‹ L'habitation salubre et à bon marchéChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qu'enteod-on par habitat à bon marché ? — Étude du budget famillaK

Loi de 1906 modifiant et complétant la loi de 1894. — Exonérations.

Nombre de pièces. — Surfaces utilisables. — Les charges.

Composition d'ensemble du plan suivant orientation et

ventilation. — Opérations financières. — Étude

du revenu. — Recherches du prix de revient

de la construction au mètre superficiel.

— Création d'associations de crédit. —

Nos efforts actuels, disions-nous plus haut, doivent tendre à reconstituer le foyer familial, de façon à permettre au plus grand nombre, au peuple, par conséquent, d'évoluer dans des milieux sains et gais.

Mais tout d*abord, et afin de bien s'entendre sur le vocable adopté en ces pages, fixerons-nous, une fois pour toutes, ce que nous entendons par le sens qu'il faut donner à cette dénomination à* Habitations à hon marché.

Cette habitation peut être de deux sortes, individuelle ou collective : ..

i^ L'habitation individuelle, c'est-à-dire convenant à une seule famille isolée, s'érige en des endroits où le terrain ne coûtant pas cher, il est loisible à l'occupant de s'étendre en surface. L'immeuble affecte alors la forme d'une petite maison à un seul étage sur rezde-chaussée, entouré d'un petit jardin et donne abri à un seul ménage. Jusqu'à présent la forme de société capitaliste force ces sortes de petits immeubles à se grouper en de nombreux exemplaires, souvent d'une uniformité et d'une banalité désespérantes. Tantôt, accolés aux flancs de l'usine et dissimulés en des espaces rela-

tivemenl restreints, ils prennent le nom de «Cité ouvrière». Tantôt, <iispersës en des parcs merveilleusement agencés, ils forment ce qu'on désigne en Angleterre et en Amérique sous le nom de «Cité jardin» de charmantes petites villas pourvues chacime d'un caractère bien personnel, blotties dans la verdure et les fleurs.

2° L'habitation collective, à étages superposés, s'élève en des endroits où le terrain étant d'un prix beaucoup plus élevé, dans l'intérieur des villes particulièrement, il s'agit d'amortir en verticale xme partie de la valeur du terrain. Pour l'instant et à cause de son importance, nous allons étudier l'immeuble collectif, en indiquant simplement les généralités qui nous aideront à résoudre ce problème de l'habitation à bon marché collective, problème si déhcat et si ardemment attendu.

Ces sortes d'immeubles, individuels ou collectifs, s'adressent à la masse populaire et donnent abri plus spécialement à des ménages d'ouvriers, de petits employés, de modestes fonctionnaires, en un mot à tous ceux qui, n'ayant que des salaires très modiques, n'en peuvent distraire qu'une faible partie au paiement de la location. Ces immeubles sont rangés sous le vocable générique d'Habitations à bon marché, et répondent en somme à deux types très distincts •qui ont tous deux, tout en tenant compte des besoins très différents à assurer, un but commun: celui de détacher le travailleur de toutes les tares, soit héréditaires, soit acquises, et de le transplanter en des milieux sains, accueillants, joyeux même, où les harmonies de forme et de couleur s'unissent aux bienfaits scientifiques, mécaniquement réalisés, pour former un total de beauté, de commodité, <ie salubrité.

Mais, auparavant, il faut savoir dans quelles limites doit être compris le prix du logement dans l'immeuble collectif. En effet, l'ouvrier ,auquel il doit donner abri a un salaire très variable. C'est donc ce salaire qui doit servir de base à l'unité de logement, comme superficie et comme nombre de pièces. Ce salaire, une fois adopté, il s'agit de savoir quelle proportion il faut garder dans le budget familial pour assurer tous les besoins du ménage.

D'après les expériences faites à Paris, le président de la Société philanthropique, M. Picot, convient qu'en moyenne un jour de salaire doit payer le logement de la semaine. D'autre part, M. Siegfried indique, pour la tenue soignée d'un petit ménage d'ouvriers, la très intéressante proportion que nous allons exposer:

Alimentation, 60 0/0.

Vêtements, éclairage, chauffage et menus frais, 25 0/0. , ,

Logement, 15 0/0.

D'après ce tableau, il nous est facile d'établir dans quelles limites>j nous devons établir le prix des différents appartements que nous offrirons aux locataires éventuels en rapportant à ce tableau les salaires différents. '

Prenons donc un bon ouvrier dont le salaire moyen est de 10 fr. :par jour, ou encore, si la femme travaille de son côté, le salaire journalier, totalisant les deux salaires de l'homme et de la femme formant une quotité dispjonible de 10 fr. par jour. En prenant comme base les chiffres ci-dessus, la famille emploiera donc, par jour, ■6 fr. à son alin^entation, 2 fr. 50 à ses vêtements, chauffage, éclairage, etc., et enfin i fr. 50 à son logement, en comptant 6 jours effectifs de ifravail, soit 9 fr. par semaine, 39 fr. par mois et pour l'année 468 fr.

Prenons maintenant un ouvrier dont le salaire journalier seul ou totalisé (pour l'homme et la femme) représente 8 fr. Il consacrera. 4 fr. 80 à l'alimentation de la famille, 2 fr. à son entretien, chauffage, éclairage, etc. et i fr. 20 à son loyer, soit 7 fr. 20 par semaine, 3ifr. 20 par mois et pour l'année, . . . . . . 372 fr.

Enfin adressons-nous à l'ouvrier très rudimentaire dont le salair*^ journalier seul ou totalisé serait de 4 fr. Il emploiera 2 fr. 40 à Ja nourriture de la famille, i fr. à son entretien et o fr. 60 à son logement, soit 3 fr. 60 par semaine, 1 5 fr. 60 par mois et pour l'année 187 fr.

C'est donc entre ces deux limites extrêmes données par les salaires jnoyens, dans les grandes villes, que doivent être compris les loyers. Nous devrons, en toute sincérité, tenir compte des chiffres ci-dessus, •dans notre évaluation du revenu, et composer notre plan d'ensemble en conséquence, afin de répondre immédiatement à la demande des besoins de la classe particulière pour laquelle ces immeubles doivent •^tre construits.

Il est donc parfaitement logique de concevoir le logement populaire se mouvant entre ces deux prix limitatifs extrêmes. Car il faut penser, dès maintenant, que le logement le plus sommaire se composera toujours au moins d'une chambre à coucher à feu, d'une cuisine salle à manger, d'un water-closet, débarras et antichambre, et qu'en outre le prix extrême de 450 fr. se maintient bien au-dessous du, •chiffre maximum du montant de loyer fixé à Paris à 550 fr., conformément à la loi du 12 avril 1906, modifiant et complétant celle «du 30 novembre 1894, comme nous le verrons ci-après.

A ces chiffres, ci-dessus, deux objections peuvent être faites: la

première, c'est que le maximum de 550 fr., édicté par la loi, paraît; un peu élevé si Ton considère, d'après ce que nous venons de voir,, qu'un salaire de 10 fr. par jour, en somme relativement fort, donne, d'après l'intéressant pourcentage établi par M. Siegfried, un reliquat de 450 francs disponible pour le loyer, reliquat qu'il est difficile d'augmenter, sous peine de voir en même temps diminuer les pourcentages attribués à la nourriture et à l'entretien de la famille. La deuxième objection, impassible à réfuter,, est celle qui a trait aux familles nombreuses. En effet, celles-ci ont besoin d'un local sinon vaste, du moins suffisamment divisé, pour que les sexes puissent être séparés et que les parents puissent avoir au moins une chambré isolée de celle des enfants. Or, si la famille est nombreuse, c'est-à-dire les enfants en bas âge, le salaire est minime, et tout porte à croire que dans le budget, la somme afférente au loyer ne dépassera pas 250 à 300 fr. Comment remédier à cet état de choses, sans que le revenu en souffre trop, et comment concilier ces deux inconciliables? Certes, la philanthropie résoudrait de suite Ja question. Elle se contenterait d'un revenu moindre, en réservant dans l'immeuble un certain nombre de logements aux nombreuses familles. Mais, ici, il s'agit avant tout de démontrer que la rémunération des capitaux engagés doit se faire normalement comme une affaire industrielle quelconque et qu'il ne peut pas être fait d'exemption en faveur de tel ou jtel; car, dans cet ordre d'idées, cela n'en finirait plus et rendrait impossible à gérer un immeuble conçu suivant cette méthode. D'autant plus qu'une fois établi le prix du terrain construit, il faut qu'il s'applique d'avance à n'importe quelle affaire similaire pour avoir une valeur scientifique reconnue.

Le seul moyen est celui-ci: réserver dans les fonds de l'immeuble, et comme le comporte le plan d'ensemble ci-annexé à la fin de l'étude, des bâtiments en aile destinés à ce genre de location, et ce sera sur le mode de construction que devront porter tous nos efforts d'économie. On conçoit que l'aspect de façade sur rue commande une certaine recherche dans l'emploi des matériaux et des motifs de décoration. Ici, il n'en va plus de même, et il faut que le prix de cet immeuble de fond baisse, si on le compare à celui de la façade. Nous verrons, au chapitre de l'emploi des matériaux, comment pourra être résolu ce problème par l'obturation de façades en matériaux comprimés creux.

. Il nous faut maintenant aborder le texte législatif de la loi de 1906, modificatrice de celle de 1904, pour montrer quelles sont les exonérations dont elle fait profiter les constructions qui se rangent sous les conditions qu'elle énumère.

Voici cette loi.

MIxNISTERE DU COMMERCE, DE l'iNDUSTRIE ET DU TRAVAIL

DIRECTION DE l'aSSURANCE ET DE LA PREVOYANCE SOCIALES.

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