‹ L'habitation salubre et à bon marchéChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Étude sur la lumière solaire. — Orientation des ruei et des maisons

Hauteur des maisons. — Ventilation.

Composition suivant ces idées générales. — Création des espaces libres^

Tous les hygiénistes reconnaissent et enseignent que la maladie est duc à l'insuffisance des agents modificateurs suivant les prédispositions individuelles. Ils classent les agents modificateurs en agents modificateurs extrinsèques et agents modificateurs simples intrinsèques, et agents modificateurs composés. C'est dans cette dernière catégorie qu'ils rangent et qu'Us étudient Thygiène de l'habitation, l'hygiène des villes et des campagnes.

Dans l'hygiène de l'habitation, il s'agit de soustraire la famille,, l'individu, à l'action des éléments morbides, en les libérant des changements brusques de température si nuisibles à la santé. Pour- cela, il est nécessaire de distribuer l'air, la lumière solaire, de telle sorte que les individus puissent en jouir intégralement.

C'est donc par l'étude de ces trois grands problèmes que nous allons tâcher de résoudre, scientifiqiuemient, la question définitive de l'habitation salubre: Problèmes qui sont:

L'Orientation, la Ventilation par l'extérieur, l'Aération intérieure.

Au xiie siècle, il n*est pas rare de rencontrer, au tra veib- des rues de la ville, des poules, des bœufs, et même des pourceaux vivant en commun avec l'habitant.

La physionomie des maisons n*est pas moins curieuse. Les mais-ons serrées les unes contre les autres, offrant perpendiculairement à la rue, leurs pignons, encorbellent les étages au point de boucher complètement le ciel. Du milieu de la rue, une bande de ciel, seule, est perceptible. De chaque côté, l'échoppe du marchand est à peine éclairée, d'autant moins que les fenêtres garnies de papier huilé (le verre étant un luxe), laissent filtrer un jour blafard. C'est là que vit l'artisan, l'apprenti et les personnes de la famille. Aux étages, les chambres de maîtres. Enfin, sous le pignon aigu, le galetas éclairé très chichement par de petites lucarnes.

Cette époque, si fertile en actes de haute virtualité, professait dans le temporel ime indifférence absolue pour toutes les lois naturelles d'hygiène. L'obscurité, où s'élaborait la vie lente des générations spiritualisées, paraissait inséparable de l'habitat. Depuis et peu à peu, la science s'est emparée du domaine où s'érigeait seule, glorieuse, la trinité auguste et syllogistique, analysant sans cesse, apportant avec elle les bienfaits de ses transformations, retournant aux grands principes naturels, afin de déterminer les conditions de vie améliorées, où pussent naître et grandir les générations nouvelles.

Il a fallu, du moins, que se produisît une levée en masse de tous ceux qui, scientifiquement évolués, contemplaient ce grand et légitime mouvement, pour que les savants consentissent à déterminer en théories, d'abord, en lois définitives ensuite, les observations phénoménales.

C'est ainsi que tous les congrès d'hygiène publique, s'étant occupés d'oppK)ser au terrible fléau qui décime à l'heure actuelle une partie de l'humanité, la méthode curative la plus rationnelle, ont délimité les moyens pratiques de lutter victorieusement contre l'envahissement microbien, de quelque nature qu'il soit.

Parmi les agents vitaux de première importance, adjuvants naturels, sur la nature desquels la science est désormais fixée, il s'en trouve deux, d'une valeur biologique incontestable : « L'air et la lumière ».

L'importance biologique des rayons calorifiques et lumineux émis par le soleil, rayons qui sont de véritables promoteurs de vie et d'énergie, n'échappe à personne, encore fallait-il l'exprimer, puis-

que dix siècles avaient bénévolement accepté la vie sans demander à l'istre le bénéfice de sa bienfaisante action. Cet agent merveilleux, d'une puissance curative incomparable, se trouvait cependant toujours à notre portée et les époques primitives instinctivement averties demandèrent au dieu Soleil, par des hommages sincères et réitérés, la grande joie de vivre en beauté et en harmonie .

Il était donc naturel que les hommes de science s'adressassent à ces deux grandes forces de la Nature afin de leur demander d'ac- •complir les miracles dont elles sont capables.

A la science est réservé le pouvoir d'analyser, de définir les formes sous lesquelles peut se totaliser la valeur biologique de chacun <ie ces deux éléments de rédemption.

A ceux qui élèvent des «demeures pour les hommes» il appartient •de se pénétrer des principes dégagés par l'analyse scientifique et de les appliquer largement, sincèrement, aux nouvelles habitations. En réalisant et en groupant les nécessités de demain, surajoutées aux utilités de l'heure présente, il leur faut totaliser les bienfaits que nous sommes en droit d'attendre de ces grands réformateurs d'énergie. Ils doivent, en outre, rechercher dans quelles conditions les plus favorables, on peut les utiliser, tout en tenant compte des •différentes difficultés économiques, difficultés qui, pour l'instant nous étreignent, mais qui doivent s'amender dans l'avenir, par suite de la compréhension définitive et subséquente du plus grand nombre aux premières théories évolutives scientifiquement tracées.

Pour l'instant la lumière seule attire nos efforts à son introduction dans chacune des alvéoles qui constituent la ruche collective.

L'influence de la lumière solaire sur les micro-organismes esttelle, qu'on peut dire que cet agent naturel a un pouvoir désinfectant de premier ordre et c'est aux radiations chimiques, en présence de l'oxygène, qu'est due cette influence? Sans s'appesantir sur la nature intime de cette force, nous pK)uvons cependant constater les résultats dus à sa bienfaisance, résultats semblables en cela à ceux des atitres formes de l'énergie, telles que : chaleur, électricité, etc. C'est ainsi que Maxwell, dès 1868, donna une théorie dans laquelle il montre les analogies qui se présentent entre les actions physiques, chimiques, physiologiques et thérapeutiques de la lumière, de l'électricité et des rayons X.

La lumière exerce sur les êtres organisés une action biologique

très grande et très complexe. En effet, les actions calorifiques éclairantes et chimiques, qui sont toutes conmiunes à la lumière solaire, n*en sont pas moins, si telles peuvent être isolées, de différentes sources, appliquables à tel ou tel acte de la vie.

Ainsi donc, tous les êtres organisés, soumis à l'influence de la limiière solaire, présentent sous cette influence des réactipns diverses; de là, à chercher la part de chacune des radiations, il n*y, avait qu'un pas.

C'est ainsi qu'on a pu établir que la lumière blanche est susceptible de provoquer une triple réaction, calorifique, chimique et sensitivo-motrice, cette dernière effectuant dans l'homme des perceptions de chaleur et de lumière. Bien que l'action chimique soit des plus appréciables, puisque chez certaines plantes, l'exposition à la lumière solaire provoque de la part de ces plantes im mouvement de direction, il n'en est pas moins vrai que l'action psychique est très grande et c'est à elle qu'on doit cette impression particulière de parfait équilibre qu'éprouve le corps humain, pendant son exposition à un ensoleillement moyen.

Les radiations liunineuses jouent aussi sur les végétaux un rôle considérable dans le phénomène de l'absorption du carbone. Par suite de la décomposition de l'acide carbonique de l'air, l'oxygène se dégage, tandis que le carbone se fixe sur les parties vertes des végétaux, phénomène qui se produit pendant la nuit dans l'ordre inverse.

Cette constatation a sa valeur^ si l'on songe qu'en dehors des es-. paces libres, squares, places, etc., les arbres qui ombragent les boulevards et les avenues, à Paris, sont au nombre de 86.339, réservant ainsi aux immeubles voisins une quantité notable d'oxygène.

Chez les animaux comme chez l'homme, les rayons calorifiques et lumineux ont une importance biologique considérable et deviennent, suivant l'expression de Fïnsen, «de véritables promoteurs de vie et d'énergie».

Au surplus, il est indéniable qu'aux qualités émises par la lumière sur les différentes fonctions du genre humain, il y a lieu d'ajouter la qualité intensive de la coloration qui influe sur l'organisme dans des limites très variables.

Les rayons blancs activent la circulation du sang, tandis que les rayons bleus et violets en ralentissent le cours. Au contraire, les rayons rouges et jaunes produisent, en même temps qu'une super* activité, une action très grande sur le système nerveux.

Les différentes propriétés physiologiques et psychologiques de la lumière énoncées précédemment, sont évidemment de la première importance. Ces qualités seules suffiraient à établir la suprématie

incontestable de la lumière solaire sur tout autre agent physique eir ce qui concerne l'entretien da la vie par le potentiel réparti à chaque cellule, si on n'y ajoutait encore son pouvoir microbicide de tout premier ordre.

Dès 1878, Downes et Blunt démontrèrent que les radiations lumineuses de quelque ordre qu'elles soient, chimiques, calorifiques et lumineuses, empêchaient et souvent détruisaient l'évolution des cultures bactériennes de la putréfaction. A ces différentes expériences, on peut joindre celles qui furent entreprises sur le degré de résistance de certains micro-organismes et on a pu ainsi prouver que le streptocoque pyogène, celui de l'érysipèle, le staphylocoque doré, le staphylocoque blanc, le bacille pyocaniquc, ne résistèrent pas à l'exposition aux radiations solaires.

Duclaux a montré dans sa microbiologie que l'action de l'air, unie à la lumière solaire, n'est pas indispensable, puisque cette action se produit dans le vide, mais cependant l'oxygénation du protoplasma microbien, n'en est pas moins d'un effet nuisible plus certain.

Pour finir, en nous en tenant aux conclusions de M. Jousset, nous dirons que l'exposition de crachats tuberculeux à la lumière solaire, pendant l'espace de 48 heures, est suffisante et nécessaire pour leur stérilisation complète.

Ainsi donc et en résumé, ce pouvoir bactéricide de la lumière solaire unQ fois démontré, il y a lieu de rechercher de quelle façon les rayons solaires pénétrant dans chaque chambre d'habitation pourra balayer et purifier toutes les colonies bactériennes et les rendre inoffensives. C'est à ce problème que doivent tendre tous nos efforts,. car il représente, à lui seul, le plus important qui puisse se présenter, avec celui de l'aération et de la ventilation dans chaque demeure collective.

Et nous restons persuadé que, dans quelques années, quand ces thjéories auront fait leur chemin, tout immeuble qui ne réunira pas ces. élémentaires besoins, sera considéré comme inhabitable et dangereux, et présentera pour son propriétaire une dépréciation certaine sur le taux de capitalisation dudit immeuble, la qualité de- Torientation et de l'aération rentrant en ligne de compte dans l'évaluation du prix de location.

Cette étude préliminaire permettra aussi de fixer ime fois pour toutes la bonne orientation à prévoir pour les voies à tracer dans les quartiers neufs, ainsi que celles à créer, par suite d'expropriations successives, dans les quartiers anciens.

D'après nos recherches particulières sur le pouvoir d'ensoleillement maximum, d'une part, sur l'admission de certains vents, reconnus sains, mais cependant brisés dans leur effort angulaire, d'autre part, nous sommes arrivé à cette constatation basée sur l'observation scientifique la plus rigoureuse: c'est que toutes les voies destinées à l'édification d'immeubles devront être orientées — Nord-Sud — de façon à permettre au soleil de balayer de son pouvoir destructif toutes les colonies bactériennes, qui vivent, se propagent et se fortifient dans les milieux humides et obscurs.

La seule objection très logique qui puisse être soulevée^ c'est que forcément pour une ville existante, toutes les voies n'étant pas parallèles, il s'ensuivra que certaines voies étant bien orientées, d*au^ très le seront très mal. A cette objection, il est facile de répondre que suivant des théories neuves scientifiquement établies, il faut •opposer à ces problèmes nouveaux des solutions nouvelles. Les anciens quartiers ne peuvent être démolis, pour y construire, ex-abrupto, ■des quartiers neufs, mais ce qui peut être prévu et cela est urgent, c'est l'établissement dans les quartiers neufs, tels que la périphérie parisienne et la ceinture des fortifications, ou encore la désaffectation de certains hôpitaux urbains, etc., de voies qui répondissent mieux aux exigences nouvelles. Exigences qui sont de deux sortes, hygiène d'une part, circulation d'autre part. Or, il ne serait pas difficile de démontrer qu'à l'heure actuelle avec l'activité incessante des moyens de transports (cycles, automobiles, tramways électriques, etc.), nos rues ne répondent plus guère aux besoins nouveaux.

Cependant, d'ores et déjà, nous pouvons indiquer sommairement -comment seraient combinées les voies nouvelles, afin de répondre plus exactement aux besoins modernes. Si, d'un côté, l'habitabilité ■ des immeubles demande de lourds sacrifices, d'un autre côté, tout est à refaire en ce qui concerne la circulation intensive en perpétuelle progression. Non seulement nous avons à résoudre l'orientation et la largeur des rues, la hauteur et l'éloignement des façades sur ces rues, de manière à permettre l'ensoleillement et l'entrée d'air maximum, mais encore il nous faudra rejeter sur des voies perpendiculaires et à des niveaux différents, toute la circulation mécanique. De cette façon nous y gagnerons en vitesse, pour le transport rapide d'un point à un autre alors que la voie large permettant une traction mécanique subsidiaire serait plus particulièrement destinée aux piétons. En un miot: canaliser chaque mouvement dans les deux sens en des artères qui, se rencontrant, ne soient pa^ cependant au

même niveau. Réserver aux piétons de larges espaces, plans sans continuelle section et sans recoupement avec les voies de communication où se ferait le trafic automoteur, telles sont les questions qui se posent à nous actuellement.

Ce n*est pas dans les bornes restreintes du présent travail que peuvent être solutionnés ces problèmes nouveaux, nombreux et délicats, nous avons voulu simplement montrer dans quel ordre d*idées pourraient être effectuées les recherches, nous réservant dans la suite de reprendre ce sujet et d'en exposer la réalisation pratique. Mais revenons à ce qui nous occupe plus particulièrement ici, c'est-à-dire à Tensoleillement maximum des façades d'un immeuble.

Nous nous rendons compte que l'habitation collective se compose d'alvéoles comprises entre murs de façade et de refend, en verticale; entre plafond et plancher, en horizontale. On conçoit donc aisément comment le soleil d'été ne peut porter bien loin son pouvoir bienfaisant, puisque les rayons émis forment, avec les murs de façade, un angle aigu très restreint, — cet angle augmentant au fur et à mesure de la décroissance de la courbe du soleil sur l'horizon. — Il «suffit donc de dresser pour un lieu déterminé (Paris par exemple)^. et pour une orientation donnée par l'observation scientifique, un tableau barèiïie sur lequel seraient figurés les angles déterminés par les rayons solaires, avec la verticale du lieu, à certaines heures de la journée. Ce qui, en définitive, arrive à dire que la hauteur de chaque façade, bordant une voie d'orientation et de largeur déterminée, serait en raison directe de la variation de l'angle plan formé par la verticale de la façade, par rapport à la courbe Est-Ouest décrite par le soleil, dans son mouvement diurne; hauteurs variables suivant cet angle, de façon à ce qu'une façade ne portât pas écran sur la. façade opposée, au point que la partie basse, comprise immédiatetement au-dessus du sol, ne reçût jamais d'ensoleillement.

Donc, suivant cette orientation, chaque chambre exposée recevrait pendant l'hiver un cône de rayons solaires d'axe presque horizontal dont le pouvoir de pénétration serait très grand.

Ce faisceau lumineux effectuera ainsi un assainissement complet de chaque pièce, d'autant plus que le plancher est une des surfaces sur lesquelles peuvent se déposer et se développer les colonies bactériennes, sous forme de poussières impalpables, impossible à atteindre, surtout si ces parquets sont constitués par des lames de bois, dont les joints toujours ouverts, laissent pénétrer ces poussières et ces microbes.

La courbe que le soleil semble décrire en vertu de son mouvement propre, et en évaluant à différentes époques les coordonnées équai toriales (ascension droite et déclinaison) du soleil, nous reconnais^

sons que rascension droite prend toutes les grandeurs possibles en augmentant de i degré par jour environ. Quant à la déclinaisonelle est nulle, le 21 mars, puis est boréale et croit jusqu'à un maximum de 23027*26" environ, qu'elle atteint le 22 juin pour décroître ensuite et devenir nulle le 22 septembre. A partir de cette époque elle est australe jusqu'au 21 mars suivant, après avoir passé le 22 décembre par une valeur maximum égale encore à 23^27' 26". Si maintenant, et pour un lieu déterminé, nous observons le pouvoir d'ensoleillement, nous voyons que pour une chambre située

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Figure 1.

au Sud, profitant par conséquent du parcours total du soleil, ce pouvoir est en raison directe de son éloignement; c'est-à-dire que c'est dans la période de croissance de la courbe, de l'été à l'hiver et de l'hiver à l'été, qu'on obtient le cône maximum d'ensoleillement.

Ainsi donc, en hiver, le soleil étant en S a un pouvoir de pénétration beaucoup plus grand qu'en automne ou au printemps où il prend la position S', et en été où son pouvoir de pénétration est minimum, car, même à ces deux points extrêm,es Est et Ouest et à cause des immeubles environnants, du moins pour les villes, il se trouve encore trop haut sur l'horizon pour pouvoir pénétrer (fig. i).

Dans le premier cas, les rayons sont presque horizontaux (i), dans le deuxième cas, ils sont obliques (ii), dans le troisième cas, ils sont presque verticaux (m).

C'est donc, avant tout, ces rayons presque horizontaux qu'il est intéressant de recueillir d'abord, à cause de leur pouvoir de pénétration, ensuite parce que c'est l'hiver que les rayons solaires étant

Coupe

Coupe

Coupe

Plan

Plan

Figure 2.

Plan

peu fréquents, il est urgent de concentrer ces rayons sur les colonies microbiennes, si meurtrières pendant cette saison.

Nous avons pu ainsi calculer que le cône de rayons émis par le soleil, au mois de février, à lo heures du matin, pouvait atteindre à i m. 50 au-dessus du plancher, le mur de refend d'une pièce située à l'entresol, mur placé à 5 m. 50 parallèlement et en arrière du mur de face (fig. 2).

Il faut, en passant, observer que cette reconnaissance de déplacement du soleil dans l'orbite céleste, peut être définie par le sinus de l'angle et ce barème établi pour des endroits déterminés doit nous guider pour la hauteur des maisons qui bordent les rues tracées suivant ces grands principes d'orientation.

Parmi les vœux émis dans différents congrès d'hygiène, il en «st un particulièrement important: c'est celui qui tend à déterminer, •de la part des municipalités, la hauteur des maisons et la largeur des rues, de telle sorte que les rayons solaires puissent atteindre pendant quelques heures au moins chacun des points de l'immeuble, depuis le bas jusqu'au sommet. Ce vœu émis pendant le congrès international <le la tuberculose, par deux hommes éminents, MM. Juillerat et Bonnier, est à retenir.

Cette question: doit-on construire des immeubles collectifs à toute hauteur, ou bien se contenter de quelques étages, trois ou quatre par exemple, amène fatalement des réponses qui semblent se contredire, parce que l'expérience seule, à ce sujet, est décisive? Les Anglais montrent avec orgueil les maisons collectives de Liverpool à trois étages comme étant le summum du progrès. Or, il est facile •de comprendre que pour nos immeubles parisiens, construits sur •des terrains assez chers, et sur lesquels de grands espaces libres sont créés, il soit presque impossible de construire ainsi suivant la verticale; car, d'une part, la répétition des escaliers, d'autre part, la répartition plus grande des constructions entraînant avec elles 'de plus grandes distributions générales de plomberie, canalisation, etc., pour des substructions sensiblement égales, entraînent à des frais beaucoup trop considérables pour que l'on puisse rémunérer normalement le capital engagé. Cette première réponse semble donc, jusqu'à nouvel ordre, être la seule raisonnable.

Cependant, si l'on pouvait, par des moyens économiques, ce qui n'est pas impossible, résoudre la construction en surface, cette solution serait, à n'en pas douter, bien supérieure à la première, et pour toutes les raisons qu'il est possible de formuler, à condition toutefois de sauvegarder tous les principes ci-dessus exposés.

Nous avons vu plus haut que l'orientation Est-Ouest est idéale pour les façades en bordure des rues, et nous exprimions le désir que toutes les rues fussent dirigées suivant la direction Nord-Sud. JMalheureusement, dans la pratique, il faut tenir compte des voies de recoupement, si nécessaires dans un plan général de lotissement et dont l'une de celles-ci serait complètement au Nord, ce qui amènerait la condamnation du système américain, qui consiste à tracer les rues, en damier, c'est-à-dire, perpendiculaires les unes aux autres .

Pour résoudre la question, il y a donc deux solutions: la première, qui consiste (fig. 3) à tracer deux rues perpendiculaires suivant la

meilleure orientation; la deuxième (fig. 4) qui consiste à tracer deux, rues obliques Tune par rapport à l'autre, suivant la meilleure orientation. Ces deux solutions doivent donc résoudre tous les plans delotissement primordiaux. De cette façon, tous les immeubles en façade sur rue se trouvent dans les conditions d'ensoleillement les. meilleures, aucune des façades ne se développant ni en plein Nord, ni en plein Ouest, n*ont pas à souffrir au N<)rd du froid intense, ni à rOuest des vents de pluie régnants dans toute la région séquanienne.

Figure 3.

FlGCUE 4.

La ventilation est au moins aussi importante que l'orientation. Sans, même qu'il soit surpeuplé, un appartement est un véritable foyer malsain, par l'émanation des produits toxiques qui s'en dégagent, acide carbonique, oxyde de carbone, ammoniaque. Il s'agit donc de disposer chaque alvéole de l'immeuble de façon à ce que l'air soit facilement renouvelable, car pour opposer aux bacilles meurtriers, un remède efficace, il suffit de combattre l'envahissement microbien par l'oxydation des tissus.

Sans cette préoccupation constante de l'aération intensive, Thé-matose se fait mal; or, les propriétés chimiques et biologiques de l'air ont une action profondément oxydante sur nos tissus, action qui se produit par l'intermédiaire des globules sanguins qui fixent dans l'organisme, l'oxygène introduit dans les poumons. C'est donc par un renouvellement constant d'oxygène que nous arrivons à combattre effectivement la plupart des cachexies et la plus redoutable d'entre elles, la tuberculose.

La statistique dressée par M. Juillerat, au casier sanitaire, est.

suffisamment éloquente sans qu'il soit besoin d'aller chercher plus loin le grand pourvoyeur de tuberculose: le manque d'air. Dans toutes les maisons contaminées, l'agglomération seule cause de véritables hécatombes; c'est ainsi que dans les 820 maisons maudites, répertoriées au casier, 195 hôtels garnis avec une population de 13.630 habitants ont fourni en onze ans 2.888 décès, soit le cinquième de la population. Ces chiffres sont d'une telle éloquence, qu'il suffit de les avoir évoqués, |X)ur chercher inunédiatement le remède définitif à de pareils fléaux.

Nous obtiendrons de suite un résultat certain en combinant des immeubles de telle sorte que chaque point, ou plutôt chaque fe-

Figure •>.

nêtre, puisse être atteinte directement par l'air provenant de la rue, air qui sera lui-même renouvelé constamment par les courants aériens. !

C'est donc la suppression radicale des courettes et des cours fermées, véritables puits malsains, où jamais ne s'opère de chasse d'air. En aucun cas, une cour quelle que petite qu'elle soit, ne devra être obturée par des façades; partout les trouées doivent être combinées avec la rue, de telle sorte que le moindre courant aérien provenant de la rue, s'insinue et ventile énergiquement toutes les parties de façade en contact avec lui (fig. 5).

Ces deux problèmes de l'orientation et de la ventilation doivent donc être résolus tn même, temps. C'est assez dire que la rue immuable doit tout d'abord être convenablement orientée pour que les immeubles puissent profiter de cette orientation et qu'ensuite ils soient juxtaposés de façon que chaque point de l'inmieuble puisse être considéré comme un prolongement de la rue.

Nous allons, par quelques schémas, montrer comment peuvent se résoudre ces deux problèmes, en admettant le plan de lotissement

quelconque, nous réservant dans la suite de les développer, comme inmieuble et comme unité de logement.

Cas le plus fréquent: terrain en bordure d'une rue de 12 mètres comprû entre trois murs mitoyens suivant des expositions diffé-^ rentes.

Ce problème d'tm terrain compris entre trois murs mitoyens étant le plus difficile à résoudre, on conçoit que tous les autres tels que: terrains d'angle, c'est-à-dire compris entre deux m,urs mitoyens, terrains compris entre deux rues, terrains isolés de toutes parts comportent des solutions de plus en plus faciles.

Fkîlre 6 a.

A première vue, ces solutions semblent utopiques, étant donné l'utilisation peu intensive que Ton fait du terrain proposé. Nous nous bornons à rappeler que ces sortes de constructions sont destinées à s'élever sur des terrains dont la valeur varie entre 40 et 150 fr. au maximum. Encore ce dernier chiffre n'est-il admissible que dans le cas, où le quartier très populeux, permet d'utiliser le rez-de-chaussée en boutiques ; alors le rendement étant plus intensif, permet d'amortir facilement le terrain adandonné à la ventilation.

Nous allons examiner d'abord un immeuble de dimensions moyennes. Nous aborderons ensuite de plus vastes surfaces.

Pour faciliter la compréhension, prenons un terrain de 24 mètres de façade sur 30m. 50 de profondeur, soit une surface de 732 mètres -carres, convenablement orienté (comme l'indique la fig. 6 a) en bor-

<iure d*une rue de 12 mètres, (nous prenons ainsi le cas le plus défavorable, la rue de 12 mètres étant le minimum accordé aux nouvelles voies). Ce terrain compris entre trois murs mitoyens, aux quels sont adossées différentes constructions, voyons quel parti nous pouvons en tirer.

Un spéculateur n'obéira qu'à une sujétion: couvrir ledit terrain le plus possible de constructions afin de tirer le plus gros revenu, ce que nous appellerons: l'emploi intensif, suivant la fig. 6b. Quels

FioLiŒ 6 b.

sont, au point de vue général, les défauts de ce plan? i*^ d'abord l'orientation est très défectueuse. Toute la façade A B étant au Nord, ne reçoit jamais de soleil. La façade A* B' constamment dans l'ombre portée par la façade A B. Ensuite, il crée dans le rectangle formé par la cour un puits dont l'air ne se renouvelle jamais. Enfin, bien que les appartements du premier corps de bâtiment aient tous vue sur la rue, ceux du fond sont complètement isolés,. n'ayant conmie vue que celle de la cour.

Si au contraire nous disposons le plan, comme il est indiqué sur la fig. 6 c, nous voyons de suite quel avantage énorme nous tirons des qualités hygiéniques de cette composition, chaque point de l'immeuble étant touché par les rayons solaires, chaque appartement reçoit ainsi im véritable bain de soleil durant quelques heures de

la journée. Le plus grand développement de façade étant au Sud. Ensuite, aération parfaite. Chaque cour forme avec la rue un prolongement, et chacune des fenêtres est touchée par une grande quantité d*air, toujours renouvelable, puisque le moindre déplacement d'air se fait dans tous les sens. Enfin, bien qu'en apparence le revenu semble devoir être inférieur à celui de l'emploi intensif, dit de spéculation de terrain, il n'en est rien cependant, car, dans les problèmes similaires, nous avons vu que les boutiques seules

FlOl RK G c.

peuvent et doivent amortir sensiblement les charges et l'intérêt du terrain qui grèvent l'immeuble et que les revenus des locations d'appartements viennent ainsi en bénéfices nets. Le développement des boutiques à rez-de-chaussée amènera donc la récupération d'une partie des revenus. Il est bien entendu que cette constatation sur l'opportunité des locaux commerciaux est subordonnée à l'importance et à la mise en valeur du quartier. Nous verrons, du reste, dans l'étude financière qui va suivre l'absolue justesse de l'avis exposé plus haut.

11 nous reste maintenant à envisager le point de vue suivant lequel s'améliorera l'idée de composition émise ci-dessus. Nous avons dit que le terrain choisi était destiné à immeubles à usage de petits logements peu coûteux et s'adressait à la classe des travail-

leurs et des petits employés, ce n'est pas à coup sûr, dans le centra •de la ville que nous prendrons ce terrain. Il sera situé dans un •quartier ouvrier, sur la périphérie très probablement et sera d'un prix peu élevé pouvant varier de 40 à 100 fr., ce dernier chiffre étant un maximum qu'il est difficile de dépasser. Sur le terrain -ainsi choisi de 732 mètres carrés, que fera la spéculation intensive? Sans soucis des règles élémentaires de l'hygiène, elle créera voie cour centrale de 232 mètres carrés. Nous, avec notre composition, nous abandonnons 369 mètres carrés à l'aération, conservant 363 mètres carrés à la construction, construisant ainsi 137 mètres carrés de moins que la spéculation. Si donc, nous mettons -à 100 fr. (maximum) le prix du terrain, 3oit 73.200 fr. chiffre auquel il y a lieu d'ajouter les frais 12 0/0 environ, soit au total 31.984 fr., et pour nos 137 mètres carrés de différence entre les deux partis, 15.344 fr. Ce qui fait en capitalisant à 4 0/0, soit 612 fr. yar an à répartir sur l'ensemble des loyers des 40 logements de rimmeuble ce qui porte à 15 fr.25 l'augmentation de chaque lo- .gement, en comparaison de celui donné par la spéculation intensive.

Nous n'insisterons pas davantage sur les conditions exceptionnelles de salubrité et de gaité qui résident dans le projet adopté, -et cette amélioration certes, vaut bien l'augmentation qui pèse de •ce chef sur le prix global de chaque logement.

Pour en finir avec les considérations générales, voyons ce que va devenir notre immeuble ainsi construit.

Le quartier est à faire, les immeubles a voisinants datent de loin, sont dans un état de vétusté tel, que les réparations deviennent trop •coûteuses, la plupart de ces immeubles sont à démolir. L'une des constructions qui avoisinent notre immeuble est dans ce cas. Que va faire le propriétaire? Fera-t-il de la spéculation intensive? Oui, si c'était son intérêt. Mais ici, il n'y a pas à hésiter, tout semble indiquer qu'il suivra la route tracée, parce que son intérêt immédiat l'y pousse et que son intérêt de l'avenir, en homme prévoyant, l'exige, et voici ce que l'on obtiendrait. La figure 7 se passe de commentaire Construire dans ces conditions, c'est être assuré pour le présent et pour l'avenir d'un revenu sérieux et assuré.

Nous voyons ici l'objection qui peut être faite: si toutes les maisons étaient construites suivant ce plan, il s'ensuivrait une monotonie, une uniformité regrettable. A cela, il nous est facile de répondre. 'Oui, si toutes les rues étaient construites de la même façon. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes placé suivant uns certaine orientation. En face, de l'autre côté de la rue, la composition ne ^era plus la même, sur la voie de recoupement non plus et cette

différenciation constante apportera dans la répartition des façades^ suivant ce type élémentaire, la plus grande variété.

Or, actuellement, nos façades composées souvent d'unités fort étroites (12 à 20 m.) accolées les unes aux autres, dans le désordre des différences de hauteur d'étages, présentent un aspect lamentable dans le désarroi des baies qui se chevauchent, des murs mitoyens

Figure 7.

avec leurs jambes étrières formant séparation rigide et inesthétique,. sans compter les différentes décorations architecturales qui entrechoquent leurs harmonies.

Nos yeux s'habituent à ces effets souvent très disgracieux et cela ne nous émeut plus, majis il n'en est pas mpins vrai que cette conception est des plus blâmables.

En outre, la diversité des façades, s'exercerait ici encore plus puissante, n'ayant plus d'entraves, du moins aussi rigoureuses, car les

Tèglcments de voirie qui délimitent les gabarits sur rue deviennent plus cléments pour les façades en bordure des cours. Il jt aurait là des perspectives très réjouissantes et très pittoresques, et ce parti de composition apporterait dans les rues des grandes villes une telle gaieté et un tel aspect riant que son adoption paraît indiscutablement assurée.

Les espaces libres combinés entre les constructions, seront des réservoirs d*air suffisants, d'autant plus que toujours en débôu- •chement sur au moins une rue, ils constituent de véritables prolongements de la voie publique. L'orientation une fois assurée^ c'est sur ce point que doit se porter toute l'attention du constructeur, afin de concevoir les espaces libres, créés sciemment, suivant des barèmes ou proportion définie de longueur à largeur, d'après la largeur de la rue sur laquelle ils s'ouvrent et de façon à ce qu'ils soient balayés par les vents régnants.

A rez-de-chaussée, ils formeront des cours fermées où les enfants pourront jouer en paix dans l'isolement des contacts malsains et souvent dangereux de la rue. Ces cours plantées d'arbres en ;Xluinconce, donneront aux habitants de la maison et pendant Tété, l'illusion d'un peu de verdure et d'im peu de fraîcheur aux heures -caniculaires.

A ces qualités indiscutables, les plantations d'arbres en offrent, en outre, d'autres non moins précieuses. Elles constituent de véritables laboratoires d'oxygène d'autant plus précieux que les sources sont nombreuses de production d'acide carbonique.

Or, pour se nourrir, les parties vertes des végétaux, sous l'influence des rayons solaires, décomposent l'acide carbonique de l'air, s'emparent du carbone et mettent l'oxygène en liberté. Par leur respiration, les plantes exhalent constamment de l'acide carbonique, mais ce dégagement est très lent, tandis que la production de l'oxygène corrélatif de leur nutrition pendant le jour, est rapide.

Une grande partie de l'acide carbonique versé dans l'air en est encore enlevée par l'eau de pluie qui dissout ce gaz.

D'où la nécessité inéluctable de faire ces plantations d'arbres à rez-de-chaussée, dans tous les espaces laissés libres par les constructions.

Nous pensons donc et conmie conclusion à ce chapitre, que dans

l'établissement des principes généraux qui doivent guider tout bon

constructeur à l'affirmation du mieux, sous la forme la plus tangible

• dans l'habitation populaire, ces méthodes seront sauvegardées.

Sans vouloir préjuger de l'avenir, tout porte à croire que la théorie

scientifique ainsi tracée, sera seule admise, et tout immeuble dont

. toutes les faces ne seront pas visitées directement et constamment

par Tair en mouvement et les rayons solaires sera considéré comme inhabitable, et tombera immédiatement en défaveur, vis-àvis des locataires soucieux de leur santé. Il ne faut pas s*y tromper, non seulement les radiations lumineuses sont d'une importance capitale dans l'alssainissement de l'habitation humaine, mais possèdent, par ce seul fait une action physiologique indéniable que l'expérience de chaque jour rend plus apparente.

Avant toute chose, le peuple a droit à la lumière et à l'air, qui ne devraient pas être un luxe, mais une nécessité. Nécessité qui est à tout prendre,, bien explicable, puisque dans l'ordre des phénomènes physiques et sans en évaluer l'élément exact, on constate combien les radiations lumineuses et électriques sont nécessaires à l'équilibre des cellules.

Ce retour à l'ordre naturel, est en sonmie très logique et il ne fallait rien moins que la croisade grandiose des congrès dans la lutte contre la tuberculose, pour comprendre et remettre en lumière les grandes lois de la Nature, contre lesquelles nous sommes si souvent en constante opposition.

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