THÉORIE DE DARWIN
taies s'adressent avec autant de force à l'hérédité qu'à rhabitude.
Qu'est-ce en somme que l'hérédité? Un moyen de transmission, et rien autre chose. Par la génération, l'hérédité fait passer à un individu nouyeau les qualités, les caractères d'un autre individu qui lui est antérieur dans le temps. Si nous avons réussi à bien exprimer notre pensée et à rencontrer la vérité, il ressort de notre précédent Mémoire que l'habitude est, elle aussi, un moyen de transmission qui se comporte généralement comme l'hérédité. L'habitude relie entre eux les difierents moments de la durée pour un être vivant ; elle établit entre ses actes successifs une étroite solidarité, en faisant dépendre ceux qui suivent de ceux qui précèdent ; elle rend le progrès possible chez l'individu parce qu'elle transmet au présent l'expérience du passé et à l'avenir celle du présent; par l'habitude chaque acte de l'individu hérite véritablement quelque chose de l'acte précédent et lègue à l'acte futur cet héritage légèrement accru. L'habitude est une hérédité dont le jeu est renfermé dans les limites d'une vie individuelle et qui s'applique à tous les moments successifs de cette vie ou à toutes les actions qui la remplissent, au lieu de transmettre à chaque génération nouvelle Théritage d'une génération antérieure.
Mais l'habitude ne se suflSt pas à elle-même; elle n'a pas en elle-même sa raison d'être; elle augmente, elle amplifie, elle perfectionne; elle ne crée pas; elle transmet ce qu'elle a reçu, elle capitalise sur un premier fonds ; mais ce premier fonds , ce capital qu'elle a le pouvoir d'accroître , elle n'a pas celui de le conquérir. A l'origine de l'habitude est tout au moins un premier acte qui n'est pas habituel, et qui rend Thabitude possible en lui donnant à transmettre aux actes futurs ce qu'il a créé sans précédent, ce que Tagent a tiré de sa nature ou de sa volonté. Il en est de même de l'hérédité sous toutes ses formes, de l'hérédité de la noblesse ou de la richesse, de celle de la maladie, des caractères physiques ou des qualités morales. Elle ne crée rien, elle augmente tout au plus
rhéritage en le transmettant. Telle maladie est héréditaire dans une famille et s'aggrave à chaque génération, mais il a existé certainement un premier malade, victime de sa constitution individuelle ou de fâcheuses circonstances et non d'un mal héréditaire. Vous êtes noble de père en fils : remontez par la pensée , ou vos titres en main, la série de vos nobles aïeux ; s'il est vrai que votre noblesse soit d'autant plus grande qu'elle est plus ancienne, vos ancêtres sont de moins en moins nobles à mesure que vous reculez dans le passé, jusqu'à ce que vous arriviez à quelque roturier qui n'a pas reçu la noblesse en héritage, mais qui Ta conquise et transmise à ses descendants pour être indéfiniment accrue par le temps selon la loi de nos préjugés. L'origine de la noblesse héréditaire , c'est la roture ou la noblesse conquise par un individu sur la roture. Vous êtes riche de naissance, et la richesse de votre famille, aussi ancienne que la noblesse de celui-là, n'a fait que s'accroître avec les générations, l'intérêt et l'épargne s'ajoutant sans cesse au capital; mais la raison sait retrouver dans la nuit des temps l'origine de cette fortune immémoriale ; c'est de toute nécessité la pauvreté ou un premier fonds qui n'a pas été reçu en héritage, mais conquis par le travail ou la violence sur la pauvreté native.
L'hérédité est aussi impuissante que l'habitude à expliquer l'origine de quoi que ce soit, particulièrement celle de l'instinct; elle rendra compte peut-être de la détermination, de la variation, de la transformation même d'un instinct, mais non pas de son acquisition première; puisque, capable de transmettre, d'augmenter, de modifier, elle est radicalement incapable de créer ou d'acquérir..
En effet, M. Darwin, non seulement n'a pas réussi à expliquer la formation des instincts, ni par l'hérédité, ni par la concurrence vitale, ni par la sélection naturelle, mais, plus que personne, et bien sans le vouloir, il a implicitement admis et constaté l'innéité de l'instinct et même de tous les instincts. Son ouvrage ne tient pas ce que promet son titre, ou mieux encore les conclusions rigoureuses de ses opinions sur l'instinct sont le contrepied
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de la théorie dont il annonce la démonstration. « Je n'es, saierai pas, dit-il, de définir l'instinct, chacun comprenant de quoi il est question quand on dit que l'instinct porte le coucou à émigrer et à déposer ses œufs dans le nid des autres oiseaux >. » S'il ne définit pas l'instinct, il en cherche l'origine et prétend en expliquer par les moyens que Ton sait la formation et la transformation : € Je crois que l'élection et l'accumulation continuelles des modifications avantageuses survenues dans l'organisation mentale, par les mêmes causes qui produisent des modifications légères dans l'organisation physique ou par d'autres causes inconnues, est aussi, dans ma théorie, la plus puissante cause des transformations et des acquisitions d'instincts 2. » Or, tout en annonçant par ces mots et par son titre De VOrigine des espèces qu*il expliquera selon sa théorie l'origine et la formation des instincts, il n'entreprend cependant d'expliquer que leur variabilité et leurs transformations. Et ce qui ressort de ces explications, contrairement à sa théorie, c'est que la sélection et la concurrence vitale sont incapables de créer un seul instinct, c'est que tous les instincts sont innés et même à peu près invariables, dans chaque individu, sinon dans l'espèce.
Voici en substance la théorie : Si nous considérons les individus qui représentent aujourd'hui une espèce, ils nous offrent d'une part certains caractères anatomiques et physiologiques, de l'autre certaines aptitudes ou facultés mentales, mœurs ou instincts, que nous constatons et décrivons. Mais les ancêtres de ces individus, si Ton remonte par la raison la série indéfinie des siècles, n'ont pas toujours possédé ni ces caractères et ces organes physiques, ni ces facultés mentales, ces mœurs ou ces instincts. C'est peu à peu, insensiblement, que l'espèce, c'est-à-dire la série des individus nés les uns des autres, est arrivée à l'état physique et mental que nous observons en eux. Une infinité de petites modifications accidentelles se sont