De Vorigine des espèces^ p
^. Ibid., p. 300.
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produites à différentes heures dans quelques-uns de ces ancêtres, au moment même de leur génération. Cette modification était-elle heureuse , c'est-à-dire utile à l'individu, lui constituait-elle un petit avantage pour la quête de sa nourriture, pour sa défense, pour sa vie, une supériorité quelconque dans la lutte que tous les vivants soutiennent les uns contre les autres pour subsister, dans la concurrence vitale^ elle a passé comme un héritage aux générations suivantes par la sélection naturelle^ c'est-àdire que les individus nés de cet ancêtre et qui n'avaient pas hérité de lui cet avantage, ont dû, grâce à l'infériorité qui en résultait pour eux dans la concurrence vitale, disparaître plus ou moins rapidement , tandis que ceux-là seuls qui en avaient reçu l'héritage jTurent vivre et se perpétuer. Parmi ceux-ci, quelqu'un a-t-il à son tour oflfert accidentellement quelque modification nouvelle également avantageuse, quelque perfection supérieure de la même faculté, les héritiers de cette modification ont vécu, Ja concurrence vitale et la sélection naturelle ont encore fait justice des autres, et toujours de même à chaque nouvel accident heureux qui est venu accroître chez un individu ses ressources pour soutenir le combat de la vie. Ce sont ces heureux accidents , ces modifications avantageuses des facultés mentales qui, en s'accumulant à travers les siècles, ont réussi à produire les mœurs que nous observons dans la génération présente et ce que nous appelons ses instincts.
Il ne s'agit ni de louer ni d'admirer l'habileté supérieure de M. Darwin , ni même de critiquer sa théorie. Nous cherchons seulement, en ce qui regarde l'instinct, ce que l'auteur a prouvé ou même simplement affirmé, en acceptant provisoirement comme vrai tout ce qu'il avance.
Dans cette hypothèse de la vérité de son explication, M. Darwin a prouvé que les facultés mentales, c'est-àdire les instincts d'un individu actuellement vivant, ne sont pas les mêmes qu'on aurait pu observer il y a un nombre indéfini de siècles chez un de ses ancêtres; par conséquent que les instincts sont variables dans une espèce, c'est-à-dire dans une suite indéfinie de générations
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«uocessives. Mais, bien loin d'avoir prouvé que oes instincts fussent variables dans un même individu pendant sa courte vie, il a plutôt soutenu le contraire, en n'attribuant que la moindre importance à ces variations insi* gnifiantes. Il a donc prouvé la possibilité de la trauformation des instincts dans l'espèce, sinon dans l'individu, par le moyen de l'hérédité et de ses auxiliaires, mais nullement Tacquisition de ces instincts. Il a prouvé au contraire, ou du moins admis, deux choses : la première, que l'iustinct, s'il se transforme, ne se forme pas, s'il se perfectionne, ne s'acquiert pas, qu'il est absolument primitif; la seconde, que l'instinct est essentiellement et originairement individuel.
En effet : 1® Qu'est-ce que l'instinct de l'individu que voici? la somme de tous les instincts partiels et imparfaits de ses ancêtres, accumulés et comme superposés en lui par l'hérédité; c'est comme un nombre composé d'unités ajoutées une à une. Le nombre, l'instinct actuel de cet individu, provient, si l'on veut, de l'addition de ces unités composantes; mais d'où viennent ces unités, ces instincts partiels, ces fragments d'instinct? M. Darwin le dit en propres termes: ils sont l'œuvre et le secret de la nature et presque du hasard. Par exemple, a un pigeon quelconque ayant montré des dispositions naturelles à
E rendre cette étrange habitude de faire la culbute en vomt, et ayant légué la même tendance à sa race *, l'élection, longtemps continuée à travers les générations successives des sujets chez lesquels cette tendance prit de plus en plus de force, a pu rendre peu à peu les pigeons culbutants tels que nous les voyons aujourd'hui 2, » Puisque cette tendance ou cette disposition est naturelle, ni l'habitude, ni l'hérédité ne l'engendrent; elles la trouvent, la reçoivent de la nature d'un individu, et la transmettent à d'autres. C'est donc la nature seule qui fait l'instinct d'une espèce ; mais, au lieu de le faire apparaître tout d'abord et tout d'un coup avec la perfection dernière ou relative