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LOIS GÉNÉRALES DE L'iNSTINCT
frêles, obtus ou impuissants, ne lui seraient tout d'abord d'aucun usage, et son intelligence, d'ailleurs supérieure, peut à loisir s'éveiller et se développer lentement par l'expérience; le temps lui manque donc rarement pour apprendre et pour découvrir par lui-même la voie dont parle Th. Reid. Il n'est que bien peu d'actes dont l'urgence nécessite pour lui les lumières de ce guide invisible, de l'instinct. Aussi les instincts de l'homme, en ce qui concerne la conservation de l'individu, se réduisentils au plus petit nombre : déglutition, succion, aspiration, c'est-à-dire introduction dans les organes de la vie végétative des substances étrangères immédiatement indispensables à l'entretien de la vie corporelle; expiration, excrétion, c'est-à-dire expulsion hors de ces mêmes organes des substances devenues étrangères, dès que la présence en est inutile, dangereuse ou mortelle. Telles sont les seules fonctions que des instincts spéciaux paraissent gouverner chez l'homme; ces instincts sont tout d'abord nécessaires à la vie de nutrition; ils s'exercent aux confins et comme aux portes de cette vie, dont ils sont les gardiens, mais dont la volonté peut prendre et prend en effet souvent et bientôt la direction.
Il faut renvoyer à l'expérience toutes ces fonctions, plutôt utiles que nécessaires, dont le rapport avec la vie de nutrition et la conservation du corps est moins direct, toujours tardives d'ailleurs, que nous avons le temps d'apprendre et que nous apprenons visiblement à gouverner, par exemple, outre la marche, la course et le saut, la direction de tous les organes locomoteurs et de ceux des sens externes. L'homme apprend à regarder, sinon à voir, à écouter, sinon à entendre, à juger de la distance, de la figure et de la direction; il apprend à parler; en un mot, à régler tous ses mouvements, comme il apprend à marcher, avec le temps.
Ces mouvements mêmes qui intéressent la conservation du corps en danger imminent, rapides comme l'éclair, par lesquels nous fermons les yeux menacés d'une blessure ou rétablissons notre équilibre et évitons de choir, il est plus commode que légitime de les rap-
porter à un instinct spécial. Il est bien possible que ces derniers soient en effet dirigés par l'instinct, parce que cela paraît être nécessaire, chez certains animaux, même supérieurs, qui jouissent dès leur naissance de membres déjà valides, capables de supporter le poids de leur corps, et qui ont besoin, comme le jeune poulain, de pouvoir en user aussitôt avec une certaine aisance et une certaine précision, pour atteindre leur première nourriture; mais cela n'est vrai, ni pour beaucoup d'autres animaux supérieurs, ni surtout pour l'homme, aux besoins duquel subvient la mère. Pour ceux-là, on ne peut invoquer la nécessité pour attribuer à un instinct spécial la direction de ces mouvements d'équilibre, puisqu'un tel instinct n'est ni utile, ni même possible. A quoi lui servirait un instinct régulateur des mouvements de locomotion, si l'enfant ou le jeune animal est encore incapable de se maintenir sur ses membres impuissants? N'a-t-il pas le temps d'apprendre par l'expérience à équilibrer ses mouvements, à mesure que ses membres acquièrent lentement la vigueur? Il se traîne longtemps comme il peut, le sph inx d'Œdipe le disait dans son énigme; il ne trébuche et ne tombe si souvent que parce qu'il n'a pas cette science infuse ou cet instinct régulateur, parce qu'il lui faut conquérir cet art, comme tant d'autres, à ses dépens.
« Pour nous préserver du danger, dit Th. Reid, il faut souvent des mouvements si soudains qu'on n'aurait pas le temps de les concevoir et de les vouloir... Qu'un homme perde son équilibre, il fait un effort instantané pour le recouvrer; l'effort arriverait trop tard, s'il fallait pour le déterminer la décision de la raison et de la volonté i. » Sans doute, mais il ne s'ensuit pas que ce soit un instinct primitif qui dirige ces mouvements ; car l'habitude est capable de les accomplir avec cette prestesse et cette précision approximatives qui, sans nous préserver infailliblement de tout accident, préviennent cependant le plus souvent notre chute. L'enfant n'a pas plus en nais-