‹ L'habitude et l'instinct [electronic resource]Chapitre 22 sur 62 · CONDILLAC : L'INSTINCT EXPLIQUÉ PAR L'EXPÉRIENCE ET L'HABITUDE · texte numérisé non relu

CONDILLAC : L'INSTINCT EXPLIQUÉ PAR L'EXPÉRIENCE ET L'HABITUDE

Montaigne et Descartes suppriment l'instinct en le confondant l'un avec la raison, l'autre avec les mouvements d'une machine. Leurs doctrines heurtent trop le bon sens, et la science le repousse. La théorie de Condillac se rapproche singulièrement de celle de Montaigne dont elle est comme un tempérament. Mais, pour mériter et soutenir un examen plus long et plus sérieux, elle ne résiste pas cependant à la critique et peut être mise aisément hors de cause.

] . Traité des animaux, 1" partie, 3» chap.

Suivant Condillac, l'instinct serait le fruit de l'exné-

cVTeenouvendtle * M COnfODdrait avec

Cette nouvelle thèse a une grande apparence de vérité

quand on se renferme exclusivement dans la considéra!

actions de 1 homme quand elles ne sont pas déterminées par la volonté, dérivent de l'expérience et par conséquent de l'habitude. Il suffit de citer pour le moment dune manière générale, l'usage que l'homme fait de presque tous ses organes, de ceux qui ne participent pas directement a la vie de nutrition, pour se convaincre que cest 1 expérience et la volonté qui le. dirigent. L homme apprend à marcher; il apprend à diriger les mouvements de ses bras, de ses mains, de ses doigts de sa tete, de son corps; il apprend, sinon à voir, du moins a regarder, a diriger ses yeux vers des points déterminés de 1 espace; il apprend à mesurer la grandeur et l'éloignement des objets, à juger de leurs formes et de leurs diverses qualités; il apprend à parler. Il ne sait presque rien qu'il ne l'apprenne, soit avec ses parents ou ses semblables pour maîtres, soit à l'école de la vie et de l'expérience personnelle, par imitation ou par raisonnement. On peut donc être tenté de conclure par analogie en voyant tant d'actions, qui passent généralement pour toutes naturelles, se résoudre en habitudes acquises par l'expérience individuelle, qu'il en est de même de toutes, de celles-là même que nous croyons avoir toujours accomplies avec la même aisance et la même précision parce que nous n'avons pas souvenir d'avoir appris à les accomplir, parce que l'origine s'en perd dans la nuit de la première enfance, ou parce que notre apprentissage a été d'autant plus court que la nécessité même de vivre hâtait l'acquisition de l'habitude et de la science. Il n'y a pas en effet jusqu'à l'action de téter où une observation attentive ne puisse découvrir une certaine maladresse de l'enfant tout nouveau-né, des -tâtonnements, des efforts réels et de rapides progrès sous l'empire de cette dure et ingénieuse maîtresse, la nécessité.

Procédant toujours par voie d'analogie, descendant de

THÉORIE DE ÇONDILLA.C 97

l'homme aux animaux supérieurs qui lui ressemblent si fort pour les principaux actes de la vie matérielle, on remarque qu'un certain nombre d'actions ne sont accomplies par ces animaux avec précision et facilité que par suite d'un exercice plus ou moins prolongé, que l'oiseau par exemple, apprend à voler à peu près comme nous apprenons à marcher; et l'on en conclut avec une certaine vraisemblance qu'il en est de môme de tous leurs actes, qu'il en est des animaux supérieurs comme de l'homme, qu'ils apprennent tout avec plus ou moins de rapidité, qu'ils n'ont aucune science infuse, ce qui n'est guère contestable, ni aucune adresse naturelle, aucun instinct primitif, ce qui l'est moins. Enfin, de degrés en degrés, on en arrive, après avoir exclu l'instinct inné des actions humaines et de celles des animaux qui nous ressemblent le plus, à l'exclure aussi successivement de toutes les espèces inférieures, à le réduire à néant au profit du raisonnement, de l'expérience ou de l'habitude Cette théorie renferme beaucoup d'observations justes* et une certaine part de vérité; mais la conclusion en est tout au moins exagérée, et la méthode qui conduit à cette conclusion est vicieuse et pleine de périls En effet si on l'applique en sens inverse,ce qu'on aie même droit de faire, on arrive à une conclusion opposée et tout aussi légitime, c est-à-dire aussi peu légitime. Au lieu de prendre pour point de départ et pour terme de comparaison l'homme et ses actes d'habitude, pour leur assimiler d autres actes qui ne sont pas aussi manifestement e résultat de 1 expérience, pour faire descendre l'intelligence, l'expérience, l'habitude de degrés en deo-rés iusjusquaux derniers échelons de la série des aSimaux comme explication de leurs moindres actes; plaçonsnous tout d abom au bas de cette échelle et remontons-la lentement jusqu'à 1 homme; prenons pour terme de comparaison les mouvements si manifestement inintelhgen s de 1 éponge ou de l'huître; procédant par assimilations successives, nous pourrons aussi bien faire remonter avec nous les forces aveugles de la nature ou delinstmct pour expliquer par elles toutes les actions-

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