‹ L'habitude et l'instinct [electronic resource]Chapitre 34 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'instinct dans la vie morale et intellectuelle

de l'homme.

(L'auteur, dans ce quatrième chapitre, devait traiter successivement trois questions :

1° L'instinot existe-t-il dans ]es sentiments de l'homme?

2° L'instinct existe-t'-il dans l'intelligence humaine? La raison est- «11e un instinct ?

3° Y a-t-il, chez les hommes, des instincts individuels ?

Les fragments suivants se rapportent aux deux premières Questions.) (V. E.) ' ^

^ Les sentiments, et les passions, qui ne sont guère que l'excès, l'exaltation des sentiments, peuvent-ils être considérés comme des instincts?

J°De même que, tout ce que fait un être, il est dans sa nature qu'il le fasse et puisse le faire, sans que cet acte soit pour cela seul instinctif, ainsi toute puissance ou faculté dont nous a doués la nature ne mérite pas le nom d'instinct, s'il n'y a pas en même temps direction primitive de cette puissance vers un but précis.

Or il est bien vrai que nos sentiments, même les plus paisibles, sont des mobiles d'actiou, et que nos passions sont les aiguillons les plus énergiques de notre activité. Mais ils n'ont avec les instincts que cette ressemblance insuffisante. La colère, la peur, la joie, l'orgueil, la jalousie, le désespoir ont les effets les plus variés. Sous l'aiguillon de ces sentiments ou de ces passions, que vais-je faire? Si ce sont là des instincts, vous pouvez le dire à l'avance, comme vous dites à coup sûr que l'animal poussé par la faim va chercher l'aliment qui lui convient. Mais il n'est donné à personne, même en faisant abstraction de la volonté libre et de son intervention possible pour détourner l'impulsion de ce prétendu instinct, de prévoir à quels actes particuliers il entraînera celui dont il ravit les sens. En proie à la même passion, deux hommes accompliront les actes les plus divers, et, inversement, deuxhommes pourrontaccomplir les mêmes actes sous l'influence des passions les plus différentes. Ce n'est pas ainsi que l'instinct se comporte. La passion est un moteur puissant, mais ce n'est qu'un moteur; l'instinct dirige le mouvement que la sensation provoque et le conduit sûrement vers un résultat invariable.

Il y a cependant dans les sentiments et les passions quelque chose qui ressemble à l'instinct. Ce n'est pas qu'ils nous déterminent à certains actes; c'est que, par les sentiments et les passions, qui ne sont pas en nombre infini, et qui, malgré les différences individuelles, se retrouvent les mêmes chez tous et semblent bien tenir à l'espèce, notre sensibilité est vraiment déterminée à l'avance à être affectée de certaines façons par les objets, et cela avec une précision assez grande pour que les moralistes aient pu décrire ces impressions, et que le philosophe ou le politique puissent compter sûrement sur leur retour. Si l'on considérait les passions comme des instincts, ce serait donc à titre de façons déterminées à l'avance de sentir, et non à titre de mobilps d'action. Il resterait toujours, d'ailleurs, d'autres différences.

2° Les sentiments et les passions sont toujours accompagnés de la connaissance de leur objet, ce qui

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