CHAPITRE VI
Les matériaux à l'extérieur. Amllioraiions iotérieures. — Services
ginéraux. — Baini-doucbe». — Buanderie. — Séchoirs à
air chaud. — Séchoirs à air libre. — Bicyclettes et
voitures d*enfatits. — École d'enseignement
ménager. — Crèche. — Chambre mortuaire.
Ossature. — Cette question de l'ossature, la plus délicate de toutes, ne peut être solutionnée qu'autant que l'architecte aura pris contact avec toutes les méthodes de construction existantes.
Il est nécessaire de dire qu'aux procédés anciens doit se substituer un ordre nouveau. Non pas que ces procédés n'aient pas fait leurs preuves. Là n'est pas la question 1 Elle est beaucoup plus grave. Partout la main-d'œuvre augmente d'une part dans des proportions très sensibles, autant pour le travail de la matière première, que pour la mise en œuvre sur le chantier. D'autre part, le droit au repos: Repos hebdomadaire, abaissement des heures de travail, font ique cette main-d'œuvre tend de plus en plus à absorber le capital. Ces revendications, nous les acceptons, n'ayant pas à les traiter au point de vue politique, mais seulement au point de vue économique, appellent des méthodes nouvelles de construction. Aux murs épais de jadis, il faut substituer des murs creux, opposant aux variations atmosphériques le même degré de résistance et d'isolement; aux constructions denses, il faut opposer des constructions légères. Et cela, pour deux raisons: la première, et la plus évidente, c'est l'éco*
nomie très grande de main-d'œuvre: fabrication première, charroi et mise en œuvre. La deuxième raison, c'est que l'évolution constante, non seulement des variations d'industrie et d'emploi des immeubles à un but déterminé, mais encore de leur renouvellement total au point de vue hygiénique, nous oblige à entrevoir dans un laps de temps indéterminé, de profondes modifications économiques, qui transforment, déplacent les centres de vie, au grand détriment des immeubles à longue durée, dont la solidité inadaptée semblent défier le temps. S'il y a un problème en architecture ou l'évolution paraît devoir commander de nouvelles adaptations, c'est bien dans la maison collective à loyer. Il y a donc lieu d'observer avec la plus grande attention, quelle est l'élasticité maxima qu'il s'agit de faire intervenir pour que les constructions rêvées soient conformes en tout point à ces desiderata.
Parmi les matériaux les plus souples, les plus résistants, sous un minimiun de section, se trouve le ciment armé, offrant avec les avantages du fer et sans ses inconvénients, ragrém,ent de se plier à toutes les solutions, même les plus hardies.
Le poteau vertical de ciment armé semble devoir remplir toutes les conditions du programme : minimum de section, pour un effort déterminé; liaisonnement avec tout l'ensemble de la construction à l'aide de poitrails horizontaux supportant les dalles planchers d'une faible épaisseur. Le tout formant une ossature rigide, indé formable, sorte de compartimentage horizontal, complètement libre, auquel il suffit d'adapter fenêtres, portes et cloisons, à la demande et à la convenance du plan. Ce mode de construction nous paraît donner, depuis qu'il est employé, de bons résultats; sa rigidité et son liaisonnement sont tels qu'une maison construite suivant ce procédé, s'inclinant d'un angle de près de 30° avec la verticale, par suite de glissement du sol, n'a vu aucune déformation se produire dans l'ensemble. Les Américains, ^si entreprenants et parfois si audacieux dans leurs constructions, emploient ce procédé, qu'ils habillent ensuite d'ime façade en matériaux denses, pierres, briques, comme cela se pratique d'ordinaire. Ils ont ainsi une ossature indépendante de la partie décorative, simplement portante à laquelle ils adaptent les 20 à 30 étages de leurs « gratte-ciel ».
Ici, ne demandant à ce procédé constructif que les éléments primordiaux de force, piliers verticaux de soutien, surfaces horizontales, affectées aux planchers, reliant entre eux les poteaux de résistance, il faudra, en outre, obturer les plans verticaux limite.
Cette obturation, faite à la demande et suivant la convenance des différents besoins qu'elle doit enclore^ s'effectuera à l'aide de matériaux simples et peu coûteux.
Les matériaux de béton, de mâchefer, comprimés et creux rempliront très bien cet office. D'un emploi très facile et très économique, puisque leurs dimensions assez grandes réduisent d'autant le charroi à pied d'œuvre, la mise en place, d'où réduction très sensible de la main-d'œuvre, ces blocs auront en outre l'avantage énorme, sous une section réduite, d'interposer entre leurs deux parois un matelas d'air suffisant pour l'isolement complet d'avec l'atmosphère aussi bien de l'air que de l'humidité interceptée à la première paroi verticale. De plus, il sera facile de soumettre ces vides à des fonctions de réchauffement, en hiver, ou de refroidissement, en été, ce qui formera une paroi isolante de première qualité, comme nous l'avons vu précédemment .
Cet isolement qui peut à première vue paraître inefficace, étant données les surfaces très grandes de refroidissement ou de réchauffement qu'offrent les baies vitrées, doit être assuré entièrement, par l'emploi de doubles fenêtres.
Il convient de résoudre ce problème d'obturation suivant des données logiques: tme pièce exposée au nord, et par conséquent n'étant jamais visitée par le soleil, il est naturellement inutile d'adjoindre à la fenêtre des persiennes; au contraire, un système de doubles fenêtres, ici, serait des plus recommandés.
Les objections qu'on peut formuler à cette façon de voir, sont de deux sortes: la première, c'est la difficulté qu'il y aurait à ouvrir dans le même sens les deux vantaux de la fenêtre; pour résoudre cette difficulté, on pourrait faire ouvrir la première fenêtre, à glissière, dans l'intérieur de la cloison creuse constituée par les deux parois des murs verticaux, et la deuxième fenêtre, comme à l'ordinaire. Pour une pièce exposée en plein soleil, ce système de fermeture double, serait non seulement inutile mais même encombrant, des persiennes seules suffiront à protéger contre le soleil.
De même pour l'extérieur. Les vents dominants de l'ouest et du sud-ouest, du mioins dans le climat séquanien, amènent très souvent la pluie. Les façades exposées suivant cette orientation, sont donc durant le tiers de l'année, destinées à recevoir de la pluie et par conséquent de l'humidité, il faudra les abriter, autant que faire se peut, par des toitures débordantes disposées dans ce but. A l'est et au nord, elles se trouveraient sans effet appréciable. La même logique devra nous guider dans la recherche des commodités et du confort à apix)rter aux nouvelles demeures.
En ce qui concerne les utilités intérieures, et pour nous faire, à leur sujet, un programme détaillé, nous allons passer en revue, les différentes améliorations que nous pouvons, d'ores et déjà, introduire dans la maison collective et qui apporteront à la réalisation xna-
tcrielle de l'œuvre, une solution définitive parfaitement conforme aux lois les plus élémentaires de l'hygiène .
Ces améliorations sont, du reste, en absolue concordance avec les derniers progrès accomplis dans Tordre scientifique. En cela, nous appuyant sur une étude récente due à la plume alerte d'un savant ingénieur, doublé d'un penseur profond, M. Cheysson, étude qui a nom: «Le Confort du logement populaire», nous allons classer en 14 paragraphes les desiderata qui paraissent être, en dernière analyse, les moyens les plus nettement appropriés aux utilités, aux exigences les plus catégoriques.
i^ Aménagement dans chaque appartement d'un moyen de chauffage mécaniquement réalisé.
2^ Distribution d'eau chaude dans les services généraux. Nous avions pensé, tout d'abord, pouvoir répartir à chaque cuisine, et à certaines heures de la journée, une quantité déterminée d'eau chaude, mais cette installation entraînerait à des frais de plomberie et des réparations trop coûteuses pour que, pratiquement, elle fût réalisable. Cette eau chaude, produit de la condensation, de l'excédent de vapeur non utilisée au moteur, serait distribuée au lavoir, buanderies, salles de bains, douches centrales, etc.
3" Installation de la lumière électrique dans les chambres à coucher, escaliers et cours.
4** Suppression des corniches, moulures, saillies, pouvant retenir les poussières, ainsi que tous raccords à angle droit, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur .
50 Suppression absolue de tous les papiers de tenture, lambris, etc., et leur remplacement par de la peinture lavable, ou des revêtements en céramique.
6« Suppression des lames de parquets clouées sur lambourdes, afin d'éviter les joints qui finissent par se produire par suite du retrait du bois, et qui s'emphssent d'une flore microbienne intensive, ou de la pullulation de la vermine, et leur remplacement soit par un plancher indéformable, soit par un aggloméré imputrescible formant aire et se raccordant p>ar une gorge, aux parois verticales, de façon à éviter tout coin à poussière.
Z'' Enlèvement immédiat des détritus, déchets de cuisine, au fur et à mesure de leur production, et leur évacuation à l'aide d'un appareil autoclave placé autant que possible k côte de l'évier de la.
cuisine, et communiquant avec une trémie verticale, convenablement ventilée et facilement accessible aux engins de nettoyage, trémie aboutissant à son extrémité inférieure à des caisses de déchargem^ent à fermeture hermétique, où viendraient se rassembler les ordures ménagères. Ces caisses seraient, tous les matins, vidées aux décharges publiques comme à l'ordinaire.
8<> Installation d'une salle de bains-douches de petite dimension, près de la cuisine, afin de permettre les lavages tièdes du corps ou les douches froides.
9«> Installation du fourneau de cuisine de telle sorte qu'à l'aide d'une ventouse convenablement disposée, on puisse récupérer une partie des calories utilisées dans le foyer, et envoyer cet air chaud dans la chambre immédiatement adjacente. Installation de garde-manger, de coffre à linge sale, bien aérés.
lo® Proscription absolue de cours et courettes, mêmes de dimensions supérieures à celles permises par les règlements de voirie.
11° Combat par tous les moyens, de l'un des ennemis les plus puissants de l'hygiène : la poussière, qui contient en suspension les germes les plus nocifs.
I2<> Conception des pièces d'habitation de telle sorte que les fenêtres, ouvertes dans deux pièces différentes, puissent former un appel d'air suffisant pour chasser les poussières et les odeurs.
130 Etablissement dans les armoires, les penderies de vêtements, garde-manger, coffre à linge sale, cabinets de débarras, de prises d'air de ventilation en haut et en bas ; le fond étant combiné de façon que des lavages fréquents puissent être faits sans détérioration possible, et que les p>entes soient ménagées au bas avec petites ouvertures permettant l'écoulement facile des eaux de lavage.
I4<> Séparation absolue des sexes. Organisation des logements en chambre des parents toujours distincte de celle des enfants, cette dernière étant divisée par une cloison ne montant pas à toute hauteur et effectuant en chambre des garçons et celle des filles, la séparation des sexes.
Toutes ces améliorations peuvent paraître, à première vue, incompatibles avec un rendement financier normal, et rentrer, par ce fait même, dans le domaine de l'utopie.
Il n'en est rien cependant, l'étude précédente le démontre surabondamment. Nous pouvons donc affirmer que ces améliorations
spnt facilement réalisables, à cpn^ition qu'on constr\^i§e sur 4e5 ter'
rains de prix peu élevé, des immeubles simples, avec des matériaux nouveaux.
Donc, et en résumé, pour qu'une habitation soit salubre il faut qu'elle se soumette aux trois conditions indispensables: de l'orientation, de l'aération, de la ventilation. Ces éléments de composition initiale sont de la première importance et suffiraient à eux seuls à constituer l'habitation idéale. Si nous ajoutons à ces éléments composants externes des solutions intéressantes de construction et d'aménagement intérieur, comme nous venons de l'exposer ci-dessus, nous aurons réuni et dans leurs grandes lignes, les principes généraux de toute construction rationnelle scientifiquement établie.
Et maintenant, les services généraux doivent attirer plus spécialement notre attention, parce qu'ils ont été, jusqu'à présent, bien peu étudiés.
Les besoins d'habitabilité, de confort et de salubrité définitivement assurés, besoins qui sont communs à tous les locaux d'habitation, il nous faut encore donner à la ménagère la possibilité de trouver non loin de son logement, les différents organes qui permettent de tenir le logis en parfait état de propreté. Un lavoir, une buanderie et surtout un séchoir sont des organes de première importance. Pour la santé et l'hygiène du corps, des bains-douches sont indispensables. Ce serait le rêve évidemment si, dans chaque logement, cette salle de douches, de petite dimension, pouvait trouver sa place près de la cuisine, cela permettrait et sans être obligé de sortir du logement, à l'ouvrier, à la mère et aux enfants de s'astreindre aux lavages tièdes et quotidiens du corps.
Malheureusement, il faut bien l'avouer, les soins de propreté ne sont pas en grande faveur, dans certains ménages d'ouvriers, et il «st difficile d'installer ces petits cabinets de douches qui, bien employés, pourraient rendre de réels services, s'ils ne répondent pas au besoin tcréé, ett si leur destination est détournée, à des emplois ambigus. Ici, une éducation hygiénique est tellement nécessaire, qu'aucune réforme ne peut être introduite dans le logement de l'ouvrier, s'il ne hausse son esprit à la compréhension vulgaire des éléments les plus simples de l'hygiène et de l'emploi rationel des sources de régénération qui sont à sa portée.
Aussi, et bien que les bains-douches soient de toute première nécessité dans les agglomérations urbaines, n'a-t-on pas, jusqu'à présent, trouvé auprès d'eux toute la faveur qu'on était en droit d'en attendre, étant donné surtout le peu d'élévation des prix de consommation. Et, si leur installatioh par unité de logement paraît un luxe pour l'instant, du moins, peut-on prévoir l'heure proche, où l'ouvrier plus instruit, demandera ce supplément indispensable.
Eli attendant, cette utilité prendra place dans le centre commun à tous les locataires de Timmeuble. Les bains-douches, la buanderie, les séchoirs à air chaud, centralisés, formeront les services généraux d'une exploitation et d'une surveillance faciles.
Il est difficile de rentrer dans le détail d'exploitation d'une pareille installation, tout dépendant du nombre total de locataires, cependant, on peut, d'ores et déjà, fixer les différents éléments qui constituent ce service général, de la façon suivante.
Laverie, — Un grand bac en trois compartiments: trempage, savonnage à la main, azurage.
X Grands cuviers à lessive.
X Tréteaux en bois.
X Cuvier pour linge fin.
Machinerie. — Chaudière productrice de vapeur et d'eau chaude; moteur à vapeur; savonneuse; rinçage à la machine; essoreuse; monte-charge conduisant au séchoir couvert ; ventilateur du séchoir ; transmissions, arbres, volants, courroies; séchoir à air chaud et à tringles (fermé); séchoir à tringles (couvert); séchoir en plein air.
Salle de repassage, — Fourneaux pour fers à repasser; machine à repasser; presse à linge; table à repasser.
Salles de bains alimentées par la chaudière. — i Douche en pluie avec mitigeur; i douche en cercle et en pluie; i douche en lance; X Salles de bains.
Bicyclettes et voitures d'enfants, — Il sera réservé, au rez-de-chaussée, un nombre de boxes suffisants, facilement accessibles, pour l'installation des bicyclettes, (nouveau système de suspension verticale à crochet) et des voitures d'enfants.
Fréau couvert, — Un espace couvert doit être également réservé, au rez-de-chaussée, pour pouvoir abriter, les jours de pluie, les enfants qui jouent habituellement dans les cours, et qui désencombrent de cette façon les logements toujours exigus.
Ecole d'enseignement ménager. — Crèche. — La bonne tenue d'un ménage est tellement nécessaire qu'aucune amélioration ne vaudra la peine d'être apportée au logement unitaire si la ménagère, n'en comprend et n'en utilise tous les organisrnes. Mais conibien - y a-t-il
riences probantes seront enfin tentées, qui délimiteront définitivement les besoins et d'après les éléments constitutifs qui entrent en jeu, assureront la solution la plus rationnelle et la plus économique.
Pour l'instant, l'exposé des principes généraux qui précèdent suffira au constructeur, et lui permettra, en embrassant, dans son ensemble, le problème de l'habitation salubre collective, d'en assurer la composition immédiate et définitive.