LE.MOINE
humaines et exclure la raison et la volonté de la conduite de l'homme.
Le vice de cette méthode, en quelque sens qu'on l'applique, consiste en ce qu'il est fort possible que le même acte matériel, accompli par un individu ou par une espèce animale, ait une cause, le raisonnement, la volonté, l'expérience, l'habitude, et, accompli par une autre espèce ou un individu différent, une tout autre cause, un instinct naturel. A plus forte raison des actes seulement analogues, surtout des actes aussi sensiblement différents, malgré leur ressemblance superficielle, que la construction d'une ruche et celle d'une ville, que la configuration des cellules de l'abeille et la géométrie des polygones, peuvent-ils être les uns naturels et les autres appris.
Il ne faut donc pas se laisser tromper par l'apparence, tout confondre, et simplifier la nature pour la plus grande régularité de nos systèmes philosophiques. Quels que soient le vice du procédé et l'erreur de la conclusion dernière, il est vrai que beaucoup d'actions qui paraissent chez l'homme instinctives, ne le sont pas en réalité, mais résultent de l'expérience, et que l'habitude leur donne tous les dehors d'actes absolument naturels. Mais il ne s'ensuit pas qu'il en soit de même des moindres actions de l'enfant, et, quand bien même il serait possible qu'il n'y eût dans toute la conduite de l'homme aucun instinct primitif, il ne s'ensuivrait pas nécessairement qu'il en fût ainsi chez les animaux, chez tous les animaux et pour leurs moindres actes. L'instinct, exclu de toute participation aux actes de l'homme fait, du jeune homme, même de l'enfant, pourrait bien commander encore quelques-uns des mouvements du nouveau-né. Exclu de l'humanité, à tout âge et en toute circonstance, il pourrait bien avoir sa place dans l'animalité à un degré quelconque de l'échelle. Il se pourrait enfin que l'instinct fût perfectible, progressif, variable, que l'expérience intervint pour une part dans les moindres actes du dernier des vivants, que l'habitude et même l'intelligence fussent toujours mêlées à l'instinct. Tout ce qu'on aurait le droit de conclure, c'est que l'instinct n'est pas