LE.MOINE
l'habitudk et l'instinct
de la bête et les passions humaines! et quelle inconséquence dans le plan de la nature, si la passion était l'instinct de l'homme! L'instinct, le « guide invisible » de Th. Reid, conduit l'animal à son bien; il semble au contraire que la passion est faite pour nous écarter du nôtre. C'est que, si, en fait, nos passions nous mènent, en principe c'est à nous de les diriger. Il est bon, il est nécessaire d'obéir à l'instinct, dans les limites de son domaine légitime ; il faut résister à la passion sur son terrain. L'instinct n'a rien à voir avec la vie morale; ici, le seul guide est la raison; or la vie morale commence aussitôt que la raison s'éveille, et, quand cette ère de la moralité est ouverte, le règne de l'animalité cesse insensiblement; le peu d'instincts dont l'homme était doué s'efface presque entièrement, selon le vœu même de la nature; l'habitude les remplace en grande partie, pour les grossières nécessités de la vie matérielle, et la moralité pénètre et rehausse l'animalité elle-même.
Que l'on compare la raison humaine à un instinct, rien de mieux, à la condition de ne pas oublier plus tard que l'on n'a fait qu'une comparaison. La raison ressemble à un instinct, parce que , comme un instinct, elle se rencontre dans tous les hommes, si bien, dit Descartes, que « ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. » Elle ressemble à un instinct, parce que les vérités qu'elle nous fait connaître sont précises et immuables, les mêmes en tous temps et en tous lieux, parce qu'étant, comme l'ont appelée quelques philosophes, impersonnelle, elle paraît être la raison de l'espèce et non la raison de l'individu. Si la raison était un instinct, l'instinct de l'absolu, elle serait même sous le triple rapport de l'universalité, de la précision, de l'invariabilité, le type de l'inslinct. Et elle est bien telle en effet