‹ L'habitude et l'instinct [electronic resource]Chapitre 28 sur 62 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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l'erreur de Lamarck, constituent au moins contre sa propre théorie la plus grave objection.

On peut donc, tout en étant plus conciliant que Darwin lui-même, accorder en principe qu'un certain nombre de prétendus instincts primitifs ne sont que des habitudes héréditaires, et affirmer en même temps, comme une vérité acquise à la science, que, puisqu'il y a des faits qui ne suffisent pas à expliquer l'hérédité des habitudes, l'instinct est autre chose qu'une habitude héréditaire. La doctrine de Lamarck, ou toute autre qui repose sur le même principe général, échoue devant le raisonnement et devant les faits.

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DARWIN : L'INSTINCT EXPLIQUÉ PAR l'hÉRÉDITÉ EN GÉNÉRAL.

L'habitude , sous toutes ses formes , mise hors de cause, l'hérédité aidée de tous les auxiliaires que l'on voudra lui prêter peut-elle expliquer l'instinct? C'est ce que prétend, par exemple, M. Ch. Darwin, et ce qu'il pense avoir démontré dans un des plus intéressants chapitres de son principal ouvrage, dans un de ceux que la critique a le moins soumis jusqu'à présent à son contrôle.

Sans doute l'hérédité n'est pas l'habitude, et elle est soumise à des lois particulières, plus capricieuses, du moins en apparence, plus compliquées et plus mystérieuses, dont M. Ch. Darwin a su tirer le plus ingénieux profit. On ne pourrait opposer aussi. victorieusement à l'hérédité qu'à l'habitude héréditaire, à M. Darwin qu'à Lamarck, l'habileté des neutres, et plusieurs arguments qui condamnent la théorie du premier ne font qu'effleurer à peine celui de l'autre. Cependant il existe entre l'habitude et l'hérédité une analogie profonde, et même, si l'on considère les choses à un point de vue général, une véritable identité, si bien que certaines objectious capi-

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taies s'adressent avec autant de force à l'hérédité qu'à l'habitude.

Qu'est-ce en somme que l'hérédité? Un moyen de transmission, et rien autre chose. Par la génération, l'hérédité fait passer à un individu nouveau les qualités, les caractères d'un autre individu qui lui est antérieur dans le temps. Si nous avons réussi à bien exprimer notre pensée et à rencontrer la vérité, il ressort de notre précédent Mémoire que l'habitude est, elle aussi, un moyen de transmission qui se comporte généralement comme l'hérédité. L'habitude relie entre eux les différents moments de la durée pour un être vivant; elle établit entre ses actes successifs une étroite solidarité, en faisant dépendre ceux qui suivent de ceux qui précèdent ; elle rend le progrès possible chez l'individu parce qu'elle transmet au présent l'expérience du passé et à l'avenir celle du présent; par l'habitude chaque acte de l'individu hérite véritablement quelque chose de l'acte précédent et lègue à l'acte futur cet héritage légèrement accru. L'habitude est une hérédité dont le jeu est renfermé dans les limites d'une vie individuelle et qui s'applique à tous les moments successifs de cette vie ou à toutes les actions qui la remplissent, au lieu de transmettre à chaque génération nouvelle l'héritage d'une génération antérieure.

Mais l'habitude ne se suffit pas à elle-même; elle n'a pas en elle-même sa raison d'être; elle augmente, elle amplifie, elle perfectionne ; elle ne crée pas ; elle transmet ce qu'elle a reçu, elle capitalise sur un premier fonds ; mais ce premier fonds , ce capital qu'elle a le pouvoir d'accroître , elle n'a pas celui de le conquérir. À l'origine de l'habitude est tout au moins un premier acte qui n'est pas habituel, et qui rend l'habitude possible en lui donnant à transmettre aux actes futurs ce qu'il a créé sans précédent, ce que l'agent a tiré de sa nature ou de sa volonté. Il en est de même de l'hérédité sous toutes ses formes, de l'hérédité de la noblesse ou de la richesse, de celle de la maladie, des caractères physiques ou des qualités morales. Elle ne crée rien, elle augmente tout au plus

ris il a existé certainement de sa constitution individuelle ou de fâcheuse ^ ci conT tances et non d'un mal héréditaire. Vous êtes noble de" pere en fils : remontez par la pensée, ou vo ta en main, la série de vos nobles aïeux ; s'i l'est vrai qu votre noblesse soit d'autant plus grande qu'elle \st plus ancienne, vos ancêtres sont de moins en moins nobles à mesure que vous reculez dans le passé, jusqu'à ce que vous arriviez a quelque roturier qui n'a pasreçu la noblesse en héritage, mais qui l'a conquise et transmise à ses descendants pour être indéfiniment accrue par le temps selon la loi de nos préjugés. L'origine de la noblesse héréditaire , c'est la roture ou la noblesse conquise par un individu sur la roture. Vous êtes riche de naissance et la richesse de votre famille, aussi ancienne que la noblesse de celui-là, n'a fait que s'accroître avec les générations, l'intérêt et l'épargne Rajoutant sans cesse au capital; mais la raison sait retrouver dans la nuit des temps l'origine de cette fortune immémorialec est de toute nécessité la pauvreté ou un premier fonds qui n a pas été reçu en' héritage, mais conquis par le travail ou la violence sur la pauvreté native.

L'hérédité est aussi impuissante que l'habitude à expliquer l'origine de quoi que ce soit, particulièrement celle de l'instinct; elle rendra compte peut-être de la détermination, de la variation, de la transformation même a un instinct, mais non pas de son acquisition premièrepuisque, capable de transmettre, d'augmenter, de modifier, elle est radicalement incapable de créer ou d'acquérir. En effet, M. Darwin, non seulement n'a pas réussi à expliquer la formation des instincts, ni par l'hérédité, ni par la concurrence vitale, ni par la sélection naturelle, mais, plus que personne, et bien sans le vouloir, il a implicitement admis et constaté l'innéité de l'instinct et même de tous les instincts. Son ouvrage ne tient pas ce que promet son titre, ou mieux encore les conclusions rigoureuses de ses opinions sur l'instinct sont le contrepied

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de la théorie dont il annonce la démonstration. « Je n'essaierai pas, dit-il, de définir l'instinct, chacun comprenant de quoi ii est question quand on dit que l'instinct porte le coucou à émigrer et à déposer ses œufs dans le nid des autres oiseaux K » S'il ne définit pas l'instinct, il en cherche l'origine et prétend en expliquer par les moyens que l'on sait la formation et la transformation : « Je crois que l'élection et l'accumulation continuelles des modifications avantageuses survenues dans l'organisation mentale, par les mêmes causes qui produisent des modifications légères dans l'organisation physique ou par d'autres causes inconnues, est aussi, dans ma théorie, la plus puissante cause des transformations et des acquisitions d'instincts2. » Or, tout en annonçant par ces mots et par son titre De l'Origine des espèces qu'il expliquera selon sa théorie l'origine et la formation des instincts, il n'entreprend cependant d'expliquer que leur variabilité et leurs transformations. Et ce qui ressort de ces explications, contrairement à sa théorie, c'est que la sélection et la concurrence vitale sont incapables de créer un seul instinct, c'est que tous les instincts sont innés et même à peu près invariables, dans chaque individu, sinon dans l'espèce.

Voici en substance la théorie : Si nous considérons les individus qui représentent aujourd'hui une espèce, ils nous offrent d'une part certains caractères anatomiques et physiologiques, de l'autre certaines aptitudes ou facultés mentales, moeurs ou instincts, que nous constatons et décrivons. Mais les ancêtres de ces individus, si l'on remonte par la raison la série indéfinie des siècles, n'ont pas toujours possédé ni ces caractères et ces organes physiques, ni ces facultés mentales, ces mœurs ou ces instincts. C'est peu à peu, insensiblement, que l'espèce, c'est-à-dire la série des individus nés les uns des autres, est arrivée à l'état physique et mental que nous observons en eux. Une infinité de petites modifications accidentelles se sont

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