LES PALAIS
Palais impérial de Constantinople. — Le palais impérial, commencé par Constantin, en partie reconstruit et considérablement augmenté par Justinien, au ¥1*= siècle, et par ses successeurs jusqu'au x" siècle, appartient plutôt, dans son ensemble, à la période qui nous occupe. En l'étudiant à cette place, nous aurons l'avantage de pouvoir réunir dans le même chapitre le palais de Blachernes et le Boucoléon.
Les détails qui vont suivre sont empruntés en grande partie à l'ouvrage classique de Labarte : Le Palais impérial de Constantinople. Les conclusions de ce savant sont accompagnées d'un plan complet, bien que fictif, permettant de fixer les idées ; nous en donnons ici (p. loo) une réduction synthétisée et très simplifiée. Nous exposerons, du reste, en terminant ce chapitre, une h5^pothèse différente de celle de Labarte, qui fait mieux comprendre l'ensemble de ce groupe d'édifices. Disons de suite que la question ne sera tranchée d'une manière satisfaisante que le jour où l'on pourra faire des fouilles dans le vieux Stamboul et dans le voisinage de l'At- Meidan.
Ce palais présentait à la vue l'ensemble un peu incohérent de sept péristyles ou vestibules, huit cours intérieures, quatre grandes églises, neuf grandes chapelles, neuf oratoires ou baptistères, quatre salles de gardes, trois grandes galeries, cinq salles d'audience et de réception, dix
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DU Vl' AU XV' SIÈCLE lOI
appartements réservés à l'habitation personnelle de l'empereur et de la maison impériale, trois salles pour les repas, sept galeries et trois allées destinées à mettre en communication les diverses parties du palais, une bibliothèque, une galerie d'armes, une salle de trophées, trois terrasses à ciel ouvert, un manège, deux bains, huit palais particuliers, des jardins, un fort (Procope). Il était fortifié comme le Kremlin de Moscou, l'Alhambra de Grenade, le palais de Pékin, et s'étendait jusqu'à la mer de Marmara, à l'extrémité sud-ouest de Stamboul.
Sainte-Sophie D'après Bayet (Art byzantin I
Ce palais fut abandonné dans la deuxième moitié du xu' siècle par les empereurs qui fixèrent leur résidence, à partir de cette époque et jusqu'à la chute de Bj'zance, au palais des Blachernes, situé à l'extrémité orientale de la ville. Dès le xiv" siècle, le grand palais tomba en ruines, fut utilisé pour d'autres constructions et, trente ans avant la conquête des Turcs, c'està-dire en 1422, Buondelmonte, qui visita Constantinople, n'en trouva plus aucune trace.
La superficie du palais et de ses jardins ne dépassait pas celle du Louvre et du Jardin des Tuileries réunis et formait un triangle de 2,000 mètres de base sur 500 mètres de hauteur environ, le grand côté étant situé sur le bord de la mer.
Nous allons décrire successivement les principaux ôdiiices de ce groupe de palais, en nous basant uniquement sur les textes cités par Labarte, quelques sculptures, des miniatures, des peintures murales et deux anciens dessins des xiv° et xv° siècles.
Sainte-Sophie. — La célèbre et superbe église de Sainte-Sophie, le plus beau monument religieux, peut-être, qui existe au monde, touchait au palais, mais n'en faisait pas partie. Nous n'entrerons dans aucun détail au sujet de cette église, car nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé. Le dessin que nous en donnons (p. loi) suffira pour rappeler les souvenirs du lecteur très averti auquel nous nous adressons. Cet édifice, d'après Codin, aurait coûté 361 millions.
MlTATORlON DE SaINTE-SoPHIE,
(Manuscrit de Skylitzès)
Sainte-Sophie communiquait avec le palais. Au premier étage, au sud, un oratoire était réservé au prince. On l'appelait le Mitatorion. Skylitzès y figure Léon lisant un libelle qu'on a jeté sur sa route.
Augustéon. — La place de l'Augustéon était carrée, avec double rang de portiques garnis de statues; elle séparait l'église de Sainte-Sophie de l'enceinte nord du grand palais et formait une sorte d'atrium public. Ses dimensions étaient assez exactement celles de la place Vendôme, à Paris. Cette place existe encore, mais elle a perdu ses portiques. Au centre de ce forum se trouvait le Miiliaire, sorte d'arc de triomphe à arcades, point de départ de toutes les routes. On y remarquait également, mais plus près de Sainte-Sophie, une statue colossale, en bronze, de l'empereur Justinien à
DU VI° AU XV' SIÈCLE
cheval et en costume romain. Elle était assez médiocre à en juger par le dessin qui en a été conservé. Le Tétradision, ou Université, était situé sur l'Augustéon, près de la Chalcé. « C'était un octogone avec huit portiques ou pièces (( voûtées dans lesquels se trouvaient les maîtres de toute science que « l'empereur consultait souvent. Les maîtres se succédèrent depuis 414 « jusqu'à la dixième année de Léon l'Isaurien (727); comme ils refusèrent (( de s'associer aux illégalités de l'empereur, celui-ci les fît brûler avec « l'édifice lui-même. Us étaient seize, tous moines » (Codin). La bibliothèque fut ensuite reconstituée dans le palais. Sous les arcades de la place se trouvaient des boutiques qu'on louait et spécialement des librairies qui servaient de lieu de rendez-vous aux rhéteurs, aux écrivains, etc. . .
L'Université de Constantinople fut réorganisée par Constantin Porphj-rogénète ; une curieuse miniature de Sk3'litzès nous montre la salle de travail.
ERSiTÊ. PAR Constant {Manuscrit de Skylilzès)
Bains de Zeuxippe. — Les bains de Zeuxippe, construits par Septime Sévère et remaniés par Constantin, n'appartenaient pas au palais et étaient publics. Ils étaient richement décorés de marbre de couleur, de mosaïques et de statues de bronze. Les placages de marbre devaient être analogues à ceux de l'abside de l'église de Parenzo, lesquels rappellent un peu les placages de Saint-Pierre de Rome et les stucs italiens des xvf , xvii" et xviii'' siècles. Ils ont été brûlés et détruits lors de la sédition de Nika ; on admet assez généralement, et c'est l'avis de Texier', que les bains de Mahomet II, connus sous le nom de Tchoukour-Hammam, ont été construits non loin de leur emplacement et sur un modèle analogue. Ils sont murés depuis le tremblement déterre de 1792. Les salles des hommes et des femmes sont
' Architecture byzantine, l^onàrtit, 1864.
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Bains de Mahomet (D'api-ès Texier : Architecture hyiantine)
Bains df. Mahomet (D'après Texier ; Architecture byzantine)
DU Vf AU XV° SIÈCLE IO5
séparées, mais ont un fourneau commun, et leur distribution ne s'ccarte pas de celle adoptée par les Romains et décrite par Vitruve. Nous en donnons deux croquis très simplifiés et réduits, extraits des planches du précieux ouvrage de Texier.
Les thermes actuels ont une façade fort simple : ce sont de grands murs en pierre de taille dans lesquels s'ouvrent deux portes sans décorations. A la hauteur des impostes sont percées de petites fenêtres pour donner un peu d'air dans la première salle. Les salles sont couvertes en coupole.
(Manuscrit de Skylitzès)
Les bains publics ont joué un grand rôle dans la vie byzantine, comme en Occident, jusqu'à la fin du xv" siècle, et aujourd'hui encore en Orient. D'ordinaire, ils s'élevaient près des églises. Une miniature de Skylitzès, que nous avons déjà vue, nous montre une femme sortant d'un bain où elle vient de baptiser son enfant, la « calpis » à la main. L'empereur Michel, fils de Théophile, la rencontre et l'oblige à lui offrir l'hospitalité chez elle. Une autre figure Romain Argyre noyé dans les bains du palais.
Hippodrome et palais du Cathisma. — L'hippodrome fut construit par Septime Sévère, mais Constantin y ajouta les degrés, les promenoirs et les portiques supérieurs ornés de statues. Il devait y avoir plusieurs
io6 l'habitation byzantine
centaines de statues, car l'hippodrome avait 370 mètres de long et près de 180 mètres de large. Skylitzôs raconte que l'iconoclaste lanis, qui s'occupait de sorcellerie, pour atteindre les trois chefs d'un peuple ennemi, fit décapiter une statue à trois tètes qui se trouvait dans l'Euripe de l'hippodrome. Nous donnons ci-contre un croquis de cette scène d'après la miniature de
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UNE STATUE A TROIS TÊTES DE l'HIPPODROM
(Manuscrit de Skylitzès)
Skylitzès. Il ne reste de ces œuvres d'art que deux obélisques et la colonne d'airain qui faisaient partie de la Spina et qui ofïrent un intérêt considérable, parce qu'ils permettent de déterminer, avec Sainte-Sophie, l'emplacement à peu près exact de l'hippodrome et du palais de Constantinople.
L'hippodrome était construit sur le modèle du cirque Maxime, à Rome. 11 était fermé du côté de la mer par une partie hémisphérique supportée par d'énormes substructions voûtées qui subsistent encore et qui avaient pour but de prolonger horizontalement l'arène en dépit de la déclivité du sol. On voit bien cette description dans la planche qui reproduit un ancien dessin donnant la vue des ruines de l'hippodrome au xiv" siècle (p. 58).
Du côté de Sainte-Sophie, l'hippodrome était fermé par un palais rectiligne à deux étages construit par Constantin et portant le nom de Cathisma. Il était adossé en partie aux bains de Zeuxippe et comprenait, au rez-de-chaussée, une salle à manger, une salle de réception' et une ou deux autres pièces. L'empereur y recevait les fonctionnaires avant les cérémonies du cirque et y donnait de grands repas. L'hippodrome jouait, en effet, un
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LE PEUPLE RÉCLAME LES PûRPHYROGÉNÈTES DEVANT LA ChaLCÉ
LE CORPS DE Léon l'Arménien, massacré a l'église Saint-Étienne,
EST TRANSPORTÉ A l'hiPPODROME
DU VI' AU XV= SIECLE
rôle immense dans la vie publique. Les triomphes, les grandes réunions populaires, les communications au peuple, etc., se faisaient au cirque; il fallait donc que l'empereur 3^ eût, indépendamment des salles d'apparat particulières, des appartements pour revêtir le costume officiel, se reposer et prendre les repas lorsque les jeu.x devaient durer toute la journée. L'appartement particulier se trouvait au premier étage et communiquait par un passage secret avec l'église Saint-Étienne, dont certaines fenêtres des galeries supérieures permettaient à l'impératrice et à ses femmes d'assister aux spectacles du cirque. L'étiquette interdisait, en effet, aux femmes l'accès de la tribune impériale. Elles étaient dissimulées à la vue des spectateurs par des stores de gaze (Voiles d'Asie).
L'église Saint-Étienne, d'après les miniatures de Sk3'litzès, était une basilique accompagnée d'un baptistère. C'est là que Léon l'Arménien fut assassiné. Son cadavre fut transporté à l'hippodrome par les « Skj-la », tandis que les partisans de Michel le Bègue gardaient le palais.
En avant du palais de Cathisma se trouvait une terrasse garnie de portiques avec une loge centrale pour l'empereur, surmontée du fameux quadrige de bronze qui décore aujourd'hui la façade de Saint-Marc, à Venise. Celle-ci débordait sur les galeries de droite et de gauche faisant office de loges pour les grands dignitaires et les sénateurs. En avant de
(Manuscrit de Skylitzès)
cette grande loge impériale et en contre-bas s'avançait une plate-forme soutenue par une colonnade. On l'appelait le Pi, parce qu'elle avait la forme de la lettre n de l'alphabet grec. Cette plate-forme communiquait avec les loges impériales et les loges voisines par deux escaliers ; elle était
(Fresque de Kiev)
occupée par la garde et, suivant les circonstances, par les musiciens et les bateleurs. Toutes ces loges étaient supportées, d'après Buondelmonte, par vingt-quatre très hautes colonnes.
A droite et à gauche du Pi se trouvaient les portiques pour les chars (carceres), fermés par des barrières en bois. Tout cet ensemble, sauf les carceres, bien entendu, était absolument séparé du cirque et à l'abri des insultes et des coups de la foule. Nous donnons dans nos planches : 1° la vue générale de l'hippodrome en 1350, d'après un dessin que reproduisent Panvinio et Banduri fî^ozr p. 58); 2° quatre basreliefs du piédestal de l'obélisque de Théodose, d'après d'Agincourt, qui représentent : a) l'empereur acclamé par le peuple ; b) l'empereur présidant les jeux et distribuant les récompenses; c) l'empereur rendant la justice ; dj l'empereur recevant les hommages des peuples vaincus. Dans chacune de ces scènes l'empereur se trouve dans la même loge du Cathisma. Dans le premier bas-relief, on remarquera l'escalier divisé en deux branches par une voûte sur la plate-forme même du Pi. En réalité, nous savons que l'escalier était double et conduisait du Pi aux portiques situés à droite et à gauche du trône de l'empereur. Le sculpteur a été conduit à ne faire qu'un escalier au lieu de deux pour simplifier le dessin. De singulières différences architectoniques existent, du reste, dans
chacun des quatre bas-reliefs du piédestal ; on ne peut les expliquer que par des licences de l'artiste préoccupé de mettre avant tout en relief, à la manière bj'zantine, les scènes qu'il avait à traiter; 3° quatre fresques de Sainte-Sophie de Kiev (xi° siècle), dessinées d'après la belle publication de la Société impériale russe d'archéologie, qui a bien voulu nous autoriser à les reproduire. Ces peintures
bj L'empereur au petit hippodrome « ,,
(Fresque de Kiev) représentent : a) i empereur
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COLONNE DE ÏHÉODOSE, iv siècle