‹ L'habitation salubre et à bon marchéChapitre 3 sur 18 · hab · texte numérisé non relu

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Lyon —

St-Etienne —

Nice —

Le Havre —

Nancy, —

Rouen —

Pour Paris, l'augmentation est encore plus sensible. De 2.660.559 habitants en 1901, la population de la capitale passe en 1906 à 2.722.731^ en augmentation de 62.172. habitants.

Constatons en passant le résultat suivant. L'accroissement des arrondissements périphériques, au détriment des arrondissements ducentre. > •

La banlieue, elle aussi, gagne de nombreux habitaats. Asnières compte actuellement 35.495 habitants au lieu de 30.589. Neuilly 39.814 au lieu de 36.435. Levallois 61. 118 au lieu de 54.065, Saint- Denis 63.914 au lieu de 59.884. Il est évident que cette décentralisation est due en partie aux facilités qu'offrent les nouveaux moyens, de transport. Ce chiffre révèle aussi une tendance marquée pour les citadins de rechercher au dehors de la ceinture des fortifications des habitations moins denses.

L'éducation des masses si lente et si difficile à effectuer s'est faite suivant des besoins d'hygiène très rationnels. L'entassement, le surpeuplement des villes n'est pas seulement désagréable, il est surtout malsain et, par là, néfastq au monde des travailleurs. Aussi cet exode est-il tout naturel 1

Si l'on examine le plan de toutes les grandes villes d'Europe, on. est frappé par le mode semblable qui a présidé à la constitution de ces villes: un noyau central autour duquel se sont formés des anneaux concentriques. Le mouvement centrifuge qui entassait à. la fin du siècle dernier une population de 2.500.000 habitants dans^ l'enceinte de Paris a fait craquer la ceinture des fortifications désormais inutiles.

Avec sa superficie totale de 7.802 hectares, la ville de Paris est donc manifestement à l'étroit, aussi cette force centrifuge s'est-elle, par suite des moyens de transport, changée en une force centripète, dirigée suivant les grandes artères. Le développement vers l'ouest s'accuse d'une façon très nette, déplaçant ainsi le^

centre primitif de la ville, et le reportant vers l'ouest, formant,, du centre à la périphérie, un axe prolongé où s'agglutinent *les -nouveaux quartiers.

Il faut le dire bien haut: cet exode vers les centres extérieurs était nécessaire et conforme aux desiderata scientifiques. Car, cette augmentation moyenne annuelle de 12.000 habitants pour Paris seulement, représente, en masse, si on compte 30 locataires dans un même immeuble, ce qui est déjà une moyenne élevée, un total de 400 immeubles à construire annuellement dans Paris, en supposant, bien entendu, pour rien les non-valeurs locatives. Or, à quelle classe s'adresse cette augmentation? La plus grande partie, aux ouvriers et petits employés. Où va loger toute cette masse?

Prenons, par exemple, l'industrie de l'automobile qui, en peu d'années, vient de prendre une extension si rapide. Cette industrie, installée sur la périphérie et hors Paris, occupe actuellement des milliers de bras. Beaucoup parmi les travailleurs de cette industrie sont de nouveaux venus de la province, qui ne connaissent pas le péril auquel ils s'exposent, eux et leur famille, en s 2 logeant, du moins dans cette banlieue immédiate, dans des immeubles vieux, malsains ou encore dans ces hôtels meublés, vieilles bâtisses sordides et mai tenues, où la rapacité des propriétaires se fait de gros revenus sans considération pwur l'entassement et le surpeuplement.

Est-ce l'intérêt des chefs d'industrie de voir ainsi se perdre tant de forces qui, mieux employées, seraient capables d'un rendement plus appréciable. Certes, nous ne le pensons pas et ce que la philanthropie ne fait que trop rarement, l'intérêt seul pourrait s'employer ^ satisfaire ces problèmes urgents et nécessaires et cela pour deux raisons. La première, c'est qu'il serait très avantageux pour les patrons de grouper autour de l'usine des maisons collectives, — à la -condition toutefois que le nom du patron disparaisse, car l'ouvrier excessivement jaloux de ses prérogatives et de sa liberté, éprouve une grande méfiance pour les œuvres patronales. Il y aurait ici un intermédiaire à créer, une société autonome centralisatrice des fonds,, et qui ferait disparaître sous une raison sociale différente le nom d'origine, en même temps qu'elle s'occuperait de la gérance. — Du moins dans les grandes villes où le terrain trop cher pour y établir des maisons individuelles, s'accommoderait mieux de cette destination, maisons salubres et gaies, où les nombreux ouvriers seraient logés d'une façon saine et économique, et conserveraient ainsi le patri-

moine de forces, dont ils sont détenteurs, au profit du patron d*abord,. de la collectivité ensuite. La deuxième, c'est que les inuneubles conçus suivant des besoins très particuliers, et qui, en définitive, réjwndraient à la classe la plus nombreuse et la plus déshéritée, rapporteraient aux sociétés qui les construiraient un intérêt rémunérateur du capital engagé et qui pourrait être facilement compris entre 3 et 4 0/0, suivant la nature des constructions, le prix du terrain, etc.. — sans compter, les plus-values que comporterait ledit terrain, et qui pourraient au bout d*im certain temps amortir le capital premier et une bonne partie des constructions existantes actuellement. Le terrain, de prix très abordable, aux portes même de Paris, ne demande qti'à augmenter de valeur dans un délai de temps très court; il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les statistiques où sont cotés les prix de ces mêmes terrains, il y a seulement vingt ans et aujourd'hui, dans la zone comprise à l'ouest de la ville.

En dehors de ces considérations purement économiques, n'y a-t-il pas lieu de montrer combien l'assistance patronale désintéressée et anonyme gagnerait à voir se créer autour de l'usine de pareilles agglomérations et quels biens moraux pourraient s'établir entre le capital et le travail, ainsi amendé?

L'ouvrier bien logé, bien nourri, dont la vie s'éveille à un peu de bonté et de beauté, ne s'emploie guère à agiter le drapeau des revendications. Il œuvre en paix et en silence.

Le logis malsain comporte en soi le désordre, le foyer déserté, la maladie, les pires souillures de l'esprit et du corps. Un tel tableau comporte-t-il en soi une réalité, une exagération voulue? Non! Cent fois des maîtres de la pensée ont évoqué ce sp^ctacle odieux, l'ont décrit, l'ont déterminé. Cent fois ce tableau pourra être retracé, semblable, mais toujours aussi affreusement triste, et les effets constatés nous ramènent tout de suite et par un chemin bien naturel aux causes qui les ont engendrés. Or, il est permis d'affirmer que quel que soit le degré d'éducation, d'affranchissement aux ambiances,. la vie physique et la vie morale saines ne faisant ^qu'une seule et même chose, — cette qualité toute apparente n'étant que l'expression synthétique, la fixation indélébile du moi humain, — ne peut s'apparier qu'à un milieu sain. L'esprit 9u mal, comme les bactéries, craint la lumière, et les taudis empuantis, les logis sordides où croupit parfois le bétail humain, font plus de mal à la libération des consciences, que le Destin n'en mettait au cœur des esclaves de l'antiquité. Le peuple misérable étouffe dans ses prisons; prenons garde qu'il ne s'en aperçoive 1

Et l'exemple d'un déraciné, roulé à la fange des abattoirs alcooliques, est suffisant, certes, pour essayer de sauvegarder la race,.

en entreprenant cette belle et féconde croisade. De quelle valeur morale, de quelle estim,e de soi, de quelle générosité peut être pétri Tesprit de ce malheureux I De quelle valeur monnayée en forces . inutilement dépensées, se prive la collectivité, par la déchéance du misérable I

Les Anglais, à la fois si pratiques et si respectueux de la personnalité accrue, Font fort bien compris. Avec le concours des chefs . d'industrie, ils ont apporté à cette œuvre de régénération un splendide mouvement de solidarité. Les patrons ne se gênent pas, au reste, pour affirmer que ce merveilleux effort est dû, non pas à une action philanthropique, nxais tout simplement à une idée intéressée, parce qu'ils font cette remarque très judicieuse, à savoir: qu'im ouvrier vivant sainement dans un milieu sain, produit continuellement un effort beaucoup plus considérable et dans le même temps, que l'ouvrier dont la vie est partagée entre le bar et le logis malpropre.

Leurs maisons collectives sont à ce sujet dignes d'attirer l'attention. Mais là où se font apprécier les qualités merveilleuses et la compréhension raffinée des anglo-saxons pour le home intime, c'est dans leurs cités-jardins, ces délicieux cottages enfouis dans la verdure et les fleurs, d'un charme si pénétrant, qu'il nous faut aller puiser un enseignement. Leurs intérieurs coquets et soignés, d'un goût parfait, peuvent à coup sûr passer pour les modèles du genre. Faut-il citer: Port Sunlight, Margaret's hope, Bourneville, The city Beautiful, . en Angleterre, et en Amérique les délicieuses conceptions de la Cit|é Aurore, de Rose Valley, colonies d'ouvriers d'art en Pensylvanie... Toutes ces cités-jardins sont autant d'exemples qu'il faudrait jétudier en détail pour en montrer toute la délicate et vraiment suggestive poésie.

Et c'est pour nous /autres. Latins, une confusion et un regret de penser que notre art français n'a pu encore, avec l'appoint de capitalistes soucieux des derniers vestiges de beauté, instituer cette joie et ce repos dans nos campagnes de France où, la Nature se prête si admirablement à des ensembles de ce genre.

Il faut bien l'avouer, la nécessité d'ériger des maisons collectives dans les grands centres ne doit pas convier nos activités au point de délaisser la maison individuelle; car,, à côté des grands centres, se développent toute une flore d'industries qui attirent à elles de nombreux déracinés et l'accession à la propriété individuelle, à la petite maison familiale, est, pour beaucoup de laborieux, une nécessité inéluctable.

Dans tous les cas, qu'elle soit collective ou individuelle, la maison doit être avant tout le lieu de repos et de bonheur. Ici la famillei,.

-constamment émue aux ambiances choisies et délicates, doit s'éveiller lentement et sûrement aux harnionies: à la Beauté et à la Bonté.

Souvent on a dit : « Le peuple a droit à la Beauté. » Cela est vrai, mais auparavant ou sûrement en même temps, il a droit à l'air, à la lumière, au rayon de soleil qui met une parure de gaieté 4iu logis simple et pratique. Il y va de sa dignité, de sa viç. Et certes, ce ne sera pas fune des moindres gloires du siècle qui commence, que l'admirable solidarité humaine, partout en éveil, sollicitant le peuple à une plus grande somme de jouissances terrestes immédiates.

Nous avons autrefois entendu exprimer à des chefs d'industrie, le doute que des types d'habitations collectives n'eussent pas encore iété trouvés, qui permissent de réaliser immédiatement les demandes les plus urgentes. Ces craintes étaient justifiées à l'époque où elles pétaient émises, aujourd'hui elles ne le sont plus. Les études qui ont •été entreprises depuis quelques années dans ce domaine, aussi bien en France qu'à l'étranger, ont été poussées jusqu'à leurs limites <lernières et nous ne pensons pas, à moins qu'on ne découvre des procédés constructifs tout à fait sensationnels et peu probables, que Ton puisse faire de sensibles progrès touchant ce programme général très déterminé.

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