‹ L'habitude et l'instinct [electronic resource]Chapitre 24 sur 62 · THÉORIE DE CONDILLAC · texte numérisé non relu

THÉORIE DE CONDILLAC

un principe d'action aussi répandu, aussi absolu, aussi immuable que l'on peut croire, c'est qu'il faut réformer J'idée qu'on, s'en fait généralement, c'est que son rôle, nul ou à peu près chez l'homme, doit aussi être amoindri chez les animaux, jusque chez les plus humbles; mais l'instinct subsisterait toujours comme le mobile de quelques actions animales, distinct de l'intelligence, de l'expérience, de l'habitude, tout insuffisant qu'il fût et tout restreint qu'on le fît.

Pour exclure absolument l'instinct primitif comme une hypothèse inutile, il faudrait prouver que toutes les actions de l'homme ou de l'animal sont suffisamment expliquées par l'expérience. Mais, s'il existe un fait, un seul fait qui ne puisse recevoir cette explication,.qui ne puisse dériver de l'imitation, de la raison, de la volonté ou de l'habitude, l'instinct existe quelque part dans le règne animal. La question n'est plus alors que de lui assigner sa place, large ou étroite, de le définir, de mieux connaître sa nature, d'énumérer ses formes principales.

Si l'instinct ne résulte pas pour chaque animal de son expérience individuelle, comme l'a prétendu Condillac, ne lui viendrait-il pas de l'imitation de ses semblables ou de l'influence éducatrice de ses parents?

Il est inutile d'insister sur l'explication de toutes les actions d'un animal par l'imitation de ses semblables. Condillac lui-même a fait bonne justice de cette opinion, que Buffon introduisait tant bien que mal dans son automatisme, l'imitation elle-même étant, selon lui, un résultat de la machine. Condillac a même ingénieusement démontré, au moins en partie, la vérité de cette proposition paradoxale, mais seulement exagérée, que «les individus d'une même espèce agissent d'une manière d'autant plus uniforme qu'ils cherchent moins à se copier, et que les hommes ne sont si différents les uns des autres que parce que ce sont de tous les animaux ceux qui sont le plus portés à l'imitation. » Un homme, dit-il, ne se borne pas à copier un seul homme; il copie tous ceux qui l'approchent, et c'est pourquoi il ne ressemble exactement à aucun; tandis que, les animaux

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et borne a sa seule expérience, recommence avec les mêmes facultés, les mêmes études que ceux quT l'on précède arrive aux mêmes résultats et s'arrête après ■avoir refait les mêmes progrès 1. F

A ces ingénieuses considérations on peut ajouter que la théorie combattue par Condillac s'expose au reproche de tomber dans un cercle vicieux, en négligeant de poser et de résoudre tout d'abord cette question : la iaculte d imiter elle-même ne serait-elle pas. comme le pensent plusieurs savants ou philosophes, un instinct que posséderaient au plus haut degré les singes et les nommes ?

Quant à ce genre spécial d'imitation qui est l'éducation des générations les unes par les autres, c'est un fait incontestable dans plus d'une espèce et pour plus d'une action, comme le vol et la chasse; mais il serait déraisonnable et par trop contraire à l'observation journalière de le généraliser. Outre que c'est un lieu commun rebattu par les naturalistes et même par les poètes, que la plupart des insectes et beaucoup d'animaux d'un ordre supérieur, poissons ou reptiles, ne connaissent pas la génération ou les individus qui les produisent, c'est un véritable cercle vicieux que de donner à un animal quelconque ses semblables ou ses parents pour maîtres et de croire qu'on a ainsi rendu compte des mœurs d'une espèce. Ces maîtres, à leur tour, de qui sont-ils les disciples? Ils ne peuvent l'être que de la nature ou de l'expérience. Mais on récuse la nature, c'est-à-dire l'instinct, jusqu'à la dernière extrémité. Ce sera donc de l'expérience? Mais l'expérience est le fruit du passé; l'habitude, si facile et si prompte qu'on la fasse, si tôt qu'elle intervienne, ne peut commander tout au plus que le second acte; elle est de toute nécessité étrangère au premier, qui s'accomplit sans, elle. Ce premier acte

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