peinture religieuse, mais il est probable qu'elle favorisa l'art profane, car elle fit remplacer dans les églises les images saintes par des tableaux de genre ou des ornements. De plus, les rapports étroits avec l'Orient , où les iconoclastes puisaient leur inspiration et leur force, développèrent la technique des arts industriels : c'est à cette époque que l'émaillerie prit place dans les produits bj'zantins.
Aux ix°, x" et xi° siècles, grâce aux victoires et à la bonne administration des empereurs de la famille macédonienne, Byzance atteignit l'apogée de sa puissance et de son influence. Les revenus de l'empire atteignirent, à cette époque, 3 milliards de notre monnaie, et ceux de la ville de B^^zance seule 5 50 millions.
On conçoit sans peine que les arts de toutes sortes se soient singulièrement développés au milieu d'une prospérité pareille. Au point de vue architectural, la coupole continua à régner et à se perfectionner. Elle s'éleva désormais sur des tambours cjdindriques.qui lui donnèrent infiniment plus de légèreté. On ne saurait nier, en effet, qu'à l'extérieur, la calotte de la coupole de Sainte-Sophie ne présentât quelque lourdeur.
Au xiv*" siècle, la quatrième croisade et l'établissement des Latins en terre grecque n'amenèrent aucune modification importante dans l'architecture locale. Les Latins construisirent des églises et quelques palais dans le style
de l'Ile de France, tandis que les Byzantins continuèrent à suivre leurs anciennes formules. Les deux architectures restèrent juxtaposées sans se pénétrer. Toutefois il est certain, et les preuves en sont encore nombreuses, que les architectes latins confièrent aux mosaïstes bj'zantins la décoration des murs de plusieurs églises et qu'ils s'inspirèrent, à leur retour en France, de certains édifices de Syrie.
La prise de Constantinople en 1203, puis le pillage de la ville en 1204, ne contribuèrent certainement pas à maintenir à Byzance la suprématie dans le domaine de l'art. Ce fut un immense désastre.
La vue de la capitale éblouit d'abord les croisés : « Or, vous pouvez savoir, dit 'Villehardouin, qu'ils « regardèrent beaucoup Constantinople ceux qui « ne l'avaient jamais vue; car ils ne pouvaient « penser qu'il pût être en tout le monde une si « riche ville, quand ils virent ces hauts murs et « ces riches tours dont elle était close tout entour à « la ronde et ces riches palais et ces hautes églises « dont il 3' en avait tant que nul n'eût pu le croire « s'il ne l'eût vu de ses yeux, et la longueur et la ^j--~ « largeur de la ville qui entre toutes les autres était
TZip- « souveraine. Et sachez qu'il n'y eût homme si
« hardi à qui chair ne frémit. »
Ces premiers moments consacrés à l'admiration un peu naïve de nos compatriotes furent de peu de durée. Après un siège court et peu meurtrier, la ville fut livrée au pillage. Chaque nation eut son quartier à exploiter. Après quoi on forma de vastes dépôts et on en distribua le produit à toutes les troupes, au prorata du grade. Les chevaliers eurent 20 marcs et les simples soldats 5 marcs. Cela ne valait pas le voyage. Quant aux statues en bronze et en métal des belles époques de Grèce et de Rome, qui avaient échappé aux tremblements de terre et aux incendies, on en fît des gros sous, » de la monnaie noire », comme on disait alors.
Il existe à la bibliothèque de l'Arsenal une curieuse miniature de la prise de Constantinople, dans un manuscrit du xiv" siècle. Malheureusement,
-Marc ècle
DU VI" AU XV° SIÈCLE 55
tous les édifices ont été mis au goût du jour et représentent des maisons et des églises de stj'le ogival du xiv' siècle. Nous ne l'avons donc pas reproduit. Cinquante ans après les modestes répartitions de dividendes dont nous venons de parler, les Grecs rentrèrent dans Constantinople et trouvèrent la ville en ruines. Le fameux empereur Michel Paléologue ne put même pas coucher au palais des Blachernes, précédemment occupé par Baudoin, « parce que, dit la chronique, la malpropreté et la gourmandise des Latins, « qui faisaient des cuisines de tous les appartements, en avaient enfumé et « souillé les plafonds et les murailles ».
Constantinople était mûr pour les Turcs. Ceux-ci détruisirent le peu qui restait en 1453 et découpèrent les colonnes de marbre en rondelles pour en faire des pavés.
Toutefois, l'époque de Paléologue ne fut pas stérile. Sans doute, l'appauvrissement de l'empire interdisait les constructions luxueuses; la mosaïque et les riches appliques durent céder le pas à la fresque, qui finit par couvrir les murs des églises jusqu'au sol, mais, les mosaïques de Kahrié-Djami, les ruines de Mistra, les églises de Trébizonde et de l'Athos nous révèlent, dans cette même période, une sorte de renaissance artistique, qui, jusqu'aux recherches récentes de l'École française, avait échappé aux savants. Quant aux habitations, rien n'indique, en dehors de l'usage très fréquent de la coupole pour les palais impériaux et les constructions princières, qu'elles aient subi de grandes modifications dans la forme.
Les restes d'édifices profanes de cette période de neuf siècles, du vi" au xv% sont peu nombreux; les textes, les mosaïques et les miniatures nous renseignent mieux et peuvent nous donner une idée des habitations byzantines de l'époque.
Nous avons largement puisé dans ces documents.
Pour fournir à l'appui de
MOSQUÉ
Ancien édifice bâti (D'après Schlumbeiger : U
' Héraclius, vit- siècle nperew byianlhi, au X' .
nos démonstrations des images plus claires, nous avons rectifié nos croquis. C'est-à-dire que, sans ajouter aucun détail à la miniature originale généralement informe, nous avons pris la liberté de redresser un peu les lignes architecturales, suivant les règles de la perspective. Nous n'avons employé ce procédé que lorsqu'il ne pouvait y avoir aucun doute dans l'interprétation du sujet. Dans ce cas, le dessin est toujours accompagné de la mention : rectifié.